Plus tard ce jour-là, ses révisions de métamorphose avec Luna terminées, Ginny eut une petite heure avant le repas pour s'enfermer dans son dortoir et sortir le journal de Tom. Elle avait recommencé à lui parler régulièrement depuis l'épisode du jardin. Elle voulait toujours en savoir plus sur ses motivations, bien sûr, il savait quelque chose sur ce que faisait Harry en ce moment et ne voulait pas lui dire. Mais elle n'arrivait plus à le voir comme un ennemi. Oh, il était toujours hautain, arrogant et énervant, et il allait toujours devenir Voldemort, mais malgré elle – ou peut-être pas – Ginny s'était attachée à lui. Et parfois elle arrivait même à croire que lui s'était attaché à elle. Pour quelle autre raison lui aurait-il montré cette scène au jardin ?
À la fête de Slughorn, elle poserait des questions sur Tom. Elle voudrait savoir comment il était à la fin de sa scolarité ; il devait déjà prévoir son ascension au pouvoir, l'avait peut-être déjà entamée vu les « amis » que Ginny avait vus lors de sa première visite dans ses souvenirs. Mais elle s'intéressait aussi maintenant au passé de Tom, à son enfance. Comment était-il à onze ans, quand il est arrivé à Poudlard ? Quelle était cette grosse maison qu'elle avait aperçue au fond du jardin ? Où allait-il quand il n'était pas à l'école ? S'il l'avait invité dans son club, Slughorn devait bien connaître son étudiant. Ginny lui tirerait les vers du nez.
Elle s'installa confortablement sur le lit et tourna les pages du journal jusqu'à celle du 6 décembre. Tom lui avait expliqué qu'il savait sur quel jour de son journal elle écrivait, alors depuis elle se plaçait toujours sur la journée équivalente à son époque.
Bonsoir Tom.
Bonsoir Ginny. C'est une bonne journée ?
Pas mauvaise. J'ai reçu mon invitation pour la fête de Noël du Club de Slug ce matin.
Après ce que tu m'as raconté sur la dernière, tu vas y aller ?
Bien sûr. Je suis à Gryffondor, j'ai du courage, MOI !
Je ne relèverai pas cette insulte faible. Combien d'invitations de galants cavaliers as-tu reçu ?
Seulement une, du seul autre Gryffondor invité, Cormac McLaggen. Mais j'irai avec mon ami Neville.
Moi qui espérais être le seul homme de ta vie maintenant que Harry n'y est plus.
Ginny regardait cette dernière phrase, estomaquée. Même une fois qu'elle eut disparu, elle ne savait pas quoi répondre.
Ginny ? C'était une blague…
Ah. Oui. Bien sûr.
Tu imagines, le seul homme de ta vie être un journal ?
Oui. Ça serait ridicule.
Complètement ridicule.
Vraiment ? Elle devait changer de sujet.
Et toi, tu as déjà amené des cavalières aux fêtes de Noël de Slug ?
Mouais. Comme changement de sujet, elle aurait pu faire mieux.
Je te l'ai déjà dit, je trouve que les relations sont une perte de temps. J'avais mieux à faire que traîner une groupie ricanante à ces fêtes qui, de toute façon, étaient inutiles.
Charmant comme point de vue, dis-donc.
Tu vois, tu ne voudrais pas de moi de toute manière.
Ginny sourit.
Et moi, je serais une perte de temps.
Oh, tu sais, maintenant, je n'ai que ça, du temps.
Cette discussion devenait trop personnelle, Ginny sentait naître une petite étincelle dans le fond de son ventre. Elle n'était quand même pas en train de s'intéresser à Tom, si ? Il avait essayé de la tuer, il essaierait de tuer le monde sorcier plus tard, c'était ridicule ! Non, ce n'était que de la solitude. Harry était parti, elle avait à peine communiqué avec sa famille depuis le début de l'année, elle cherchait le confort où elle le pouvait. Et elle n'allait pas le trouver dans les bras de Tom. Pour commencer, il n'avait même pas de bras !
Ginny ?
Il faut que j'y aille, Tom. On se reparlera un autre jour.
D'accord. Bonne nuit.
Ginny ferma le journal et regarda sa montre. Ils avaient à peine parlé pendant quinze minutes, il restait encore un long moment avant le repas du soir. Elle cacha néanmoins le journal et descendit dans la salle commune. Si la solitude lui donnait des idées plus qu'étranges sur Tom, elle n'avait qu'à passer du temps en compagnie de ses amis. Rien de plus simple.
Sur les fauteuils de cuir devant la cheminée, elle ne trouva que Cormac. Elle hésita un instant, puis s'assit en face de lui. Il leva les yeux de l'exemplaire de la Gazette qu'il était en train de lire et sourit tristement à Ginny.
— Comment ça va, Cormac ?
Le garçon haussa une épaule en pliant son journal.
— Oh, tu sais. J'essaie de ne pas trop y penser. D'occuper mon esprit à autre chose.
Un petit silence se posa sur les deux Gryffondor. Heureusement pour elle, Ginny ne savait pas ce que ressentait Cormac à ce moment-là. Elle ouvrit la bouche pour lui dire quelque chose – elle ne savait pas encore quoi, honnêtement, elle voulait juste parler – mais il la devança.
— Tu as changé d'avis pour ma proposition d'hier ?
— Malheureusement pour toi, non, répondit-elle en riant. Tu sais qui tu vas inviter ?
Cormac eut un petit sourire.
— Lavande, sûrement. Elle est gentille pendant les entraînements. C'est elle qui m'a aidé à réussir mon premier Patronus.
Il baissa les yeux et se mordit la lèvre.
— Je l'avais fait en pensant à Alex, au jour où il m'a appris à jouer au Quidditch. Il était toujours si fier de moi quand je lui racontais mes exploits sur un balai.
Ginny se souvint de ce qu'Hermione lui avait raconté, à Noël dernier, et se dit qu'il y avait au moins une personne au monde qui appréciait les monologues de Cormac. Enfin, il y avait eu. Elle tendit la main vers le genou du garçon et le serra.
— Je suis certaine que là où il se trouve, il sera encore fier de toi pendant très longtemps.
Cormac sourit et la discussion repartit sur des sujets plus enjoués — notamment les dernières prouesses de Cormac dans son cours de Métamorphose — jusqu'à l'heure du dîner.
Ce soir-là, quand Ginny monta se coucher, elle se dirigea sans savoir pourquoi vers le dortoir des garçons première année, qui avait été donné à Cormac, puisqu'il était seul à avoir redoublé — et que Neville et Seamus n'en voulaient pas. Les deux garçons qui avaient été répartis à Gryffondor dormaient à l'étage supérieur, avec les deux élèves de deuxième année qui étaient revenus cette année. Cormac était donc seul dans sa chambre. Comme Ginny. Sauf que Ginny avait Tom. Elle fit la moue. Tom n'était pas exactement la compagnie qu'elle voulait en ce moment.
Avant qu'elle n'ait pu penser consciemment à ses gestes, elle s'était approchée de la porte de la chambre de Cormac, sous laquelle filtrait de la lumière, et avait cogné dessus trois coups discrets. Après quelques instants, le blond vint ouvrir la porte, déjà en pyjama. Il haussa les sourcils, surpris.
— Ginny ? Qu'est-ce qu'il y a ?
— Rien de particulier. Je me disais juste… on est tous les deux seuls, et… Je voulais m'assurer que tu allais bien.
Cormac la regarda avec un sourire en coin.
— Tu veux entrer ?
Ginny hocha la tête et suivit Cormac dans son dortoir solitaire. Elle s'installa au pied de son immense lit – il l'avait agrandi, lui avait-il expliqué, avec la permission de McGonagall. Le lit de première année aurait été vraiment trop petit pour lui.
Ils parlèrent de tout et de rien, de l'AD, des cours, de Harry, d'Alex. Ginny se prit plus d'une fois à imaginer ce que Tom aurait répondu, si ça avait été à lui qu'elle parlait.
— Tu crois que Slug va inviter son ami vampire encore une fois ? demanda Cormac. « Non, Sanguini, on ne mange pas les jolies filles. »
Ginny éclata de rire tant l'imitation de Cormac du petit homme qui avait accompagné Sanguini l'année précédente était juste.
Un peu plus d'une heure plus tard, Ginny bâilla.
— Je crois qu'il est temps que j'aille me coucher.
Cormac eut l'air déçu.
— Tu peux rester ici, si tu veux. Je n'ai qu'un lit, mais il est grand… Je sais que les autres font souvent des échanges de dortoirs, mais il n'y a jamais personne qui vient ici.
Ginny se mordit la lèvre, hésitant. Dans les autres dortoirs, il y avait plusieurs garçons. Plusieurs lits.
— J'aimerais bien ne pas être seul, ce soir, continua Cormac d'une voix basse.
— C'est d'accord, soupira Ginny en lui posant une main sur l'épaule. Je vais juste chercher mon pyjama et –
— J'ai une vieille chemise de nuit que tu peux utiliser, et des brosses à dents en trop dans la salle de bains.
Ginny haussa un sourcil et Cormac souleva une épaule et répondit avec un sourire :
— Il faut être prêt à toute éventualité.
Ginny se prépara donc pour sa nuit en rigolant, enfilant la vieille chemise de nuit de Cormac – un de ses propres t-shirts de Quidditch, bien sûr, avec McLAGGEN écrit en grosses lettres dans le dos – qui lui descendait à peine au milieu des cuisses.
Elle se glissa sous les couvertures à côté de Cormac – le lit était si immense qu'il y avait bien cinquante centimètres entre eux.
— Bon alors… bonne nuit.
— Bonne nuit, Cormac.
Le garçon éteignit la lampe de chevet.
Ginny était assise dans la salle commune de Serpentard. Elle n'y avait jamais été, mais elle savait que c'était là qu'elle se trouvait. Sur un fauteuil de cuir vert, devant une grande cheminée de pierres noires où un feu ronflait. Elle était confortable, une jambe remontée sous ses fesses, son autre pied se réchauffant devant l'âtre. Elle se sentait détendue ; tout le contraire de si elle avait vraiment été dans la salle commune des serpents.
Soudain, un bras passa autour de son cou et quelqu'un se pencha vers elle. Elle sentait son souffle chaud contre son oreille. Plutôt que s'inquiéter, elle se sentit sourire.
— Bonsoir, Tom.
— Bonsoir, ma belle Ginny, répondit-il, son souffle lui chatouillant l'oreille.
Elle sentit Tom lui déposer un baiser sur la tempe, puis sur la joue, la mâchoire, la gorge. Elle tourna un peu la tête vers lui, les yeux fermés, et captura ses lèvres.
Leur baiser dura quelques instants, la langue de Tom courant sur la lèvre inférieure de la jeune fille, lui tirant un gémissement. Puis il se recula quelque peu et Ginny ouvrit les yeux.
Devant elle se trouvait un visage blanc, des yeux rouges aux pupilles verticales, et des lèvres fines – certainement pas celles qu'elle venait d'embrasser, elle en aurait mis sa main au feu. Elle recula violemment sur le fauteuil, mettant le plus d'espace possible entre cette apparition cauchemardesque et elle.
— Et alors, Ginny, qu'est-ce qu'il y a ?
La voix auparavant suave était maintenant froide et plate, et Ginny put entrevoir des dents pointues dans la bouche qui avait été contre la sienne. Celui qui avait été Tom posa une main sur son bras.
Ginny hurla.
— Ginny ? Ginny, réveille-toi !
La jeune fille ouvrit les yeux et envoya un violent coup de pied dans le tibia du garçon qui avait une main posée sur son bras.
— Aïe !
— Oh Merlin, Cormac !
Elle se redressa en s'excusant profusément.
— Ça va, c'est rien, grimaça le jeune homme. Tu gigotais en gémissant, tu semblais être en plein cauchemar.
Il se redressa à son tour pour être à la hauteur de Ginny.
— Ça va ? J'ai bien fait de te réveiller ?
Ginny hocha la tête et lui déposa un baiser sur la joue pour le remercier. Avant qu'elle ne puisse s'éloigner, les lèvres de Cormac se posèrent sur les siennes. Surprise, elle eut un mouvement de recul.
— Je suis désolé, marmonna Cormac, je ne –
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase que Ginny avait repris possession de ses lèvres avec une force telle qu'ils basculèrent sur le lit. Après un bref moment d'incompréhension, Cormac se joignit de tout son soûl au baiser, mordillant la lèvre de sa compagne et lui tirant un gémissement qui faisait écho à celui qu'elle avait fait plus tôt, suite à un autre baiser, rêvé celui-là. Il glissa ses mains sous la chemise de nuit de Ginny, sentant la peau de la rousse frissonner sous lui.
Dans l'obscurité, ils se touchaient, se caressaient, chacun remplissant un trou béant dans sa vie actuelle. Cormac avait le loisir de s'imaginer que tout était normal autour de lui, que ses yeux n'étaient pas rouges des larmes silencieuses avec lesquelles il s'était endormi. Pour Ginny, les cheveux à travers lesquels elle passait ses doigts n'étaient pas blonds mais noirs. Mais les yeux, étaient-ils verts ou noirs ? Elle n'aurait pu le dire.
Quand le joueur de Quidditch glissa une main dans sa culotte, Ginny recula. Soudain, elle vit la stupidité de ce qu'ils étaient en train de faire. La solitude n'était pas une excuse pour sauter dans le lit du premier venu. Elle devait s'avouer qu'elle était venue partiellement à cause de la réputation de Cormac, mais elle ne pouvait simplement pas finir les choses comme ça.
— Cormac, on ne devrait pas…
Dans les yeux de son compagnon, elle vit se succéder de la frustration, de l'énervement, de l'envie. Un instant, elle eut peur d'être allée trop loin déjà, de ne plus pouvoir revenir sur ses pas, mais le blond finit par soupirer et baisser les yeux.
— Tu as raison. Nous ne faisons pas ça pour les bonnes raisons.
Il resta allongé quelques instants, puis se leva pour s'enfermer dans la salle de bains. Ginny se leva et sortit du dortoir sans faire de bruit. Elle lui rendrait son t-shirt le lendemain.
Elle ne resta dans son dortoir que le temps d'enfiler son propre pyjama et de lancer celui qu'elle avait emprunté à Cormac sur sa chaise, ne jetant même pas un regard à son lit. Elle ressortit sur le palier et regarda la grande horloge face à elle, dans la salle commune. Il n'était même pas quatre heures et demie, bien trop tôt pour se lever, surtout un dimanche. Elle monta alors un étage de plus dans l'escalier de pierres froides, se maudissant de ne pas avoir mis de chaussettes, et se glissa dans le dortoir des filles de septième année. Elle s'installa dans le lit qui avait appartenu à Hermione. Bercée par le son des respirations de Lavande et de Parvati, elle glissa à nouveau dans le sommeil, sans être importunée par des cauchemars cette fois-ci.
