Remerciement : A mes deux bêtas. Cette chère ChocOlive et... oui même à toi nathdawn. Promis, j'ai vraiment besoin de toi *s'accroche comme elle peut*. Tu verras j'en ferais plein des fautes ! [devrais-je vraiment me le souhaiter ? Je sais plus... ] Je connais l'avenir de ces deux-là et c'est plus qu'incertain niveau comportement. Me forces pas à te donner tous les chapitres que j'ai déjà écris pour te convaincre ! *brûle de tout dire mais se retient*
Je remercie toutes les gentilles [et gentils revieweurs au cas où il y en aurait] revieweuses qui sont de plus en plus nombreuses. Je suis toute contente !
Ah ! Petit mot à l'intention de Piaf, plus connue sous le nom de Fantastic Mrs Papaye... Tu ne devrais pas avoir besoin de Carlos pour celui-là. Quoique.
Bonne lecture !
Chapitre 6
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Zoro courrait mais ne savait pas où aller pour reprendre ses sabres. Il devait aussi s'occuper du cuistot sur son épaule, c'était une autre priorité. Il avait vu ce bandage de fortune à son doigt. Il y avait peu de chance, vu l'endroit, qu'il ait réussi à le soigner convenablement. Hors de question que cet abruti claque entre ses mains.
Il était intolérable que ce débile de pervers abandonne son rêve à cause d'une telle connerie.
Le sabreur piqua un petit sprint, choisissant un peu au hasard les couloirs et les salles. Il commençait sérieusement à saturer. Il n'était pas foutu de trouver une carte, l'autre crétin de cuistot ? Il devait pourtant être au courant qu'il n'était pas du genre très regardant sur les directions qu'il prenait.
Il s'arrêta, un sentiment de ras-le-bol le prenant soudainement. Il n'allait pas se fatiguer pour rien. Il entendait la respiration pénible du cuisinier dans son dos. Il ne comptait pas l'abandonner ! Il allait lui montrer qu'il n'était pas du genre à sortir des paroles en l'air. Il allait agir !
L'escrimeur perçut un léger « Psst ! » à sa gauche. Il observa l'obscurité, dans la direction d'où provenait le son et se tendit lorsqu'il se répéta, insistant. Des bruits de pas se firent entendre et Zoro pesta dans sa barbe imaginaire. Il n'avait pas ses sabres pour se battre, par contre, il avait un cuistot sur les bras. Si combat il y avait, cela risquait d'être tendu.
― Vous n'avez pas à me craindre, fit une voix dans les ténèbres.
― Je n'ai peur de personne, rétorqua le pirate d'une voix pleine d'assurance. Et certainement pas d'une parfaite inconnue qui se cache dans les ténèbres.
La lumière se fit brusquement, éclairant le couloir sur quelques mètres, dévoilant l'identité de son interlocutrice.
Il s'agissait d'une femme aux longs cheveux noirs attachés en une tresse qui reposait sur son épaule. Habillée sobrement d'un chemisier beige et d'un pantalon en jean noir par-dessus lequel avait été attaché un tablier, elle braqua ses yeux bleus sur Zoro qui eut un étrange malaise devant ce regard trop familier. Cette même sévérité, cette même confiance, ce même défi...
― Veuillez m'excuser pour mon apparition pour le moins incongrue, déclara-t-elle d'un ton neutre. J'ai eu beaucoup de mal à vous trouver. Votre ami a besoin de soin me semble-t-il, venez avec moi.
Ce ton n'admettait aucune contradiction. Néanmoins, Zoro campa sur ses positions. Depuis quand une bonne femme sortie de nulle part avait-elle le droit de le faire obéir comme un gentil toutou ? Il n'était pas aussi stupide que le pervers qui lui tenait lieu de compagnon de voyage. Pas question qu'il consente à sauter à pied joint dans un piège.
Comprenant qu'il ne serait pas chose aisée de faire abdiquer un tel énergumène, la jeune femme tenta de jouer sur la corde sensible.
― La santé de votre ami a-t-elle de la valeur à vos yeux ?
Oui. Malheureusement, oui. Il était son camarade, son rival. Il prenait plaisir à le défier, à se battre contre lui. Que ce soit une joute verbale ou physique. Ce n'était pas comme si question adversaire de première qualité, il avait le choix. Il avait fini par apprécier son quotidien comme il était. Si le cuistot venait à disparaître, il était certain que Zoro ressentirait un énorme vide.
Dans ce cas, jamais il ne pourrait savoir qui d'eux deux était le plus fort.
L'argument fit mouche mais Zoro ne comptait pas se laisser manipuler aussi facilement. Cette femme était trop maligne pour avoir totalement les mains blanches. Sans compter que l'endroit regorgeait d'ennemis, il en mettait sa main à couper.
― Qui me dit que ce n'est pas un piège ?
― Rien, c'est vrai, répondit-elle.
Sa sincérité fut appréciée. C'était peut-être cela, ou l'état de plus en plus alarmant de Sanji, qui convainquit Zoro de se laisser porter par les événements qui venaient d'eux-mêmes. Cela ne voulait pas dire qu'il allait se laisser conduire puis abattre tel un agneau. Sa curiosité le poussait à voir ce que cette femme attendait d'eux. Il voulait connaître tous les aspects de l'affaire pour donner un avis définitif.
― Pas d'entourloupe, lâcha-t-il.
― Vous avez ma parole.
Dans une telle situation, elle n'avait pas de poids. Les bras tranquillement croisés sur sa poitrine, elle lui tourna le dos et lui fit signe de la suivre. Ce fut long, ce fut risqué. Les gémissements de douleur de Sanji confortaient Zoro dans l'idée qu'il était contraint d'accompagner cette inconnue. Cette situation ne lui plaisait pas. Pas du tout. Il ne voulait pas croiser un ennemi dans de telles conditions. Autant dire que c'était du suicide !
Après qu'ils soient montés jusqu'au dernier étage, la jeune femme le conduisit vers le troisième bâtiment. Ouvrant une porte, elle fit entrer Zoro en lui désignant de l'index un canapé. Le sabreur prit le temps d'examiner l'immense salle d'un regard méfiant et déposa Sanji avec la plus grande délicatesse, du moins, autant qu'il en était capable. Il posa sur le dossier le manteau du cook qu'il avait pris avec lui avant de partir.
― Et maintenant ? Vous avez un doc sain d'esprit dans le coin qui pourrait le soigner ?
― Bien entendu.
Là-dessus, elle s'empara d'un kit de soin et alla s'agenouiller devant le canapé. En la voyant se saisir de la main blessée du cuistot, Zoro espéra de tout cœur qu'il ne s'éveillerait pas à ce moment-là. Il n'avait pas envie que ses tympans soient au supplice à cause de ces hurlements d'hystérique.
― Tu ne saurais pas où se trouvent mes sabres ? s'enquit-il. Faudrait que j'aille les chercher.
― Oui mais non.
Voilà une réponse qui méritait quelques explications. Le sabreur commençait tout juste à saturer. Il ne pouvait pas blairer ce petit ton autoritaire et il n'était pas un modèle de patience.
― Tant pis, j'irai quand même.
― Vous avez plus de chance de tomber sur Rider que sur vos sabres sans moi, répliqua-t-elle. Je vous conseille de rester ici.
C'est drôle, le ton dont elle usait pour le dire, cela ressemblait davantage à un ordre qu'à un conseil. Elle devait en avoir conscience car elle ajouta :
― Ensuite, libre à vous d'aller au casse-pipe, je ne fais qu'énoncer l'évidence.
Pour le coup, Zoro était un peu tiraillé. D'un côté, il préférait ne pas laisser le cuisinier inconscient entre les mains de cette nana qui leur était parfaitement inconnue. Cependant, Luffy risquait de beugler s'il ramenait son cuisinier dans cet état, incapable de remplir sa fonction. D'un autre côté, il avait une tenace envie de se tirer pour aller chercher ses katana, histoire qu'elle comprenne que ce n'était pas une petite minette qui allait décider de ce qu'il allait faire.
Finalement, la question se résolut presque d'elle-même.
Son compagnon se voyage ouvrit péniblement les yeux, sa vision, d'abord brouillée, se fit de plus en plus nette. Il n'avait pas vu ni la femme ni Zoro lorsqu'il prononça ces premiers mots :
― Épéiste de merde... Dès que je te revoie... je te casse la gueule !
Ça faisait toujours plaisir de se sentir désiré ! Zoro n'avait pas besoin de répondre, le cook allait se fustiger tout seul dès qu'il aurait remarqué la présence féminine. Ce qu'il ne tarda pas à faire.
Il tourna la tête, croisa le regard de la jeune femme, déglutit péniblement et, enfin, remarqua que sa main était encore entre les siennes. Il n'en fallut pas plus. Il se redressa vivement et plaça sa seconde main sur celles de l'inconnue.
― L'espace d'une seconde, j'ai cru voir un ange salvateur.
― L'espace d'un instant, vous parliez de votre ami, rappela l'étrangère en retirant ses mains.
Elle était secrètement soulagée d'avoir réussi à en finir avec le soin de la main de ce drôle d'énergumène.
― Comment aurais-je pu confondre une algue avec une telle beauté dont les yeux rappellent agréablement ces balades au bord de la mer au clair de lune ? Veuillez excuser mes paroles, jamais je n'aurais été familier si j'avais su que vous étiez là.
― Je m'en doute. Pourriez-vous me laisser vous soigner ?
Cette froideur et cette impassibilité plaisaient à Zoro qui s'amusait intérieurement. Voir la mine déconfite de Sanji était un régal. Il ne pouvait pas se le cacher.
Après avoir lutté contre la sensation de vertige, vu qu'il s'était relevé trop brusquement, le cuisinier s'assit et laissa la jeune femme s'occuper de lui. Une petite consolation. Cependant, il redevint sérieux en se souvenant des paroles de celui qui l'avait aidé un peu plus tôt.
― Vous ne seriez pas... Anna ?
Il lut de la surprise et de l'espoir dans les prunelles de son interlocutrice. Cette lueur disparut bien vite. De son côté, Zoro restait attentif et écoutait l'échange en silence.
― Vous avez donc vu Riley, souffla-t-elle.
― Je ne sais pas mais...
Il s'interrompit. Il venait d'entendre trop de tendresse dans la voix de cette femme pour lui dire la vérité. Il vit son beau visage s'assombrir et elle s'empara du désinfectant pour s'occuper de la plaie qu'elle venait de voir à l'arcade sourcilière.
― Il est mort, termina-t-elle pour lui. Je m'en doutais un peu. À force de rêver de liberté, il a fini par l'avoir...
Elle passa ses pouces sur le pansement qu'elle appliqua sur la plaie.
― Pour votre doigt, des points de suture ont été nécessaires, finit par dire Anna. Vous avez eu beaucoup de chance.
― J'ai surtout eu de la chance de vous rencontrer vous, sublime sylphide.
Elle jeta un regard interrogateur vers Zoro qui haussa les épaules, lui faisant clairement comprendre qu'il était toujours ainsi et qu'il n'y avait aucun remède. Sanji considéra son doigt bandé avec un mélange de crainte et de perplexité. Il s'adressa à Anna avec un grand sérieux.
― Je pourrai cuisiner une fois que ce sera guéri ?
― Bien sûr. Vous n'avez pas à vous en faire à ce sujet. Je vous aurais bien interdit de vous battre si je ne savais pas que vous utilisez vos jambes pour ça.
― Maintenant que l'autre débile est réveillé et soigné, conduis-moi à l'endroit où se trouve mes sabres.
― Dis donc, tronche de gazon ! Ce n'est pas comme ça qu'on s'adresse à une lady ! Baisse d'un ton et parle avec un peu plus de distinction. Tu n'as rien à exiger d'elle !
Zoro ne fit pas attention à l'intervention du surexcité blond qui venait de bondir sur ses pieds. S'il était assez en forme pour lui hurler dessus, cela voulait dire qu'il était sur la voie de la guérison. Devait-il éprouver du soulagement ? Pas vraiment. Enfin si. Il avait réussi à sauver son rêve à temps.
Il ne plaisantait pas avec ce genre de chose. Il aurait éprouvé des remords, parce qu'il arrivait à se mettre à sa place. Si une telle bêtise lui arrivait et qu'il devait faire une croix sur son rêve de devenir le meilleur escrimeur, cette sentence aurait sonné comme un glas. Ce serait même pire que la mort pour lui.
Alors oui, il s'autorisa une fraction de seconde pour partager le soulagement de Sanji.
La jeune femme se releva à son tour, pivotant vers le sabreur et ignorant le cuisinier qui se posait en défenseur de la gente féminine une fois de plus.
― Je vais vous aider à y aller.
― Ok, ça me va mais j'aurais une dernière question...
Zoro s'approcha de quelques pas, se faisant soudainement menaçant. Le corps de Sanji se tendit, prêt à frapper, alors que le maître-coq reconnaissait ce regard de tueur qui aurait pu intimider un monstre des mers. Il ne bougea pas d'un pouce mais l'escrimeur le sentait prêt à s'interposer.
― Je vois pas pourquoi une parfaite inconnue veut aller jusqu'à se mêler de nos affaires quitte à se mettre dans le pétrin jusqu'au cou.
― Dis donc marimo, t'as jamais entendu parler de l'altruisme ?
― Tu sais très bien où je veux en venir cook, répliqua Zoro qui s'adressa à nouveau à leur interlocutrice. Tu te poses en sauveuse à peine arrivée, tu connais par cœur cet endroit, tu soignes sans discuter l'autre pervers et tu vas me filer un coup de main pour récupérer mes sabres. T'as pas la conscience tranquille.
Étrangement, Sanji ne tenta pas de trouver une excuse à la jeune femme. Il n'avait même pas réagi au « pervers ». Lui aussi, il voulait savoir. Il lui était arrivé trop de choses pour qu'il laisse sa galanterie prendre le dessus sur sa raison. Il était passé à deux doigts, et c'était le cas de le dire, de devoir abandonner son rêve. Il appréhendait le moment où elle allait se retourner contre eux parce qu'il ne pourrait pas s'empêcher de tenir tête à Zoro. Laisser une femme se faire blesser ou mourir devant lui, par contre, il ne pouvait pas le faire. Plus jamais il ne laisserait une telle horreur se reproduire.
Anna resta immobile, muette dans les premiers temps. Le silence fut lourd à supporter, la tension entre les trois personnes était palpable. Sanji regrettait de ne pas avoir une cigarette sous le coude pour pouvoir fumer.
― C'est vrai, déclara-t-elle. Je n'ai pas la conscience tranquille mais ce n'est pas pour les raisons auxquelles vous songez.
Elle s'arrêta là, pesant ses mots, cherchant comment amener cette nouvelle. Ils pouvaient très mal le prendre et elle percevait cette suspicion de la part de l'escrimeur qui allait sans hésiter s'en prendre à elle. Plus Anna y songeait, plus elle se disait qu'elle aurait mérité ce qui l'attendait. Elle n'avait rien fait pour empêcher tout ceci d'arriver. Elle n'avait aucune emprise sur les événements, néanmoins ce n'était pas une excuse à ses yeux.
― Je préférerais garder le silence sur ce détail...
Elle retint quelques larmes et vida ses poumons lentement pour contrôler sa respiration. Elle se tourna vers Sanji qui se sentit mal à l'aise.
― Je suis Anna Caega. Il me semble que mon père et vous, vous vous êtes croisés.
Maintenant, et rien qu'à la tête du cuistot et des blessures qu'il avait reçues, Zoro se faisait une petite idée de ce qui s'était passé. Et l'envie de meurtre qui montait en lui, si familière, ne demandait que ses sabres comme instrument pour s'exprimer.
― Je suis navrée pour ce qui s'est produit, continua la jeune femme, il semble que mon père est très attaché à vous.
― Je l'avais remarqué.
Il avait échoué à transformer sa voix blanche d'appréhension en ton confiant. Zoro approcha sa main des manches de ses sabres pour en serrer un entre ses doigts... et se rendit compte qu'il ne les avait pas.
― Je ne vous demanderai pas de m'aider mais je voudrais que vous lui pardonniez. Il...
― Non.
À la surprise de l'épéiste, c'était bel et bien Sanji qui avait prononcé ce mot. Il avait osé dire « non » à une de ces femmes qu'il vénérait avec tant d'ardeur. Zoro n'avait pas eu une hallucination ?
Les lèvres d'Anna tremblèrent, la jeune femme hésita entre l'incompréhension et le chagrin.
― C'est votre père qui a... créé ce Rider, n'est-ce pas ?
― Et bien, oui mais...
― Alors non.
Le jeune homme avait cet air tranquille, sérieux, que Zoro connaissait pour l'avoir vu quelque fois. À Arlong Park, à Alabasta... Sa décision était mûrement réfléchie et elle avait été prise bien avant que cette femme ne leur fasse cette requête.
Incapable de supporter ces regards, hanté qu'il était par les souvenirs tout frais dans son esprit, Sanji leur tourna le dos.
― On va chercher tes cure-dents, fichu sabreur et... on avisera.
Anna se mordit la lèvre inférieure, nerveuse. L'épéiste sentait que son compagnon de voyage était tiraillé par deux extrêmes. Il voulait faire plaisir à cette femme mais autre chose l'en empêchait. Il y avait un lien avec ce que le cuistot lui avait balancé tantôt.
« ―Une femme est morte par TA faute ! »
Nul doute que cette précision n'avait pas été anodine. Venant de Sanji, ce décès avait dû le marquer profondément.
― Je ne peux et ne veux insister alors... je vais vous aider, assura Anna.
Sanji haussa les épaules, n'osant plus la regarder en face après l'affront qu'il venait de commettre. Il allait amorcer un pas vers la porte lorsqu'elle reprit la parole.
― Attendez quelques secondes !
Elle courut vers le fond de la salle et, une fois qu'elle eut atteint le bureau, elle se pencha pour attraper un objet qu'elle releva du bout des doigts. Sanji reconnut son sac. Elle s'approcha du jeune homme et le lui tendit.
― Je l'ai récupéré avant que Père ne s'en débarrasse.
― Merci, c'est très aimable à vous.
Pas de débordement d'affection, pas de surnom débile. Il avait été refroidi. Il ouvrit le sac et se saisit d'un paquet de cigarettes pour en prendre une. En l'observant l'allumer, Zoro put repérer le léger tremblement qui agitait les mains de son compagnon. Sanji prit une profonde inspiration, soulagé de retrouver cette petite source de réconfort. Il referma le sac après un dernier coup d'œil.
― On peut y aller. Il faut que nous récupérions toutes nos affaires.
Elle lui mit dans les mains un plan de l'endroit. Le jeune homme comprit qu'elle ne viendrait pas avec eux. Il ne contesta pas sa décision. Il n'était décidément pas d'humeur.
― Il est préférable que Père ne me sache pas avec vous.
Sanji tiqua. Son père ? Impossible qu'il soit vivant, il était sans vie la dernière fois qu'il l'avait vu. Il en était certain ! Quoique... Il ne se souvenait plus de grand-chose. Avait-il tâté son pouls ? Était-il sûr qu'il était hors d'état de nuire maintenant ? Le maître-coq garda le silence à ce sujet.
Merde et re-merde ! Buter le père de la femme qui vous avait sauvé, ce n'était pas très conseillé si on voulait avoir de l'estime à ses yeux. À ce sujet aussi, il ne savait pas trop s'il devait souhaiter sa mort ou sa survie. Il tanguait plus vers la mort, vu ce qu'il avait subi, et en même temps...
― Merci pour tout, Anna-chan, lâcha-t-il avec toute la conviction qui lui restait.
C'est-à-dire très peu.
― Les générateurs auxiliaires sont sur leur réserve, ils ne vont plus fonctionner bien longtemps. Je vais aller remettre le générateur électrique principal en marche pour qu'il fournisse du courant à tous les bâtiments, assura-t-elle. Je devrais y arriver avant vous. Il vous faudra être prudent, j'ai déconnecté les escaméras des moniteurs de surveillance avant de venir vous retrouver, cela nous laisse encore un peu de temps avant que mon père et les autres sachent que vous êtes à présent deux à vous balader dans l'hôpital.
Zoro opina et Sanji la remercia du bout des lèvres. Les trois jeunes gens sortirent de la salle de repos et Anna hésita avant de prendre la parole. Elle se tourna vers le maître-coq.
― Si vous êtes de nouveau capturé, c'est la fin pour vous deux, dit-elle d'un ton neutre.
Elle disparut dans les ténèbres à grandes enjambées, comme si tout ce qui venait de se passer était le fruit de leur imagination.
Il fallait dire qu'à ce stade, cette mésaventure devenait surréaliste.
Les deux hommes partirent vers le côté opposé, entrant dans l'une des rares ailes du bâtiment qui était éclairée.
Zoro entendit Sanji renifler, refoulant quelques angoisses pour rester stoïque. Maintenant que l'épéiste l'accompagnait, il était hors de question qu'il fasse preuve de faiblesse, ne serait-ce qu'une fraction de seconde. Il en avait déjà trop montré pendant la libération du sabreur. Sa gorge était nouée, son corps était parcouru de frisson alors qu'il appréhendait une nouvelle rencontre avec Rider.
Un silence tendu régnait dans les environs, aucun des deux rivaux ne semblait décidé à engager la conversation. La carte entre les mains, Sanji avait repéré l'endroit où se trouvaient les sabres de Zoro, Anna avait pris soin d'entourer la salle en rouge ainsi que celle qui était leur point de départ. Le maître-coq disait le strict minimum, jetant des coups d'œil vers Zoro pour s'assurer qu'il restait à côté de lui.
L'escrimeur ne savait pas sur quel pied danser. D'un côté, il semblait évident que Sanji devait encore vider son sac et qu'il avait un poids sur le cœur, surtout après la révélation de la jeune femme. De l'autre, Zoro n'était pas vraiment la personne indiquée pour la parlotte. Le cuisinier le savait et il refuserait toute compassion de la part de son compagnon de voyage.
La situation était bloquée de ce côté-là.
Le gargouillis typique d'un ventre affamé rompit le silence et sa provenance ne fit aucun doute. Aussi impassible qu'il était, le corps de Sanji continuait sa petite œuvre en parfait traître.
― Tu devrais manger, déclara l'escrimeur nonchalamment.
Il eut droit à un regard furibond assorti d'un :
― Je n'ai pas besoin de manger tout comme je n'ai pas besoin de la pitié d'une algue.
Zoro lui arracha la carte des mains et, plaquant sa paume contre le torse d'un maître-coq furieux, plaça le plan hors de sa portée.
― C'est pas de la compassion ou une autre connerie de ce genre. Tu ne serviras à rien si tu n'écoutes pas ton corps un minimum.
― Venant d'une tronche de poireau qui perd quatre litres de sang à chacun de ses combats, c'est très peu crédible.
― Les combats, c'est une autre affaire. Je bois à ma soif, je mange à ma faim. Je me bats dans les meilleures conditions possibles. Je ne m'affame pas pour prouver ma supériorité. C'est débile.
― Je n'ai pas besoin de toi pour savoir ce que je dois faire.
Exaspéré, Zoro empoigna le cook par le col et le plaqua sans ménagement contre le mur.
― Je vais être plus clair. Je ne veux pas d'un boulet à moitié infirme doublé d'un affamé à mes côtés. Tu ne seras qu'une gêne.
Les yeux émeraudes se plantèrent dans l'œil saphir, cherchant autre chose que de l'incompréhension et de la surprise. Il crut un instant qu'une infime goutte salée allait s'échapper de cette abîme océanique. Ce fut avec soulagement que l'escrimeur vit le sourcil en vrille se froncer, une tempête se lever dans cette prunelle azur.
De sa main valide, Sanji se défit de la poigne du sabreur. Il fit descendre le sac de son épaule et l'ouvrit, piochant à l'intérieur pour mordre dans un sandwich sans conviction. Ils reprirent le chemin vers leur objectif. Le petit bruit de mastication et de pas étaient les seuls sons qui se faisaient entendre.
Il fallut quelques minutes pour que Sanji pense à lui faire la proposition.
― Tu veux un petit quelque chose ?
Il lui tendit son sac et ajouta :
― J'en ai fais un peu trop alors...
Sous-entendu : J'avais pensé à ta pomme en partant à ta recherche, j'ai pas envie de discuter alors tu prends et tu me fais pas chier.
Zoro décida de ne pas faire le difficile et se saisit du sac.
Ils entendirent une détonation, trop proche pour qu'elle soit une coïncidence. Par réflexe, en voyant le plancher se fissurer, Sanji jeta la carte sur le bretteur et le poussa sans ménagement. Avant que Zoro ait le temps de protester, il vit le sol s'effondrer sous les pieds du maître-coq. Il entendit le cri de surprise de Sanji suivit d'un grand fracas. Le sabreur toussota à cause de la poussière qui tombait du plafond, évita quelques débris.
― Cook !
Zoro s'agenouilla devant le trou béant et pencha sa tête dans le vide. Le corps de Sanji était étendu sur les débris. Pas de flaque de sang, il n'avait pas entendu de bruit suspect. Peut-être était-il seulement assommé mais même cette possibilité rendait le bretteur nerveux.
― Bordel, ero-cook, tu vas répondre ?
― Bon sang mais ferme ta gueule marimo !
Sanji ouvrit les yeux, grogna en sentant une douleur sourde dans son crâne. Il se redressa, assis sur le tas de gravats et de planches. Il se releva en prenant ses précautions, soulagé que son doigt meurtri n'ait pas été davantage endommagé par la chute.
― J'ai l'impression qu'il va falloir qu'on se rejoigne là-bas, déclara le maître-coq.
― Ouais...
― Je t'ai passé le plan alors tu as juste à conserver un œil dessus. Ne te fie pas à ton instinct. Garde le nez sur la carte. Ne fais pas attention à ce que te dit ton instinct surtout. Penses-y.
― C'est bon. J'ai compris, pas la peine de le répéter.
Décidément, rien ne se passait comme ils le voulaient. L'escrimeur n'aimait pas l'idée de laisser le love-cook dans cet état seul mais il n'avait pas le choix.
Zoro se promit de faire le plus vite possible.
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à suivre...
Flippant hein ? Oui ça ne change pas de d'habitude.
Merci à vous d'être arrivée jusqu'ici. Je considère ce chapitre comme une petite "pause" dans l'horreur mais ça reprend dès le prochain chapitre. Je vous le promet !
Surtout, laissez une review, cela m'aide beaucoup à me convaincre de continuer et de réduire la masse de travail de mes bêta.
Portez-vous bien et passez une bonne semaine !
