Coeur de Pirate et coeur à prendre…
Épilogue
Zero regagna le Karyu, laissant – à contre-cœur – le docteur de l'Arcadia veiller sur Harlock. Et, avec l'Arcadia et le Queen Emeraldas, il mit le cap vers la station de Toshirô. Les vaisseaux se trouvaient de nouveau dans un sale état et ils avaient besoin de réparations. Cette nouvelle halte dans la station permettra à tous de se ressourcer, aux blessés de se soigner et de se retrouver tous ensemble.
A peine arrivé, Toshirô programma l'ordinateur central afin qu'il analyse les dommages subis par les trois vaisseaux. Les robots de l'atelier se chargeront ensuite d'effectuer les réparations. Mais l'ingénieur veillera à leur bon déroulement. Vu leur état, il faudra certainement plusieurs jours avant de pouvoir les laisser repartir.
Les équipages s'étaient retrouvés. Cependant, l'état de santé du Capitaine pirate ne rassurait personne.
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Harlock se trouvait dans un comas léger depuis la fin de son combat, voilà maintenant presque vingt-quatre heures. Zero ne l'avait pas quitté une seconde, bien qu'il soit lui-même épuisé. Miimé venait régulièrement lui apporter de quoi s'hydrater et manger. Elle prenait soin de lui à la place d'Harlock.
— Tu devrais te reposer un peu, dit Miimé à Zero.
— Je sais… Mais le voir là… comme ça…
— Je sais. Il s'en remettra. Il n'a rien de grave. Fais confiance au docteur !
— J'ai confiance.
— Tu n'as pas à avoir peur, Zero. Ses sentiments sont sincères.
Le Commandant de la Flotte Indépendante le savait pourtant très bien. Harlock n'était pas homme à mentir et encore moins à se dérober. Alors pourquoi appréhendait-il le moment où il se réveillerait ? Parce qu'il s'agissait de cela. Zero avait peur de ce moment. Combien de temps resterait-il éloigné de lui ? Sans le voir ? Sans le toucher ? Sans sentir son odeur ?
Warrius soupira lourdement. Miimé sembla comprendre.
— Vous trouverez des moments pour vous voir, lui dit-elle en souriant.
La jeune femme quitta la chambre du pirate en laissant Zero à ses réflexions.
Zero se leva et se posta devant la fenêtre, tout comme le faisait habituellement le balafré. Il fixait l'étendue infinie, tout en soupirant à rythme régulier. Un froissement de tissus le sortit de sa contemplation. Il se retourna.
— Pss ! fit Harlock en se redressant sur le lit.
— Tu ne devrais pas bouger, intervint Zero tout en se dirigeant vers le lit.
— Un problème ? lui demanda le pirate.
Warrius riva brusquement son regard à celui de son amant. Harlock était perspicace.
— Pas spécialement…
— Tu avais le regard dans le vide.
Zero écarquilla ses orbes. Harlock l'aurait-il observé avant de se manifester ?
— Je t'ai vu…
— Rien d'important, je t'assure. Je vais chercher le docteur.
Zero n'avait pas envie d'avouer à son amant qu'il appréhendait leur « séparation » parce qu'il avait peur de ne pas supporter leur éloignement. Il était le commandant d'un vaisseau de l'Union Terrestre, il ne pouvait pas se montrer faible ni devant ses hommes ni devant ses ennemis. Pourtant, c'était ce qu'il dévoilait en cet instant bien que sa fonction ne le lui permette pas. Il était impératif qu'il se reprenne. Alors que Zéro se perdait dans sa réflexion, il approchait silencieusement de la porte des appartements de son amant. Harlock s'était levé et approché de lui sans qu'il ne s'en rende compte.
— Le docteur attendra. Dis-moi ce qu'il y a !
Le balafré retenait son amant par le poignet – doucement mais fermement – tout en lui redemandant ce qu'il se passait. Sa voix était douce et suave à la fois. Zero déglutit péniblement, avant d'oser affronter le regard d'Harlock, sans toutefois ouvrir la bouche. Il ne le voulait pas. De quoi aurait-il l'air devant lui ? De sa main libre, le pirate releva le menton de Warrius et sans attendre une seconde de plus l'embrassa langoureusement. Lentement. Sensuellement. Et puis, tout accéléra. Le baiser. Leur respiration. Une myriade de sentiments les envahit. Zero tremblait. Harlock frissonnait. A bout de souffle, ils se résignèrent pourtant à s'éloigner l'un de l'autre. Juste un peu. La main d'Harlock – celle qui retenait Zero – glissa dans celle de Warrius qui la serra. Il ne voulait plus la lâcher. Le pirate comprit.
— C'est idiot, dit enfin Zero.
Harlock le regarda, mais ne dit rien.
— Être dans tes bras me manquera, murmura-t-il. Nous sommes des hommes, c'est idiot de penser cela, n'est-ce-pas ?
— Il n'y a rien d'idiot dans le fait d'aimer être avec la personne que nous chérissons. Le fait d'être des hommes ne change rien à cela.
— Tu penses vraiment ce que tu dis ?
Harlock se rapprocha de son amant et le serra contre lui. Les battements de leurs cœurs se synchronisèrent. Les deux hommes se sentirent apaisés rapidement. Tendrement, le balafré resserra son étreinte. Zero se cala contre son torse. Warrius avait besoin de ce contact pour être totalement rassuré et Harlock ne s'en priva pas. Lui aussi appréhendait le moment où il faudrait laisser Zero partir accomplir d'autres missions pour la Terre. Mais, cela faisait partie de leurs vies respectives et aucun d'eux n'acceptera que l'autre déroge à ses propres lignes de conduite.
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Il avait fallu deux jours pour totalement remettre en état les vaisseaux. Toshirô veillait sur eux comme on veillait sur un être cher. Il n'avait pas quitté l'atelier depuis leur retour, guidant les robots depuis l'ordinateur central, intervenant souvent lui-même. Emeraldas s'occupait de lui, et à vrai dire il aimait ça et en profitait… beaucoup. Les moments qu'ils avaient ensemble étaient si rares qu'ils les chérissaient.
A l'annonce de la fin des réparations, et bien que tous savaient que cela sonnait la fin de cette aventure commune, une fête fut organisée afin de sceller définitivement leur amitié. Le lendemain, ils quitteraient tous la station pour poursuivre leur route et tous souhaitaient profiter de ces derniers moments de détente. Ishikura, Kei et Miimé insistèrent auprès d'Harlock et de Zero pour qu'ils se joignent à eux. Au début réticents, ils finirent par accepter. Miimé avait su trouver les mots pour convaincre son vieil ami.
A la fin du repas, les hommes d'équipages du Karyu et de l'Arcadia se réunirent autour d'Harlock et de Zero. Ishikura et Tadashi s'approchèrent, tenant entre leurs mains un énorme paquet. Le Commandant et le pirate écarquillèrent leurs yeux, surpris.
— Capitaine, ceci est un cadeau de la part de l'équipage du Karyu réalisé avec vos hommes, annonça le second de Zero.
Le balafré se tourna pour questionner du regard son amant.
— Ne me regarde pas comme ça ! Je ne suis au courant de rien, avoua-t-il.
— Le Commandant a raison, Capitaine. Il ne sait rien, reprit Ishikura. Lors de notre affrontement avec le Genzou, j'ai remarqué qu'il manquait quelque chose d'important sur votre vaisseau. J'en ai parlé avec Tadashi qui m'a confirmé ce que je pensais. Nous espérons que ce présent vous plaira.
Harlock se leva et s'approcha d'eux. Il ouvrit le paquet. Un tissu épais noir apparut. De ses deux mains, il l'empoigna afin de le sortir de son logement, mais le morceau de tissu semblait bien trop grand pour être déplié par une seule personne. Zero, Ishikura, Tadashi, Kei, Miimé, Emeraldas, Phase et quelques autres prirent part au dépliage du tissu. La surprise se lut sur le visage du pirate. Il ne s'attendait pas à cela. Un étendard arborant le symbole des pirates : une tête de mort surmontant deux tibias entrecroisés.
Le Capitaine de l'Arcadia salua tous les hommes face à lui en guise de remerciement. Il était touché, mais fidèle à ses habitudes, il ne montra presque pas ses émotions. Tous le connaissaient, aussi ils ne s'offusquèrent pas.
L'Arcadia pouvait de nouveau hisser le pavillon noir, l'étendard de la liberté.
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Harlock et Zero laissèrent leurs hommes et la fête. Cette nuit serait la dernière avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Ils éprouvaient l'envie de se retrouver un peu seuls. Ils sirotaient tranquillement un bourbon dans les quartiers d'Harlock. Le pirate avait retiré sa lourde cape, et son ceinturon avec ses armes. Il avait retroussé les manches de son t-shirt à manches longues et, comme à l'accoutumée, regardait l'infinie étendue qui s'offrait à lui. Son verre de bourbon à la main, il ne parlait pas.
Zero, quant à lui, avait ôté sa veste et avait lui aussi replié les manches de son polo. Il se tenait près de son amant, et tout comme lui contemplait l'espace. Le silence n'était ni pesant, ni gênant. Ils étaient simplement bien ensemble, en cet instant.
Leurs verres vides, Warrius prit celui d'Harlock et alla les poser sur la table, non loin de là. Il attrapa sa veste, pensant que son amant souhaitait rester seul, et se dirigea vers la porte. Mais le balafré le retint, le fit se retourner et plaqua ses lèvres sur leurs jumelles entrouvertes. Zero se laissa totalement faire. Comme toujours, il fondait dans les bras d'Harlock. Il aimait ses baisers doux et puissants à la fois et par dessus tout, il aimait le pirate.
Il ne fallut pas longtemps aux deux hommes pour mettre en mouvement leurs mains curieuses. Très vite, ils se retrouvèrent torses nus. Zero sentit ses jambes se dérober sous lui, alors que la poitrine d'Harlock se comprima. Ils avaient encore tant à découvrir sur eux, leurs corps, leurs sentiments… Cette nuit était la leur et ils comptaient bien en profiter un maximum. Demain, ils partiraient chacun de leur côté, pour un temps incalculable…
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Le réveil fut un crève-cœur pour les amants. Calés l'un contre l'autre, ils tentèrent de ne penser à rien.
— Harlock, quand allons-nous nous revoir ? murmura, Zero tremblant.
— Disons que nous pourrions convenir de nous retrouver sur cette station une fois par mois.
— Comment savoir que l'autre viendra ?
— Je ne sais pas, souffla le pirate.
— Je vois… Donc on se retrouve dans un mois ici, si nous le pouvons et on attend l'autre pendant un jour.
— Parfait, répondit Harlock en resserrant son étreinte.
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L'heure du départ était arrivée. Tous les équipages avaient rejoint leur vaisseau et se tenaient prêts à la manœuvre de décollage. Bientôt, la station se refermera pour un long mois et les trois vaisseaux partiront dans des directions différentes. L'Arcadia hissa son nouvel étendard, le Queen Emeraldas et le Karyu hissèrent leurs pavillons. Ils se saluèrent une dernière fois, puis mirent le cap vers de nouvelles aventures. Ainsi se terminait cette aventure avec le Genzou. Aventure, qui n'aura pas apporté que du malheur…
FIN
