"Les masses ne se révoltent jamais de leur propre mouvement, et elles ne se révoltent jamais par le seul fait qu'elles sont opprimées. Aussi longtemps qu'elles n'ont pas d'élément de comparaison, elles ne se rendent jamais compte qu'elles sont opprimées."
1984, George Orwell.
Chapitre 6 :
"C'est peut-être triste, mais Link l'a bien cherché."
Il va sans dire que ces paroles, prononcées par celle qui tenait le plus au jeune chef, laissèrent Chaque homme et chaque femme totalement abasourdi. Comment s'attendre à ce jugement implacable venant de la douce et belle Zelda ? Visiblement certains avaient grandement sous-estimé sa force de caractère...
Mais ce cruel opinion n'était en aucun cas infondé ; la jeune femme avait des raisons plus que valables et des arguments solides. Et devant l'incompréhension qui lui faisait à présent face, elle comptait bien s'en servir pour prouver qu'elle avait raison...
"Avant que certains d'entre vous ne se posent la question, Non, je ne suis pas malade. Non, je ne dis pas ces paroles uniquement car je suis en état de choc. Link a agit de façon irresponsable ces derniers temps, ce qui nous a conduit à la situation actuelle. S'il est maintenant en prison, il ne peut en vouloir qu'à lui-même.
De quelle façon a-t-il été irresponsable, me direz-vous ? Tout d'abord, il a imaginé un plan seul, écartant la Résistance de ses intentions. Il nous a caché la vraie teneur de sa mission qui était pourtant une des plus importantes jamais effectuées. Elle avait aussi le pouvoir de tout changer. Et il ne nous a rien dit. Link n'a demandé son avis à personne, et je ne suis même pas sûre qu'il ait réfléchi aux conséquences que pouvaient entraîner ses actes. Il a préféré agir en solo plutôt que de demander conseil aux plus anciens. Et au nom de quoi ? La discrétion ? Ou plutôt était-ce son orgueil qui le poussait à faire cela ?
De plus, cette mission mal préparée a eu une conséquence inattendue. Si Link était resté aujourd'hui, ou s'il nous avait prévenu pour que nous établissions de meilleures défenses, rien ne se serait déroulé de la même façon. Pour commencer, il n'y aurait pas eu de morts. Car oui, même s'il est idiot, Link n'est pas notre chef pour rien et tout le monde lui obéit. S'il avait été là, tout le monde aurait fuit sans poser de question. Il n'y aurait pas eu d'escarmouche. Il n'y aurait pas eu de blessés. Il n'y aurait pas eu de morts. Et il ne se serait pas fait attraper. Alors je ne vois pas pourquoi nous risquerions nos vies pour le sortir de là où il est.
Et ces morts ! Je parle des soldats, mais aussi du Premier Conseiller Dark. Ils ne seront qu'un moyen de plus pour le tyran d'assoir son autorité. Je crains qu'il ne fasse comme la dernière fois. Qu'il nous fasse encore passer pour un groupe de terroristes voulant s'emparer du pouvoir en massacrant tout le monde..."
Zelda s'arrêta de parler, se remémorant ces sombres moments en même temps que tous les autres.
Cette histoire commençait il y a sept ans, au jour de l'assassinat du président Nohansen. En ces temps-là, Hyrule était une république libre et démocratique. Mais tout était loin d'être rose pour autant. Le pays était en crise, et commençait à manquer de ressources indispensables venant des quatre coins du pays. Mais elles étaient surtout fournies par les peuples maintenant dis "étrangers" comme les Zoras ou les Gorons. Des groupes de manifestants violents avaient alors fait leur apparition, réclamant "une Hyrule aux Hyliens*". A cause de ces tensions, les peuples s'étaient peu à peu rétractés sur eux-mêmes et éloignés de l'organisation du gouvernement. Leurs représentants avaient démissionné les uns après les autres devant l'incapacité de Nohansen à rétablir l'ordre.
Puis un jour, le président avait été retrouvé mort dans son bureau, avec devant lui un traité pas encore signé qui déclarait que les peuples "étrangers" ne faisaient plus partie du pays d'Hyrule.
L'enquête n'avait jamais abouti, mais à partir de ce jour les étrangers et leurs partisans avaient été crains et mis en marge. Et l'actuel tyran, un avocat de grande renommée, était arrivé au pouvoir dans ce contexte hostile. Rapidement, il avait exclu définitivement les peuples non-Hyliens et avait limité Hyrule, "pour qu'elle soit capable de subvenir à ses propres besoins" à seulement trois villes. Cyrule, Célestia et Ordonia, où seulement les plus aisés furent autorisés à rester.
Les pleins pouvoirs lui furent rapidement accordés devant la crainte d'autres représailles des "étrangers". Il avait contrôlé la presse et manipulé les informations pour rendre les Hyliens ignorants de ce qu'il se passait "dehors". Tout le monde était persuadé qu'une guerre extrêmement sanguinaire avait lieu entre les non-Hyliens et que leur leader les protégeait.
Mais un petit groupe de personnes avait découvert un certain nombre de choses. Comme par exemple, que ces manifestants virulents avaient été engagés par le tyran lui-même, qu'il avait dans l'ombre "ligoté" Nohansen pour accentuer ces tensions et ainsi accéder au pouvoir. Que ces guerres étaient totalement fictives. Et que même l'épuisement des ressources était de son fait. Ce groupe s'était mis en tête de révéler la vérité et de lutter contre ce régime plus qu'autoritaire. A la tête de ce groupe, il y avait Larkins Forester.
Mais c'était déjà trop tard. Le tyran avait anticipé une telle réaction et les avait évincés rapidement, accusant Larkins de l'assassinat présidentiel. La Résistance naissante avait était contrainte de s'enfuir et de se cacher à l'extérieur des villes. Sans que personne n'ait entendu parler d'eux...
Par la suite, il avait été complexe de recruter, les actions étaient restées de faible ampleur pendant longtemps. Ils passaient leur temps à fuir pour échapper aux soldats, et c'est dans cette ambiance que Link, Zelda et Sheik avaient passé leur adolescence.
Après cinq années d'immobilité quasiment totale, les rangs de la Résistance avaient connu de nouveau membres et les opérations avaient pu devenir plus sérieuses. De plus, les plus jeunes comme Link avaient à ce moment là dix-huit ans et prenaient part activement aux activités de résistance.
Mais ce regain d'activité avait poussé Larkins à se montrer imprudent. Il y a maintenant un an, il avait décidé de porter un grand coup à l'organisation du gouvernement en tentant de pénétrer Cyrule. Tentative qui avait lamentablement échoué d'ailleurs. Le groupe s'était fait arrêté dès son entrée, les gardes ayant été prévenus par des espions infiltrés dans la Résistance. Tout le monde pouvait rejoindre la résistance à cette époque et on n'imaginait pas possible la présence d'un espion. Durant cette arrestation musclée, Larkins avait été tué, laissant les rênes de la rébellion à son fils Link.
Le tyran avait alors, lors d'une allocution en place publique, annoncé la culpabilité de Larkins Forester pour le meurtre du président Nohansen ainsi que sa participation active au groupe terroriste "Les Phoenix d'Hyrule". Depuis, la Résistance était crainte par tous les Hyliens et s'était même en partie dissoute. Link avait fait le "ménage" des espions et avait réussi à en placer quelques uns dans le palais. Mais ils n'arrivaient plus à grand chose depuis cette erreur fatale.
Zelda comprenait bien que Link veuille faire personnellement avancer les choses, mais elle ne supportait pas qu'il se soit mis en danger comme son père l'avait fait. Tout le monde aimait Larkins, mais particulièrement les jumeaux pour qui il avait été comme un père. Alors perdre Link dans des conditions aussi semblables... Cela lui faisait bien plus de mal qu'elle n'osait l'avouer. Elle se sentait trahie. Il n'avait pas cru bon de lui faire part de son plan... Bien sûr qu'elle aurait voulut l'arrêter, et évidemment que le Premier Conseiller ne serait pas mort à l'heure qu'il est... Mais lui serait là! Auprès d'elle et pas dans on ne sait quelle geôle. Et encore... S'il était toujours en vie.
L'atmosphère était à présent pesante dans la grotte. Les derniers mots de Larkins résonnaient dans tous les esprits : "Nous allons révéler la vérité au monde entier ! Il n'y a que de cette façon que nous pourrons faire changer les choses. Et la jeunesse est notre plus grand espoir. Ne l'oubliez jamais."
Les plus jeunes tiraient sur la manche de leurs parents ou voisins en demandant de quoi Zelda parlait.
Cependant des murmures mécontents étaient également audibles. Visiblement l'avis plus que sévère de Zelda ne convenait pas à tout le monde, et sûrement pas à Sheik. Il jurait à voix basse, cette fois-ci vraiment en colère contre sa jumelle. Hors de question qu'il laisse passer ça ! Le jeune homme défendrait son ami jusqu'au bout ! En plus il avait de bonnes raisons d'être inquiet à la perspective de continuer sans Link...
Sheik avait longuement réfléchit depuis qu'il avait parlé avec Zelda et il était parvenu à des conclusions préoccupantes... Si ce qu'il pensait était vrai, alors... Oui, c'était ça, très certainement.
"J'espère, Zelda, que tu es consciente du nombre de bêtises que tu peux sortir par minute."
Celle-ci lui jeta un regard assassin avant de répliquer d'un ton venimeux.
"Eh bien on t'écoute, vas-y, donne ton avis et dis-nous pourquoi ce que je dis est débile ! Je suis curieuse maintenant, tu vois..."
Le jeune homme déglutit péniblement. Ça risquait d'être plus compliqué que prévu, puisqu'elle avait rendu ses paroles bien plus mauvaises qu'il ne les avait prononcées. Il ne se démonta pas pour autant, prit une grande inspiration et commença à contrer méthodiquement chaque argument avancé par son adversaire du jour.
"Bien. Pour commencer, tu dis que Link a été irresponsable. Mais s'il n'a rien dit c'est justement en se souvenant de ce qu'il s'était passé il y a un an. Il avait peur qu'un espion fasse échouer la mission, et il ne voulait pas le permettre. De plus, si on te l'avait dis, Dark serait toujours en vie à cette heure. Link a décidé de prendre des risques pour les autres sans vous inquiéter.
À ce propos, tu dis que la mission était mal préparée. Sache que l'on a mis trois mois à tout mettre au point, que te laisser là était un point stratégique du plan et non une décision sexiste ou égoïste. Quelque chose d'imprévu s'est passé, je te l'accorde, mais c'était une simple coïncidence que l'attaque soit simultanée. Non, moi ce qui m'inquiète, c'est ce qu'a découvert Link dans ce wagon. Il était tellement perturbé en sortant, il a dû y apprendre des choses. Peut-être y a-t-il même une nouvelle menace que nous ignorons et que lui connaît.
C'est pour ça qu'on ne peut pas le laisser là-bas. Tu dis aussi qu'il a mis tout le monde en danger, mais dois-je te rappeler que s'il ne s'était pas interposé, plusieurs d'entre nous seraient restés, nous y compris ? Alors je pense bien que si, nous pouvons prendre des risques pour lui en allant le délivrer quand nous saurons où il est. Mais pour cela il faudra patienter quelques temps...
Pour finir, tu parles de la mort des soldats et du Conseiller comme si c'était la pire chose qui pouvait arriver. Mais au contraire ! Nous avons grandement progressé, et peut-être que cette situation totalement bloquée auparavant va changer ! Nous sommes la résistance bon sang ! Nous nous devons d'agir, vite et fort, puis de fuir et disparaître pour décourager les troupes. S'il a suffisamment peur de nous grâce à cette technique de guérilla, peut-être que cette enflure de tyran va laisser échapper des choses qui feront comprendre à tous qu'ils sont oppressés. C'est probablement ce qui va nous permettre d'avancer enfin !"
Zelda était bouche bée, bluffée par la prestation de son frère. Un sourire en coin se dessina sur ses lèvres tandis qu'elle pensait, amusée, qu'il avait dû bien analyser les discours de Link pour réussir à lui répondre aussi bien. Elle ne pouvait pratiquement pas contrer son point de vue. Mais il y avait bien une faille dans son raisonnement. Et la jeune rebelle comptait la lui renvoyer en pleine figure...
"Oh mais tu as raison !" Commença-t-elle d'une voix doucereuse. "Il faut agir vite et profiter de la déstabilisation du gouvernement. Mais il faut enchaîner rapidement pour bénéficier de son plein effet. Malheureusement, pour délivrer Link, il faut attendre de savoir où il est... Et ça pourrait prendre des mois... En bref, ça laisserait bien assez de temps au gouvernement pour se reconstruire." Termina-t-elle, une expression de triomphe sur le visage.
"Quoi ?!" S'indigna Sheik. "Mais t'as entendu ce que j'ai dis ?! Je suis persuadé que Link sait quelque chose d'important ! Il doit aussi sûrement savoir qui nous a dénoncés ! On ne peut pas se permettre de tenter quoi que ce soit tant qu'on ne saura pas ce qu'il s'est passé..."
Il commençait à paniquer intérieurement à l'idée que son ami croupisse dans une geôle pourrie jusqu'à la fin de ses jours.
La voix forte et assurée de Rauru interrompit ce qui menaçait de se transformer à tout moment en une violente dispute fraternelle.
"Les amis, je pense que nous devrions aller nous reposer, tout le monde est épuisé."
"Mais..." Commencèrent en chœur les jumeaux, comme des enfants pris en faute.
"Vous avez chacun donné votre avis, laissez les autres réfléchir et se faire leur opinion. Cela ne sert à rien de continuer aujourd'hui, comme je le disais nous sommes tous épuisés. Laissons la nuit nous porter conseil... Et demain nous retournerons à la surface pour voir ce qu'il reste. Allez tous au lit!"
Sheik et Zelda se jetèrent un dernier regard, à la fois triste et colérique puis se séparèrent, rejoignant leurs couchages respectifs, au parfait opposé l'un de l'autre.
Édit du 17/06/18:
J'ai rétabli ma confusion entre Hyliens et Hyruliens, merci à ceux qui me l'ont faite remarquer!
Salut salut! Ça fait longtemps (4 semaines exactement, oui je compte), et j'en suis vraiment désolée. Mais vous savez ce que c'est, les cours qui recommencent, le temps d'adaptation, tout ça quoi... Je fais vraiment de mon mieux pour écrire le plus vite possible, croyez-moi!
Bon dans ce chapitre y a encore eu beaucoup de blabla mais c'est indispensable à la trame de mon histoire. Ça se gâte aussi entre Sheik et Zelda, on commence à voir la confrontation.
Le prologue est enfin en ligne sur YouTube, voilà le lien : youtu . be/tIfkzzeR5QQ
