Coeur de Pirate et coeur à prendre…
Chapitre 2
Sur la station, le calme régnait, hormis dans les ateliers de réparations. Les robots, qui pouvaient travailler sans prendre de repos, suivaient les instructions téléchargées par Toshirô. Le Death Shadow, qui avait subi peu de dégâts par rapport au Karyu, était en phase de vérifications des systèmes, tandis que sur le vaisseau de Zero résonnaient toujours les outils. L'ingénieur était encore debout, bien que la « nuit » soit tombée depuis plusieurs heures. Il souhaitait être présent au cas où il y aurait un imprévu.
Tous dormaient du sommeil du juste, enfin presque. Fidèle à ses insomnies, Harlock était assis dans son lit. Appuyé contre le bois sculpté de la tête de lit, il revivait le moment où Zero l'avait embrassé. Sur l'instant, il avait pensé que la fièvre l'avait perturbé. Peut-être l'avait-il confondu avec Marina ? Lentement pourtant, il fit glisser un doigt sur ses lèvres.
— Zero…
Soudain, l'alarme de la station résonna dans les récepteurs installés un peu partout à bord. Harlock s'empressa de s'habiller avant de rejoindre le poste de commande de l'astéroïde artificiel.
— Que se passe-t-il ? demanda Harlock à l'officier de garde.
— Capitaine ! Le Genzou nous a retrouvés, répondit-il.
— Quelle distance ?
— Deux cent mille kilomètres, Capitaine.
— Laisse-moi faire, Captain, fit Toshirô.
Le petit homme prit les commandes de sa station spatiale, alors que les équipages des deux vaisseaux attendaient les ordres de Harlock et de Ishikura.
— Est-ce que le Karyu est en état de décoller ? l'interrogea le balafré.
— Pas encore, et le Death Shadow est en phase de vérifications.
— Pas le temps pour ça, on va décoller pour protéger la station et le Karyu, fit Harlock.
— Pas question de mettre en danger mon vaisseau, du moins pas temps que tous les systèmes aient été vérifiés, répondit Toshirô, tout en pianotant sur la console de guidage de sa station.
Une autre alarme retentit. L'ingénieur prit le micro.
— A tous les occupants, ici Toshirô ! Le Genzou nous a pratiquement rejoints mais nous ne craignons rien. Je suis en train de nous enfermer dans la station. Kobayashi et ses hommes ne pourront pas nous détecter. Le temps qu'ils arrivent, et que je fasse faire une boucle à ma station, le Death Shadow sera en mesure de décoller. Tenez vous prêts !
Toshirô coupa le micro et fixa son ami.
— Tu pourras le prendre à revers et peut-être lui coller quelques dommages, fit-il.
— Le Death Shadow résistera-t-il ? s'inquiéta Harlock.
— On verra… Mais fais attention, ok ?
— Compte sur moi, fit le balafré en pointant son pouce vers le haut. Quand le Death Shadow aura décollé, referme la station. Le Karyu n'est pas en état de combattre et je crains que Zero ne fasse une bêtise s'il se réveille, dit Harlock à son vieil ami.
— C'est ce que j'avais l'intention de faire, sourit-il.
Harlock acquiesça avant de se rendre sur le Death Shadow avec ses hommes. Tous se tinrent prêt à décoller et à attaquer le Genzou. Ishikura, lui, trépignait d'impatience. Lui aussi voulait se battre, mais Harlock l'en avait empêché. Et puis, le Karyu n'était pas encore en état.
La station de Toshirô était maintenant fermée avec tous les occupants à bord. L'ingénieur remit les moteurs en route et l'astéroïde artificiel reprit sa route selon les instructions que Toshirô venait de transmettre dans l'ordinateur central. La station allait faire une grande boucle afin de pouvoir se placer à l'arrière du Genzou, ainsi Harlock pourra alors l'attaquer.
Près d'une heure plus tard, la station spatiale se trouva enfin derrière le Genzou qui continuait d'avancer. Apparemment, le système de brouillage des radars de l'astéroïde artificiel fonctionnait parfaitement. Le mode furtif permettait à Toshirô de s'approcher sans être détecté. A bonne distance, la station laissa partir le Death Shadow puis se referma pour protéger ses occupants et le Karyu, toujours en réparation. Le canon de Saint-Elme donnait du fil à retordre à l'ingénieur pourtant surdoué. Une course contre la montre débuta. Le Death Shadow, son équipage et Harlock étaient en danger. La puissance de feu du Genzou lui était supérieure et sans le Karyu pour lui venir en aide… Toshirô n'osa pas penser plus, et se remit au travail.
—
Le commandant du Genzou et ses hommes voulaient en finir avec le Karyu et le vaisseau pirate. Ils avaient la possibilité de localiser les vaisseaux même s'ils étaient sous la protection d'un brouilleur de radars. A distance, Kobayashi observait donc les déplacements du Karyu et du Death Shadow.
— Capitaine ! fit l'officier radar.
— Quoi !
— J'ai perdu la trace de Zero et de Harlock, fit-il nerveusement.
— Tu n'es qu'un incapable ! Triple idiot ! C'est impossible ! cria Kobayashi.
Le pirate hurlait à pleins poumons tout en s'approchant de l'officier radar. Une fois assez proche de lui, le Capitaine lui décocha une droite violente, envoyant valser l'officier.
— Ça t'apprendra ! Retrouve-les ! ordonna Kobayashi.
L'officier se releva, baissa les yeux et regagna son poste, où il reprit ses boutons en main pour chercher le Karyu et le Death Shadow.
Kobayashi rageait, pestait, hurlait dans le vide. Il marchait en long, en large et en travers dans le poste de commande. Les poings serrés. Le regard sévère. C'était un homme rude, avec une carrure très imposante. Complètement l'opposé de Zero et d'Harlock, et pas que physiquement. Son comportement, sa manière d'être, sa façon de parler ou même celle de traiter les autres, surtout ses propres hommes, étaient autoritaires. Il ne tolérait aucun échec, aucune désobéissance. Rien. La majeure partie de son équipage le craignait, mais sans savoir où aller, ces hommes et humanoïdes restaient à bord. Au moins, ils étaient nourris et avaient de quoi dormir. Depuis plusieurs mois, il n'y avait même plus de second à bord. Dans un excès de colère, Kobayashi l'avait assassiné…
L'officier radar ne quittait pas une seconde son écran des yeux, de peur de décevoir son Capitaine. Mais il ne voyait toujours rien bouger. Et puis d'un coup, il se releva.
— CAPITAINE ! hurla-t-il. Le Death Shadow est derrière nous à tribord, et prêt à tirer.
— QUOI ! Bâbord toute ! s'écria le Capitaine. Moteur en puissance max !
Il voulait faire face au vaisseau d'Harlock afin de le voir se disloquer sous les salves de ses canons. Un sourire sadique se dessina sur ses lèvres épaisses.
Le Genzou avançait droit vers Harlock et le Death Shadow, ses canons orientés vers eux et prêts à tirer.
—
A bord du Death Shadow la tension était palpable. Les sirènes d'alarmes résonnaient dans tout le vaisseau. Tous les hommes d'équipage se trouvaient à leur poste, prêts à obéir aux ordres de leur Capitaine. Harlock, lui, se tenait à la barre de son vaisseau. Les mains crispées, il attendait le bon moment pour dévier de trajectoire.
— Capitaine, le Genzou avance droit sur nous, tous ses canons prêts à tirer, intervint Kei.
— Laisse-le venir !
— Capitaine, tu penses qu'on a une chance de le battre ? demanda Tadashi.
— Je ne sais pas…
L'ambiance s'alourdit un peu après les mots du balafré, bien que tous aient confiance en lui.
— Captain ! Tu me reçois ?
— Oui Toshirô. Qu'y a-t-il ? interrogea Harlock.
— J'ai une bonne nouvelle. Les réparations du Karyu sont presque achevées.
— Combien de temps ?
— Je dirais trois bonnes heures, moins si tout va bien.
— Je ne sais pas si on tiendra aussi longtemps…
— J'ai confiance en toi et en mon vaisseau.
— Merci, mon ami.
— Ah ! Au fait ! Que personne ne touche au bouton en forme de tête de mort sur ton fauteuil, ricana l'ingénieur.
— Qu'est-ce-que c'est ? lui demanda surpris le Capitaine.
— Tu verras au moment venu, le nargua-t-il.
Harlock ne posa pas plus de questions. Il connaissait par cœur son vieil ami. Il savait qu'il en saurait plus, quand Toshirô le décidera. Kei, Tadashi et les autres hommes du poste de commande, eux en revanche, se posaient mille questions.
— Nous n'avons donc pas d'autre choix que de résister le temps que Toshirô termine la remise en état du Karyu. Avec lui, nous avons une chance de vaincre. Mais nous devons tenir. Je compte sur vous, fit Harlock dans les micros du vaisseau, afin que tous l'entendent.
Une sorte d'appréhension gagna l'équipage mais il fera front, de ça le Capitaine en était convaincu.
— HISSEZ L'ETENDARD…, cria Harlock. Parés au combat, continua-t-il.
En un souffle, l'étendard de la liberté fut fièrement hissé. Rien que cela, et les hommes du Death Shadow se sentirent mieux.
— Pointez les canons droit devant et parez à faire feu, fit le Capitaine.
— Canons orientés droit sur le Genzou, Capitaine, répondit Kei.
— Le bouclier est activé, Capitaine, dit à son tour Tadashi.
Harlock laissait encore l'ennemi s'approcher. C'était risqué mais cela laissait le temps à la station de s'éloigner et à Toshirô de finir le travail sur le Karyu. Alors qu'il attendait pour donner l'ordre de tir, Harlock laissa s'égarer ses pensées. Il se remémora le baiser aérien que lui avait donné Zero. Il se sentait étrange. Sa poitrine le comprima comme jamais. Il ne réussissait pas à penser à autre chose. D'ailleurs, il se demanda comment allait son ami.
— Harlock ! fit une voix dans la radio du Death Shadow.
Cette voix ramena le balafré dans le présent.
— Zero !
— Oui ! Tu peux me dire ce que tu comptes pouvoir faire seul face au Genzou ? s'énerva presque le Commandant Zero.
— Gagner du temps. Le Karyu n'est pas encore en état de se battre, et toi non plus.
— Et du coup, tu t'es dit que tu allais te battre seul ! Comment peut-on t'aider ?
Harlock ne répondit pas, laissant Zero parler dans le vide. Entendre la voix de son ami l'avait chamboulé bien plus qu'il ne l'aurait cru. Pourtant, fidèle à lui même, il ne fit absolument rien paraître.
— Ajustez les canons, fit Harlock en continuant d'ignorer Zero.
Le Commandant du Karyu ne cessait d'intervenir dans la radio, au point où Harlock demanda silencieusement à l'officier radio de couper la communication.
— FEU ! ordonna le pirate.
—
A bord de la station, Zero pestait contre son ami. Pour autant, il s'admit qu'il aurait fait de même. D'ailleurs, il lui tardait de le rejoindre pour faire enfin face au Genzou et à son Capitaine impitoyable. Lorsqu'il vit le Death Shadow faire feu, son cœur cessa de battre. Intérieurement, il bouillait de rage d'être en retrait. Il serrait ses poings si fort que les jointures de ses phalanges blanchirent. Il devait pourtant se contenir. Comment réagirait son équipage s'il apprenait qu'il avait des sentiments amoureux envers Harlock ?
Zero fixait l'écran de contrôle, espérant qu'Harlock s'en sorte. Le combat faisait rage dehors et lui était là à attendre…
— Toshirô, ici Zero. Où en sont les réparations du Karyu ? demanda-t-il à la radio.
— J'ai encore une ou deux bricoles à faire.
— Harlock se bat seul, il ne pourra pas tenir longtemps, s'inquiéta-t-il.
Mais l'ingénieur cessa de répondre, préférant sans doute se remettre au travail. Zero tournait en rond dans la salle de commande de la Station. Ne sachant que faire, il serra son poing droit et cogna le mur près de lui.
— Commandant ! l'interpella Ishikura.
— Je vais bien, fit Zero plus rudement qu'il ne l'aurait voulu.
En fait, non ! Il n'allait pas bien. Il ne savait pas quoi faire, d'autant qu'il n'était pas du genre à rester sans rien faire. Il faisait partie de la Flotte Indépendante, il n'était pas un lâche… C'est en courant qu'il se rendit dans l'atelier de Toshirô. Il n'en pouvait plus d'attendre.
— Toshirô ! Je sais que tu fais de ton mieux…
— Si tu me laissais travailler, j'irais plus vite, tu sais, fit en souriant le petit homme.
— Harlock…
— Harlock est un grand garçon, et un très bon combattant. Il sait ce qu'il fait… enfin je crois…
Zero ne sut quoi penser. Il observa l'ingénieur qui donnait tout ce qu'il pouvait pour faire au plus vite, pourtant ce n'était pas assez vite pour lui. Il dût néanmoins se résoudre à patienter.
—
A bord du Death Shadow, l'équipage faisait tout pour ne pas perdre la face devant le Genzou. La tension était palpable. Le vaisseau d'Harlock tanguait de gauche à droite à chaque salve qu'il recevait. Des craquements retentissaient un peu partout. Malgré la puissance de ses canons, le Death Shadow ne parvenait pas à atteindre le Genzou.
— Capitaine, aucun de nos tirs n'atteint l'ennemi, fit Tadashi.
— Je sais… Kei ! Analyse les attaques de Genzou depuis le début du combat. Il doit avoir un point faible. Il suffit de le trouver, finit-il.
— A tes ordres, Capitaine.
— Tu penses vraiment que le Genzou a un point faible ? demanda Tadashi.
Debout, les bras croisés sur la poitrine, Harlock ne répondit pas. Au fond de lui, il espérait que Kei trouve quelque chose. La jeune femme s'activait à sa tâche, visualisant les enregistrements du combat en cours. Le Death Shadow reçut une salve plus puissante que les précédentes, enfin ce fut ce que crut l'équipage. Le bouclier de protection, pourtant renforcé par Toshirô, venait d'encaisser un sale coup. Il n'était pas loin de se rompre. L'inquiétude gagnait les hommes du vaisseau. Serait-ce leur fin ?
L'ordre de tir en continu donné par le balafré était suivi à la lettre par les officiers chargés des canons. Pourtant aucun tir ne semblait toucher le Genzou. Plus le combat avançait, plus le Death Shadow craquelait de bâbord à tribord. Quelques incendies s'étaient déclarés, notamment dans la salle des machines. Les quelques hommes présents s'acharnaient à les éteindre.
— Capitaine ! fit Miimé. Que comptes-tu faire ? lui demanda-t-elle.
— Résister au mieux pour laisser à Toshirô le temps de finir ce qu'il a à faire sur le Karyu, répondit platement Harlock, qui n'avait pas bougé.
Miimé se posta près de son vieil ami. Ils se connaissaient depuis si longtemps qu'Harlock savait qu'elle avait autre chose en tête. Il n'eut pas besoin de demander avec le son de sa voix, juste un échange de regard suffit à faire parler la jeune femme.
— Lui as-tu parlé ? Tu sembles encore plus préoccupé qu'avant.
— Non.
— Vous êtes de grands benêts tous les deux, sourit-elle avant de le laisser.
Le combat faisait rage. Et puis d'un coup, l'écran de protection du Death Shadow vola en morceaux. Kobayashi jubilait. Il était sur le point de détruire le plus redouté des pirates de l'espace et s'il avait de la chance, il supprimerait en même temps l'un des vaisseaux de la Flotte Indépendante, celui du Commandant Zero et lui avec. A bord du vaisseau pirate, l'équipage se faisait malmener. Le docteur avait arrêté de compter les blessés, mais avec l'aide de Miimé, qui venait de le rejoindre à l'infirmerie du bord, il se sentit moins surchargé. De son côté, Kei cherchait toujours les informations demandées par son Capitaine.
— Kei ! Tu en es où ? demanda Tadashi.
— Toujours rien. C'est à croire que ce vaisseau est invincible.
— C'est ce qu'on pensait du Hell Castle, pourtant nous l'avons bien eu, répliqua le jeune homme.
— Tu as raison. Je continue de chercher.
— Kei ! Envoie toutes les données du combat au Karyu et fais une copie pour la station. Mettez-moi en contact avec la station, je veux parler à Zero, fit le Capitaine.
— A vos ordres, fit l'officier radio. Liaison ok, Capitaine, fit-il quelques secondes plus tard.
Sur l'écran géant du Death Shadow, Zero apparut.
— Harlock ! Comment vous vous en sortez ? s'inquiéta-t-il.
— Plus tard ! Kei vient de transmettre au Karyu les données sur le combat. Peux-tu les faire analyser ?
— Oui bien sûr. Je m'en occupe de suite. Je te tiens au courant.
Avant que la communication ne soit rompue, Zero riva une seconde son regard à celui de son aimé. Il y avait tant d'émotion et d'amour dans cet échange, qu'Harlock sentit sa poitrine le broyer et son cœur s'emballer. Il avait tant de mots coincés dans le fond de sa gorge, qu'il eut beaucoup de mal à déglutir. Comment s'ouvrir à l'autre sans souffrir ? Comment le protéger ? Et si on se servait de lui pour l'atteindre ?
Une violente secousse fit trembler le vaisseau. Ils furent nombreux à chuter dont le Capitaine lui-même. Il venait de se fracasser la tête contre la barre de navigation, devant le regard inquiet de Zero.
— HARLOCK ! s'écria-t-il.
Sonné, le pirate se releva difficilement en s'agrippant à la barre. Il semblait saigner abondamment de la tête.
— Kei ! Accompagnez-le à l'infirmerie, demanda le Commandant du Karyu.
— Pas besoin !
— Tu n'as pas le choix, insista Zero. Kei, je compte sur vous. De mon côté, je m'occupe des données que tu as envoyées.
— Capitaine, il a raison. Venez !
A contre cœur, il suivit la jeune femme jusqu'à l'infirmerie. D'ailleurs, il ne savait pas vraiment pourquoi il avait cédé. De son côté, Zero donna l'ordre à Ishikura d'analyser les données envoyées par le Death Shadow. Le Commandant de la Flotte Indépendante laissa son second à sa tâche et se rendit dans sa chambre. Il s'appuya contre la porte et la frappa du poing. Il cogna si fort, que ses articulations saignèrent.
— Bon sang ! murmura-t-il. Pourquoi suis-je bloqué ici ? Pourquoi a-t-il fallu que …
Zero ne pensait qu'à Harlock alors que son esprit devrait être tourné vers le combat. Ce qu'il se passait avec le Genzou était bien plus important, mais rien à faire. Dans sa tête, il n'y avait que le balafré.
— Je dois me ressaisir…
Il prit une profonde inspiration, pensant que cela l'aiderait à se recentrer, mais il n'en fut rien. Ses mains tremblaient depuis le moment où il avait vu Harlock tomber. La peur de le perdre lui broyait les entrailles. Son cœur s'emballait dès qu'il repensait à tout cela. Il se savait amoureux de lui, mais la réalité était toute autre. Lorsqu'il avait perdu sa tendre épouse et son enfant, il crut ne jamais s'en remettre mais surtout il ne pensait plus aimer comme il aimait sa femme. Et puis, il y avait eu Marina. Il fut attiré par elle pratiquement dès le début, et lorsqu'il avait découvert qu'elle s'était faite mécaniser cela n'avait rien changé. Pourtant, il ne réussissait pas l'aimer comme il avait aimé son épouse. A cette époque, Zero ne pensait déjà plus qu'à Harlock. C'est là qu'il comprit qu'il voyait Marina plus comme une sœur qu'une petite amie. La pauvre jeune femme avait eu si mal qu'elle avait quitté le Karyu, la mort dans l'âme. Les sentiments qu'il ressentait pour son ami étaient différents de ceux qu'il ressentait pour sa femme mais ils étaient tout aussi forts, sinon plus. Alors voir Harlock risquer sa vie pour lui et pour tous ses hommes ainsi que pour la station de Toshirô, lui broyait les entrailles comme jamais. Il avait le balafré dans la peau…
Zero prit une profonde inspiration et expira très lentement. Il le fit à plusieurs reprises. Il devait reprendre son calme et ses esprits. Il était hors de question que leurs hommes d'équipage se rendent compte de quoi que ce soit. Il aimait trop Harlock pour lui porter préjudice.
—
Lorsqu'il ressortit de l'infirmerie, le balafré avait une bande autour de la tête pour protéger les points de suture que lui avait faits le médecin. Il ne se sentait pas particulièrement bien mais il retourna sur la passerelle de pilotage.
— Capitaine ! La secousse de tout à l'heure c'était une explosion dans la salle des machines. Personnes ne peut entrer à l'intérieur. Il y a une brèche dans la carlingue, expliqua Kei.
— Y a-t-il encore au moins un moteur en état de marche ? demanda Harlock.
— Un seul, Capitaine, répondit la jeune femme.
Le Capitaine croisa les bras sur sa poitrine et regardait les images de son vaisseau depuis l'écran de contrôle. Il serra les dents. N'y avait-il donc aucun moyen de vaincre Kobayashi ?
— Barre à tribord, cent soixante degrés ! ordonna le balafré.
— Barre à tribord, cent soixante degrés. Ok Capitaine, fit l'officier de navigation.
— Canons à bâbord, cent degrés ! ajouta Harlock.
L'ordre fut suivi à la lettre. Dans cette position, il espérait que le Genzou ne puisse pas intervenir.
— FEU ! ordonna-t-il enfin.
Le Genzou mit du temps à comprendre où voulait en venir le Death Shadow, mais il réussit à éviter que le coup ne l'atteigne. Harlock pesta. Une fois de plus, le vaisseau le plus redouté de la galaxie était dans l'impasse. Quelques secondes s'écoulèrent avant que l'ennemi ne riposte. Le Death Shadow, qui avançait toujours, reçut le tir de plein fouet et plusieurs explosions se firent ressentir. Toutes les alarmes du vaisseau retentirent. Là, il n'y avait plus rien à faire… C'était la fin de ce fantastique vaisseau, conçu par le plus incroyable et intelligent des ingénieurs…
La station spatiale avait réussi à s'éloigner suffisamment pour ne pas être prise dans les tirs croisés, mais elle était trop loin à présent pour venir en aide à Harlock et à son équipage.
—
— Bon sang Toshirô ! Où en es-tu ? Harlock et ses hommes vont se faire massacrer !
Zero serrait les poings et tentait de rester le plus calme possible. Il était dans l'atelier avec l'ingénieur qui se démenait comme un forçat pour finir enfin les réparations.
— Encore une petite trentaine de minutes, répondit le petit homme sans s'arrêter de travailler.
Toshirô n'avait pas la même voix qu'à l'accoutumée. Il était inquiet et Zero l'avait ressenti. Le Commandant de la Flotte Indépendante se rendit compte alors qu'il n'était pas le seul à se soucier de Harlock et de ses hommes. Il posa alors une main compatissante sur l'épaule de Toshirô, qui stoppa quelques secondes son travail. L'ingénieur apprécia ce geste amical. Aucun mot de plus ne fut prononcé, puis Zero quitta l'atelier afin de laisser Toshirô terminer son travail.
—
— Harlock, tu m'entends ? Harlock, tu m'entends ? fit une voix dans la radio du Death Shadow.
— Emeraldas ? Nous t'entendons parfaitement, répondit le Capitaine.
Sur la passerelle, un regain d'espoir envahit l'équipage. La conversation avec la femme pirate fut retransmise dans tout le vaisseau.
— Très bien ! Harlock donne l'ordre d'évacuation. Que tout l'équipage se rende aux sas d'évacuation sur le champs. Je lance les grappins d'évacuation. Tenez-vous prêt !
—A tout l'équipage, ordre d'évacuation immédiat, ordonna Harlock.
Harlock souffla intérieurement. C'en était fini du Death Shadow.
— Partez tous, je vous rejoins, fit le Capitaine à Kei et aux autres qui se trouvaient avec lui sur la passerelle.
Après un moment d'hésitation, Tadashi prit la main de sa petite amie et la tira vers l'un des sas. Les autres ne tardèrent pas à les suivre, sauf Miimé.
— Tu ne peux plus le sauver, fit-elle doucement.
— Je sais.
— Ne restons pas ici.
Harlock ne répondit pas, pourtant il savait qu'elle avait raison.
— Tu as raison. J'ai une revanche à prendre, ajouta-t-il.
— Et un aveu à faire…
Le Capitaine regarda son amie. Il lui sourit tendrement pour lui affirmer qu'il le ferait, puis ensemble ils se dirigèrent vers le sas le plus proche. Ils empruntèrent le long conduit qui les mena jusqu'au Queen Emeraldas, où ils retrouvèrent tous les autres. A peine, la femme pirate avait-elle retiré les grappins, qu'une salve ennemie s'abattit sur le Death Shadow. C'était la fin… Le vaisseau explosa à plusieurs endroits, pour finir complètement disloqué. Le Queen Emeraldas, équipé d'un camouflage de nouvelle génération, put partir, comme il était venu, sans éveiller les soupçons de Kobayashi qui jubilait d'avoir anéanti le pirate de l'espace le plus redouté et son soi-disant vaisseau unique et extraordinaire.
A bord de la station, en revanche…
Dans la précipitation, Emeraldas n'avait pas prévenu son mari de son arrivée, et trop occupé avec le Karyu, il n'avait pas branché le lecteur de radar capable de voir venir le Queen Emeraldas. Du coup, personne sur la station n'avait pu voir la femme pirate venir en aide à Harlock et à son équipage.
Ishikura sentait des larmes monter mais ce n'était pas le seul. Toshirô pleurait à chaudes larmes d'avoir perdu son meilleur ami et tous ses amis du Death Shadow. Pour autant, il refusait d'arrêter de travailler sur le Karyu. Plus que dix minutes, et c'était terminé. Il se demanda pourquoi il n'avait pas pu faire plus vite ? Pourquoi était-il si pointilleux ? Le résultat, c'est qu'il avait perdu de nombreux être chers…
Zero était, quant à lui, anéanti. Harlock était mort… A ses yeux cela ne se pouvait pas. Pourtant, il devait bien se rendre à l'évidence. Le Death Shadow venait d'exploser… Il s'enferma dans sa chambre et à peine eut-il fermé la porte qu'il se déchaîna dessus à coup de poings plus violents les uns que les autres, à s'en faire saigner les phalanges. Des larmes recouvraient son visage, et au fur et à mesure ses yeux rougirent. Il venait de perdre l'amour de sa vie…
Alors que Toshirô revint vers la salle de commande de sa station, après avoir enfin terminé les réparations du Karyu, une voix retentit dans la radio.
— Toshirô, Toshirô… Tu m'entends ?
— HARLOCK ! s'écria-t-il. Mais comment ?
— Désolée mon amour, il m'a paru plus urgent de les sauver que de te prévenir.
— Ce n'est rien mon ange, sourit le petit homme. Tu as fait ce qu'il fallait. Comment va tout le monde ?
— Ils vont tous bien, quelques blessés mais rien de grave. On vous rejoint, fit la femme pirate.
Toshirô était soulagé, mais il devait prévenir les autres. Il fit un appel radio.
— Ici Toshirô. J'ai deux bonnes nouvelles.
Depuis sa chambre, Zero ne put s'empêcher de haïr cet homme, même s'il savait qu'il avait fait tout ce qu'il pouvait pour venir en aide au Death Shadow.
— J'ai enfin fini les réparations du Karyu.
Zero, qui s'était laissé tomber sur le sol, se releva d'un coup. Le Karyu était enfin prêt. Il allait pouvoir venger Marina et surtout Harlock. L'adrénaline le poussa. Il sortit de sa chambre et courut pour rejoindre l'ingénieur, qui n'avait pas encore terminé de parler.
— La deuxième bonne nouvelle, c'est que ma tendre épouse est arrivée à temps pour sauver Harlock et l'équipage. Ils sont saufs, pleura-t-il de joie.
Zero stoppa sa course. Quoi ! Harlock. Son ami. Son amour. Vivant ? Il ne pouvait y croire. Il reprit sa course folle et rejoint enfin Toshirô.
— Si c'est une blague, elle est de mauvais goût ! dit brutalement Zero.
— Ce n'est pas une blague, Zero. Appelle le Queen Emeraldas, tu verras.
Zero resta stupéfait. Toshirô décida alors d'appeler lui-même le Queen Emeraldas.
— Emeraldas, tu me reçois ? demanda-t-il.
— Oui, Toshirô. Qu'y a-t-il ?
— Harlock est prêt de toi ?
— Je suis là, répondit simplement le pirate.
— Har…lock… Tu… es …bien …vivant…, hésita à demander Zero.
Les larmes reprirent leur chemin vers les yeux déjà très rougis de Zero. Son émoi était tel que Toshirô se posa des questions mais il ne dit rien. Ce n'était pas le moment pour ça.
A suivre…
