Le reste de l'équipe ressentit de l'effroi en le voyant, Risgby certain également que c'était John le Rouge, se tenant face aux cadavres. L'agent eut un haut le cœur devant cette horreur tout en éprouvant une certaine empathie. Comment pouvait-on disposer de la vie des gens comme ça? Une réflexion qu'il se hâta de partager.
-Tu as raison. répondit Jane, remué.
Lisbon dirigea son regard vers le consultant puis lui demanda si c'était les deux personnes qu'il avait vu. Il n'hésita pas, émettant un oui. Cho et son coéquipier se regardèrent, s'interrogeant. Ils ne comprenaient pas pourquoi leur chef posait cette question. Alors, Rigsby alla à la pêche aux nouvelles.
- Qu'est-ce qui se passe pas patron? se montrant soucieux.
A leur tour, Jane et Lisbon se regardèrent, se disant qu'ils ne pouvaient pas leur cacher. Leur patronne tête baissée à ce moment la releva et d'un air contrit leur raconta tout.
- Pourquoi vous nous avez rien dit? réagit cette fois Cho, légèrement mécontent de cette cachotterie, se disant qu'ils étaient une équipe avant tout.
-Je voulais en savoir davantage avant de vous en parler.
Elle résuma ensuite l'essentiel ce qui stupéfia Rigsby et intérieurement son coéquipier qui avait l'habitude de ne presque rien transparaître. Néanmoins, il ne se gêna pas pour exprimer ce qu'il en pensait.
- C'est vraiment du sadisme. Il a atteint un seuil de cruauté élevé.
Son copain acquiesça, Lisbon étant du même avis ainsi que le mentaliste qui hocha timidement la tête, ne désirant pas s'étendre là-dessus afin d'en rajouter. Il était bien atteint comme ça. Il se ressaisit, inspecta de nouveau avec ses yeux les deux corps, en concluant que John Le rouge avait sûrement dû faire exprès de déposer les corps sur la grande route afin que le C.B.I soit dépêché sur les lieux et qu'il soit à nouveau confronté à un acte barbare comme il avait été il y a quelques années de cela. En effet, les voyant ainsi étendus, il se rappela sa propre vision lorsqu'il avait découvert les corps de sa femme et de sa fille.
Jane resta immobile, le regard figé durant quelques secondes, la respiration coupée, mains dans les poches une nouvelle fois avant d'émerger. Lisbon s'accroupit ensuite près des deux corps tandis que Rigsby était en train d'enfiler un premier gant en caoutchouc puis le deuxième afin de prendre les cartes laissées dans le chapeau de chacune comme il était d'usage pour relever d'éventuelles empreintes.
Evidemment, ils ne se faisaient aucune illusion car le tueur n'en n'avait jamais laissé. Mais c'était la procédure. Elles avaient été ensuite mises sous sachet comme pièces à conviction pendant que Lisbon était en train de se montrer affirmative auprès de Jane.
- C'est bien John le Rouge.
- C'est lui, oui.
Elle se releva, orienta son regard en direction de ses collègues, devinant tous les trois l'effet dévastateur que ça avait sur leur ami. Bouleversé et révolté. Ses yeux se dirigèrent de nouveau vers Jane, enchaînant sur les compléments d'informations que Van Pelt avait auparavant transmis après une recherche rapide effectuée.
- D'après la coupure de journal que j'ai envoyée, il s'agirait de Cathlyn et Erica Hargrove, âgées de 18 et 21 ans. et s'attarda sur les corps. Comment on peut faire quelque chose d'aussi abominable!?
Jane dirigea également son regard en direction de Rigsby, celui-ci horrifié par cet acte sans pitié, faisant cette remarque sans davantage s'apitoyer en apparence.
- Si John le Rouge leur a réservé ce sort, c'est qu'elles le connaissaient. Elles devaient faire partie de son réseau. Lisbon, quel est le nom de la troupe de théâtre qu'à trouvé Van Pelt?
- Les chapeaux noirs.
- Ça ne fait pas trop troupe de théâtre.
-C'est assez funèbre.
Le mentaliste se tourna cette fois-ci en direction de Cho suite à sa remarque pertinente qu'il pointa.
- Tu as raison. Plutôt funèbre comme nom pour une troupe qui normalement regroupe de joyeux apprentis comédiens des planches. Ça sonne plutôt comme des adorateurs de Satan qui s'adonneraient à de la magie noire.
Ces trois coéquipiers acquiescèrent avant de quitter la scène de crime plus tard après le départ du coroner qui estima l'heure de la mort qui se situait entre 6h00 à 8h00 du matin. La journée s'annonçait bien. Des cadavres qui remplacèrent un sandwich ou un simple gobelet de café refréna tout appétit.
Compagnie de théâtre: Les chapeaux noirs, Sacramento, théâtre de l'infini.
Quand Lisbon et Jane arrivèrent sur le lieu de répétition indiqué par Van Pelt depuis le quartier général, tous deux levèrent les yeux vers le nom du théâtre qui évoqua à l'agent chef celui d'une secte avant que le consultant n'enchaîne sur un brin d'humour.
- Les chapeaux noirs, théâtre de l'infini, ça va de pair. Dommage qu'il n'y ait pas de grandes lettres en rouge déjà mise en affichage vedette qui s'enflammeraient en annonçant Lucifer superstar.
-Vous avez de ces idées!
- Mais ça aurait de la gueule. A guichet fermé, je suis sûr.
-Mais oui!
Elle esquissa un demi sourire amusé, levant auparavant les yeux en l'air avant d'émettre une réflexion.
- Pour nous souhaiter la bienvenue en enfer. C'est peut-être d'ailleurs ce qui nous attend derrière les portes de ce théâtre.
-C'est dingue! Pourquoi tant de pessimisme? déclara-t-il à haute voix lors du franchissement d'une des portes d'entrée. Au pire on sera accueilli par un démon chien à trois têtes.
- Si c'est le cas j'espère qu'il vous mordra le derrière.
- Vous êtes dure!
- Ouais. répondit-elle le ton désinvolte.
De se taquiner perpétuellement était en quelque sorte un moyen de rebooster leur humeur.
Ils s'avancèrent ensuite vers la scène après avoir descendu les escaliers où Lisbon interpella quelques membres en lançant un; Bonjour, excusez-moi! pendant que Jane élança quand à lui son bras en signe d'un salut non formel.
- Comment va?!
Le metteur en scène assis dans la salle, caché légèrement dans l'ombre et éclairé faiblement par une petit lampe verte posée sur une petite table marron, se sentit importuné, trouvant cette intrusion très culottée et dérangeante. Quant aux comédiens amateurs, ils se retournèrent en entendant ces voix étrangères à leur troupe. Puis s'ajouta à celle du metteur en scène qui surprit Jane et Lisbon les faisant se retourner aussi.
L'homme se leva alors par politesse, marcha vers eux, la démarche empli d'aisance presque comme s'il flottait au-dessus du sol tel un spectre. Peut-être dû à ses vêtements de couleur noir, le coup protégé par un foulard à carreaux rouge en polyester. Cela parachevait le style de metteur en scène; Frimeur et dédaigneux rien qu'à l'allure. L'était-il réellement où le jouait-il? se demanda le consultant en l'observant au fur et à mesure qu'il se rapprochait. Il lui parut également hautain et fier.
-Je peux vous renseigner?
- Je l'espère. Nous aimerions vous poser quelques questions au sujet de deux personnes qui faisaient partie de votre compagnie de théâtre. Vous pourriez nous accorder quelques minutes?
L'agent chef imposa immédiatement sa requête légitime pour l'enquête, le metteur en scène ne s'y opposant pas, disposé à coopérer. Il sembla également intrigué par le motif de leur présence. Rapidement, le comportement de l'homme poussa Jane à le dévisager afin de se forger déjà une idée à propos de la sincérité de celui-ci, trouvant curieux la brève expression d'étonnement qu'il avait eu. Comme si ça ne le concernait pas, tombant presque des nus. Les informations transmises étaient-elles erronées?
- Nous faisons une pause! lança-t-il aux comédiens avant de se placer dans un coin auprès des deux enquêteurs.
Alors que Lisbon était en train de poser la première question, le mentaliste continua à observer l'homme, le scrutant en détail. Celui-ci se prénommait Gary Beck, la soixantaine, cheveux gris argent, attachés en catogan, grand, mince, le regard bleu perçant d'un husky. Troublant et dérangeant. Il s'avéra que face aux questions posées, l'homme qui paraissait sûr de lui, révéla une assurance fébrile, ce qui surprit Jane, ne le quittant alors plus des yeux. Jusqu'à …
Après avoir présenté la situation, révélé l'identité des deux victimes, le lieu du crime et posé les trois questions auxquelles le metteur en scène répondit d'une manière neutre, Lisbon continua. Aux interrogations précédentes demandées comme; Nous avons retrouvé cette carte, qu'elle brandit, sur l'un des corps. Elle faisaient bien partie de votre troupe de théâtre?
-Oui .
-Depuis combien de temps ?
-Ça allait faire neuf mois. Deux des comédiennes qui étaient là depuis trois ans et demi ont quitté la compagnie à cinq mois d'intervalle pour aller ailleurs. Nous avions besoin de deux comédiennes supplémentaires qui nous étaient indispensables pour la pièce. Et pas longtemps après, un mois plus tard environ je dirais, Erica et Cathlyn Hargrove sont venues se présenter pour les rôles.
-Elles avaient répondu à une annonce que vous aviez passé où ….
-Non. Elles sont venues comme ça. Comme si on les avait envoyé. La providence sûrement.
La réponse fut fournie avec honnêteté, apparemment sincère. On pouvait aussi remarquer qu'il aurait pu se montrer beaucoup plus bavard qu'il ne le paraissait, certainement par une naïveté détectable que le metteur en scène s'efforça de contrôler. Un ton maladroitement rigide employé sans doute pour impressionner quiconque. Donner l'illusion d'être sur la défensive n'était pas une performance très adroite.
Ses défauts n'échappèrent pas à Jane qui interrompit le cours de l'interrogatoire pour lui donner ses impressions personnelles. Sa franchise le déstabilisa.
Avec cette inébranlable désinvolture, cette gestuelle décontracte, quasiment tout le monde perdait contenance. Un petit sourire narquois ajouté en prime, il n'en fallait pas plus pour que son pouvoir d'intimidation agisse.
- Vous êtes metteur en scène, n'est-ce pas ?
-Oui, pourquoi ?
À ce moment, Gary Beck prouva qu'il pouvait se montrer convaincant grâce à son air crispé.
- Vous êtes sans doute plus doué dans votre propre rôle. Car pour jouer la comédie, on n'y croit pas du tout.
-Euh? ….Quoi ? Mais qu'est-ce que….. ?
-Je suis désolée monsieur Beck. Ne faites pas attention à ce que dit mon collègue.
Lisbon intervint, la frimousse grimaçant légèrement. Elle ne voulait pas que l'homme qui était interrogé se braque, arrête de répondre aux questions avant qu'ils ne soient chassés hors du théâtre. Mais le consultant revint à la charge, impertinent.
-Enfin Lisbon! Laissez-moi finir. Je ne vais pas saper votre autorité.
-Pourtant c'est ce que vous essayez de faire à longueur de temps.
-Ah! Bon? Vraiment?
Elle leva les yeux au ciel, résignée, sachant qu'il n'en ferait qu'à sa tête comme toujours dû à son ton ironique et à son attitude insolente.
- Allez-y! Faites! lui donnant la permission, la voix lasse.
- Où j'en étais? Ah! Oui.
Jane énuméra ensuite les défauts qu'il avait remarqué, terminant par une offense.
- Si vous voulez vous faire respecter davantage auprès des gens en général et de ceux que vous dirigez, les pointant en se retournant rapidement vers la scène, il faudrait que ça sorte naturellement de vous. Faire semblant d'être quelqu'un que vous n'êtes pas ne servira pas à grand chose à part que l'on vous trouvera ridicule, pathétique. Vous êtes d'accord? Je suis sûr qu'au fond de vous, vous l'êtes. Pensez-y.
Jane se dirigea alors en vitesse vers la scène, déguerpissant comme un voleur, après avoir tapoté sur l'épaule du metteur en scène, laissant son expression s'indigner. Il ne se gêna pas non plus à cet instant pour dire ce qu'il pensait du comportement du consultant.
- Je me sens insulté. C'est intolérable !
Gary Beck avait un peu de mal à s'insurger en mettant le ton malgré sa bonne volonté sous le regard d'une Lisbon plus à même à se questionner que d'être navrée par la conduite de son consultant. Le metteur en scène n'était vraiment pas doué en effet. Toutefois, elle fit preuve de diplomatie en rattrapant encore une fois l'écart de conduite de Jane afin de continuer l'interrogatoire.
- Désolé pour l'attitude de mon collègue. C'était tout à fait déplacé. Si vous le voulez nous pourrions nous asseoir plus loin pour que nous poursuivions cette discussion? Je vous permets de lui passer un savon pour plus tard.
- Pas longtemps alors. J'ai une répétition qui m'attend.
Il n'eut pas l'air d'avoir relevé la petite plaisanterie, plus ou moins.
- Je ne serai pas longue.
-D'accord.
Elle soupira discrètement de soulagement, écarquilla légèrement les yeux, acquiesçant sur ce qu'avait dit Jane il y a quelques minutes. Pas très affirmé, le metteur en scène! s'était-elle dit.
Tandis que Lisbon et Gary Beck allèrent s'installer, le consultant se prépara à questionner les membres de la troupe à sa manière bien sûr. C'était encore plus intéressant pour lui. Il pourrait ainsi se faire une idée plus claire à propos de cette affaire, d'un tout.
Une fois face à la scène, à la troupe, Jane les fixa durant un court instant, mains dans les poches de sa veste marine à rayures, esquissant un bref sourire. Les voir jouer devait l'amuser. Il enleva ensuite ses mains puis d'un pas alerte, déterminé, il monta les quelques marches en sautillant et quand il se retrouva à proximité des comédiens, les mains cette fois-ci placées derrière le dos, Jane se mit tout d'un coup à crier.
Le silence recouvrit immédiatement la salle de théâtre, tous braquant le regard en sa direction, dont Lisbon l'expression stupéfaite, depuis son siège rouge, situé en hauteur, le metteur en scène et elle se retrouvant cloués dedans. Ils ne purent que s'interroger sur la raison de ce cri soudain. Pourquoi? Venant de Jane, l'agent chef eut sa petite idée là-dessus. Une petite.
Plus bas, le mentaliste se mit à ricaner, s'excusant avec fausseté. Lisbon s'était bien doutée que c'était une tactique, une parmi ses nombreuses autres.
Je poste vite le second chapitre comme il est prêt. Dites-moi ce que vous en pensez. Merci bulle-de-bo pour ton encouragement. Pas de problème. Oui dans cette fic il n'y a pas de jisbon.
Bye.
