La nuit tombée, Jane décida de se rendre au jardin du silence où elles étaient enterrées. Il monta dans sa DS et démarra violemment, roulant à vive allure.
Des années en arrière, ce soir-là, lorsqu'il monta les marches, en ouvrant la porte, il avait bien constaté qu'elles étaient mortes, ensanglantées. Quelle histoire machiavélique John le Rouge voulait inventé!
La voiture s'arrêta devant le cimetière, descendit en claquant la porte tandis que la lune éclairait les tombes. Un léger vent se leva, une chouette se posa sur l'une d'entre elles qui était la tombe d'Angela. Quand il se retrouva face à sa stèle, il tomba à genoux et fut secoué de sanglots, criant ensuite; Ce n'est pas vrai, elles sont bien là.
Il resta un long moment avant d'être dérangé par le bruit d'un moteur d'une voiture noire qui ralentit et s'arrêta à sa hauteur. Un homme vêtu de noir, portant de grosses lunettes de soleil de même couleur, se dirigea en sa direction puis lui remit une carte avec quelques mots inscrits dessus.
Si vous voulez revoir Angela et Charlotte, suivez cet homme.
Patrick se leva et fixa cet homme en question qui l'effrayait par ce physique de mort-vivant. Rêvait t-il? Que se passait-il, vraiment à ce moment-là?
Tandis que la voiture noire attendait, la carte en main, pensif, il regarda une dernière fois en se retournant, où sa famille était enterrée et marcha vers sa DS. Il s'installa, mit le contact et roula doucement en direction de l'homme dont lui démarra brusquement. La route peu après lui parut sombre, celle-ci déserte mais néanmoins bordée d'arbres. Le paysage n'en finissait pas de défiler.
Arrivé ensuite à un carrefour, la voiture noire s'engouffra vers un petit sentier où une lumière lointaine affichait un vieux manoir. Patrick se demanda s'il avait bien fait de suivre et de croire en ce message. L'homme stoppa la voiture, le mentaliste en fit de même, descendirent en même temps puis marchèrent l'un devant l'autre jusqu'au grand portail en bois éclairé par une grosse lanterne.
Un homme de maison ouvrit et accueillit les deux hommes.
Un peu plus tard, Patrick dû patienter dans une petite pièce qui était entourée d'une bibliothèque,tapis au sol, un sofa en velours rouge aménagé dans un coin qui l'attendait. Une carte blanche avait été posée en évidence sur une table basse installée face au canapé, éclairée par un chandelier de six bougies blanches ce qui attira son attention par ce détail peu banal. Soudainement, elles s'éteignirent au son d'un enregistrement où la voix de John le Rouge résonna. Quelques mots suivirent avant de terminer sur un rire satanique.
-Vous avez fait une belle promenade, Patrick? A présent, vous pouvez repartir.
Une porte s'ouvrit et l'homme de maison l'invita à sortir. Dehors, un brouillard épais enveloppait le grand parc du domaine et ce vieux manoir dégageait une atmosphère démoniaque. Le mentaliste ouvrit l'enveloppe, sortit la carte, prit là-bas, remarquant l'éternel smiley rouge qui avait été dessiné, un point d'interrogation ajouté par-dessus. Pour ajouter au décor, un hibou en haut d'un arbre observait ce visiteur du soir. Tête baissée, il se sentit à la fois désemparé et en colère. Il sortit ensuite ses clés de voiture, se dirigea en direction de sa voiture, s'y engouffra peu après et démarra brusquement. Il lui tardait de quitter ce chemin lugubre. Sa visite avait été très courte pour un si long trajet. Bizarre.
La route du retour lui parut interminable, seul dans cette nuit si noire. Il arriva au carrefour plusieurs minutes après, s'arrêta plus loin et fatigué par ce chamboulement émotionnel, il décida de dormir dans la voiture, ne voulant rentrer. Les portes furent verrouillées, il enleva sa veste, s'allongea sur les deux sièges à l'avant puis mit sa veste sur son visage, essayant de dormir.
Au petit matin, il fut réveillé par d'étranges bruits. Il se redressa, remarquant que c'était déjà le petit matin, faisant encore nuit, se demandant toutefois s'il était en train de rêver ou s'il avait été transporté dans un autre univers par ce qu'il voyait. Deux silhouettes se tenaient à quelques mètres de la voiture, postées devant, habillées de grande robe noire, capeline sur la tête qui encadrait leur visage qui lui sembla familier. Elles commencèrent à se dandiner en sa direction, ayant l'air de porter sur leurs épaules un corbeaux chacune. Cette vision lui parut telle une mascarade.
Pourtant, il resta pétrifié sur son siège, reconnaissant au fur et à mesure qu'elles avançaient, Angela et Charlotte. Ses yeux lui jouaient-ils des tours?
Il sortit alors de la voiture, se mit à courir en leur direction, criant leur prénom. Mais plus il s'approchait, plus les silhouettes semblaient s'éloigner. Arrivé à leur hauteur, elles avaient disparu. Il se retrouva seul sur cette route, un frisson le parcourant. Il leva ensuite les yeux vers le ciel et aperçut deux étoiles qui étaient en train de scintiller. L'avait-il rêvé?
Le visage de John le Rouge éclaira subitement ce ciel telle une étoile filante tandis que le jour commençait à se lever. Il reçut tout d'un coup une goutte d'eau sur le nez puis la pluie s'abattit sur le paysage, Patrick se retrouvant trempé dans la minute qui suivit ce mirage macabre. Il courut rejoindre la DS,le moral anéanti, grelottant de froid. Il prit une couverture à l'arrière, se recouvrit de la tête aux pieds, prit son portable et appela Lisbon.
-Oui. répondit-elle, la voix endormie
-Excusez-moi de vous réveiller mais je crois que je suis en train de vivre un mauvais rêve.
Elle se redressa à son tour brusquement, mieux réveillée et demanda ce qu'il se passait. Il lui raconta tout ce qu'il avait vécu depuis la veille au matin.
-Ce n'est pas possible, Jane. John le Rouge se moque de vous. Il a décidé de vous détruire par tous les moyens.
- Il y réussit. émettant un petit rire nerveux.
- Ecoutez-moi, inquiète parce qu'il venait de lui dire. Rentrez chez vous et essayez de vous reposer un peu. Je vous attends au bureau. Soyez prudent.
En roulant, il se rappela que lors de sa présence au manoir, le majordome lui avait servi un thé au goût étrange. Peut-être une substance versée qui lui avait provoqué des hallucinations? Puis une larme coula sur sa joue. Il était en colère après lui. Comment avait-il pu croire en cette mascarade funèbre? La route lui parut sans fin.
Une heure plus tard environ, au loin, il aperçut un diner où il décida de s'y arrêter, garant la voiture sur le parking. Il chercha ensuite son portable dans la poche de sa veste et composa le numéro de celui de Lisbon.
- Finalement ne m'attendez pas, je ne viendrai pas ce matin. Je suis sur le parking d'un diner et je vais m'offrir un petit déjeuner. J'ai besoin de me retrouver seul, ne m'en voulez pas. A demain. puis il raccrocha.
Sa chef n'eut pas le temps de répondre quoi que ce soit, l'expression déroutée. Qu'aurait-elle bien pu faire? Peut-être lui proposait de venir le rejoindre lors du premier appel. Mais cette idée ne l'avait pas effleuré, déstabilise par ce réveil brutal. Elle décida pour l'heure de ne pas insister et de le laisser tranquille. Il en avait besoin.
Jane pénétra au même moment dans l'établissement, le calme y régnant et où deux personnes uniquement buvaient un café. Il se dirigea vers une table, cachée par un splendide petit palmier synthétique et s'y assit. Une serveuse se présenta presque de suite et prit la commande. Oeufs sur le plat, bacon, thé. Puis il prit quant à lui un journal posé sur la table envers lequel son regard s'arrêta sur une photo où trônaient deux étranges silhouettes comme celles qu'il l'avait cru voir sur la route. Ce n'était pourtant pas mardi gras! Était-ce en projet d'un carnaval, photos prises récemment? Il n'y avait aucune précision concernant ces silhouettes. Alors il regarda autour de lui puis sans que personne ne le voit, profita de déchirer la page pour l'enfouir dans la poche de sa veste.
Dix minutes plus tard, la serveuse arriva avec la commande, préférant payer sur le champ l'addition. Malgré cette nuit tourmentée, ce plat fumant l'invita à manger avec gourmandise. Puis l'heure passa doucement, se laissant aller à cette douce paresse.
La matinée se déroula en toute quiétude mais à midi, des ouvriers arrivèrent en groupe, troublant ce calme. Le mentaliste décida alors de partir, salua la serveuse puis marcha d'un pas rapide vers la porte de sortie, rejoignant par la suite sa voiture. Il fouilla sa poche, reprit la page du journal et monta dans la DS. A l'intérieur, il resta rêveur. Où cette machination macabre allait-elle s'arrêter? Il ouvrit la vitre, démarra, sentant quelques secondes après un vent léger qui lui fouettait la joue, se sentant un peu mieux au point qu'il se mit à siffloter. L'effet secondaire du contre-coup sans doute.
En début d'après-midi, il arriva au bureau où Lisbon fut surprise de le voir ainsi que l'équipe qui avait été prévenue de son absence.
- Je croyais que vous ne veniez pas.
- Si vous voulez je peux repartir. répondit-il en plaisantant.
Elle s'avança vers lui et à voix basse lui demanda si ça allait comparé à tout à l'heure, ses collègues n'ayant pas été mis au courant, préférant attendre.
- Si ça ne vous dérange pas, je ne veux pas en parler maintenant.
- D'accord. se montrant compréhensive.
Cependant, son consultant ne fut pas ménagé, en lui apprenant que le corps de deux jeunes femmes avait été retrouvé au bord d'une grande route, déguisées par une robe noire ainsi que d'un chapeau. Une nouvelle enquête les attendait. Cette annonce le paralysa, confirmant donc que ça n'avait été en rien une hallucination. Elles existaient. Par rapport à ce que Jane avait raconté à Lisbon quelques heures auparavant, ils ne pouvaient que faire le lien. Donnant son accord de les suivre, lui, Cho, Rigsby et leur chef partirent sans tarder.
Arrivés sur les lieux du crime, il ne put s'empêcher de les examiner après leur avoir retiré leur chapeau et perruque. D'après les premières informations que leur patronne avait obtenu par l'intermédiaire de Van Pelt, restée au C.B.I, s'étant empressée de lui demander, il s'agissait de deux sœurs. Elle avait pris une capture plusieurs minutes auparavant de la coupure de journal, montrée par Jane durant le trajet, ne pouvant refuser de venir avec eux. Il n'en n'était pas question.
Tôt ce matin, le bureau californien d'investigation avait reçu un appel, signalant que deux cadavres avait été découverts par un automobiliste sur une grande route. Lorsqu'on lui fit la description de ces deux personnes, Lisbon fit immédiatement le rapprochement. Elle essaya donc de prévenir le mentaliste, n'y parvenant pas et pour cause, celui-ci avait éteint son portable pour ne pas être dérangé et mieux méditer là-dessus. À présent, ce qu'ils savaient était que les deux jeunes femmes faisaient partie d'une troupe théâtrale suite aux renseignements transmis par l'agent junior.
Peu après, quand Jane retourna l'un des chapeaux, il remarqua une carte sur laquelle le smiley avait été également dessiné, exposé aux yeux de tous. Le mentaliste en conclut rapidement, que John le Rouge avait pris des personnes innocentes, par supposition, pour participer à son scénario sinistre, jouer avec et les tuer par la suite afin qu'elles ne puissent jamais parler. Pourquoi une telle mise en scène? Ça ne ressemblait pas au plus célèbre, redoutable des tueurs en séries.
J'ai corrigé les quelques fautes et deux que j'ai remarquées. Merci AllisonMentalist pour les reviews. Ça me fait chaud au cœur.
