Une semaine plus tard, dans le Poudlard Express, Ginny commença à raconter à Neville ce qui s'était passé chez elle durant les vacances de Noël. Il aurait tout entendu durant l'épisode de Potterveille du 3 janvier, bien sûr, mais Ginny avait plus de détails à lui donner.

Il la fit arrêter, cependant, disant qu'ils ne savaient pas qui pouvait entendre leur discussion et qu'il valait mieux attendre d'être dans un endroit plus sûr avant d'en parler. Ginny acquiesça et il sortit son Gallion, fixant une réunion de l'AD pour le soir-même. Tout le monde voudrait se revoir de toute manière, pour échanger des nouvelles après les vacances de Noël. Ce serait surtout la première fois qu'ils se verraient tous depuis l'enlèvement de Luna.

Quand le train arriva en vue de Pré-au-Lard, Ils poussèrent un soupir de soulagement audible, se regardèrent, puis éclatèrent de rire. Ils n'en avaient pas parlé, mais il s'étaient attendus à ce que le train se fasse une fois de plus arrêter et envahir par des Mangemorts.

— Jamais deux sans trois, hein ! dit Neville.
— Attends, il nous reste encore trois voyages en train cette année.


Ce soir-là, tout juste avant le couvre-feu, ils se retrouvèrent tous dans la Salle sur Demande. Même avec l'absence de Luna, l'ambiance était joyeuse, chacun retrouvant ses amis avec joie. Les vacances avaient semblé très longues sans pouvoir s'échanger des nouvelles par hibou. Ils apprirent notamment que Lavande et Cormac formaient maintenant un couple officiel. Le joueur de Quidditch avait même passé quelques jours chez Lavande entre Noël et le jour de l'an. Hermione sera ravie de l'apprendre, se dit Ginny. Autant parce que le garçon arrêterait de lui courir après que parce qu'il n'y avait maintenant plus d'obstacle entre Ron et elle.

Quand toutes les nouvelles furent échangées, tout le monde se tourna vers Ginny et Neville, le sérieux retombant sur l'assemblée.

— Vous aviez quelque chose à nous dire ? demanda Terry.

Neville fit un geste vers Ginny et celle-ci prit la parole.

— Je suppose que vous avez tous entendu la nouvelle à Potterveille l'autre jour, que Xenophilius Lovegood a été arrêté ?

Presque tout le monde hocha la tête. Soit ils l'avaient entendu en direct, soit un ami leur avait raconté durant le voyage. Seuls Nigel et Romilda avaient l'air surpris d'entendre la nouvelle.

— La maison des Lovegood n'est pas loin de chez moi, alors j'ai entendu une explosion. Mon frère, mon père et moi on est allés voir, et on a constaté que Xenophilius n'était plus là.
— Tu es sûre qu'il l'était avant ? demanda Hannah. Je veux dire après que Luna…
— Je l'ai vu la veille, ma mère et moi on lui a amené à manger. Il n'avait pas l'air très bien, maintenant que j'y pense… Vous avez dû entendre aussi mes frères dire qu'on pensait que Harry, Ron et Hermione avaient été là aussi.

Chacun écouta avec encore plus d'attention ce que disait la Gryffondor.

— On a vu quatre tasses sur le comptoir. On a supposé que les trois autres devaient être pour Harry, Hermione et Ron.
— Comment avez-vous déduit ça ? demanda Michael, les sourcils froncés.
— Xenophilius n'a pas simplement été arrêté, il y a eu une bataille, sa maison était presque détruite. Comme a dit Fred, ces choses ont tendance à arriver quand Harry est dans le coin. Ils ont bien failli détruire la mienne cet été, au mariage de Bill.

Tout le monde se mit à échanger des commentaires sur cette nouvelle information. Visiblement, ils avaient beau avoir entendu parler de Harry, personne n'avait vraiment cru à sa présence avant que Ginny ne donne des détails.

— Qu'est-ce que ça veut dire pour Luna ? demanda Padma au-dessus du brouhaha.

Le volume des discussions tomba à l'entente du nom de leur amie. Neville, qui s'était appuyé contre la table pendant que Ginny parlait, se redressa.

— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Si on suppose que les Mangemorts ont kidnappé Luna pour faire pression sur son père, maintenant qu'ils ont arrêté Xenophilius, ils n'ont plus besoin d'elle…

La déduction de la Serdaigle jeta un blanc sur l'assemblée. Ginny vit les visages de plusieurs de ses amis se vider de leur sang et s'imagina qu'elle ne devait pas avoir l'air beaucoup mieux.

— Bon, ça ne sert à rien de s'énerver pour quelque chose dont on ne connaît pas les détails, dit Neville d'une voix pas convaincue du tout. Luna doit encore être bien vivante quelque part, on s'inquiète pour rien. Et si on s'entraînait un peu pour être prêts le jour où on pourra aller la libérer ?

Malgré l'effort du Gryffondor pour remonter le moral des troupes, l'énergie n'était pas au rendez-vous lors de leur entraînement, auquel ils coupèrent court une heure plus tard, se disant qu'ils se reprendraient dans une semaine.

Chacun repartit furtivement vers sa salle commune, oubliant Luna et Harry le temps de traverser le château sans se faire prendre, pour ensuite passer une longue nuit à s'inquiéter du sort de ses amis.

Ginny se réfugia dans son dortoir aussitôt après être entrée dans la salle commune. Elle savait que quand Neville et Seamus, qui la suivaient, arriveraient à leur tour, ils voudraient continuer la conversation, mais elle ne voulait plus en parler. Elle avait vu de trop près tout ce qui s'était passé. Et là, Padma venait d'ajouter une couche d'inquiétude pour Luna à celle qu'elle avait déjà pour Harry, Ron et Hermione. Ce soir, elle voulait rester seule.

Enfin, presque.

Elle n'avait pas encore pris le temps de défaire sa malle, ayant prévu de le faire demain après les cours. Elle plonge donc le bras sous ses sous-vêtements et en sortit le journal de Tom. Sans même se mettre en pyjama, elle ne fit qu'enlever ses espadrilles et s'assit sur son lit.

Le père de Luna s'est fait arrêter il y a quelques jours.

Pourquoi ne me l'as-tu pas dit avant ?

Je ne t'ai pas parlé depuis.

Ah... Tu sais par qui ?

Tes Mangemorts, sans doute. La maison des Lovegood était presque détruite. On croit que Harry, Hermione et Ron étaient là au moment de l'arrestation.

Ils se sont fait prendre aussi ?

Non.

Je suis déchiré entre l'envie d'être ravi pour toi et déçu pour mon futur moi.

Ginny tira la langue au journal, comme si Tom pouvait la voir.

On ne sait même pas pourquoi Luna s'est faite enlever, ni pourquoi Xenophilius a été arrêté. Ni ce que Harry faisait là, si c'était vraiment lui. Tout est si confus, en ce moment !

Tu sais, si c'était moi qui avais orchestré tout ça, le tout serait très simple.

Techniquement, c'est toi qui as orchestré tout ça. Parle.

Xenophilius, c'est bien celui qui faisait le journal dont tu me parlais l'autre fois ?

Oui, le Chicaneur.

Mon futur moi ne devait pas aimer ça. Si c'était moi, j'aurais enlevé la fille pour que le père arrête d'écrire son journal.

On y a pensé, à ça, on n'est pas stupides ! Mais ça n'explique pas pourquoi Xenophilius a été arrêté quelques jours plus tard ! Il n'a pas publié de nouveau numéro du Chicaneur, on l'aurait su.

Il a dû se passer autre chose, alors... Tu dis que tu crois que Harry et les deux autres étaient là. Tu en es sûre ?

Presque. La maison était détruite. Même tes Mangemorts ne détruisent pas les maisons s'il n'y a pas quelque chose qu'ils veulent vraiment dedans. Et en ce moment, ce qu'ils veulent vraiment, c'est Harry.

Eh bien voilà, c'est simple : Xenophilius a informé les Mangemorts que Harry était chez lui. Ils sont arrivés, Harry s'est enfui, Xenophilius s'est fait arrêter.

Ginny était bouche bée. C'était si simple. Elle aurait dû y penser avant. Ils auraient tous dû y penser avant ! Elle avait dû en parler à Tom –Voldemort ! – pour comprendre.

Et Harry faisait quoi chez Xenophilius ?

Je n'en sais rien.

Tom sembla sentir le doute de Ginny, car il se remit à écrire avant même qu'elle eut répondu.

Je te jure que je n'ai aucune idée. J'ai peut-être un lien avec lui dans le futur, mais jusqu'à maintenant, le seul Lovegood que je connais, c'est Algernon Lovegood, en deuxième année à Gryffondor en 1943.

Un Lovegood à Gryffondor. Qui l'eût cru ?

Je te crois.

Il fallait qu'elle parle à Neville. Elle regarda l'heure. Onze heures et quart seulement. Il serait peut-être encore dans la salle commune. Sinon, elle irait le retrouver dans son dortoir. Il voudrait savoir ça. Elle gribouilla un dernier mot dans le journal avant de le replacer sous son matelas.

Merci.


Neville était bien dans la salle commune, installé dans les fauteuils devant le feu avec Cormac, Lavande et Parvati. Ginny descendit l'escalier des dortoirs à toute vitesse et s'assit entre Neville et l'Indienne. Ils levèrent tous la tête à son arrivée, interrompus dans leur conversation.

— Ginny ? Qu'est-ce que –
— Écoutez, j'ai pensé à quelque chose, dit-elle d'une voix basse.

Les quatre autres Gryffondor se penchèrent vers elle, mais tant de cachotteries étaient à peine nécessaires — les seuls autres élèves encore debout à cette heure étaient Romilda et deux élèves de quatrième année, qui finissaient une partie d'échecs sorciers de l'autre côté de la salle.

— Luna a été enlevée pour faire chanter Xenophilius, n'est-ce pas ? Mais si c'était simplement pour le faire arrêter de publier le Chicaneur, ils auraient pu carrément l'arrêter tout de suite, non ? Pourquoi se donner la peine d'enlever Luna dans le Poudlard Express juste pour ça ?
— Tu crois qu'ils voulaient obliger son père à faire quelque chose pour eux ? déduisit Cormac. Mais quoi ?
— On s'entend pour dire qu'il y a de très bonnes chances pour que ces trois tasses aient été servies à Harry, Hermione et mon frère, non ?

Tout le monde hocha la tête.

— Et si Xenophilius avait appelé les Mangemorts quand Harry est arrivé chez lui ?
— Le père de Luna n'est pas un traître ! dit Parvati.

Les autres se retournèrent, mais les joueurs d'échecs n'avaient pas levé la tête, et Romilda avait disparu.

— Je n'ai pas dit ça, protesta Ginny. Mais si les Mangemorts ont Luna en otage –
— Xenophilius ferait tout ce qu'il peut pour la protéger, finit Neville. Même dévoiler la présence de Harry.

Il se tourna vers Ginny.

— Pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt ?
— Euh... je viens d'y penser, mentit-elle, espérant que ses cheveux cachent ses oreilles rouges.
— Mais alors, pourquoi Harry était-il chez Xenophilius ? demanda Lavande.

Ginny haussa les épaules.

— Ça, c'est la question à mille Gallions. Mais ça apporte une nouvelle preuve que Harry était vraiment chez les Lovegood ce jour-là.
— Et que les Mangemorts n'ont plus besoin de Luna vivante.
— Ça, on ne sait pas, tenta encore de les rassurer Neville. On ne sait pas ce qu'ils ont fait de Xeno. Harry s'est échappé, ils ont peut-être toujours besoin de lui. Et sans Luna, il ne fera rien pour eux.

Ils hochèrent la tête, se raccrochant au moindre espoir qu'on leur offrait. Une fois de plus, Ginny espéra avoir une horloge comme celle qu'il y avait dans le salon au Terrier, avec les visages de ses amis. Elle aurait donné tout ce qu'elle possédait pour voir que l'aiguille de Luna n'était pas arrêtée sur « Mort ».

Après encore quelques minutes de discussion, ils montèrent se coucher. Lavande passait la nuit avec Cormac, faisant une blague sur la grandeur de son lit — jamais Ginny ne lui avouerait qu'elle aussi avait passé la nuit dedans, en décembre — alors Parvati invita Ginny à passer la nuit dans le dortoir des filles de septième année.


Quelques jours plus tard, Ginny revenait de la Grande Salle après une longue journée. Elle était seule dans les corridors du premier étage, et réprima un bâillement en pensant à ce qu'elle allait raconter à Tom. Aujourd'hui, en Magie Noire, Amycus Carrow leur avait appris comment on créait des Inferi. Il aurait voulu leur en montrer un, leur avait-il dit, mais n'en avait pas trouvé à temps.

Elle avançait en direction de l'escalier vers la tour de Gryffondor, perdue dans ses pensées, et faillit traverser le fantôme qui apparut subitement devant elle.

— Excusez-moi, je ne faisais pas attention, je – Mimi ?!

Car il s'agissait bien de la fantôme de la salle de bains du deuxième étage. Ginny la regardait flotter devant elle les bras croisés sur sa poitrine, incrédule. Elle ne se souvenait pas l'avoir vue ailleurs dans le château que dans ses toilettes avant aujourd'hui. Harry lui avait raconté son épisode de voyeurisme dans la salle de bains des préfets, mais jusqu'à ce jour Ginny avait cru que Mimi ne quittait jamais ses toilettes.

— Que… qu'est-ce que tu fais ici ? bégaya-t-elle, se remettant avec difficulté de sa surprise.
— Je te cherchais, répondit Mimi simplement.
— Pourquoi ?
— Tu reparles à Tom ?

Une fois de plus, Ginny ouvrit la bouche sous le coup de la surprise, mais aucun son n'en sortit.

— Quand je t'ai vue avant Noël, c'était bizarre, continua la jeune fille fantomatique. Je n'arrêtais pas d'y repenser. Une fois, tu sais, Drago a parlé de toi. Enfin, de la petite belette, j'ai supposé que c'était toi. Il disait que tu faisais toujours des détours pour éviter ce corridor, et que quand tu n'avais pas le choix tu le traversais presque à la course. Il a demandé si je savais pourquoi. Je ne lui ai rien dit, bien sûr.

Ginny pâlit. C'était vrai qu'elle avait passé des années à éviter ce corridor, plus ou moins inconsciemment.

— Pourquoi Malefoy parle de –
— Alors quand tu es venue de ton plein gré, il y a quelques mois, tu comprendras que je me suis posé des questions, continua Mimi comme si Ginny ne l'avait pas interrompue. Qu'est-ce qui aurait pu changer pour que ton aversion envers mon corridor disparaisse si soudainement ?

Ginny se mordit la lèvre et regarda autour d'elle, vérifiant en même temps qu'elles étaient toujours seules et s'il y avait un endroit où elle pourrait se cacher.

— Je me disais que non, c'était impossible que tu aies retrouvé le journal, que tu sois assez stupide pour écrire dedans.

La Gryffondor grimaça.

— Mais je t'ai observée. Je me mets souvent dans les tuyaux, tu sais, et par les bouches j'observe les élèves entre les cours. Tu as le même air niais et distrait que tu avais il y a cinq ans. Le même que moi quand j'avais ton âge et que Tom était le séduisant préfet que j'admirais de loin. Celui d'une fille amoureuse.
— Non, tu exagères, je ne suis pas amoureuse de –
— Tu peux me mentir – te mentir – tant que tu veux, ça fait cinquante ans que j'observe les gens, il y a quelques trucs que j'ai appris à reconnaître.

Ginny secoua la tête fermement.

— Il n'est qu'un… un passe-temps. Une oreille attentive. Et je peux me servir de lui pour obtenir des informations, il sait déjà des choses !
— Et ça fonctionne ?
— Non, mais…
— Il est dangereux, Ginny.

La Gryffondor leva les yeux au ciel avec un sourire narquois.

— Merci, tu ne m'apprends rien. Je me souviens encore que c'est lui qui m'a possédée, lui qui m'a fait libérer le Basilic, et lui qui est en ce moment en train d'essayer de tuer tout le monde sorcier. Voilà pourquoi je n'en suis pas amoureuse, insista-t-elle. C'est gentil de t'inquiéter pour moi, Mimi, mais je t'assure que ce n'est pas la peine. Il faut que je rentre.

Elle contourna Mimi et continua son chemin dans le corridor, soulagée que la fantôme ne la suive pas. Mais juste avant qu'elle ne tourne le coin, la voix de Mimi s'éleva derrière elle.

— Je l'ai aimé aussi, tu sais. Ça ne l'a pas empêché de me tuer.

Ginny se figea et un frisson lui parcourut l'échine. Soudain, tout lui semblait clair. La salle de bains de Mimi était aussi celle du Basilic, de Tom. Elle était toujours vivante avant que le Basilic soit libéré la première fois. On lui avait dit que les attaques s'étaient terminées après la mort d'un élève. Celle de Mimi.

Tom avait tué Mimi.

La rousse ne se retourna pas vers Mimi mais repartit vers la tour de Gryffondor à la course, sentant une panique grandissante lui monter dans l'estomac, lui enserrer le cœur comme un étau. Elle savait que Voldemort était un meurtrier, mais Tom ? Elle croyait qu'elle parlait à un jeune homme de son âge qui avait toujours une âme, qu'elle pouvait atteindre et peut-être même réparer. Mais savoir qu'elle parlait déjà à un assassin lui donnait la nausée.

Oh Merlin, dans certains des souvenirs qu'elle avait vus, il l'avait déjà fait. Mimi était morte à la fin de l'année scolaire, en 1943. Elle l'avait vu à Noël, et dehors, dans la neige… Dans le jardin. Dans le souvenir dont elle se servait maintenant pour conjurer un Patronus, elle était assise aux côtés d'un tueur.

Ginny eut tout juste le temps de se précipiter dans les toilettes du quatrième étage, devant lesquelles elle passait à ce moment-là, et vomit son repas dans une toilette libre.

Une fois son estomac vide, elle resta quelques instants prostrée au-dessus de la cuvette, les yeux fermés pour retenir les larmes amères qui menaçaient de couler. Après un moment, quelques coups gênés se firent entendre à la porte qu'elle avait fermée derrière elle.

— Mademoiselle Weasley ? Ça va ?

C'était une voix de fillette qu'elle ne reconnaissait pas. Elle n'avait pas vu, en entrant dans la salle de bains, les trois jeunes filles de Poufsouffle et de Serdaigle de deuxième année qui discutaient autour d'un lavabo, et qui avaient regardé d'un air interdit leur aînée se précipiter dans le premier cabinet.

— Oui, je vais bien, répondit Ginny d'une voix qu'elle voulait stable. Merci.

Les trois filles discutèrent un instant, se demandant si elles devaient rester ou appeler Madame Pomfresh.

— Elle est amie avec Padma Patil, à Serdaigle, dit l'une des voix. Je peux aller voir si je la trouve.
— Susan Bones et Hannah Abbott de Poufsouffle aussi.

Non. Il ne fallait que personne soit au courant. Si ses amis la voyaient malade comme ça, ils lui demanderaient pourquoi et ne la laisseraient pas tranquille tant qu'elle n'aurait pas tout raconté. Il fallait qu'elle sorte.

Les trois jeunes filles sursautèrent quand Ginny ouvrit la porte du cabinet. La rousse leur sourit d'un air qu'elle voulait rassurant.

— C'est pas la peine d'alerter qui que ce soit, je vais bien. J'ai dû simplement manger quelque chose que mon estomac n'a pas apprécié.

Elles lui sourirent, rassurées. Ginny remarqua que l'une d'elles la regardait d'un air gêné, des taches rouges sur les joues, une petite blonde grassouillette de Serdaigle qu'elle croyait reconnaître.

— On s'est déjà vues ? demanda-t-elle à la plus jeune.
— Il y a un mois, Amycus Carrow m'avait utilisée comme modèle pour montrer quelques sortilèges à ta classe. Ton ami Neville avait fait une décoction de plantes pour faire disparaître mes bleus.

Elle leva des yeux gênés vers la Gryffondor.

— Tu pourras le remercier ? Je veux dire, je l'ai déjà remercié, mais… encore…

Ginny sourit.

— Bien sûr que je lui ferai le message. Comment t'appelles-tu ?
— Naomi Robinson. Merci Ginny !

Avec des rires aigus, les trois amies sortirent de la salle de bains, laissant Ginny seule. Elle sourit en secouant la tête. Au moins certaines choses ne changeaient pas pendant la guerre.

Elle s'approcha du miroir et son visage encore trop pâle lui rappela pourquoi elle était venue ici. Tom. Meurtrier.

Elle devait lui parler.

Elle replaça son sac de cours à son épaule et reprit le chemin de la tour de Gryffondor. Dans la salle commune, Neville était installé à une table, plongé dans son manuel de Botanique. Ginny s'approcha de lui.

— J'ai croisé Naomi Robinson. Tu sais, la Serdaigle que tu as aidée après le cours de Carrow avant Noël, expliqua-t-elle quand il ne reconnut pas le nom. Elle te remercie encore. Tu as une groupie, je crois.

Il rit et proposa à Ginny de s'asseoir, disant qu'il étudiait depuis deux heures déjà. Mais elle secoua la tête.

— J'ai de l'étude à faire moi aussi, mentit-elle. Je vais passer la soirée dans mon dortoir.

Elle grimpa les marches quatre à quatre, ferma la porte de sa chambre derrière elle, jeta son sac de livres dans un coin et sortit le journal, qu'elle ouvrit rageusement, ne prenant même pas la peine de vérifier le jour sur lequel elle écrivait.

Tu as tué Mimi ?

Elle avait écrit dans des lettres larges, loin de son écriture soignée habituelle. Comme elle s'y attendait, la réponse ne se fit pas attendre.

Tu as encore parlé à Mimi ?

C'est elle qui m'a parlé. Elle m'a dit que tu étais dangereux, qu'elle t'aimait et que tu l'avais tuée. C'est vrai ?

Et si ça l'était ?

Merlin, Tom, je parle à un assassin !

Tu sais ce que je vais devenir, Ginny, je croyais que tu savais aussi ce qu'avait été mon passé. Que tu aurais deviné que je n'étais pas tout blanc, même à seize ans.

Oui mais... c'est trop.

Trop ?

J'avais réussi à oublier tout ça. Tout ce que tu vas devenir, tout ce que tu as fait entre le toi du journal et le toi qui terrifie l'Angleterre actuellement. Quand je te parlais, c'était presque secondaire. Mais maintenant, je ne pourrai plus te parler sans imaginer Mimi. Elle n'avait que quatorze ans, Tom, et elle était fascinée par toi ! Tu t'en es servie, tu as pris une fille qui t'était dévouée et tu l'as utilisée. Comme tu l'as fait avec moi il y a cinq ans. Comme tu le fais encore en ce moment. Je ne vois pas comment j'ai pu te croire, cette fois-ci. Mimi avait raison, je suis stupide.

Tom avait commencé à écrire avant même que Ginny ait terminé de rédiger son long paragraphe, qui prenait presque une page avec l'écriture rageuse qu'elle avait adoptée.

Non, Ginny, ce n'est pas vrai, je ne –

Mais Ginny ferma le journal sans même lire la fin de la phrase et le jeta au loin avec un cri plein de rage. Elle se laissa alors tomber sur son lit, enfouit le visage dans son oreiller et sanglota jusqu'à ce que le sommeil l'emporte, près d'une heure plus tard.