— J'ai des nouvelles de Dean aussi, dit Seamus.

La quinzaine d'occupants de la Salle sur Demande se tut, attendant avidement les nouvelles de leur collègue que son meilleur ami leur apportait.

— Il est en sécurité. Il sa cache avec deux gobelins, Ted Tonks et… je ne sais pas, je n'ai pas trop compris, quelqu'un avec les initiales DC…
— Dirk Cresswell, dit Ginny. Un collègue de papa, né-Moldu. Maman m'a dit qu'il était en fuite depuis qu'il avait réussi à s'enfuir avant d'arriver à Azkaban, il y a quelques semaines.

Quelques sourires se formèrent en entendant que quelqu'un avait échappé à la prison, et plusieurs personnes exprimèrent leur soulagement d'apprendre que Dean se portait bien, ainsi que le père de Nymphadora Tonks. Après quelques minutes de discussion, Neville se leva et demanda l'attention de tous.

— McGonagall m'a donné un …pouvantard qu'elle a trouvé dans son armoire l'autre jour. Je lui avais dit que Seamus et moi en avions besoin pour nous entraîner pour nos ASPIC. Jake ?

Jake McDormund, un Poufsouffle de troisième année, faisait partie de l'AD depuis le début de l'année. Quand il était enfant, son père avait reçu le baiser du Détraqueur sous ses yeux : il avait depuis les Détraqueurs en horreur et les Épouvantards prenaient leur forme quand il leur faisait face. Ils n'avaient donc plus besoin de Harry pour s'entraîner à faire des Patronus.

Le garçon brun s'avança vers la grosse malle qui gigotait au centre de la pièce avec détermination et hocha la tête pour signaler qu'il était prêt. Neville fit un geste de sa baguette et le cadenas explosa. Une grande forme noire sortit de la malle, respirant bruyamment, sa robe en lambeaux traînant sur le sol alors qu'elle s'avançait vers Luke. La température de la pièce sembla chuter, les flammes des torches vacillèrent et Ginny vit plusieurs de ses amis frissonner.

— SPERO PATRONUM ! cria Luke.

Un koala jaillit de la baguette du Poufsouffle et courut vers l'Épouvantard, toutes griffes sorties. Celui-ci recula d'un pas.

— Bien joué, Luke. Terry ?

S'ensuivit un déferlement d'étudiants et de Patronus, certains parfaitement réussis, d'autres à peine plus que des nuages argentés flottant devant eux. Padma éclata en sanglots avant de pouvoir former son caniche et dut être réconfortée par sa sœur.

Puis vint le tour de Ginny. Elle n'avait jamais eu de difficulté à former son Patronus, un cheval, depuis que Harry lui avait appris deux ans auparavant. Elle pensa au jour où Gryffondor avait gagné le tournoi de Quidditch, l'année précédente ; au moment où elle avait traversé la salle commune au pas de course et s'était jetée dans les bras de Harry, où elle l'avait embrassé pour la première fois.

— Spero Patronum ! dit-elle d'une voix claire.

Rien de plus concret qu'un nuage argenté ne sortit de sa baguette, aucun signe de son cheval. Elle regarda sa tentative de Patronus, perplexe, puis sentit tout son souffle la quitter quand le Détraqueur s'approcha d'elle. Elle eut soudainement envie de pleurer et ne réussit à bouger que quand Neville lui cria après.

Elle se remit au bout de la file, derrière Nigel, et réfléchit à ce qui venait de se passer. Elle avait déjà utilisé ce souvenir, pourtant, et le Patronus qui en avait résulté avait été puissant. Peut-être était-elle simplement moins concentrée ce soir. Plus fatiguée. Ça devait être une raison physique : elle refusait de croire que le souvenir de son premier baiser avec Harry ne contenait plus assez de joie pour créer un Patronus digne de ce nom.

Rapidement, ce fut à nouveau à elle de faire face à l'Épouvantard qui commençait à faiblir. Celui-ci tenta quand même vaillamment de s'approcher de Ginny en sortant sa main décomposée d'une fente dans sa robe. Sans qu'elle ne l'appelle consciemment, le souvenir de l'heure passée dans le jardin avec Tom – ou du moins, le souvenir de celui-ci – revint à l'esprit de Ginny. Elle sentit le sentiment de paix, de bien-être, qui l'avait envahie alors la remplir à nouveau. Elle tendit sa baguette.

— Spero Patronum !

Son cheval en jaillit, galopant vers le Détraqueur. Celui-ci, à bout de forces, se transforma en goule, puis en momie, puis en monstre à trois yeux, puis en Scroutt à pétard. Soulagée d'avoir réussi son Patronus, peu importe le souvenir qui avait réussi l'exploit, Ginny pointa à nouveau sa baguette vers l'Épouvantard confus.

— Riddikulus.

Ce qui était maintenant un crabe géant explosa en fumée noire et disparut. Les membres de l'AD applaudirent et se tapèrent dans le dos, se félicitant mutuellement d'un entraînement bien réussi.

Neville referma la malle et la poussa dans un coin de la pièce. Il sortit d'une grande armoire un mannequin de deux mètres de haut, que la Salle sur Demande leur produisait à volonté car ils en détruisaient un par cours. Il le plaça au centre de la salle, les membres de l'AD s'installèrent en cercle autour de lui et, après un décompte, les sorts se mirent à fuser.


— Oh, j'ai oublié ma plume dans la salle, dit Ginny. Allez-y, je vous retrouve dans la Grande Salle.

La Gryffondor retourna dans la salle de classe, d'où tous les élèves étaient sortis. Seul le professeur Slughorn était toujours installé à son bureau, triant les fioles qu'il avait reçues lors du cours qui venait de se terminer. Il leva la tête quand l'étudiante s'approcha de lui et sourit, quoiqu'un peu moins largement qu'il l'aurait fait avant le dernier dîner.

— Mademoiselle Weasley. Puis-je vous aider ?
— Je voulais d'abord m'excuser pour mon comportement de l'autre soir, je n'aurais pas dû quitter le dîner brusquement comme ça.
— Oh, ce n'est que ça ! C'est tout excusé, mademoiselle.

Slughorn se repencha sur son travail mais Ginny ne faisait pas mine de partir. Après quelques secondes, sentant toujours sa présence, il leva à nouveau la tête.

— Y avait-il autre chose ?
— En fait, j'avais remarqué qu'il y avait des photos manquantes sur votre mur… Celles des années de Tom Jedusor.

Slughorn soupira en reposant sa plume et recula pour s'appuyer contre le dossier de sa chaise.

— Qu'est-ce que vous avez tous, les Gryffondor, à être curieux sur Jedusor ?

Ginny fronça les sourcils. Quelqu'un avait posé des questions sur Tom ? Récemment ? Elle secoua la tête. Si c'était Neville, elle l'aurait su. C'était sans doute Harry, l'année précédente.

— Il était dans votre club ? demanda-t-elle, connaissant déjà la réponse mais voulant une confirmation.
— Oui, soupira le professeur. Pendant ses deux dernières années à l'école. Mais je ne vous en dirai pas plus. Maintenant, sortez !

Il secoua sa main vers la porte, signalant à Ginny de partir. Celle-ci hésita un instant, voulant insister, mais elle se dit qu'elle aurait plus de chance un autre jour. Elle fit donc demi-tour, se retournant seulement une fois qu'elle eut presque passé la porte.

— Est-ce que vous organiserez encore une fête de Noël pour le Club cette année, Professeur ? Celle de l'année dernière avait été bien plaisante…
— Hm ? Oui oui, bien sûr, vous recevrez bientôt une invitation, mademoiselle Weasley.

Elle quitta finalement les cachots avec un sourire. Elle aurait sa deuxième chance. Et cette fois, Slughorn aurait bu.


Le premier samedi de décembre, Ginny reçut effectivement par hibou l'invitation à la fête de Noël du Club de Slug. Elle vit plusieurs élèves à la table de Serpentard ouvrir des enveloppes similaires. Malefoy et ses acolytes, bien sûr, mais aussi des élèves plus jeunes. Elle ne vit cependant personne des tables de Serdaigle ni de Poufsouffle avec ce genre de missive. Elle soupira. La soirée s'annonçait longue et éprouvante.

Quelqu'un s'assit lourdement face à elle et elle tourna son regard vers son nouveau voisin, s'attendant à voir Neville. Il s'agissait cependant de Cormac McLaggen. Le joueur de Quidditch arborait un sourire qu'il voulait certainement séducteur.

— Je vois que tu en as reçu une aussi, dit-il en faisant un geste du menton vers l'invitation que Ginny avait toujours en main. Que dirais-tu d'y aller ensemble ? Tu ne peux pas avoir manqué de remarquer que nous Gryffondor serons en distincte minorité, on devrait joindre nos forces.

Ginny dut se mordre la lèvre pour ne pas grimacer. Elle se souvenait bien de la dernière fête de Noël qu'Hermione avait passée avec Cormac, l'horreur qu'avait été sa soirée. Elle n'allait pas se soumettre à ça. Et de toute manière, elle avait une mission ce soir-là, le garçon serait dans ses pattes.

— Justement, comme on sera en minorité, je pensais inviter quelqu'un d'autre. On a le droit à un accompagnateur. Comme ça on serait trois.

Cormac eut l'air déçu. Ginny se sentit coupable, se rendant compte qu'il lui avait demandé surtout pour ne pas être seul, encore une fois. Elle le connaissait mieux cette année, il avait rejoint l'AD en début d'année et les évènements des derniers mois semblaient l'avoir fait descendre de son piédestal.

— Tu pourrais inviter quelqu'un d'autre, ajouta Ginny. Lavande, ou Parvati, pour amener encore plus de Gryffondor. Ou bien Luna, de Serdaigle !

Ce fut au tour de Cormac de grimacer.

— Je préfère Lavande, je crois...
— Penses-y, Luna est venue l'an dernier, elle sait à quoi s'attendre à une fête comme celle-ci. Et elle est aussi chef de l'AD, ajouta-t-elle d'une voix basse. Avec tous ces Serpentard, ça ne peut pas faire de mal.

Cormac hochait la tête, songeur. À ce moment-là, Neville s'assit à côté de lui.

— Salut, Cormac. Ça va ?
— Oui, très bien, merci.

Il se tourna vers Ginny.

— Merci, Gin. J'y réfléchirai. On se verra bientôt, alors !

Il retourna s'asseoir avec Jeremy, un garçon de Poufsouffle qui avait aussi redoublé l'an dernier, et Neville demanda à Ginny ce qu'il avait voulu dire.

— Oh, on vient de recevoir nos invitations pour la fête de Noël de Slughorn. Il voulait m'y inviter, mais je l'ai gentiment orienté vers d'autres filles.
— La fête de Noël ? Avec tous les Serpentard ?
— Oui, et encore plus que la dernière fois, d'après ce que j'ai pu voir.
— Et les Carrow ? Rogue ?
— L'an dernier, la plupart des professeurs étaient présents, on peut s'imaginer que ça sera pareil cette fois-ci. Tu veux être mon cavalier ?

Neville envoya un large sourire un peu inquiétant à Ginny en se servant un verre de lait.

— J'en serais honoré, mademoiselle Weasley.


Le lendemain matin, à l'heure du courrier, Ginny vit Errol se diriger vaillamment vers elle, l'air particulièrement échevelé à cause du vent qui soufflait dehors. Elle se dépêcha de retirer de la table son bol de céréales et son verre de jus de pomme, et le hibou de sa famille réussit pour une fois son atterrissage sur la piste ainsi dégagée. Elle laissa le volatile se plonger le bec dans son bol – elle avait fini de manger, de toute façon – et détacha l'enveloppe de sa patte. Celle-ci avait visiblement déjà été ouverte, comme l'ensemble des courriers envoyés à Poudlard depuis le début de l'année.

Elle déplia le parchemin qui s'y trouvait et constata trois choses au premier coup d'œil. D'abord, que c'était une lettre de sa mère : l'écriture cursive et rondelette qui n'avait pas changé depuis l'enfance de Ginny en témoignait. Ensuite, qu'elle datait de l'avant-veille. La missive – et donc son messager – avait dû passer un moment dans le bureau d'un des Carrow pendant que ceux-ci passaient son contenu au peigne fin. Elle grattouilla la tête de l'oiseau pour témoigner sa compassion.

Et finalement, que quelqu'un s'était donné un malin plaisir à censurer la lettre. Les trois-quarts du texte étaient noircis, si bien que seuls quelques mots par-ci par-là étaient lisibles. Il n'y avait aucune phrase complète qui s'en était sortie indemne.

— C'est de tes parents ? demanda Neville. Qu'est-ce qu'ils disent de bon ?
— Va savoir, répondit Ginny en tendant le parchemin à son ami.

C'est à ce moment que Ginny remarqua que Cormac, assis un peu plus loin à la table, regardait fixement la lettre qu'il avait reçue, les yeux écarquillés, le visage trop blanc.

— Cormac ? demanda-t-elle. Qu'est-ce qu'il y a ?

Les autres Gryffondor qui l'entouraient se tournèrent vers l'ancien joueur de Quidditch. Ginny était troublée de voir le garçon, habituellement si bavard, les lèvres pincées et les larmes aux yeux. Après quelques secondes de silence, il leva ses yeux bleus.

— Mon parrain est mort, dit-il à voix basse.
— Oh non, Cormac ! s'exclama Seamus.
— Je suis désolée, dit doucement Parvati.

Lavande ne dit rien mais passa son bras autour des larges épaules de Cormac.

— Il était né-Moldu, continua le jeune homme en reniflant. Le meilleur ami de mon père, depuis Poudlard. Des Rafleurs sont venus le chercher et il a… il a résisté…

La main de Ginny se fraya un chemin entre les pots de sucre, les ustensiles et les verres de jus, jusqu'à trouver celle de Cormac. Elle la serra et il lui envoya un petit sourire en réponse.

— Il s'appelait comment ?
— Alex… Alexander Hoffman.

Ginny et Neville échangèrent un regard, et ce dernier hocha la tête. À la prochaine réunion de l'AD, il y aurait un hommage à Alexander Hoffman.

— Je crois que je vais retourner à mon dortoir, dit Cormac en se levant.
— Tu veux que quelqu'un vienne avec toi ? demanda Lavande.
— Non. Merci. Je voudrais être seul. Neville, tu pourras…
— J'expliquerai à Flitwick, t'inquiète.

Les élèves de Gryffondor regardèrent leur camarade les quitter, une boule de tristesse dans le ventre. Une boule qui leur était maintenant, malheureusement, beaucoup trop familière.