Coeur de Pirate et coeur à prendre…

Chapitre 5

A bord du Genzou, tous attendaient patiemment que le Karyu arrive sur les lieux, où quelques heures plus tôt le Capitaine Kobayashi avait ordonné d'abattre un vaisseau cargo après l'avoir pillé. Les quelques bougres voyageant à bord n'étaient qu'un simple bonus permettant au Capitaine d'éliminer enfin le Karyu. Surexcité d'avoir eu le Death Shadow, son équipage et surtout le Capitaine Harlock en personne, Kobayashi avait déjà informé les pirates de son exploit et jubilait d'anticipation en attendant que la nouvelle se répande. Il serait alors le pirate le plus respecté et craint de l'univers. S'il pouvait accrocher à son tableau de chasse la tête de Zero et la destruction de son vaisseau, alors il serait le plus redouté des hommes et des pirates.

Nasu, le second de Kobayashi, surveillait les radars. Il ne levait le nez pour rien au monde car il savait que s'il ratait quelque chose, son Capitaine le lui ferait payer très cher. Il clignait à peine des yeux, ne bougeait quasiment pas, ne parlait pas. D'ailleurs, personne à bord du Genzou ne parlait ou ne faisait de bruit. Le Capitaine était tout aussi terrible avec ses ennemis qu'avec ses propres hommes.

— Capitaine ! fit d'un coup le second. Le Karyu est là… ajouta-t-il hésitant.

— HAAAA ! Enfin…, ce n'est pas trop tôt, ricana Kobayashi.

Tout le Genzou était prêt au combat depuis des heures. Les canons avaient été chargés et mis en attente. Le bouclier était en place.

— Cap…Capitaine… Il… il n'est pas seul, bafouilla le second.

Il n'était pas rassuré. Il avait peur du Capitaine, et lui apprendre ce genre de nouvelles n'était pas facile. Kobayashi s'énervait vite, et malheureusement c'étaient souvent ses hommes qui trinquaient. Le second craignait pour sa vie…

— QUOI… ! s'écria le Capitaine. COMMENT ÇA ! IL N'EST PAS SEUL ?

Sa voix semblait sortir d'outre-tombe et résonnait dans tout le vaisseau. Tout l'équipage retint son souffle. Dans ces moments là, leur Capitaine devenait incontrôlable.

— Qui est avec lui ? interrogea brutalement Kobayashi.

— Le Queen Emeraldas et un vaisseau de type inconnu, bégaya Nasu.

— Le Queen Emeraldas est faiblement armé, quant à l'autre vaisseau… laissez tomber, annonça le Capitaine. Concentrez-vous sur le Karyu, ordonna-t-il.

Kobayashi se sentait protégé par son vaisseau. En mode furtif, personne ne pouvait détecter sa présence.

— Capitaine, le vaisseau inconnu nous tire dessus, fit le second.

— QUOI ! IMPOSSIBLE !

Kobayashi s'était levé brutalement de son fauteuil et regardait les écrans. Comment ce vaisseau avait-il pu les localiser aussi précisément ? Un coup de chance, sans doute… Mais alors que le Capitaine se perdait dans sa réflexion, le tir du vaisseau inconnu vint s'échouer sur le bouclier. Une secousse légère fit trembloter l'appareil, sans gravité. Ce premier tir fut suivi d'un tir en continu de l'ennemi avec l'aide de Zero. Mais le Genzou était bien plus résistant qu'il n'y paraissait. A son tour, Kobayashi ordonna de faire feu en se concentrant sur le Karyu, mais le vaisseau de Zero put esquiver l'attaque. Kobayashi pesta. Il ne pouvait pas perdre devant le Karyu après avoir abattu le Death Shadow.

— Changez de cap toutes les cinq minutes ! ordonna Kobayashi.

En donnant cet ordre, le Capitaine du Genzou pensait troubler ses ennemis. Il ignorait comment ils faisaient pour le localiser alors que le mode « Ghost » de son vaisseau était le plus perfectionné de l'univers. Il lui fallait donc trouver une parade.

Emeraldas s'aperçut rapidement que le Genzou changeait de position toutes les cinq minutes environ. Elle faisait son possible pour donner ces informations le plus rapidement possible. Son radar était très efficace mais le mode furtif du Genzou ne l'était malheureusement pas moins.

Par tous les moyens, Harlock et Zero tentaient de se positionner face au point faible de leur ennemi, mais en vain. Le Genzou semblait savoir en avance ce qu'ils projetaient de faire. Les tirs ne cessaient ni d'un côté ni de l'autre. Le Karyu se montrait plus agile et plus performant – sans doute grâce aux réparations faites par Toshirô – ce qui lui permettait d'esquiver relativement bien les salves de tir adverses. Pourtant, quelques tirs atteignirent leur objectif, endommageant la carlingue par endroit, déclarant des incendies à d'autres. Tout l'équipage se démenait afin de pouvoir continuer le combat.

De son côté, l'Arcadia, fraîchement sorti de « terre », rencontrait les mêmes soucis. Sa coque plus résistante que celle du Death Shadow lui offrait pourtant plus de protection. Mais les tirs incessants de Kobayashi finirent par venir à bout de la carlingue. Les dommages subis par le vaisseau d'Harlock restaient néanmoins minimes. Son équipage gérait les anomalies en temps et en heure afin de permettre au Capitaine de poursuivre le combat. Il n'était pas question de perdre un second vaisseau face à ce terrible ennemi…

Comprenant sans doute qu'il était inutile de se rendre invisible, le Genzou apparut devant le Karyu, l'Arcadia et le Queen Emeraldas. Le vaisseau « fantôme » ne cessait de tirer vers Zero, mettant l'équipage et le Karyu en difficulté. Harlock revoyait leur premier combat.

— On va leur montrer comment se battent de vrais pirates, déclara Harlock les poings serrés.

Le balafré n'avait l'envie ni de perdre un second vaisseau, ni de perdre Zero ! Il allait prendre le taureau par les cornes et pas plus tard que maintenant.

— BARRE À TRIBORD ! TOUTES LES BATTERIES DEHORS ! FEU À VOLONTÉ ! ordonna-t-il.

Tout l'équipage s'affaira à sa tâche. L'Arcadia montrait enfin sa force de frappe. Pourtant aucun des tirs ne fit mouche. Tout comme lors du premier affrontement, le boucler du Genzou faisait dévier tous les tirs. Kei et Tadashi s'observèrent, s'interrogeant du regard. Qu'allait-il advenir d'eux s'ils ne réussissaient pas vaincre leur terrible adversaire ?

Alors qu'il manoeuvrait, l'Arcadia se vit assaillir par des centaines de coup de canon. Il tremblait de toute part. Par moment, les techniciens de bord pensaient même que leur nouveau vaisseau était en train de se disloquer. Personne n'était rassuré car la chance qu'ils avaient eu quelques jours plus tôt ne se représenterait sans doute pas de sitôt…

Les sirènes d'alarmes résonnaient dans toutes les coursives du vaisseau. Des incendies s'étaient déclarés dans la salle des machines, mais aussi dans l'une des parties réservées à l'équipage. En alerte, personne ne s'y trouvait et heureusement. Une cloison coupe-feu avait été actionnée afin de contenir les flammes. Il fallait coûte que coûte sauver le vaisseau.

Pas mieux loti, Zero et son équipage se débattaient également contre les flammes. Par endroit, les tirs qu'ils avaient essuyés avaient déchiqueté la carlingue. Des humanoïdes tentaient de faire au plus vite les réparations afin que l'oxygène ne délaisse pas le vaisseau. La panique n'était pas de rigueur. Chacun savait ce qu'il avait à faire et le faisait rapidement. Sur la passerelle de pilotage, Zero et Ishikura se demandaient comment ils allaient faire pour mettre enfin le Genzou en déroute.

Malgré cette agitation, Zero et Harlock gardaient une pensée l'un envers l'autre, bien qu'ils restaient concentrés sur le combat. Les sentiments qu'ils éprouvaient étaient autant une force qu'une faiblesse. Ils ne devaient pas trop s'égarer dans le fin fond de leurs pensées, sous peine de ne pouvoir agir à temps face au Genzou. Les amants prenaient sur eux. Serrant les poings, pour ne pas inquiéter l'autre. Tentant de détourner le regard, quand l'autre ne pouvait éviter une salve de tirs. Ce combat les mettait au supplice comme jamais.

L'Arcadia tentait par tous les moyen de se mettre face au point faible du vaisseau ennemi, mais le Genzou tirait sans relâche. Harlock devait changer de cap plusieurs fois par minute pour éviter les tires. L'Arcadia se défendait aussi bien qu'il le pouvait, mais ses tirs n'atteignaient jamais leur cible.

— Capitaine, le Genzou n'a subi aucun dommage, intervint Kei.

— Et l'Arcadia ? demanda le pirate.

— Toshirô fait le tour du vaisseau pour faire un point, répondit Tadashi.

Harlock était pensif. Le bouclier de l'Arcadia allait bientôt lâcher, et il était presque impossible de se placer pour atteindre le Genzou là où cela lui ferait mal.

— Harlock ! Tu m'entends ? fit une voix dans la radio.

— Oui, Zero. Parfaitement…. Transmettez la communication en visio, demanda le balafré. Qu'y a-t-il ? s'inquiéta-t-il.

— Nous allons utiliser le canon de Saint Elme. Mais il faut du temps pour le charger. Peux-tu nous couvrir ? demanda le Commandant de la Flotte Indépendante.

Le cœur du pirate se serra d'un coup et il manqua d'air, pourtant rien ne se lut sur son visage.

— Très bien, Zero ! Emeraldas et moi allons te couvrir. Dès que tu es prêt, tire sans hésiter.

— Mais si vous êtes dans la trajectoire du tir…

— Sans hésiter ! Tu entends ? répéta Harlock.

— Je… ne…pourrais…pas…, dit Zero en détachant ses mots, blême.

— Je sais ce que tu ressens, mais tu ferais la même chose… Alors s'il te plaît tire dès que tu en as l'occasion…

Le regard que se lançaient ces deux là glaça le sang des deux équipages. Tous savaient à présent que le Capitaine et le Commandant étaient amants. Cette discussion était un crève-cœur pour tous, et bien plus pour Zero et Harlock. La voix du balafré était sûre et déterminée, mais pour ceux qui le connaissaient bien comme Toshirô ou Miimé, sa voix tremblait. C'était presque inaudible, mais pas pour ses amis.

Zero finit par accepter de tirer si l'occasion se présentait à lui, même si l'Arcadia se trouvait devant lui. C'était un valeureux combattant, et surtout un homme fiable. Il ne pouvait pas décevoir la Terre, et encore moins celui qu'il aimait.

— Préparez le canon de Saint Elme, ordonna Zero.

Pendant que le canon chargeait, Harlock et Emeraldas se postèrent devant le Karyu afin de le protéger.

— Sortez les pinces d'abordage ! ordonna le pirate.

— Captain ? s'inquiéta Toshirô.

— On va tenter de monter à bord…

Les pinces d'abordage furent lancées. Harlock pensait pouvoir en finir en se battant comme un pirate. Seulement, les pinces heurtèrent le bouclier du Genzou sans pouvoir le franchir et ne parvinrent pas à percer le fuselage. La déception pouvait se lire sur les visages des hommes et femmes présents sur la passerelle. Le Genzou montrait une fois de plus sa supériorité.

— Capitaine… Penses-tu que le Karyu pourra le vaincre ? demanda Kei, inquiète.

— Il le faut, répondit énigmatiquement Harlock.

Mais alors que le canon du Karyu n'en était qu'à la moitié de sa charge, le Genzou disparut. Plus personne ne le voyait en visuel. Emeraldas réajusta rapidement son radar, et put le localiser. Il se dirigeait droit vers Zero…

— Poussez les moteurs à pleine puissance, et placez l'Arcadia entre le Karyu et le Genzou. Il faut absolument laisser le temps à Zero de charger son canon, dit Harlock.

— A vos ordres, fit l'ensemble des personnes présentes au poste de commande.

L'Arcadia se plaça de telle manière que Kobayashi ne puisse pas atteindre le Karyu. Emeraldas se tenait près d'Harlock, ensemble ils défendront Zero et son vaisseau coûte que coûte…

Zero vit la manœuvre de l'Arcadia et n'avait qu'une envie : celle de dire à son amant de se retirer de là. Pourtant, il ne dit rien. Le combat était plus important et il savait qu'Harlock faisait cela pour permettre au canon bipolaire de se charger. C'était sans doute là leur seule chance de battre enfin le Genzou.

L'Arcadia se trouvait exactement entre Kobayashi et Zero. La tension était palpable à bord du vaisseau pirate. Kobayashi était sûr de lui et arrogant. Il avait toute confiance en son vaisseau. Le Genzou lança une salve plus puissante que toutes les autres en direction de l'Arcadia. Toshirô largua les leurres afin de protéger son vaisseau, mais l'un des tirs heurta la passerelle. Harlock qui se tenait debout à la barre fut violemment projeté à quelques dizaines de mètres de là. Ses amis se précipitèrent vers lui, craignant le pire. Le pirate était sonné et semi-conscient. Dans le choc, sa tête avait heurté la barre. Sans même regarder de près, une plaie grosse comme un demi-poing était largement visible. Ils étaient tous inquiets.

— HARLOCK ! entendirent-ils tous à la radio.

L'officier chargé des communications passa l'appel sur l'écran de la passerelle.

— HARLOCK ! s'écria inquiet de nouveau Zero.

— Commandant ! Il a juste perdu connaissance, affirma Kei.

— Mais il perd beaucoup de sang, dit Zero.

Le Commandant de la Flotte Indépendante serra les poings tout en fixant le sang qui coulait de la plaie de son amant. Il ne dit rien de plus mais la colère et la peur se lisaient sur son visage. Avant de faire couper la transmission, Zero reçut la confirmation que le canon bipolaire était enfin chargé à cent pour cent. Il ferma les yeux.

— Prenez soin de lui.

— Tu peux compter sur nous, Zero, affirma Toshirô.

Et la conversation fut coupée. Pendant que Zero se préparait à tirer, Harlock revenait à lui.

— Tu nous as fait peur, Captain, dit l'ingénieur.

— Comment vous sentez-vous, Capitaine ? demanda Tadashi.

— Tu devrais aller à l'infirmerie, Harlock. Ta blessure n'est pas belle à voir, lui dit Miimé.

— Nous sommes en plein combat, j'ai autre chose à faire, répondit le pirate en posant sa main sur la plaie.

Il vit qu'il saignait beaucoup mais il en fallait plus pour l'empêcher de terminer ce combat.

— Est-ce que le Karyu est prêt à tirer ? demanda-t-il.

— Oui, Capitaine, répondit Kei.

— Très bien ! Mettez l'Arcadia en position pour le couvrir.

— Ok, Captain, fit Toshirô.

Et alors que l'Arcadia effectuait sa manœuvre, Zero lança son tir. Entre l'agitation et ses sentiments, le Commandant de la Flotte Indépendante avait oublié qu'il pouvait contrôler la trajectoire du tir. Il pouvait donc éviter le vaisseau de son amant. Le tir du canon bipolaire contourna donc l'Arcadia et fila droit vers le Genzou.

Depuis le Queen Emeraldas et l'Arcadia, des canons tiraient également. Ils soutenaient le Karyu. Les salves d'Harlock et d'Emeraldas n'atteignirent pas le Genzou. L'espoir que le canon bipolaire de Zero fasse mouche s'éloignait de plus en plus.

Quelques secondes. Il n'avait fallu que quelques secondes au Genzou pour esquiver l'impact. Zero connaissait parfaitement son vaisseau et le canon bipolaire, pourtant il ne put être aussi rapide que son ennemi. Kobayashi semblait se moquer d'eux. Il ne fallut pas longtemps à l'ennemi pour contre-attaquer, seulement son tir atteignit l'Arcadia, toujours posté devant le Karyu. Le Vaisseau pirate oscilla dangereusement ; une explosion retentit ; la coque risquait de se disloquer… A bord de l'Arcadia, tous tentaient de faire de leur mieux pour garder leur vaisseau en aussi bon état que possible. Il n'était pas question de perdre une seconde fois leur maison.

La blessure d'Harlock saignait de plus en plus mais il refusait de se rendre à l'infirmerie prétextant qu'il y avait des blessés plus graves que lui, mais aussi que le combat n'était pas terminé. Bien que le moment ne s'y prêtât pas, le balafré ne put s'empêcher d'avoir une pensée pour Zero. Il devait admettre que ce qu'il ressentait le troublait plus que de raison. Il ne s'attarda pas plus néanmoins. Une autre salve de tirs venait droit vers eux. Harlock ordonna le lancement de leurres. Cela fonctionna. Les tirs les percutèrent, protégeant ainsi l'Arcadia.

— Toshirô, n'aurais-tu rien oublié ? entendirent-ils tous dans la radio.

— Que veux-tu dire Emeraldas ? l'interrogea l'ingénieur.

— Qu'as-tu fait ces deux derniers jours ?

Toshirô réfléchit quelques secondes, puis il se souvint en riant bêtement.

— Merci, ma chérie. Je suis vraiment qu'un boulet, heureusement que tu penses pour deux.

— Que veut-elle dire ? demanda Kei.

— Pas le temps de vous expliquer maintenant. Je dois monter à bord du Karyu et vite.

Toshirô coupa la conversation avec Emeraldas après l'avoir remerciée, puis entra en communication avec Zero.

— Zero, j'ai besoin de monter à bord du Karyu maintenant.

— Pour quoi faire ? lui demanda la Commandant.

— Pas le temps, je t'expliquerai plus tard.

Zero accepta. Il n'était plus à ça près. Toshirô avait réparé son vaisseau, et il pouvait lui faire confiance. Il lança les pinces d'abordage qui vinrent se placer exactement aux endroits prévus. Toshirô ne perdit pas une minute de plus et se rendit sur le Karyu.

— Je n'ai besoin que de deux à trois minutes, lança-t-il avant de quitter la passerelle de l'Arcadia.

— Très bien ! fit Harlock. Couvrons le Karyu le temps que Toshirô fasse ce qu'il a à faire. Feu à volonté ! ordonna-t-il.

De son côté, Emeraldas fit de même. Tous les canons du Queen Emeraldas firent feu quasiment en même temps que ceux de l'Arcadia.

Sur le Karyu, Toshirô effectuait une synchronisation entre les deux vaisseaux. Il ne l'avait dit à personne mais il avait installé un canon bipolaire de nouvelle génération sur l'Arcadia. En jumelant les deux tirs, il était fort probable qu'ils puissent venir à bout du Genzou. Du moins, l'espérait-il… A peine à bord du vaisseau de la Flotte Indépendante, il se dirigea vers la passerelle afin de prendre le contrôle de l'ordinateur qui contrôlait le canon de Saint-Elme. Il ne resta à bord que quelques minutes, cependant avant de partir il demanda à Zero d'attendre son feu vert pour utiliser le canon. Zero acquiesça d'un signe de tête.

De retour sur l'Arcadia, Toshirô se plaça devant l'ordinateur qui gérait les tirs. La synchronisation avait parfaitement fonctionné et cela le soulagea.

— Toshirô ! Peux-tu nous dire ce que tu manigances, à la fin ? l'interpella Tadashi.

— Patience, mon petit… Patience…

Tadashi était quelqu'un de bien, mais impatient et souvent impulsif, même si Kei réussissait très souvent à l'apaiser.

— Captain ! Peux-tu aller t'asseoir sur ton siège ? demanda soudainement l'ingénieur.

Sans un mot, le capitaine alla prendre place sur son siège au fond de la passerelle. Ce fauteuil ressemblait plus à un trône qu'à autre chose, d'ailleurs. Fabriqué en bois sculpté, il était magistral. Sur le haut du dossier, dominaient trois têtes de mort. Deux autres finissaient les accoudoirs. Installé, le pirate attendait que son second lui dise pourquoi il souhaitait qu'il se place là.

— Zero, tu me reçois ? fit l'ingénieur à la radio.

— Oui, Toshirô.

— Très bien ! Ne coupe pas la transmission.

— Ok.

— Captain, appuie sur les deux yeux de la tête de mort de l'accoudoir de gauche.

Harlock s'exécuta. Une commande, ressemblant à un joystick, et une cible sortirent du dessous du fauteuil entre les jambes du pirate. Tous, y compris Zero, restèrent bouche-bée.

— J'ai installé un canon bipolaire de nouvelle génération sur l'Arcadia. C'est pour ça que je suis parti et vous ai demandé de venir deux jours plus tard.

— Tu as installé cette arme seul et en deux jours seulement ? lui demanda, surpris, Zero.

— Oui, ricana le petit homme. Je viens de les synchroniser afin que les tirs fusionnent pour n'en faire qu'un plus puissant. Malheureusement, on ne peut pas faire d'essai. Je ne sais donc pas si cela suffira pour vaincre le Genzou…

— J'ai confiance en toi, mon ami, intervint Harlock.

— Et moi aussi, lui dit Zero.

— Merci vous deux…

Harlock et Zero se lancèrent un regard de connivence. Ils devaient battre le Genzou et Kobayashi et , ce coûte que coûte…

— Très bien ! Parez à la manœuvre ! ordonnèrent Harlock et Zero, chacun de leur côté.

Les deux vaisseaux se mirent en mouvement quasiment en même temps, afin de se placer dans le meilleur angle de tir par rapport au point faible de leur ennemi. Le Genzou ne comprenait pas la manoeuvre du Karyu et du vaisseau inconnu. En effet, ils se placèrent tous deux du même côté au lieu de l'attaquer chacun d'un côté.

Emeraldas se posta en couverture devant ses amis et fit feu sans discontinuer le temps que les canons soient prêts à l'emploi. Kobayashi ripostait mais le bouclier du Queen Emeraldas semblait faire glisser ses tirs sans l'endommager. Il rageait. Il pestait contre ces trois vaisseaux. Et puis, il ignorait encore qui commandait ce fichu vaisseau inconnu…

Le Karyu et l'Arcadia voyaient le Genzou arroser de tirs le vaisseau d'Emeraldas. Ils ne pouvaient rien faire d'autre que d'espérer qu'elle tienne le coup. Encore quelques minutes et leurs canons seraient prêts.

Un appel visio arriva sur l'Arcadia. Zero signifiait qu'il était prêt à tirer avec son canon bipolaire.

— Captain, le nôtre est prêt aussi ! intervint Toshirô.

— Très bien… Parez à tirer ! ordonna Harlock.

Tous les hommes d'équipage du Karyu et de l'Arcadia se tinrent prêts. Zero et Harlock se mirent d'accord pour tirer en même temps. Un compte à rebours retentissait à bord des deux vaisseaux mais également à bord du Queen Emeraldas pour permettre à la femme pirate de se tenir prête à décrocher.

— Cinq… Quatre… Trois… Deux… Un…

— FEU ! cria Harlock.

Simultanément, les deux canons bipolaire jaillirent de la proue [1] des deux vaisseaux. Il ne fallut que quelques secondes pour que les deux faisceaux lumineux n'entrent en contact l'un avec l'autre. Comme attirés par des aimants, les deux tirs s'enroulèrent l'un autour de l'autre. A mesure que ce tir super puissant approchait du Genzou, il devenait plus rapide. A mesure que les secondes s'égrenaient, la puissance qu'il dégageait se ressentait partout autour des vaisseaux. La force des tirs réunis donnaient du roulis aux vaisseaux. A bord, chacun tentait de s'agripper à la première chose qu'il voyait. Les objets qui encombraient déjà les coursives de l'Arcadia roulaient et tapaient contre les parois. L'un d'eux vint même buter contre la porte de la passerelle. Il en était de même à bord du Karyu. Harlock et Zero maintenaient difficilement la commande du tir. Calés dans leur fauteuil, ils résistèrent néanmoins…

Le tir approchait du Genzou. Le vaisseau ennemi, confiant, ne tenta même pas d'esquiver. Kobayashi riait à pleins poumons. Rien ne pouvait l'atteindre. Il était invincible…

Et puis, le tir atteignit enfin le Genzou. Dans les commandes, le Capitaine pirate et le Commandant de la Flotte Indépendante ressentirent l'impact. Le Genzou vacilla dangereusement, mais il ne succomba pas. La déception se lisait sur tous les visages.

— Le canon n'est pas assez puissant, Capitaine ! dit Tadashi dépité.

— Impossible…, répondit l'ingénieur. Je suis sûr de mes calculs.

Bien que sûr de lui, Toshirô se posa tout de même des questions. Dans la précipitation, n'avait-il pas oublié un élément fondamental ? Non, évidemment. C'était le genre d'homme à vérifier dix ou cent fois s'il le fallait. Et c'était ce qu'il avait fait. Il n'avait fait aucune erreur, alors pourquoi le Genzou se trouvait-il encore devant eux ?

Alors qu'Harlock, Zero et tous les autres se posaient des questions, une explosion fut perçue sur le Genzou. Le tir avait donc touché sa cible. De ce que pouvait voir Emeraldas, seul le bouclier du vaisseau ennemi avait été touché, mais il n'en fallait pas plus à vrai dire. Le reste du vaisseau n'était fait que de ferraille.

— Leur bouclier vient de lâcher, expliqua la femme pirate dans la radio.

— Ce qui veut dire que nous pouvons à présent les toucher ? demanda Zero.

— On va faire mieux que ça, répondit Harlock.

Bien que sa plaie à la tête ne cesse de saigner, le Capitaine pirate ordonna le lancement des pinces d'abordages. Celles-ci vinrent se planter dans la coque fragilisée du vaisseau de Kobayashi. Les flammes, dues à l'explosion, ayant rendu la carlingue plus « fragile », il fut facile pour les grappins de s'y introduire.

— Harlock ! Que vas-tu faire ? l'interrogea inquiet Zero.

— Rejoins-moi et tu verras, répondit énigmatiquement le balafré.

— Lancez les grappins, ordonna le Commandant de la Flotte indépendante.

Les grappins du Karyu se plantèrent juste à côté de ceux de l'Arcadia. Les amants arrivèrent quasiment en même temps à bord du Genzou. Les hommes d'équipages étaient aux proies avec les flammes et les différents courts-circuits qu'elles provoquaient. Kobayashi s'en prenait à son second. Il ne concevait pas perdre. Il détestait perdre. Il était le plus vil des pirates de l'espace et son vaisseau le plus gros, le plus puissant et le plus agile de toute la Galaxie. Alors non ! Impossible ! Il ne pouvait pas perdre surtout après avoir eu Harlock…

Harlock et Zero avancèrent, armes à la main et prêts à tirer. Harlock avait dégainé son Saber Laser et Zero son colt. Dès qu'ils furent repérés, certains hommes de Kobayashi attrapèrent leurs armes et se mirent à tirer sur eux. Fort heureusement, le pirate et son amant se tenaient toujours prêts. Ils purent facilement riposter sans être blessés, par contre leurs assaillants…

Assez rapidement, et bien qu'ils aient essuyé plusieurs attaques, Harlock et Zero pénétrèrent sur la passerelle de commandement. Kobayashi les regarda sans les voir tandis qu'il décochait une droite mémorable à son second qui tentait de se relever. Et puis, le choc. Le Commandant du Genzou releva enfin ses yeux sur les deux hommes qui se tenaient devant lui. Ils les fixa. Dans sa tête, il passait en revue tout ce qui s'était passé lors de leur premier affrontement. Il n'en croyait pas ses yeux. Harlock se tenait devant lui… Comment ?

— Har… lock… ! bégaya-t-il.

Kobayashi resta planté là. Sans rien dire. Sans rien comprendre. En fixant les deux hommes qui se tenaient devant lui. Discrètement, cinq hommes du Genzou s'approchèrent par derrière. Pourtant un bruit attira l'attention d'Harlock qui se retourna au bon moment. Il put tirer sur trois d'entre eux avant qu'ils ne puissent réagir. Zero, lui, abattit les deux autres.

— J'ai eu ton vaisseau ! Tu ne peux pas être là ! Tu es censé être mort ! J'ai dit à tous les pirates de la Galaxie que je t'avais tué !

Plus Kobayashi parlait plus il s'enrageait. Il donnait des coup de pieds à son second toujours à terre à chaque syllabe. Cet homme était fou et bien plus encore. Le pirate, devenu dément, attrapa son pistolet laser qu'il portait à la ceinture et la leva vers ses « hôtes » et tira sans attendre. Harlock et Zero esquivèrent le tir en se jetant sur le côté. Encore à genoux, le balafré tendit son Saber Laser et tira à son tour. Il était l'un des plus rapides et des plus précis de l'Univers, il le toucha volontairement quelques centimètres à côté du cœur. Harlock voulait qu'il voit sa fin arriver.

— Allons-y ! dit-il à Zero.

— Mais, il est encore en vie !

— Pas pour longtemps ! Accompagne-moi sur l'Arcadia !

— Pourquoi ?

— Tu verras, répondit-il avec un sourire.

Zero suivit son amant à bord de l'Arcadia, tout en se demandant ce que pouvait avoir en tête son pirate d'amant.

— Captain ! fit Toshirô.

— Tout va bien, répondit Harlock.

— Tu saignes toujours beaucoup, fit remarquer Miimé.

— Pas le temps de voir ça.

— Alors ! Que fait-on ? demanda Tadashi.

— On les éperonne…

Zero écarquilla ses orbes. Comment ça ? Il va les éperonner ?

Un éperon gigantesque sortit de la proue du vaisseau. Zero commença à comprendre. Il se mit en retrait et observa son amant. Dans ces moment de combat, une aura puissante semblait émaner de lui, le rendant plus attirant, plus charismatique qu'à l'accoutumée. Son cœur fondait rien qu'en regardant son pirate.

— Éperon prêt, Captain, annonça Toshirô.

— Éperonnage ! ordonna le Capitaine pirate.

L'Arcadia mit le cap sur le Genzou qui semblait toujours aux prises avec les incendies causés par l'attaque combinée des deux canons bipolaire. L'ennemi n'avait aucune réaction. L'Arcadia avançait toujours droit vers le Genzou. Une secousse fit tressaillir le vaisseau d'Harlock. L'éperonnage venait de commencer. L'Arcadia transperça le Genzou de part en part avec une facilité déconcertante. L'alliage utilisé pour sa construction n'était pas de belle qualité. L'efficacité de ce vaisseau ne résidait en fait que dans son bouclier. Une fois détruit, le vaisseau n'était qu'un vulgaire amas de ferraille.

Il ne fallut que quelques secondes au vaisseau d'Harlock pour venir à bout de Kobayashi et de son vaisseau. Le Genzou se disloqua avant d'exploser corps et âmes. Dans l'infini espace, il ne resta bientôt plus que des débris.

— Alors ? demanda d'un coup Harlock à Zero.

— T'es un grand malade ! lui répondit-il en souriant.

Mais alors qu'Harlock allait répondre, celui-ci s'écroula en plein milieu de la passerelle. Tous ses amis et surtout son amant se précipitèrent vers lui. Cela faisait un bon moment que sa blessure à la tête saignait. C'était évident que cela arriverait. Harlock ne montrait jamais ses faiblesses et forçait toujours, parfois même trop, au péril de sa vie.

— HARLOCK ! cria Zero…

A suivre…

[1] proue : avant des bateaux…