Coeur de Pirate et coeur à prendre…

Chapitre 4

Le Karyu se préparait pour le décollage. Tous les hommes d'équipage se trouvaient à leur poste. Les hommes d'Harlock les aidaient comme ils le pouvaient. Sur la passerelle du vaisseau de la Flotte Indépendante, il ne manquait plus que le Commandant Zero et le pirate. Miimé les avait vus dans le couloir qui menait à la cabine d'Harlock. Les préparatifs prendraient un certain temps et les amants souhaitaient profiter un peu de l'intimité que leur procurait la station. Une fois qu'ils auraient rejoint Toshirô, qui sait quand ils se reverront ?

Harlock se tenait, comme à son habitude, droit face à la fenêtre de sa chambre. Il scrutait l'infinie étendue qui se montrait à lui. Assis sur une chaise, près de la table, Zero le contemplait. Il se remémorait leur premier vrai baiser, pas celui qu'il lui avait volé, ainsi que leur étreinte de la nuit dernière. Une myriade de sensations s'empara de son corps. Il se souvenait des caresses données par son amant. Sa peau. Son odeur. Il soupira d'aise sans lâcher son amour des yeux.

Le pirate se sentit observé. Il se servit des reflets de la vitre afin de regarder Zero. Il le vit sourire. Il se douta qu'il repensait à la veille. D'ailleurs, lui aussi y pensait. Tant de sensations retrouvées. Tant d'émotions ressenties. Encore maintenant, juste en y repensant tout son corps réagissait. Il se reprit. Aujourd'hui, il devait retrouver son vieil ami sur la planète Nhoyara. Il ne savait toujours pas ce qu'avait Toshirô en tête et cela le perturbait. De plus, sans vaisseau comment combattre ?

— Tu es inquiet ? lui demanda Zero.

— Hmm…

— On réussira à battre le Genzou. J'ai confiance en nous et en Toshirô.

— Moi aussi. Mais sans le Death Shadow…

Warrius se leva et rejoignit Harlock avant de l'enlacer. Il s'était calé derrière lui et avait posé sa tête sur son omoplate. Le balafré se détendit en un rien de temps. Zero l'avait senti et avait resserré un peu plus son étreinte.

— Je vois que ma présence te détend, murmura Zero.

Harlock resta silencieux, mais profita pleinement de ce contact en rejetant sa tête vers l'arrière.

— Toshirô a peut-être un autre vaisseau à te donner, fit Warrius.

— Possible. Rien ne m'étonne plus avec lui. Comme pour sa station…

Les deux hommes restèrent ainsi un moment, mais bientôt il fut l'heure de monter à bord du Karyu. Zero desserra l'étau de ses bras et invita son pirate à le suivre à bord du Karyu.

— Ton taxi doit être prêt, ironisa le Commandant de la Flotte Indépendante.

Le Capitaine sans vaisseau sourit. Décidément, Zero le surprendra toujours… Ensemble, ils rejoignirent le Karyu. Sur la passerelle, tout était opérationnel, tous étaient prêts.

— A tout l'équipage, DECOLLAGE, fit le Commandant.

— Très bien Commandant. Tous les systèmes sont ok. Décollage ! fit Ishikura.

Le Karyu se mit doucement en mouvement et lentement quitta son quai d'amarrage. Une fois dans l'espace et suffisamment loin, la station se referma d'elle-même, sans doute une programmation de Toshirô, puis reprit sa course sur l'orbite infini tandis que le vaisseau de la Flotte Indépendante mettait le cap sur la planète Nhoyara.

Debout près du poste, Harlock se tenait droit. Silencieux, son regard se perdait vers l'horizon de l'infini, ses pensées vers le Death Shadow et le Genzou. Bien qu'il ait une totale confiance en Toshirô, il ne savait pas ce que son meilleur ami pouvait faire en deux jours à peine. Il n'écoutait pas ce qui se passait autour de lui. D'ailleurs, il ne se sentait pas à sa place ici. Ce poste de pilotage était celui de son amant. Zero était le maître à bord, lui n'était finalement qu'un passager. Cette idée lui déplaisait, mais avait-il le choix ?

Le commandant du Karyu faisait de son mieux pour ne pas laisser dériver ses pensées vers Harlock. Il se doutait bien que pour lui cette situation était difficile néanmoins, il devait garder l'esprit clair. Il s'occuperait d'Harlock plus tard.

— Commandant, les coordonnées ont été enregistrées dans l'ordinateur central, fit Ishikura.

— Très bien ! Ishikura. En avant toute…

— En avant toute…, répéta l'officier navigateur.

— Préparez l'entrée dans l'hyper-espace ! ordonna Zero.

— Entrée dans l'hyper-espace dans cinq, quatre, trois, deux, hyper-espace, annonça le Commandant en second.

Le Karyu filait maintenant à une allure ultra-rapide, pourtant il leur faudra plusieurs heures pour rejoindre Toshirô et Emeraldas. Zero laissa le Karyu entre les mains de son second, Ishikura. Tadashi, qui avait bien sympathisé avec lui, resta avec son nouvel ami. Le docteur rejoignit son confrère dans l'infirmerie du vaisseau de la Flotte Indépendante. L'équipage du Death Shadow se mêla à celui du Karyu. Miimé et Kei restèrent ensemble. Elles avaient eu l'autorisation de visiter le vaisseau. Pendant ce temps, Zero guida son amant vers son bureau.

— Tu ne restes pas avec le Capitaine, Miimé ? demanda Kei.

— Il n'a pas besoin de moi. Il est avec la personne avec qui il souhaite être, sourit-elle.

Au début la jeune femme ne comprit pas.

— Ils ont déjà passé tant de temps ensemble hier, de quoi peuvent-ils encore parler ?

— Pas besoin de parler, pour eux…

— Hein… ?

Kei ne comprenait toujours pas, et puis d'un coup elle plaqua ses deux mains sur sa bouche et rougit. Elle venait de comprendre.

— Tu veux dire que le Capitaine et le Commandant…

Elle n'osait pas terminer sa phrase de peur de dire une bêtise.

— Tu as tout compris. Ils ont besoin de se retrouver. Qui sait quand ils se reverront après ?

— Je vois… Je suis contente d'apprendre que notre Capitaine n'est plus seul, ajouta Kei.

— Oui, moi aussi…

Toshirô était impatient de revoir son ami. Il l'attendait assis sur un gros rocher. Emeraldas lui tenait compagnie.

— J'espère que Zero va tenir sa parole, fit l'ingénieur.

— C'est un homme droit et de parole. Tu n'as pas à t'inquiéter. Et puis, Harlock l'y obligera s'il se dérobait.

— Tu as raison, répondit-il évasivement à sa tendre femme.

— Y aurait-il autre chose qui te tracasse ? lui demanda-t-elle.

A vrai dire, Toshirô ne savait pas comment aborder ce qui le perturbait. Il soupira.

— Toshirô, tu peux tout me dire. Tu le sais, sourit la jeune femme.

— Je sais Emeraldas, je sais…, souffla-t-il.

L'ingénieur observa le ciel, avant de regarder sa femme dans les yeux.

— Tu ne trouves pas… qu'il y a un truc bizarre entre Zero et Harlock ? demanda-t-il soudain.

La femme pirate plaça l'une de ses mains devant sa bouche, avant de se mettre à rire.

— Pourquoi est-ce que tu te moques de moi ? bouda Toshirô.

— Je ne me moque pas, mon ange. Je suis juste surprise que tu aies remarqué ce détail, et plus encore que tu ne réussisses pas à le comprendre.

L'ingénieur se gratta la tête en réfléchissant.

— Explique !

— Ils sont amoureux, lui avoua Emeraldas.

— Amoureux de qui ?

— T'es idiot ou tu le fais exprès ? le taquina-t-elle. Amoureux l'un de l'autre…

Les yeux de Toshirô s'écarquillèrent et clignèrent plusieurs fois. Que venait de dire Emeraldas ?

— Hein… ! s'étonna-t-il.

L'ingénieur se tut. En fait, peu lui importait de savoir de qui son meilleur ami était épris. Le plus important pour lui c'était de le savoir heureux et il le connaissait assez pour voir que c'était le cas.

— Je suis content qu'il se soit enfin ouvert à quelqu'un, dit-il doucement.

— Je suis d'accord, répondit Emeraldas. Tiens ! Ce n'est pas le Karyu qui arrive là-bas ? demanda-t-elle en montrant un vaisseau qui brillait dans la thermosphère[1].

— Oui ! C'est lui…

Il ne fallut pas longtemps au vaisseau de la Flotte Indépendante pour rejoindre la terre ferme de la planète. Le Commandant Zero fit atterrir le Karyu non loin du Queen Emeraldas, et avec Harlock et son équipage, descendit rejoindre Toshirô et sa femme.

— Ha… ! Vous voilà enfin, les accueillit l'ingénieur. Merci Zero d'avoir tenu parole.

— Je t'en pris, Toshirô, répondit le Commandant Zero.

— Harlock, je suis content de te voir, lui avoua-t-il.

Le pirate l'observa sans un mot, mais Toshirô le connaissait bien et savait à quoi pensait son ami. Aussi, il ne se fit pas prier pour les inviter tous à le suivre.

— Toshirô, vas-tu enfin me dire pourquoi tu nous as fait venir ici ? demanda enfin Harlock.

Le groupe suivait le petit homme. Peu d'hommes connaissaient cette planète éloignée. Sur Nhoyara, il y avait peu d'eau bien que de grands lacs la parsemaient ; de grandes montagnes entouraient un désert chaud et rocailleux. Il y avait peu d'habitants, sans doute parce qu'il y avait peu de travail. Quelques villes existaient néanmoins, un peu dans le style de Gun Frontière.

Toshirô guidait toujours sa petite troupe, Harlock et Zero en tête, mais s'arrêta devant une paroi rocheuse haute de plusieurs dizaines de mètres et large quasiment à perte de vue. Il posa sa main sur la roche face à lui. Un petit panneau s'ouvrit et un clavier apparut. Toshirô pianota un code d'accès et une large porte s'ouvrit sur un immense hangar dans lequel il faisait si sombre qu'aucune des personnes présentes ne pouvait voir à plus de quelques mètres.

— Harlock, je t'en prie. A toi l'honneur, dit enfin Toshirô.

Le pirate pénétra dans le hangar. La lumière s'alluma. Après avoir marché une bonne centaine de mètres, Harlock vit enfin pourquoi Toshirô l'avait fait venir sur cette planète. Les yeux écarquillés, il fixait ce qu'il y avait devant lui.

— Alors ? Qu'en penses-tu ? lui demanda son vieil ami.

— Quand as-tu pu construire ce vaisseau ? demanda Harlock surpris.

— Ha ça … ! sourit le petit homme. Comment tu le trouves ?

— Il est magnifique, tout comme l'était le Death Shadow…

— Merci.

— Toshirô ! C'est un vaisseau ! s'esclaffa Tadashi.

— Oui. C'est notre nouvelle maison. Enfin, si Harlock veut bien en devenir le Capitaine, affirma Toshirô.

Le pirate regarda son ami dans les yeux.

— Le Death Shadow a été détruit par ma faute, et tu es prêt à me confier ton nouveau vaisseau ?

— Oui ! J'ai confiance en toi. Et puis ce n'est pas ta faute, le Genzou est vraiment très puissant.

— Et ce nouveau vaisseau peut le vaincre ? demanda Zero.

— Maintenant oui ! C'est pour cela que je suis venu avant hier. J'ai modifié les canons pour qu'ils puissent atteindre le Genzou. J'en ai profité pour en ajouter un, mais je vous en parlerai plus tard.

Toshirô était satisfait. Tout l'équipage semblait heureux d'avoir retrouvé un endroit pour vivre. Harlock ne décrochait pas son regard du métal argenté. Il avait beau connaître son ami, mais son intelligence l'étonnait toujours. Le cerveau de Toshirô était exceptionnel.

— Tu es un génie, lui dit le pirate.

L'ingénieur rit bêtement en se grattant la tête, puis invita tout le monde à bord pour une visite guidée. Chacun y trouvait son compte et son confort. Dans la salle des machines, les mécaniciens n'en crurent pas leurs yeux lorsqu'ils virent les moteurs. Plus gros, plus puissants que ceux du regretté Death Shadow. De même pour les canons, et toutes les armes du vaisseau.

— En gros, tout fonctionne pratiquement comme le Death Shadow, annonça Toshirô. Avec des petites surprises, mais je ne vous en dis pas plus pour le moment.

Toshirô aimait garder une part de suspens, et là il se régalait d'avance. D'autant qu'il était venu ici, deux jours avant, afin de faire les modifications qu'il souhaitait, sans avoir eu connaissance d'un fait important avant. Et pour le coup, cela l'enjouait.

— Alors, Captain ? Tu es d'accord pour prendre le commandement ? redemanda Toshirô à Harlock.

— C'est d'accord, mon ami, répondit le pirate au bout d'un moment de réflexion.

— Je suis sûr que tout se passera bien. Tu verras. Je me suis surpassé.

Le petit homme ponctua sa phrase par un clin d'œil et par un sourire.

— Comment l'as-tu baptisé ?

— Je n'y ai pas encore pensé…

— Je vois.

Toshirô annonça à tous par radio que ce nouveau vaisseau serait leur nouvelle maison et qu'Harlock avait accepté d'en prendre le commandement. Miimé, Kei et Tadashi choisissaient leurs cabines, tandis que Toshirô et Emeraldas guidaient Harlock a ses quartiers, accompagnés par Zero.

L'équipage se voyait déjà inaugurer leur nouveau vaisseau avec leurs amis du Karyu. Kei se sentait plus apaisée. Tadashi ne montrait rien mais il était heureux. Miimé semblait être autant soulagée que ses amis. Harlock était ému du cadeau que lui faisait encore son vieil ami, mais il ne le montra pas. Seuls Toshirô, Emeraldas, Miimé et Zero s'en aperçurent.

Plusieurs heures s'écoulèrent. Les hommes d'Harlock s'appropriaient leur nouveau vaisseau. Ils avaient testé les moteurs, les armes, les canons, les radars, et toutes les choses dont ils auraient besoin dans l'espace et surtout lors d'un combat. Personne n'avait oublié le Genzou, et dans l'éventualité d'un nouveau combat avec lui, tous s'affairaient à la tâche.

Zero avait rejoint le Karyu. Harlock semblait occupé et il ne souhaitait pas le gêner. Il se trouvait dans son bureau. Une tasse de café à la main, il se perdait dans ses pensées. Maintenant que son amant avait retrouvé un vaisseau, il était évident qu'Harlock repartirait à la conquête de la liberté avec son équipage. Warrius avait un poids sur le cœur. Quand le reverrait-il ? Il laissa un soupire s'extirper de sa bouche. Son café refroidissait lentement, il le tournoyait dans sa tasse comme Harlock faisait tourner son alcool préféré dans son verre. Avachi au fond de son fauteuil, il ne pensait qu'à son balafré et à leur première nuit. Intense. Plus sensuelle qu'il ne l'aurait imaginée. Il pouvait encore sentir les caresses d'Harlock. Son odeur, aussi. Rien que cela et son corps s'échauffa. Il soupira, encore…

— Commandant ! Le Capitaine Harlock souhaite s'entretenir avec vous, fit Ishikura dans la radio.

— Très bien ! Passez-moi l'appel dans mon bureau, répondit Zero.

Il ne montra rien, mais il était heureux d'entendre la voix de son amour.

— Ici Zero, tu m'entends Harlock ?

— Oui, très bien. Peux-tu me rejoindre à bord du vaisseau ?

— Oui bien sûr. J'arrive.

A peine leur conversation achevée, Zero prévint son second de son absence et se rendit rapidement sur le vaisseau de son amant. Harlock l'attendait sur la passerelle d'embarquement.

— Suis-moi, ordonna presque le pirate.

Zero acquiesça. Inquiet, il se demanda si Harlock ne regrettait pas d'avoir franchi le pas. Le ton qu'il venait d'employer pour l'inviter à le suivre était brut. Son cœur battait à tout rompre. Soudain, il eut peur. Peur de perdre l'être qu'il aimait le plus. Peur d'entendre Harlock lui dire qu'il s'était laissé aller et qu'il regrettait.

Il ne leur fallut que quelques minutes pour rejoindre les quartiers du balafré. Sans un mot. Harlock ne parlait jamais pour ne rien dire, mais là Zero se sentait mal à l'aise. Il appréhendait, alors que rien ne s'était passé depuis leur dernier échange. Le pirate ouvrit la porte sur une vaste pièce, pratiquement identique à celle qu'il possédait sur le Death Shadow. Le rouge prédominait. Sur la tête de lit, une tête de mort trônait fièrement. Son emblème. Le signe de la liberté. Zero regardait autour de lui. Il scrutait les lieux et aléatoirement, le corps de son amant… d'une nuit ?

— Veux-tu boire quelque chose ? lui demanda Harlock sur un ton plus doux.

— Que proposes-tu ?

— Bourbon, vin, café…

Le Commandant de la Flotte Indépendante hésita entre un bourbon bien fort qui l'aiderait à encaisser la « rupture », et un café, plus raisonnable.

— Un café, alors, répondit-il.

Le pirate se dirigea dans un coin de la pièce et revient avec deux tasses fumantes remplies du breuvage noir. Il en tendit une à son invité et l'invita à s'asseoir avant de prendre un siège à son tour.

— Pourquoi n'es-tu pas resté ?

— Je ne me sentais pas à ma place. Tu étais occupé, je ne voulais pas te déranger, répondit Warrius tout en buvant un gorgé de son café.

— Désolé. J'étais préoccupé par ce vaisseau…

— Ne t'excuse pas ! C'est normal.

Un drôle d'ambiance planait autour d'eux. Zero s'attendait à ce qu'Harlock lui dise qu'il regrettait. Il craignait ce moment, la boule au ventre. Le pirate se rendit compte que quelque chose tracassait son ami.

— Un problème ? demanda-t-il en observant son amant.

— Tu voulais me voir. Pourquoi ?

Harlock fronça les sourcils. Il commençait à comprendre. Bien que Zero soit un homme d'action, il avait sans doute besoin d'être rassuré. C'était humain… Il sourit presque tendrement. Zero le regardait, surpris.

— Tu penses que je regrette, n'est-ce pas ?

Warrius laissa ses pommettes rosir légèrement tout en acquiesçant. Afin de lever le doute dans l'esprit de son amant, le pirate se leva et le rejoignit. Il lui tendit sa main pour l'inviter à se lever. Debout, Zero se retrouva contre le torse de son ami. Harlock l'entoura de ses bras et le serra contre lui. Zero se laissa faire, trop étonné…

— Je ne regrette pas. Je ne prends pas de décision pour regretter le lendemain.

Warrius le savait tout au fond de lui, mais il n'avait pas pu s'empêcher de douter. Les bras tendres de son amour l'entouraient toujours. Il s'y sentait si bien.

— Désolé d'avoir douté. Lorsque tu m'as demandé de venir et que tu es venu me chercher en bas de ton vaisseau, le ton de ta voix m'a fait douter.

Harlock s'écarta un peu de Zero et lui releva le visage. Lentement, il approcha son visage de celui qui le regardait, et doucement posa ses lèvres sur leurs jumelles. Un doux baiser langoureux les réunit. Ils appréciaient ces moments passés ensemble, sans doute parce qu'ils étaient conscients qu'ils seraient rares. Cette étreinte les laissa pantois. Les yeux dans les yeux, ils se souriaient.

— Capitaine ! Capitaine ! entendirent-ils dans la radio.

Harlock s'éloigna de son amant et alla répondre rapidement. Kei semblait affolée et cela ne lui inspirait rien de bon.

— Qui a-t-il, Kei ? demanda le pirate.

— Capitaine, le Genzou vient d'attaquer un vaisseau cargo. Il a été pillé et détruit.

— Kobayashi refait surface. Il va falloir l'arrêter…

— Capitaine ! Dans le vaisseau cargo, il y avait quelques passagers…

Kei sanglota. Harlock et Zero comprirent immédiatement que les passagers étaient dans le vaisseau au moment de sa destruction. Les deux hommes serrèrent si fort leurs poings que les jointures de leurs doigts blanchirent. Les sourcils froncés, ils s'observèrent et sans un mot de plus rejoignirent ensemble la passerelle du nouveau vaisseau.

— Très bien ! Nous partons ! fit le balafré.

— Harlock, attends ! intervint Zero. Ton vaisseau n'a pas de nom !

— On verra ça plus tard !

— Il a raison, Captain. Ça porte malheur, affirma Toshirô qui venait de rejoindre ses amis.

— Psss… ! D'accord…

Harlock se résolut à baptiser son vaisseau avant de décoller.

— Toshirô, tu as un nom ? demanda Harlock.

— Heu… Oui, répondit le petit homme en riant bêtement. « L'Arcadia ».

Sur la passerelle, tous se turent. « L'Arcadia », ce nom sonnait bien dans les oreilles d'Harlock et de tous les autres.

— « L'Arcadia » ! Très bien. Allons baptiser notre vaisseau, dit le Capitaine.

Tout l'équipage fut invité à quitter le vaisseau afin de pouvoir assister à son baptême. Toshirô les rejoignit plus tard, avec une bouteille de champagne terrien qu'il avait gardé précieusement. Un héritage de son père. L'ingénieur tendit la bouteille à son vieil ami et l'invita à le jeter aussi fort que possible pour qu'elle percute le fuselage du vaisseau et éclate afin de déverser dessus le liquide qu'elle contenait.

Harlock s'empara de la bouteille et annonça le nom que Toshirô avait choisit, puis la lança vers le vaisseau. Tous retinrent leur souffle. Et puis la bouteille vola en éclat. Le champagne se déversa sur la carlingue de l'Arcadia. Tout l'équipage cria de joie. Mais il était temps d'aller à la poursuite du Genzou.

Chaque équipage regagna son vaisseau. Harlock et Zero n'échangèrent qu'un regard plein de promesses. Celle de rester en vie. Celle de se revoir très vite… Miimé les observait. Elle avait de la peine pour eux, mais elle avait aussi confiance.

Tous les hommes de l'Arcadia étaient à leur poste. Sur la passerelle, Toshirô trépignait d'impatience à l'idée de voir enfin son vaisseau prendre son envol. De leur côté, Zero et Emeraldas avaient décollé et regardaient le premier décollage de l'Arcadia.

— Capitaine ! Tous les moteurs sont parés. Tous les systèmes sont ok, annonça Tadashi.

— Très bien ! ARCADIA… DÉCOLLAGE… ordonna Harlock.

Le vaisseau flambant neuf prit son envol pour la première fois. Tout se passa très bien. Toshirô sautait de joie.

— Tu es un génie, le félicita le Capitaine.

— Merci, Harlock …

Le vaisseau rejoignit le Karyu et le Queen Emeraldas et ensemble ils quittèrent Nhoyara pour se lancer à la poursuite du Genzou et de Kobayashi.

Quelques heures passèrent avant que les trois vaisseaux amis n'arrivent à l'endroit où le Genzou avait attaqué un cargo. Malheureusement, il ne restait que des débris. Tous les cœurs se serrèrent devant cet horrible spectacle. Kobayashi n'était rien de plus qu'un monstre assoiffé de sang… Harlock serra les poings. La colère montait en lui. Jamais, il ne se pardonnera sa défaite contre lui. S'il avait pu le battre quelques jours plus tôt, rien de cela ne se serait passé.

— Kei ! Où se trouve le Genzou en ce moment ? demanda le Capitaine.

— Je l'ai perdu. Désolée, Capitaine, répondit-elle tristement.

— Emeraldas ? Tu m'entends ? appela Toshirô par la radio.

— Oui, Toshirô. Qu'y a-t-il ?

— As-tu un écho du Genzou avec ton radar ?

Un silence vint meubler la passerelle. Les radars du Queen Emeraldas étaient très performants et pouvaient détecter un vaisseau même en mode furtif. Le temps parut interminable, et puis…

— Allô l'Arcadia ! Ici Emeraldas. J'ai trouvé le Genzou.

— Où est-il ? s'empressa de demander Harlock.

— Il est ici.

— QUOI ! s'écrièrent-ils tous sur la passerelle.

Zero, qui suivait également la conversation, s'était levé de son siège les yeux écarquillés. Le Genzou avait sans doute commis ce crime afin d'attirer le Karyu mais Kobayashi avait dû être surpris en voyant arriver non seulement Zero, mais aussi le Queen Emeraldas et un vaisseau inconnu.

— C'est un piège ! intervint Zero. Paré au combat, ordonna-t-il à son équipage.

— J'en ai bien peur…, reprit Harlock. Armez les tourelles ! Paré à faire feu…

Bien que plus légèrement armé, le Queen Emeraldas se tint au côté de ses amis. La femme pirate se battra avec eux, quoiqu'il arrive.

Les vaisseaux alliés se tenaient alignés, tous les canons prêts à tirer. Emeraldas transmit au Karyu et à l'Arcadia les coordonnées du Genzou, et leur enverra les mises à jours au fur et à mesure. Il était évident qu'il resterait en mode furtif durant le combat.

Sans attendre, Harlock ordonna le premier tir, mais le bouclier du vaisseau ennemi était très résistant et le tir s'échoua dedans. Il ordonna un tir ininterrompu. Zero l'épaula en faisant de même. Mais rien n'y fit. De plus, le Genzou était placé de façon à ce que son point faible ne soit pas en ligne de mire. Il allait falloir ruser pour l'atteindre. D'un coup le Genzou se mit à tirer à son tour. Un tir régulier. Il visait principalement le Karyu, mais l'officier navigateur put esquiver l'attaque. Harlock sentit son cœur lui broyer la poitrine. Il se reprit rapidement. Il ne pouvait pas laisser ses émotions l'envahir durant le combat. Il avait confiance en Zero, tout comme il avait confiance en lui. Ils savaient que la vie qu'ils menaient n'était faite que de combats. Ils l'avaient choisie et jamais ils ne failliront même si la crainte de perdre l'autre était de plus en plus présente en eux.

Le Genzou les menait par le bout du nez. Emeraldas envoyait les données de sa position au Karyu et à l'Arcadia mais le temps que l'information passe, le vaisseau ennemi avait déjà bougé. Ce combat s'annonçait rude…

A suivre…

[1] La thermosphère est la couche atmosphérique commençant vers 80–85 km et allant jusqu'à 640 km d'altitude, la température y augmente avec l'altitude. Bien que la température puisse atteindre les 1 500 °C, un individu ne la ressentirait pas à cause de la très faible pression. La station spatiale internationale orbite dans cette couche à une altitude maintenue autour de 350 à 400 km. Comme description moyenne le modèle MSIS-8617 est recommandé par le Committee on Space Research. (Source : WIKIPEDIA)