Remerciement : A ChocOlive et Nathdawn ! Merveilleuses et irremplaçables. Rendons à César ce qui est à César, nath, merci pour le "ras-le-bandana" ! Jamais je n'y aurais pensé ! C'est aussi à elle que reviens le petit paragraphe sur l'équipage. Vous comprendrez en lisant.

Petit message pour ma chère Piaf - ce ne sera pas une habitude je préfère vous rassurer, je fais pas dans le traitement de faveur - tu m'as bien fais rire avec tes questions sur Rider ! Honnêtement, je veux pas savoir. Tiens et puisque j'y suis, mets du Carlos à fond pour ce chapitre. Crois-moi.

Un conseil que je donne aussi à mes autres lecteurs. Vous en aurez biiiien besoin.

Allez hop ! Retournons dans les abysses de l'horreur !


Chapitre 7

.

Deux fois ! Deux ! Ce bâtiment était vraiment pourri ! Il s'en voulait de s'être fait avoir aussi facilement, il aurait dû s'en douter mais non, il n'avait pas tiré de leçon de son imprudence et avait commis une faute de débutant.

Sanji marchait prudemment, frigorifié alors qu'il avait enfilé son manteau. À cause de son doigt meurtri, il n'avait passé qu'un bras. Bon sang ! Tout mais pas ça. Il ne voulait pas être à nouveau seul dans ce bâtiment qui regorgeait de tarés en tout genre. Il ne l'aurait jamais avoué de vive voix toutefois, la présence de Zoro à ses côtés avait été d'un grand réconfort. Il s'était senti plus confiant, presque comme si toutes ces affreuses choses ne lui étaient pas arrivées.

Sa main tapota le paquet de cigarettes qu'il avait machinalement rangé dans la poche de son pantalon. Il alluma un de ces bâtons de nicotine, histoire de se rassurer. Il était primordial qu'il se convainque qu'il n'avait pas besoin de cette fichue tête d'algue. Non ! Il n'avait pas besoin de lui, de sa présence si rassurante, de son assurance revigorante, de ses silences et de ses regards plus expressifs que les mots...

Le maître-coq secoua sa tête blonde et le regretta amèrement dès que la douleur lancinante rappela son existence.

Il marchait dans l'ombre, guettant les bruits de pas, de chaînes ou des grognements. En repensant à ce qui venait de se produire il en vint à se demander d'où venait cette détonation. Qui avait bien pu la déclencher ? Elle venait du côté qu'Anna avait prise. Le cœur serré, Sanji espéra qu'elle était saine et sauve. Il s'en voulait d'avoir réagi ainsi devant une femme mais il ne pouvait pas pardonner.

Comment pardonner à un homme qui a été le créateur d'un monstre aussi abject ? Il s'en prenait aux femmes, sans état d'âme, ces exactions lui procuraient un plaisir malsain. Si le maître-coq était resté entre les mains de ce Dr Caega, il serait devenu aussi infâme que cet être. Ça, il ne pouvait pas l'accepter. Ses principes l'avaient forgé, fait naître l'homme qu'il était à présent. Il ne pouvait décemment pas pardonner à un homme qui ne voyait en lui qu'une machine de guerre.

L'image de Zoro s'imposa en lui. Même lui, il avait des principes. Il n'était pas qu'un boucher.

Le sourire carnassier de Zoro restait dans son esprit. Oui, il aimait défier ses adversaires, tester ses propres limites. Il devait même éprouver un certain plaisir en gagnant, tout comme Sanji. Mais ce qu'avait fait cet homme était d'une toute autre catégorie. C'était de la cruauté gratuite.

Sanji frappa la lampe-torche qu'il avait récupérée en prenant son sandwich. Il avait pris celle qu'il avait dénichée dans un des cabinets médicaux. Caega avait dû la mettre avec ses affaires après l'avoir endormi. Heureusement que lui était prévoyant et avait emporté des piles avant de partir.

La lampe-torche et les piles étaient tombées avec lui. Elle avait pris un mauvais choc vu que le faisceau lumineux grésillait, s'allumait et s'éteignait à intervalle irrégulier. Bon, c'était toujours mieux que rien... mais plus inquiétant, tu meurs.

Peut-être ne devait-il pas dire ce genre de chose. Sa situation était déjà pas mal dans le genre angoissant mais il suffisait que Rider se pointe pour que les choses se corsent.

― Fichu marimo ! J'espère qu'il ne va pas se perdre..., murmura-t-il.

Il avait la carte, normalement, il pouvait s'en sortir. Le jeune homme craignait qu'il se perde mais, en même temps, souhaitait que ce débile de sabreur s'égare et qu'ils se croisent. Il était très mitigé là-dessus.

Ses pensées firent un bref retour sur Anna-chan. Il se maudissait d'avoir été aussi froid. Elle n'avait rien fait pour mériter ça, bien au contraire. On ne choisissait pas sa famille et, parfois, la vie prenait des tournants inattendus et la seule chose qu'on pouvait faire, c'était subir. Si résister voulait dire mourir, c'était inenvisageable.

Est-ce que cela s'appliquait à lui, présentement ? Si il croisait Rider, très probablement. Pire, s'il restait passif, il avait aussi de fortes chances d'y rester.

Irrité par le grésillement de la lampe, il la secoua dans tous les sens en pure perte. Elle donnait de la lumière, ce n'était pas si mal... Il avait un manteau et une source de lumière. Sa situation était bien meilleure que lors de sa première virée.

Il laissa échapper un juron, renifla une dernière fois pour refouler quelques sentiments mal placés.

Le maître-coq se stoppa net devant l'escalier qui terminait le couloir, dirigeant le faisceau vers les dernières marches qu'il arrivait à éclairer. Il regretta de ne pas pouvoir faire marche arrière. Les débris bouchaient l'autre côté du couloir et il n'avait pas vu de passage entre ce bâtiment et un autre.

Il n'avait pas le choix, il allait devoir se mouiller pour pouvoir retrouver l'algue. Ironique.

L'eau était glacée et boueuse mais il n'y a avait aucun cadavre, un détail qu'il nota avec un grand soulagement. Une fois l'escalier descendu, l'eau lui arrivait aux genoux. Il avait un peu de mal à marcher, donner des coups n'était pas faisable, toutefois la progression se faisait sans difficulté majeure. Il tendait l'oreille, captant les bruits que faisait l'eau tout en avançant lentement, fixant le point lumineux clignotant qui provenait de sa lampe-torche.

Arrivé au milieu de la salle, il monta les quelques marches qui menaient à une petite estrade en bois et le sortait de l'eau. Il s'approcha de la machine et fut ravie en constatant qu'il s'agissait d'un générateur de courant. Sa main effleura le levier, impatiente, puis se figea lorsque son propriétaire entendit un son familier. Il entendit des craquements, une porte qui cédait brutalement. Paniqué, il éteignit sa lampe-torche et se recroquevilla contre la machine, priant pour que l'horreur connue sous le nom de Rider s'en aille. L'estrade était entourée de rambarde en bois. Dans les ténèbres, il était peu probable que le fou furieux sache où il était. Néanmoins, il paraissait logique qu'il vienne jeter un œil dans le coin.

Il ramena ses jambes contre lui, pressant sa lampe-torche contre son torse. Il entendait l'eau se mouvoir au gré des pas. Ne pas entendre le léger tintement de chaîne le rendait encore plus nerveux. Les grognements se rapprochaient, de plus en plus rauques, impatients.

Sanji grelottait dans le noir, maudissant son incapacité à croire en un Dieu quelconque. Il entoura ses jambes de ses bras, contrôlant sa respiration. Cette attente dura cinq minutes qui semblèrent interminables. Par la suite, il entendit les marches grincer en supportant le poids du colosse. Les effluves pestilentielles que Rider dégageait parvinrent jusqu'à son nez. Il était trop près. Encore un pas et il buterait contre le maître-coq.

Il était là. Juste devant lui. Sanji voyait les poings serrés, les chaînes brisées à ses pieds. Le cuisinier se mordit les joues pour se contenir. Encore un pas. Rien qu'un pas et il était coincé, bloqué, perdu. Cette minute parut durer des heures aux yeux de Sanji qui en vint à se demander si le colosse allait allumer la lumière. Peut-être croyait-il que le courant ne marchait pas puisque les escaméras avaient été débranchés.

Rider finit par redescendre. Le jeune homme s'agenouilla devant une des rambardes, scrutant l'obscurité en espérant voir une silhouette. Finalement, il n'y eut plus un bruit, les gouttes d'eau qui tombaient du plafond parvenaient à peine à le briser. Sanji se tourna vers le générateur, tiraillé entre son envie d'y voir clair et son désir d'éviter tout face-à-face avec Rider.

Le cuisinier posa une main ferme sur le levier et l'abaissa. Tant pis pour ses doutes, il courrait plus vite que cette enflure. La lumière s'alluma, éclairant toute la pièce ainsi que le couloir d'où il venait et la pièce où s'était engouffré Rider. Il fut contraint de prendre ce chemin, il n'y avait pas d'autres issues. Pas d'escaliers pour aller dans ce qui était en réalité un long corridor. Il était aussi envahi par l'eau vaseuse. Un cri de rage le fit sursauter, il se tourna un instant vers sa droite. C'était de là que ce hurlement provenait, il irait donc vers la gauche.

Il s'arrêta au bout de quelques mètres, considérant les deux étagères et les autres meubles qui bouchaient pratiquement le passage. Allait-il réussir à passer ? Derrière lui, l'eau s'agitait. Rider tentait de courir pour l'attraper et il allait bientôt y parvenir. Le maître-coq réprima l'envie de jeter un coup d'œil par-dessus son épaule. Il s'immisça entre deux étagères, forçant, étayant la brèche pour passer.

― Ooooh non ! Te crois pas sortie d'affaire, ma belle !

Le colosse passa son bras dans le passage et le saisit par le bras, stoppant net la progression de Sanji. Le jeune homme eut un regard affolé sur cette poigne qui le tractait vers son propriétaire. Il tenta de tirer de son côté, ignorant la douleur. À cette allure, il allait se disloquer le bras.

De sa main libre, il fit descendre la fermeture-éclair, son bras glissa hors de la manche et Rider dut faire quelques pas en arrière pour ne pas plonger dans l'eau. Il eut un regard surpris sur le vêtement puis, de rage, le jeta à l'eau. Sanji avait profité de son désarroi pour poursuivre sa progression, accélérant autant qu'il le pouvait, jusqu'à ce qu'il soit hors de portée du colosse . Ce dernier tenta de passer mais dut se rendre à l'évidence : la différence de corpulence était trop importante.

― Je t'aurai !

― Compte là-dessus !

Sanji était fier de lui-même. Il avait réussi à lui échapper, à tenir bon, à survivre. La peur l'avait paralysé, cependant il l'avait surmontée. Le maître-coq tourna le dos au fou furieux, un léger sourire flottant sur ses lèvres, l'espace de quelques secondes. Il entendit Rider grogner puis asséner un coup dans le mur, y déchargeant toute sa colère et sa frustration.

Rider devait l'attraper avant les autres. Ce pirate devenait sa priorité absolue. Il le voulait et il l'aurait.

Du côté de Sanji, son orgueil, après cette bravade, commençait à se transformer en angoisse. Son poursuivant connaissait l'endroit comme sa poche. Cette évidence revenait, frappait son esprit et ce fut un cuisinier fébrile qui marchait dans le couloir éclairé.

Pourvu que Zoro réussisse à trouver ses fichus sabres.

Le jeune pirate jetait des coups d'œil dans chaque pièce, toutes dépourvues de porte, guettant l'apparition d'un escalier qui s'obstinait à se dérober à sa vue.

Cette petite sieste imposée par le marimo lui avait fait plus de bien qu'il ne l'avait cru. Certes, il était encore fatigué, mais il avait gagné en tonus et en lucidité. Son corps était débarrassé de tous les produits qu'on lui avait imposé, son esprit était nettement plus clair, ses réflexes plus efficaces. Sanji était plus optimiste que lors de sa première balade dans cet hôpital de dégénérés. Non seulement il allait trouver Zoro mais il allait aussi sortir Anna-chan d'ici et l'inviter à venir avec eux à la rencontre de leur équipage.

Sans un seul signe avant-coureur, les néons s'éteignirent et les ténèbres l'arrachèrent à ses espoirs presque chimériques. Conservant son sang-froid tant bien que mal, il ralluma sa lampe-torche. Le grésillement qu'elle émettait en clignotant était discret, couvert par le clapotis de l'eau. En s'intéressant à ce dernier détail avec plus d'intérêt, il remarqua que l'eau se mouvait dans le même sens que lui. Plus il progressait, plus l'eau prenait de la vitesse. Subtilement, irrémédiablement, elle se changeait en courant. Il n'était pas assez puissant pour emporter le jeune homme.

Toutefois, Sanji resta sur ses gardes, prêt à se saisir du premier objet qui lui tomberait sous la main afin d'éviter la noyade.

Il se stoppa devant l'escalier et se tint à la rambarde pour ne pas le dévaler. Super ! Il devait encore descendre. Ce n'est pas du tout de mauvaise augure..., songea-t-il avec une ironie qui ne pouvait repousser sa peur.

De toute façon, il n'avait pas d'autre choix. Faire demi-tour ? Pour augmenter ses chances de tomber sur l'autre taré lubrique ? S'exposer consciemment à ce danger mortel ? Le cuisinier eut un soupir de dépit et procéda à la descente. Marche après marche, il descendait encore et encore dans les profondeurs de la bâtisse. Il ne voyait pas la fin de cet escalier. Le maître-coq résistait à la tentation de s'arrêter. Avec le boucan que produisait l'eau en se charriant jusqu'en bas, les autres sons étaient complètement couverts. Un désavantage pour lui si on ajoutait le fait que Rider ou un autre allait voir le cuisinier venir de loin grâce au faisceau de lumière, bien que faible, de sa lampe. Sanji n'entendrait personne s'approcher. Dans l'obscurité, cela devenait un sévère handicap. Voir un suicide. Il ne pouvait rien faire d'autre qu'avancer et espérer.

Il avait une lueur d'espoir qui se concentrait dans sa lampe-torche. Il préférait ne pas compter Zoro dans l'équation. Le sabreur était déjà hors-jeu à cause – ou grâce cela dépendait du point de vue même si dans cette situation, Sanji penchait pour la première option – de son sens de l'orientation pratiquement inexistant.

Il eut des difficultés à poser les pieds sur l'intégralité des marches, glissant parfois sur l'une d'entre elles. Il était collé à la rambarde pour rester debout. Lorsqu'il atteignit les dernières marches de l'escalier, l'eau arrivait jusqu'à ses hanches. Impossible de lever le pied pour attaquer si le besoin s'en faisait sentir. Il prit le temps d'examiner la pièce.

Pas d'ennemis en vue, absence de cadavres. Bon.

Il repéra une ouverture par laquelle l'eau filait. En remarquant la lumière, bien que faible, le jeune homme eut le fol espoir que ce soit le chemin de la sortie qui le mènerait à l'extérieur. Il dut se pencher en avant jusqu'à ce que son menton effleure l'eau et coller ses bras contre lui afin de pouvoir passer dans cette crevasse. Sans nul doute, cette découpe irrégulière était une percée improvisée. Il fallait être d'une force surhumaine pour réussir à la faire.

Une fois arrivé dans ce qui s'apparentait à un long corridor, il se redressa et considéra avec étonnement la fenêtre à sa droite. Il était à l'extrémité du couloir et, pour la première fois depuis qu'il était ici, la question du temps s'imposa à lui. Depuis combien de temps Zoro et lui étaient enfermés ?

Puis, il lui en vint une autre. Que se passait-il du côté du reste de l'équipage ? Leurs compagnons étaient-ils partis à leur recherche ? Ils étaient exposés au danger d'une certaine façon. Même si Caega n'était plus, les horreurs captives sur cette île, tel que Rider, étaient libres d'aller et venir. Pire encore, sans leur « créateur », qui savait ce qu'ils allaient faire à présent !

Sanji se rapprocha de la fenêtre grillagée, comprenant pourquoi ce « Riley » avait été si fasciné par l'extérieur. Le ciel étant d'un noir d'encre, il devinait à peine la forme indistincte des arbres à une dizaine de mètre de là. Il devait toujours être dans le troisième bâtiment. Ou pas.

Il avait peut-être tord, il ne voyait pas grand-chose. Si il était dans le troisième bâtiment, c'était mauvais. Les sabres de Zoro étaient au premier, il fallait qu'il l'y rejoigne le plus vite possible.

Le maître-coq s'arracha à la contemplation de la vitre qui lui renvoyait son reflet incomplet. Il ne savait pas trop s'il voulait vraiment savoir à quoi il ressemblait. Il devait faire peine à voir, ce serait rien de moins qu'une infamie s'il osait se présenter ainsi devant Nami-swan et Robin-chwan. Il avait déjà honte de s'être montré ainsi devant Anna-chan.

Sanji traversa tout le couloir et fut soulagé en repérant un escalier qui le menait vers l'étage supérieur. À partir du moment où son corps émergea totalement de l'eau glacée, il fut parcouru par de violents frissons. Ses jambes frigorifiées tremblaient mais, après avoir débarrassé ses chaussures de toute l'eau, il parvint à mettre un pied devant l'autre. Il éteignit sa lampe-torche en remarquant que les néons de cet énième corridor étaient allumés.

Il chercha un indice, un panneau qui pourrait lui donner des précisions sur l'endroit où il avait atterri. Du moment qu'il était seul, il ne se trouvait pas trop malchanceux.

― Je savais que tu viendrais, ma jolie, ronronna une voix trop familière.

Le temps que le cuisinier se retourne, le poing du nouveau venu frappa ses côtes, coupant le souffle de Sanji dont le regard se teinta de terreur. Il fut plaqué contre le mur puis il eut le temps de se baisser pour éviter un second coup afin de filer à toute vitesse.

Bien évidemment ! Il fallait qu'il soit là, ce dégénéré ! Le jeune pirate serra les dents, en colère contre lui-même. On ne lui laissait aucun répit.

Il freina des quatre fers devant la petite troupe qui lui barra la route et avisa les vêtements en lin répugnants, anciennement beiges, son regard se leva vers les visages déformés. Des pensionnaires !

Sanji tourna la tête et repéra un autre couloir, calculant rapidement le temps qu'il faudrait à Rider ou à cette troupe pour le rejoindre. Il bondit vers cette issue de secours et fonça, accélérant. Il était presque arrivé au premier bâtiment ! Il asséna un coup de talon au premier homme qui l'attrapa par le bras. Ils étaient partout ! Sanji était encerclé.

Il envoya balader un autre de ses poursuivants, un deuxième, un troisième... Et finit par être submergé. Il se débattit, les traita de tous les noms, et crut reconnaître l'enfoiré qu'il avait croisé et qui avait laissé mourir cette femme entre les mains de Rider. L'intéressé s'approchait, les yeux brillant de convoitise. Ceux qui avaient réussi à l'immobiliser le forcèrent à poser ses genoux à terre. Ces salopards l'humiliaient !

― Dégagez vermines ! Il est à moi.

Les doigts de Rider passèrent autour du cou de Sanji pour le soulever du sol et le plaquer contre le mur. Haletant, le cuisinier tentait désespérément de se défaire de cette poigne. Il avait beau savoir, il voulait croire qu'il lui était possible de se libérer.

Les prunelles sombres se posèrent sur le groupe d'une vingtaine d'hommes. Tous se voûtèrent, dans l'attente, priant pour échapper à l'attention de ce colosse à la force de titan.

― Vous êtes bouchés ? Déguerpissez !

La voix tonnait, aussi foudroyante qu'un éclair, aussi étourdissante qu'un coup de massue. Comme une horde de moineaux, les pensionnaires filèrent, passant par la porte la plus proche. En quelques secondes, Sanji et Rider étaient seuls dans ce couloir. Pour son malheur, le cuisinier avait à présent son entière attention.

― À nous deux.

Le maître-coq constata avec consternation que Rider avait retenu la leçon depuis leur rencontre dans les bois. Son bras était totalement tendu, plaçant son épaule hors d'atteinte. Le jeune homme donna un coup de pied dans le coude du fou furieux. Sans succès. Il broncha à peine.

Merde ! Il allait crever là ? Finir comme un moins que rien ? Il en était convaincu, dès que Rider se serait lassé, il se débarrasserait de lui. Sanji était en train de regretter le coup de pied qu'il avait asséné à ce Caega. Il était, en quelque sorte, un cran de sûreté. Lui en vie, Sanji aurait eu la garantie d'être sain et sauf jusqu'à ce qu'il soit entre les mains de cet aliéné de médecin.

La main du colosse défit la ceinture du cuisinier. Ses gestes étaient brusques, impatients. Le corps de Sanji eut un mouvement de révolte et son pied éloigna ces doigts ensanglantés qui s'approchaient trop près de lui.

― NON !

Ce simple cri, ce mot contenait en lui tant de sentiments. De la rage, du désespoir, du défi. Sanji soutint le regard de son bourreau, les yeux étincelants à cause des larmes qu'il contenait. Pas une ne tomberait, pas face à lui. Il ne comptait pas réitérer la même erreur.

Il tenta de le frapper une seconde fois mais Rider parvint à attraper sa cheville, resserrant sa prise en guettant le gémissement de douleur du cuisinier qui dut se mordre la lèvre pour le retenir. Il guettait le craquement sinistre mais rien ne vint.

― Personne viendra te chercher, fit le colosse avec un rictus méprisant. Ton pote épéiste court tout droit vers une mort certaine.

L'œil écarquillé, Sanji fut pétrifié par la stupeur. Il se reprit, se disant que Zoro réussirait à s'en sortir. Qu'il ait ou non ses sabres ne changeait rien au fait que l'instinct de l'escrimeur était redoutable. Dès qu'il avait un adversaire sous ses yeux, plus question de se perdre, rien d'autre ne comptait que de gagner. C'était le maître-mot.

Il allait gagner.

Il devait gagner.

Sanji prit peur. Tout était possible après tout. Lui-même, il avait trouvé plus fort que lui. Comme si ce docteur Caega avait tout fait pour créer des êtres capables de leur résister.

Se délectant de la détresse de sa proie, Rider lâcha sa jambe et glissa ses doigts dans le pantalon de Sanji qui eut un autre déclic. Il devait prévenir Zoro. Il devait aller le retrouver pour qu'il s'en aille. C'était peut-être trop tard. Sanji s'était fait avoir et le sabreur était sûrement à l'agonie. Non ! Cette issue-là était inenvisageable. Ils n'avaient pas réussi à se départager.

Sanji frissonna, reconnaissant la désagréable sensation d'être souillé alors qu'il sentait la pulpe meurtrie des doigts de ce fou furieux sur sa peau. Il eut beau s'agiter en tout sens, il ne faisait que retarder l'échéance. Il cria encore, vidant ses poumons de tout leur air dans l'opération.

― ZORO !

Si seulement cette imbécile d'algue pouvait montrer signe de vie... Lui prouver qu'il était digne du respect qu'il avait pour lui.

― Je suis pas encore devenu sourd, Sanji.

Au son de cette voix, l'esprit embrouillé du cuisinier s'éclaircit et un liquide chaud l'aspergea, un jet à la fragrance amère. Il y eut un bruit mat, quelque chose chut sur le sol. Entre deux flots de ce liquide poisseux qu'il reconnût, Sanji croisa le regard de Rider. Ce dernier était teinté de surprise. Son attention se porta sur son moignon, se disant qu'il y avait de cela quelques secondes, son bras avait été pourtant à sa place.

La voix, hautaine et prédatrice, poursuivit :

― Tu as tout intérêt à le lâcher si tu veux que ton autre bras reste en place.

Obéissant machinalement, le fou furieux se recula d'un pas ou deux, son unique main tentant de faire stopper l'hémorragie. Retombant sur son postérieur, Sanji étouffa une exclamation de douleur et d'indignation. Le maître-coq passa la manche de sa chemise sur son visage pour essuyer le sang de manière très sommaire.

Zoro se tenait devant lui, un sabre dans la main, les autres bien accrochés à sa hanche. Il avait réussi ! Il les avait récupérés. Il était là et bien en vie !

Rider analysa en une fraction de seconde sa situation. Il en était répugné mais il devait battre retraite. Ce qu'il fit, abandonnant derrière lui son bras. L'épéiste eut un petit sourire satisfait et rangea son katana avant de se tourner vers Sanji. Le cuisinier fixa un point imaginaire, le plus loin de Zoro possible. Il était dans un état pitoyable, il avait été sur le point de... d'être...

Ce mot ne parvenait pas à se frayer un chemin dans son esprit. Il avait été si près de la frontière entre la vie et la mort. Et ce silence... Un silence ? Depuis quand le marimo se privait d'une occasion pour charrier son rival ?

Le regard de Sanji chut sur la main tendue puis plongea dans les deux prunelles vertes qui l'invitaient silencieusement à la saisir.

― Tout va bien, Cook ?

Ce ton neutre cachait à peine l'inquiétude que ressentait le sabreur. L'œil de Sanji se releva sur le visage de Zoro.

― … Ouais, répondit en toute simplicité Sanji qui serra la main de son compagnon de voyage.

Les doigts se refermèrent, une poigne ferme qui l'aida à retrouver toute sa confiance, toute sa hargne, cette rage de vaincre qui les caractérisait tous les deux. Elle l'aida à retomber les pieds sur terre, à le relever pour pouvoir continuer ce bout de chemin qu'ils faisaient ensemble.

Une fois debout, Sanji le lâcha puis, après avoir vacillé, il s'épousseta et se rhabilla comme il pouvait. Zoro se retourna et eut le temps de faire quelques pas, certain que le cuisinier le suivait, lorsque celui-ci reprit la parole.

― Hé, marimo !

L'épéiste se stoppa, attendant la suite qui ne se fit pas languir.

― Merci.

Zoro fit pivoter sa tête vers lui, ce même sourire confiant accroché à ses lèvres. Il jeta le sac qu'il avait gardé sur son épaule, dans les mains de Sanji qui se dépêcha de prendre une cigarette.

― Je voulais juste écourter votre petite baston. Je n'en ai pas l'air comme ça mais j'en ai ras-le bandana. Je veux sortir de cet endroit au plus vite. J'allais pas attendre que tu aies fini de lui casser la gueule.

C'était parfaitement faux, toutefois cette version des faits plaisait aux deux pirates. Elle était bien commode pour eux.

― J'comprends, répondit Sanji en allumant son bâton de nicotine.

En faisant un premier pas vers le sabreur pour lui emboîter le pas, sa cheville faiblit et se plia. Une intense douleur le fit grimacer, partant de son tibia pour longer toute sa jambe, son corps malmené commençait à le lâcher. Il serait tombé face contre terre si Zoro ne l'avait pas soutenu. Sa main s'était instinctivement posée sur l'épaule du cuisinier. Il saisit son bras et le passa derrière sa nuque. Sanji s'attendit à une remarque narquoise, une pique pleine de fiel ou d'orgueil. Rien ne vint, excepté ces quelques mots.

― Pas le temps de traîner. Sortons de ce foutoir avant que les autres n'arrivent.

Il n'y avait rien à ajouter. Le maître-coq opina du chef, soulagé que le marimo ait des paroles sensées. Il n'osa pas protester contre l'aide de son rival. Ce flot d'événements avait eu plus d'impact sur son comportement que ce qu'il croyait. Il avait pensé que face à Zoro, il aurait retrouvé tout naturellement son attitude belliqueuse. Rien n'était venu.

Pourtant, un détail dans cette histoire le rattachait à cet endroit.

― Marimo ?

L'intéressé ne pipa mot. Cette intonation, il la connaissait par cœur. Elle faisait partie de celles qui promettaient des complications.

― On ne peut pas laisser Anna-chan ici.

Il entendit le lourd soupir de Roronoa Zoro. Il devinait aisément ses pensées. Fichu cook ! Fichus principes ! Même en claudiquant comme un misérable, même en ayant risqué sa vie et son rêve dans cet enfer, même en ayant vécu des choses aussi sordides qu'incroyables, il arrivait encore à penser aux autres. Qui était-il pour l'empêcher de suivre sa voie ? Zoro le comprenait mieux que ce que croyaient les autres membres de l'équipage. Il savait que s'il refusait, ce foutu cuistot partirait tout seul. Qu'importe s'il mourrait.

L'équipage. Tous soudés derrière un capitaine déjanté. L'équipage qui se résumait à eux deux dans cet enfer. Alors comme il se doit, Zoro ferait ce qu'il devait et le soutiendrait, c'était son devoir, on ne laisse pas tomber un compagnon, aussi chiant soit-il.

― Elle doit pas être loin.

― Dit la boussole complètement tordue.

Zoro le vit arborer, durant un fugace instant, le sourire plein de défi qu'il lui lançait avant une de leurs innombrables disputes ou de leurs empoignades.

― Je te signale que je sais lire une carte. J'ai récupéré mes sabres, je ne sais pas si tu l'as remarqué.

― Retrouver des cure-dents n'est pas ce que j'appelle un exploit.

Tiens, ça revenait tout doucement. Il suffisait que Zoro lui tende la perche pour qu'il la saisisse en plein vol. Il y avait de l'espoir.

Brusquement, trop soudainement pour que ce soit intentionnel, le sabreur se figea. Sanji le sentit trembler de tout son corps, un gémissement de douleur s'échappant involontairement des lèvres de Zoro. Dans un spasme, l'épéiste lâcha Sanji qui chut au sol, pris par surprise et incapable de garder sa stabilité à cause de sa jambe. Il allait protester avec sa vigueur habituelle lorsqu'il remarqua la cause de l'attitude anormale de son rival. Son cri resta bloqué dans sa gorge qui se noua.

Deux lames de sécateurs, rouillées, avaient transpercé le corps de son compagnon.

.

à suivre...


Me revoilà, la vilaine auteure qui vous laisse dans un horrible suspens à chaque fois. Ne vous en faites pas... ce sera à chaque fois comme ça. A chaque chapitre. Vous qui rêviez de faire une petite danse de la joie en voyant Rider trouver son maître, voilà qu'une autre horreur arrive... Pas de chance ! *faussement compatissante parce que sadique*

Je profite du fait que le chapitre soit passé pour adresser ma réponse à un anonyme.

Concernant la parution des chapitres, je trouve que la cadence actuelle est parfaite. Il ne faut pas oublier que je ne suis pas la seule à être sur ce projet. J'ai deux bêta et elles n'ont pas que ça à faire. Elles sont déjà bien gentilles de m'aider à corriger mes textes, je trouve qu'elles sont d'une rapidité redoutable.

Et puis, je ne vois pas l'intérêt d'être plus rapide, il est vrai que j'ai quelques chapitres en réserve et que je pourrais les donner tout de suite à mes bêta... Mais !

Premièrement, je veux prendre le temps de me corriger toute seule. Ce n'est pas parce que j'ai des bêta que je dois leur filer des chapitres bourrés de fautes et d'incohérences alors que je pourrais les corriger/régler moi-même. Question de respect. Deuxièmement... Où est l'intérêt du suspens ? Si le but est de lire pour lire, sans le plaisir d'attendre, j'aurais fait Hide-and-Seek Game un OS. Le rendu aurait été bien moins satisfaisant à mon avis.

Enfin bref, j'espère que vous aurez apprécié ce chapitre, vous qui me lisez, laissez des reviews si motivantes ! Je vous adore !

Laissez vos impressions avant de partir et puis je n'ai pas la haine des anonymes, malgré les apparences, du moment que la review est sympathique.