Remerciement : A mes deux bêtas, ChocOlive Flamous et Nathdawn. Je m'incline bien bas, les remercie de leur soutient. Sans elles, jamais vous n'auriez pu lire ceci. Je vous remercie vous, chers lecteurs qui avez laissé une review. Vous avez aussi contribué à l'avancement de cette histoire.
Non non, ce n'est pas déjà la fin ! Je voulais juste qu'il y ait de gentilles choses à lire avant que vous n'entriez une nouvelle fois dans cette histoire. Le suspense est à son comble, la coupure fut traître néanmoins vous devez savoir que ce que va vivre Sanji est loin d'être rose... Je ne sais pas si vous devez être heureux que ce chapitre soit long ou me maudire pour cette même raison.
Attention ! Pour les petites âmes sensibles qui sont arrivées ici en se disant qu'il n'est pas possible que je puisse faire empirer la situation de Sanji, je vous préviens tout de suite, je monte encore d'un cran ou deux. Cliquez sur la croix rouge, en haut à droite, avant de me reprocher quoique ce soit.
Bien, sur ce, accrochez-vous et... bonne lecture !
Chapitre 4
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Zoro ne le sentait pas. Mais alors pas du tout.
Cet idiot de Cook mettait beaucoup trop de temps. D'accord, il ne devait pas être très pressé de le délivrer mais il devait quand même songer à Nami et Robin. Peut-être que leurs amis allaient finir par venir. Imaginer les deux jeunes femmes exposées au danger devait être une motivation suffisante pour qu'il se grouille. Que dalle, ouais ! Pas capable d'aller chercher un moyen de le sortir d'ici ! Il restait là comme un lion en cage et plus le temps passait, plus la rage montait.
Il allait y avoir des dommages collatéraux.
Il avait fini par se poser et essayer de se calmer. Le bretteur releva les yeux vers la porte. Plus personne ne passait devant à présent. L'un des gardiens, quelques minutes après que Sanji soit passé par le conduit, était entré comme une furie – oui, une – les yeux révulsés. Zoro avait eu un petit sourire amusé en avisant sa dégaine. Ce surnom lui allait à merveille. Sa tête était le mélange improbable d'une noix de coco et d'un balai à brosse. Le premier pour la forme de sa tête, le second pour sa coupe à la con. Il avait retourné les lits, frappé les murs, regardé le conduit avec suspicion. Zoro avait pris la peine de le refermer.
― Où est-il ? avait demandé l'homme dans un grognement.
Le dos voûté, la peau bosselée par les muscles, sa posture tenait plus du singe que de l'homme. Son grognement dévoila une dentition pourrie, des dents déviées qui avaient été bien cachées par les lèvres meurtries. Zoro avait noté les cicatrices qui barraient son torse, ses jambes, ses chevilles et ses épaules. Il y avait une différence dans la teinte de peau entre deux cicatrices. Comme un patchwork. Il ne portait qu'un pagne alors que l'air était glacial.
― Qui ça ? avait déclaré le sabreur.
Zoro avait été très tenté d'agir, d'assommer ce débile pour partir. Mais ensuite ? Il était lucide, il se serait perdu et il aurait galéré pour retrouver Sanji. Son instinct lui soufflait depuis le début que leur situation était critique. Il devait faire confiance à son rival. Malgré tout ce que Zoro pouvait dire, il savait que le cook faisait son possible pour le sortir de ce trou.
― Fais pas trop le malin,connard, lâcha « Noix de coco ». Je peux t'assurer que lorsque le Doc aura la salope blonde qui te sert de pote entre ses mains… toi, tu seras plus en état pour être aussi arrogant. Pour l'instant, t'as juste la chance qu'on ait l'interdiction de t'abîmer.
Son regard noir, bestial, se planta dans celui de l'épéiste qui ne comptait pas se laisser intimider par un tel abruti. Le garde eut un grondement sourd avant de se retirer. Il claqua la porte derrière lui et le bretteur entendit le verrou se tourner. Zoro put enfin respirer, vidant ses poumons d'un souffle. Bordel ! Pour avoir une telle haleine, il devait sous-louer à un putois !
Ça sentait mauvais… Et là, Zoro parlait de la situation. C'était tout l'établissement qui devait chercher Sanji. Pour rester en vie, les hommes étaient prêts à faire n'importe quoi. Il s'en serait presque voulu s'il ne connaissait pas ce fichu love-cook. Il était robuste, rusé, rapide et agile. Il n'aurait aucun souci pour semer cette bande de crétins.
Il ne le considérait pas comme son rival pour rien.
Croisant les bras sur son torse, il ferma les yeux pour se concentrer sur les bruits extérieurs. Ce silence ne lui disait rien qui vaille.
Putain cook, t'as tout intérêt à revenir en vie sinon je réponds plus de rien et j'irai jusqu'en enfer pour te le faire payer !
Non, Zoro n'était pas inquiet pour cet imbécile de pervers. Seulement, il n'était pas à l'aise avec cette situation d'impuissance. Il était enfermé, il n'avait pas ses sabres, aucun moyen de savoir ce qui se passait à l'extérieur. Ces petits détails, combinés, étaient horripilants. Le rendaient nerveux. Il détestait ce satané cook pour ça, pour le faire attendre aussi longtemps. Il aurait été aveugle qu'il aurait été aussi mal loti.
Oh oui ! Il ne pouvait pas le blairer ! Il souhaitait qu'il revienne rien que pour avoir le plaisir de lui dire ce qu'il pensait de lui. Encore.
S'il souhaitait qu'il revienne sain et sauf, c'était pour ça. Et rien d'autre !
…
Sanji entrouvrit les yeux péniblement. Second réveil désagréable. Trop, c'est trop. Il allait finir par raccrocher sa veste de pirate. Il acceptait les risques aux combats mais il n'avait pas signé pour ça.
Il clôt ses paupières à cause de la lumière trop vive. Il ne sentait rien. Plus aucune douleur. Il était engourdi, il arrivait tout juste à bouger sa tête. Le décor tournoyait autour du maître-coq, provoquant chez lui une envie de vomir. Il avançait apparemment, il traversait un couloir et pourtant il ne bougeait pas d'un pouce.
― Ah ! Tu es réveillé ! entendit-il derrière lui. Formidable ! C'est une grande surprise, ton corps a très vite évacué le produit, je suis impressionné et fasciné.
De quoi parle-t-il ? Sanji était complètement perdu. Il s'adressait à lui ? Peut-être. Son regard se balada pour essayer d'avoir un aperçu de sa situation. La seule information qu'il réussit à arracher de son environnement était qu'il était installé et sanglé sur un fauteuil roulant.
― Que…
Sa tête chut sur le fauteuil, trop lourde. Il n'arrivait pas à finir sa question, sa bouche était pâteuse. Il était incroyablement fatigué, ses yeux se fermaient tout seuls. Il luttait contre cette langueur qui le rendait si faible, si passif.
― Je suis navré pour la seringue, je n'avais rien d'autre sous la main. Une petite anesthésie générale, c'est toujours éreintant mais tu verras, tu en auras bien besoin pour ce qui t'attend. Tu en réclameras plus !
Il hâta le pas, Sanji le perçut grâce à la légère prise de vitesse que prenait le fauteuil. Il avait envie de dormir, de fermer les yeux, de se laisser aller pour que tout se finisse au plus vite.
― Tu as certainement besoin de prendre l'air. Il pleut encore mais je suis convaincu qu'un bon bol d'air te fera du bien. Tu devras attendre pas mal de temps avant de revoir la lumière du jour.
Sanji eut la vague pensée qu'il avait là une bonne occasion de s'en aller. Le fauteuil s'engagea dans la cage d'escalier et descendit grâce à la rampe installée à côté des marches. Une fois arrivé, le siège fut tourné vers la gauche et Sanji reconnut le rez-de-chaussée. Il leva les yeux et vit la sortie. Les deux battants étaient grands ouverts. La liberté lui tendait les bras.
Elle était là. Juste là. Il suffisait qu'il se libère de ses sangles, se lève et court vers elle. Sa respiration s'accéléra, il était plein d'espoir.
Allez… Bouge !
Celui qui lui avait parlé depuis qu'il était réveillé se plaça devant lui, présentant la porte ouverte comme si le cuisinier avait pu la manquer.
Lève. Toi. Tout de suite !
― Si tu veux y aller, je ne t'en empêcherai pas. Je vais t'attendre là.
Les mains jointes sur le tablier ensanglanté qu'il avait noué par-dessus un simple pantalon noir, sa blouse ouverte sur une chemise négligée, il se posta à côté du fauteuil, patient. Sanji fit tout pour mobiliser ses forces mais elles lui échappaient dès qu'il voulait mettre la main dessus.
Un effort… Rien qu'un…
Il regardait désespérément l'extérieur. Il ne bougeait pas d'un pouce.
S'il te plaît…
― Allez ! Vas-y ! l'encouragea l'homme d'une quarantaine d'année. Ne te dérange pas pour moi, je t'y autorise. Une bonne petite promenade avant de commencer le travail, il n'y a rien de plus revigorant.
Je veux m'en aller ! Je veux prévenir les autres et chercher Zoro ! Il faut que je le libère !
Ses doigts frémirent, ses bras tressautèrent puis son corps entier fut agité par un sursaut.
Pourquoi… Pourquoi je n'y arrive pas ?
Sa respiration s'accélérait encore. Il tentait de s'arracher à cet état qui le rendait amorphe. Il était trempé de sueur. Toute sa combativité le quittait peu à peu. Sa main se souleva, tendant la sangle qui la retenait.
Je peux le faire. Je peux… Presque...
Brusquement, la main de l'homme se posa sur la sienne et la contraignit à se poser sur l'accoudoir. Sanji lut dans ses yeux bleus de la perplexité, une frayeur passagère.
― Ne dépense pas toute ton énergie, je comprends parfaitement. Tu ne veux pas sortir, c'est normal, il fait froid, il pleut et tu es encore trempé !
Non… Non ! NON !
Le jeune homme, impuissant, ne pouvait rien faire d'autre que regarder la porte de sortie s'éloigner. Son esprit protestait alors que son corps était plongé dans une tonne d'ouate. Son mental était englué, jeté dans des sables mouvants. Il aurait voulu avoir la possibilité de se mouvoir. Il aurait tout donné pour pouvoir marcher.
Il en aurait pleuré de dépit si sa fierté n'était pas aussi tenace, si sa colère n'avait pas envahi le peu de conscience qui lui restait. Il bouillait de l'intérieur. Il ne comptait pas montrer le moindre signe de faiblesse morale devant eux.
― Nnn… Je…
― Tu es impatient ! J'aime cette mentalité ! Je m'en doute, allons-y. Plus tôt on commence, plus tôt tu pourras sortir.
Il fit un geste et le maître-coq vit le colosse refermer les battants, y apposer un cadenas avant de l'entraver d'une barre métallique démesurée. Il s'approcha d'eux lentement, baissant son regard vers Sanji. Il n'y avait que de la haine dans ces prunelles sombres. Le cuisinier aurait voulu se faire tout petit, impuissant qu'il était.
― Rider va te conduire à la salle de préparation, j'ai quelques réglages à faire avec ma matière première.
L'homme tapota son épaule, faussement compatissant et repartit. Le laissant seul face à ce type.
Ce dernier se plaça devant lui, le prenant par la mâchoire de son pouce et son index afin de lui relever la tête. Sanji ne l'avait jamais très bien distingué. Il s'en apercevait maintenant. Il avait bien vu le crâne chauve et luisant, les petits yeux mauvais aux prunelles noires, cette bouche sans lèvres encore plus terrifiante de près, ourlée de croûtes noirâtres de sang coagulé, ces fines cisailles cicatrisées qui démarraient à partir des commissures, ces dents jaunes, fendillées. Ce qu'il n'avait pas eu le temps de voir, c'était ces balafres. Tout autour de la base du cou, il y avait une teinte de peau légèrement différente. Son torse présentait des plaies béantes, à peine refermées, ses ongles crasseux et fissurés, ses doigts crevassés, les phalanges rouges de sang séché. Sanji aperçut l'oreille en moins à gauche.
Ce corps plus massif que celui d'un taureau, déformé par les muscles, l'impressionnait moins que ces innombrables stigmates sur sa peau.
Il émanait de cet homme une odeur de sueur, d'hémoglobine, de putréfaction. Une odeur qui avait le mérite de garder en éveil le cuisinier qui aurait préféré s'évanouir. Il arrivait à se raccrocher à cette puanteur pour rester conscient.
― Finalement, le doc t'a eu, petite putain ! ronronna le dénommé Rider. Ne crois surtout pas que ton calvaire sera terminé. Je te tiendrai compagnie, la nuit, alors que tu croiras qu'il n'y a pas pire souffrance. Le doc va te donner un peu plus de résistance, n'est-ce pas une bonne nouvelle ? Tu encaisseras plus longtemps… Le pied que ça va être. J'ai hâte !
Sanji ne pouvait pas faire semblant de ne pas comprendre, même dans un tel état. Il aurait pu sentir son corps frissonner de dégoût s'il avait pu.
Rider poussa le fauteuil roulant, lui expliquant de sa voix rauque et menaçante qu'il ne pouvait plus s'amuser avec les autres pensionnaires, trop fragiles. Ils mourraient trop facilement entre ses mains, il ne pouvait jamais finir ce qu'il commençait, se faire plaisir aussi longtemps qu'il voulait. Il lui parla de ses petits « jeux ». L'esprit de Sanji commença à se brouiller alors que Rider entrait dans les détails.
Il dut s'apercevoir du manque d'attention du cuisinier car il arrêta le fauteuil pour se planter une seconde fois devant lui. Il posa sa main sur la bouche du maître-coq. Sanji, affolé, se souvint de ce qui s'était passé plus tôt, avec ce parfait inconnu. Pourtant, ce qu'avait en tête ce fou furieux était bien différent. Le colosse serra encore et encore. Dès qu'il retrouverait toutes ses sensations, Sanji sut que sa mâchoire allait le faire souffrir.
― Très bientôt, tu sauras ce qu'est... la vraie douleur.
Son pouce passa lentement sur sa lèvre inférieure du cuisinier, ses prunelles teintés de rêverie malsaine. Les yeux de Sanji se fermèrent pour échapper à ce regard puis s'entrouvrirent lorsqu'il sentit sur sa peau la main de Rider, caressant son bas-ventre avant de se faufiler dans son pantalon pour empoigner son sexe. Le corps de Sanji tressaillit, le jeune homme éprouvant de la honte par ce contact déplacé, avilissant. Il ne pouvait pas bouger, les mots restaient bloqués dans sa gorge. Une nouvelle fois, on lui jetait son impuissance en pleine figure.
Rider se pencha encore un peu plus pour lui souffler à l'oreille.
― Et tu adoreras.
Sanji eut un frisson, son corps parlait pour lui. Il était écœuré et apeuré. Une larme orpheline s'échappa, roula sur sa joue avant de disparaître entre les doigts de son tortionnaire. Il aurait voulu éloigner ce salopard de lui, lui cracher au visage. Cette rage de se battre pour se défendre et survivre était contenue de force sur ce siège.
― Rider !
Une voix salvatrice. Dans cet appel était condensé toutes les réprimandes que ce nouveau venu aurait pu faire au colosse qui se redressa, leva ses mains en évidence et recula d'un pas. Le maître-coq en aurait poussé un soupir de soulagement si il le pouvait.
― Plus tard, reprit l'inconnu.
Ce n'était pas Caega. La voix était grondante, beaucoup trop grave pour ce soit lui. A regret, le colosse reprit son rôle et poussa le fauteuil roulant.
Le cuisinier était presque soulagé d'arriver à destination. Il baissa le regard et son cœur eut un arrêt en voyant du sang sur le sol, glissant entre les lattes du parquet. Il se risqua un œil à l'intérieur de la pièce, son cœur repartit et il eut envie de vomir.
Un homme dans la salle gesticulait, bâillonné, sanglé sur la table d'opération. Deux autres, moins corpulents que Rider, tentaient de maintenir le malheureux pendant que Caega découpait avec un soin méthodique plusieurs carrés de peau. Son « patient » se cambra, essaya de lever les bras un instant et le cuisinier put constater l'absence de mains et la présence de garrots.
Le Dr Caega releva la tête et son regard s'illumina en croisant le sien. Il reposa son scalpel et trottina vers lui en s'essuyant les mains pour se débarrasser de l'hémoglobine.
― Aaaah te voilà ! Il est si ardu de se procurer de l'excellente matière première. Ta teinte de peau est difficile à trouver mais je concentre en toi tellement d'espoirs que ça vaut la peine de patienter pour avoir de la qualité !
Il congédia le colosse d'un geste sec et ordonna aux deux hommes derrière lui de le débarrasser du malheureux écorché vif qui tentait de hurler sa souffrance. Son torse, ses bras, ses jambes étaient sanguinolents. De véritables ruisseaux qui faisaient naître une flaque de plus en plus grande sur le carrelage.
― Je ne peux pas me permettre de faire de tests sur ton organisme, poursuivit Caega, tu m'es bien trop précieux. Tu seras ma plus belle œuvre, une fois terminée. Beau à regarder, même durant les fabuleux carnages où je t'emmènerai. Un parfait instrument pour ma vengeance !
Et à nouveau, Sanji fut bringuebalé contre sa volonté, sans que son esprit ait le loisir de s'arrêter sur le sens de ces paroles. Le docteur le fit entrer dans une autre salle d'opération, à quelques mètres de la précédente. Le pirate vit le plan de travail à côté de lui, où trônaient divers instruments de chirurgie, l'évier ensanglanté devant lui. Le docteur bloqua les roues du fauteuil.
― Dès que je t'ai croisé sur le Baratie, j'ai su que ce serait toi ! J'avais bien pensé à Zeff aux Pieds Rouges mais quand je suis arrivé, il n'était déjà plus que l'ombre de lui-même. Tu as hérité de ses techniques, n'est-ce pas ? Je suis certain que tu les as perfectionnées !
Il se lavait les mains, surexcité, et parlait avec tant de passion et d'empressement que Sanji songea qu'il était l'illustration même du proverbe « le cordonnier est le plus mal chaussé ». Ce type avait un grain !
Le cuisinier redressa la tête en voyant ses doigts tressauter. Il émergeait de son engourdissement. Il y avait un coup à tenter. Il ferma les poings et tenta de faire bouger ses bras, tout doucement, pour tester. Les sangles restaient silencieuses, pas de cliquetis comme il avait entendu avec la victime qu'il venait de voir en passant.
― Si tu savais combien la transformation artificielle de l'anatomie humaine est contraignante ! s'exaspéra Caega. Consolider les muscles des bras et du torse, aucun problème, mais les jambes ! Impossible sans qu'elles ne deviennent inutilisables. Six fois sur dix, elles se déforment et si c'est une réussite, le sujet ne peut pas les lever plus haut que cinquante centimètres ! Les lois de la nature sont formelles, les muscles ont un poids conséquent, bien plus que la graisse.
Il se tourna vers Sanji qui se figea et s'appliqua à conserver cet air absent.
― Cependant, toi…
Il passa sa main dans ses cheveux noirs corbeau gominés puis se saisit d'un ciseau et s'approcha de lui pour découper avec précaution la veste du jeune homme qu'il finit par déchirer dans l'impatience. Il fit remonter la manche de la chemise et repartit pour s'emparer d'un feutre.
― Non seulement tu as une puissance phénoménale dans les jambes mais tu possèdes une grande agilité et une rapidité exceptionnelle. Tu es jeune, tu n'as pas encore atteint tout ton potentiel.
Il traça deux longues lignes noires sur le bras droit à découvert.
― Il faudra que je m'occupe de tes bras, ils sont trop minces. Épaissir la peau, grossir les muscles…
Il prit sa main entre les siennes, l'examinant sous toutes les coutures.
― Des mains délicates de cuisinier… Impossible de garder ça.
Sanji fut horrifié à cette nouvelle. Plus qu'à la perspective d'être le sujet d'expérience de ce malade, même si c'était lié.
― Celles de ton compagnon seront parfaites. Rugueuses et robustes, des mains de combattant. Je suppose qu'il y aura quelques soucis de compatibilité mais ne t'en fais pas, je sais comment contourner ce problème-là. Changer la teinte de la peau ne sera pas non plus un souci.
Que… QUOI ? Z... Zoro ? Il allait y passer parce que ce dégénéré mental voulait faire de lui un guerrier parfait ? Il voulait qu'il fasse partie de lui ? Hors de question ! Jamais de la vie ! Plutôt mourir que d'avoir ne serait-ce qu'un bout d'ADN de cette algue avariée en lui. Brr !
Plus grave, cela voulait dire aussi que la vie et le rêve de Zoro dépendaient de lui.
Le Docteur Caega défit les boutons de la chemise de Sanji et observa son torse avec un professionnalisme écœurant. Il y traça d'autres traits, plus long, qui s'arrêtaient au creux du cou de Sanji.
― Il y aura moins de travail que je l'imaginais de ce côté-là. Un simple épaississement de l'épiderme devrait suffire, il ne faut pas que tu prennes trop de poids.
Son attention se reporta sur le crâne de Sanji et il tapota le front du jeune homme de son index.
― Ensuite, ce sera au tour de ton mental. J'ai un produit qui fait des merveilles sur la mémoire. Il n'y a rien ici qui pourra t'aider à la récupérer. Ton corps se souviendra très vite de la manière de frapper, tu t'entraîneras dur pour ça. J'aurai un soldat docile. Et dire que mes collègues osent prétendre qu'il est impossible de faire atteindre la perfection à un être humain !
Il eut un petit rire méprisant et se releva pour se diriger vers ses instruments.
― Bien, avant toute chose, il faut que je fasse tout de même des petits ajustements. Tu n'auras plus besoin de ces doigts si fragiles, je vais en profiter pour t'en prendre quelques-uns.
Le cœur de Sanji paniqua lorsqu'il entendit ces paroles. Ses poings serrés, il s'agita dans son siège, retrouvant peu à peu avec un immense bonheur toute sa mobilité. Il tendait à l'extrême les vieilles sangles qui menaçaient de céder. Il devait insister, encore et encore. Il battit des jambes, elles aussi entravées. Il devait s'en aller au plus vite !
Ses prunelles se teintèrent de frayeur alors que Caega brandissait avec fierté un sécateur. Ça, pour autant que le cuisinier le savait, ça ne faisait pas partie de la panoplie du parfait docteur. En tout cas, il ne se souvenait pas que Chopper se trimbalait avec ça dans sa sacoche de médecin. Dès que Caega avait fait mine de se retourner vers lui, il n'avait plus bougé. Il devait être patient.
Il était complètement terrifié à l'idée qu'il n'ait pas l'opportunité de se tirer. Ne serait-ce qu'un doigt en moins et il pouvait faire une croix sur la cuisine. Et son rêve. La vie, l'avenir de Zoro dépendaient de lui. Cet état de fait ne cessait de revenir dans son esprit.
― Tu risques de le sentir passer mais ne t'en fais pas, j'ai d'excellents antidouleurs !
Il pouvait aller se faire voir avec ses médocs ! Le jeune pirate guettait la faille, le moment où il pourrait défaire ses liens et s'enfuir.
Un bruit sourd se fit entendre dans le dos de Sanji, sortant Caega de sa contemplation malsaine. Il fronça les sourcils et sortit de la pièce. Le jeune homme en profita pour s'agiter en tout sens. Il entendait les sangles gémir, prêtes à abandonner dans un avenir très proche. Il fut contraint d'arrêter, vidé du peu d'énergie qu'il possédait. Haletant, il était en nage, exténué par cette lutte qui semblait vaine. Cette rage en lui ne demandait qu'à s'exprimer, elle seule arrivait à lui donner la motivation pour poursuivre la lutte.
Il songea encore à Zoro qui attendait dans la chambre. Si Sanji n'arrivait pas à s'enfuir, ils étaient tous deux condamnés. Outre le fait que vivre avec les membres de l'objet de sa haine était inenvisageable, il se sentait responsable. Il était son compagnon de voyage ! Il était de son devoir de lui éviter ce genre de danger.
Le docteur revint, sa mine contrariée se transformant en visage illuminé par le ravissement. Il se pencha vers Sanji avec un grand sourire.
― Serre les dents !
L'annulaire du maître-coq passa entre les lames du sécateur, pressées de trancher. Elles entaillaient déjà sa chair. Le cœur du cuisinier était au bord de ses lèvres.
C'était le moment !
Sanji se révolta, se mouvant avec fureur sur sa chaise, avec une telle vigueur que Caega fut d'abord pétrifié par la stupeur après avoir lâché son instrument. La souffrance venait de sortir son esprit de sa torpeur. Il poussa un cri de triomphe et de colère lorsque son pied droit fut délivré de ses liens. Il décocha un coup de pied dans le ventre du docteur dont le dos percuta avec violence le bord de l'évier. Il y eut un craquement et il hurla de douleur avant de s'évanouir. Son corps chut sur le carrelage, face contre terre. Sanji se dépêcha de libérer l'une de ses mains pour pouvoir défaire les liens restants.
Il s'agissait de partir en vitesse. Les cris et les bruits n'avaient pas dû échapper au deux hommes qui avaient assisté Caega tout à l'heure. Sauf s'ils étaient déjà trop loin. Le meilleur scénario aurait été que Sanji ne croise personne.
Il se pencha vers le corps de Caega. Avec un peu de chance, il avait des clés sur lui.
Sanji lui emprunta le trousseau qui était accroché à la ceinture et la carte que Caega avait dû lui prendre pendant qu'il était inconscient. Il vacilla en se relevant, se prenant la tête entre ses mains. Cette lourdeur, cette envie de dormir…
C'est en retirant ses mains qu'il se rendit compte que sa main gauche était sanguinolente, il vit les deux entailles à son annulaire. Il tenta de le faire bouger et ne réussit qu'à le faire frémir. Il se débarrassa à regret de sa veste qui était irrécupérable. En déchirant un bout pour l'attacher autour de son doigt redressé à l'aide d'un stylo, il se fit une attelle de fortune. Il ne semblait pas y avoir de désinfectant dans le coin et l'état du sécateur ne lui inspirait pas confiance. Il remercia mentalement Chopper qui avait tenu à faire faire à l'équipage leurs vaccins.
Une fois le cactus libéré, il comptait courir au Vogue Merry pour aller voir Chopper.
Il passa sa tête dans le couloir, regardant des deux côtés avant de s'y engager. Il opta pour la droite, plus sûre puisque c'était la direction opposée à celle que Rider avait prise.
Vu le joli programme qu'il avait prévu pour lui, le cuisinier avait encore plus de raisons qui le motivaient à ne plus le croiser.
Sanji nota avec distraction que la partie de l'étage dans laquelle il se trouvait était de plus en plus délabrée au fur et à mesure qu'il avançait. La fatigue le rendait presque imprudent. Il titubait, combattant ce plomb dans ses paupières, qui les obligeait à se fermer doucement. Il dut se tenir à la rambarde pour tenir debout. L'idée séduisante de s'asseoir et de s'endormir s'imposait.
Il fit le pas de trop au mauvais endroit.
Le sol s'ouvrit sous ses pieds, le bois pourri ne pouvant supporter son poids. Un pan entier était en train de céder de part et autre de la ligne de rupture. Sanji se jeta au sol et tenta de s'accrocher, ses jambes battant dans le vide, mais le cliquetis des clés éveilla son attention. Il n'eut qu'à tourner la tête pour voir le trousseau glisser puis tomber à l'étage inférieur. Il les avait inconsciemment lâchées. Un grognement l'alerta et il vit le colosse accourir vers lui, enragé.
Obéissant aveuglément à ce que lui dictait son instinct de survie, Sanji lâcha prise. Après avoir glissé sur le plancher dangereusement incliné, il se laissa tomber pour suivre le même chemin que les clés.
En échappant de peu à son poursuivant, il plongea dans un noir total.
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à suivre...
Sachez que j'ai longuement hésité. Non, pas sur son face-à-face avec Caega mais avec Rider. J'avais tout d'abord pensé à un baiser mais... Rider n'a plus de lèvres. C'est un point qui m'a rebuté.
Je suis quelqu'un de très visuel alors je peux vous assurer que cette histoire est également une épreuve pour moi. Imaginer ce colosse embrasser Sanji... *gros frisson, regard horrifié*. Non et puis je ne sais pas... Le baiser a vraiment une signification particulière pour moi. Si ceux qui ont lu "Revenge" passe par ici, ils comprendront ce que je veux dire. Pour les autres... Disons que mon petit côté fleur bleu m'empêche d'écrire, et de décrire, le baiser de deux personnes qui ne s'aiment pas. A quelques exceptions près.
Si vous lisez ces lignes, c'est que vous avez réussi à finir le chapitre. Bravo à vous ! Vous avez gagné le droit de laisser une review avant de vaquer à vos occupations.
D'ailleurs à ce sujet, veuillez ne pas laisser de review négative. Cette histoire est l'une des rares à me tenir vraiment à cœur alors vos "yerk" et vos "mais c'est horrible, comment tu peux écrire ça" vous les gardez. C'est moi l'auteure, je suis une grande fille, j'ai conscience que les mots ont leur poids. Je choisi chacun avec soin.
J'ai pris trop de claques ces derniers temps pour accepter plus. Merci de votre compréhension.
A très bientôt !
