Durant le mois qui suivit, Ginny continuait à vivre machinalement, sans l'énergie qu'elle avait eue avant. Elle ne souriait presque jamais, montrait moins d'enthousiasme lors des entraînements de l'AD, et refusa même d'aller tagger les murs une nuit avec Cormac et Seamus. Neville mettait ça sur le dos du stress. Ils avaient tous eu un moment où la réalité de leur situation les frappait : tous les amis disparus, toutes les connaissances décédées. Ginny avait été forte et ne s'était pas effondrée avant, mais aujourd'hui, ses jambes avaient été coupées. Ils n'avaient qu'à attendre qu'elle leur revienne.

Ginny les entendait parler d'elle, dans la salle commune ou la Salle sur Demande, comme si elle était une invalide incapable de comprendre ce qu'on disait d'elle. Ils avaient tort, bien sûr : elle n'était pas plus déprimée qu'avant par les disparitions de Luna, de Harry, Hermione et Ron, mais qu'allait-elle leur dire, qu'elle était déprimée à cause du journal de Tom Jedusor, qu'elle venait de découvrir qu'il était mauvais depuis bien plus longtemps qu'elle le soupçonnait ? Ils croiraient qu'elle avait perdu la tête.

Non, comme toute peine d'amour, elle finirait par passer à autre chose.

Elle fronça les sourcils, sa bouchée de tarte à mi-chemin entre son assiette et ses lèvres, à la pensée qui venait de lui traverser l'esprit. Peine d'amour ? Elle n'avait pas été amoureuse de Tom. Si ?

À ce moment, elle sentit le Gallion de l'AD chauffer dans sa poche. Jetant un rapide coup d'œil autour d'elle pour s'assurer que personne ne la regardait de trop près, elle le tira de sa robe et, le gardant caché sous la table, lut les inscriptions qui étaient apparues sur sa bordure.

SSD 0303 2130 N

Neville appelait une réunion ce soir-là à vingt-et-une heures et demie dans la Salle sur Demande. Mais pourquoi ? On n'était que mardi, ce ne pouvait pas être leur réunion hebdomadaire. Elle leva les yeux mais son ami n'était évidemment pas à la table de Gryffondor. Elle ne voyait que Lavande et Padma, qui parlaient de leur devoir de divination, ne semblant pas encore avoir vu le message du Gallion. Ginny haussa les épaules en le remettant dans sa poche. Elle l'apprendrait dans quelques heures, avec les autres.

Elle passa le temps dans la bibliothèque, plongée dans son manuel de potions. Slughorn leur avait demandé deux parchemins sur les différentes versions de la potion tue-loup à finir pour le surlendemain, et il lui en restait encore la moitié à écrire.

À vingt-et-une heures quinze, Madame Pince passa entre les étagères pour dire aux quelques élèves qui étaient encore installés aux tables que la bibliothèque fermerait dans quinze minutes. Ginny la remercia et glissa son manuel dans son sac de cours, roula son devoir, et partit retrouver ses amis dans la Salle sur Demande.

Quand elle y entra, moins de dix minutes plus tard, elle fut étonnée de se retrouver non pas dans leur salle d'entraînement habituelle mais dans une petite pièce où une vingtaine de chaises entouraient une grande table de bois. Le tout était chaleureusement illuminé par une grande cheminée et des dizaines de chandelles qui flottaient à un mètre au-dessus de la table.

— Ouais, moi aussi c'est la première fois que je vois cette pièce.

Elle remarqua alors que Neville était déjà et assis au bout de la table. Hannah et Ernie étaient également déjà installés et, pendant que Ginny admirait le décor, Nigel était entré derrière elle, suivi de près par Terry.

— J'ai demandé simplement un endroit pour tenir une petite réunion, expliqua-t-il à Ginny pendant qu'elle s'asseyait à sa droite. Sans les matelas et mannequins habituels. Je suis entré dans ça. C'est agréable, non ?
— Tu veux nous parler de quoi ?
— Je vous le dirai dans une dizaine de minutes, répondit Neville en faisant un signe de la main à Parvati et Padma, qui venaient d'entrer. Ne t'inquiète pas, ce n'est rien de grave.

Ginny discuta un peu avec Terry jusqu'à ce que tout le monde soit arrivé. Chaque chaise était occupée et il n'en manquait aucune : la Salle sur Demande semblait savoir exactement le nombre d'invités qu'il y aurait et s'était préparée pour. Une fois que tous les membres de l'AD furent assis, Neville se leva et se racla la gorge. Chacun se tourna vers lui, la curiosité se lisant sur leurs visages.

— Vous vous demandez sûrement pourquoi je vous ai appelés ici un mardi soir, commença-t-il. Je vous rassure, ce n'est rien de grave.

Certains poussèrent un soupir de soulagement audible, mais cela ne les rendait que plus curieux sur la raison de la réunion.

— J'ai parlé à Hagrid cet après-midi. Il prévoit de tenir une fête « Soutenez Harry Potter » chez lui dans deux semaines.

Le silence tomba autour de la table et tout le monde regardait Neville, avec des expressions variant de l'incertitude à la surprise totale.

— « Soutenez Harry Potter » ? finit par répéter Ernie. Il est suicidaire ?
— Pensez-y, ça sera le moyen idéal de se remonter le moral, de sortir un peu de ce régime écrasant qu'imposent Rogue et les Carrow. C'est quand la dernière fois qu'on a eu l'occasion de se détendre en compagnie de gens en qui on pouvait faire confiance ? C'était certainement pas à la fête de Noël de Slughorn.

Cormac, Lavande et Ginny sourirent en se remémorant la fameuse soirée.

— Qui d'autre sera invité, il te l'a dit ? demanda Susan.
— Non, il n'en parle pas. Mais je suppose qu'il y aura les membres de l'Ordre libres cette soirée-là, peut-être quelques profs. McGonagall, Flitwick.
— Nick Quasi-Sans-Tête, sûrement, ajouta Seamus en souriant. Il se plaignait l'autre jour que le nouveau gouvernement avait démantelé le Club des Chasseurs Sans Tête.
— Il veut continuer à s'en faire refuser l'entrée ?

Les Gryffondor rigolèrent, puis Neville reprit la parole :

— Moi, j'y serai, en tout cas. Quelqu'un voudra m'accompagner ?
— J'y serai, dirent en même temps Ginny et Seamus.
— Vous pouvez compter sur moi, dit Ernie.

À la fin, tous les membres de l'AD avaient dit qu'ils assisteraient très certainement à la fête clandestine de Hagrid. Si l'idée avait paru suicidaire au début, elle était maintenant très attirante. Ginny avait lu un roman moldu que lui avait prêté Hermione, deux ans plus tôt, sur une époque aux …tats-Unis où l'alcool était interdit, et les gens devaient organiser des fêtes clandestines, qu'ils appelaient « speakeasy ». Elle s'imaginait que les invités se sentaient un peu comme elle se sentait aujourd'hui.

— Il m'a seulement dit qu'elle se déroulerait le 18 mars. Il me donnera les détails plus tard. Gardez l'œil sur vos Gallions.

Ils ne sortirent pas de la Salle sur Demande tous en même temps, pour ne pas attirer l'attention, mais n'eurent pas à se cacher pour retourner à leur salle commune, le couvre-feu n'étant que dix minutes plus tard.

De retour dans la salle commune, Ginny s'installa à une table libre pour travailler encore un peu sur son devoir de potions. Tous ceux qui avaient été à la réunion avec elle firent de même : les professeurs semblaient s'être passé le mot pour les accabler de travaux. Elle espérait que cela ne durerait pas jusqu'aux vacances de Pâques. Elle ne savait pas si elle pourrait tenir encore trois semaines comme ça.

Quand elle monta se coucher, n'ayant plus qu'un quart de parchemin à rédiger, elle s'endormit sans même une pensée pour Tom, malgré les évènements importants de la journée, chose qui ne lui était pas arrivée depuis plusieurs semaines.

Les professeurs ne diminuèrent pas la quantité de travail qu'ils demandaient aux étudiants, si bien que beaucoup des membres de l'AD firent des nuits blanches après leurs entraînements pour avoir le temps de compléter les multiples parchemins et lectures. Les deux semaines avant la fête de Hagrid passèrent donc à la vitesse de l'éclair et Ginny tourna vite son calendrier à la date du 18 mars. La veille, son Gallion avait enfin indiqué son heure d'arrivée : dix-neuf heures quarante-cinq.

Ils avaient prévu, à la réunion de l'AD de la semaine précédente, d'arriver par petits groupes à des heures différentes, pour qu'un observateur extérieur ne voie que des étudiants qui descendaient rendre visite au garde-chasse — ou descendaient faire une retenue avec lui. Ginny s'y rendrait donc avec Lavande, Parvati et Cormac à huit heures moins le quart. Elle supposait qu'elle tombait vers le milieu des arrivées. Elle se demandait toujours qui viendrait, autre que la majorité des membres de l'AD. Verrait-elle un de ses frères ? Bill, peut-être, il faisait régulièrement des missions à Poudlard pour l'Ordre.

À l'heure prévue, elle descendit dans la salle commune, où Cormac attendait déjà sur un des fauteuils. Les deux autres filles les rejoignirent bientôt et ils descendirent vers le parc de Poudlard, parlant de leur devoir d'astronomie qu'ils allaient réaliser dehors — une autre concoction de leur dernière réunion. Chaque groupe d'invités s'était préparé une excuse plausible, au cas où ils se feraient arrêter en chemin. Mais même s'ils croisèrent plusieurs personnes en se dirigeant vers le hall d'entrée, dont Théodore Nott et son badge de Préfet-en-Chef, personne ne leur adressa un second regard. Après tout, le couvre-feu était encore loin, et ils avaient le droit d'aller dehors.

Ginny remercia le ciel qu'il n'ait pas neigé récemment. Si trop de traces de pas avaient mené à la cabane d'Hagrid, quelqu'un l'aurait sûrement remarqué et serait venu poser des questions. Ils purent descendre vers la cabane illuminée qu'ils voyaient au loin, l'herbe craquelant sous leurs pas. Ils avaient maintenu une conversation continue pendant qu'ils étaient encore en vue du château, mais aussitôt qu'ils eurent descendu la petite colline qui descendait vers la Forêt Interdite, ils se mirent à marcher plus vite, autant pour rejoindre la sécurité de la fête que sa chaleur.

Ils arrivèrent finalement à la porte et entendaient quelques voix, mais ne voyaient rien par les fenêtres. Un sortilège avait dû leur être lancé pour qu'elles montrent toujours la même chose. Cormac cogna trois coups contre la lourde porte de bois et les voix se turent. Après quelques secondes, celle, bourrue, de Hagrid se fit entendre.

— Oui, c'est qui ?
— Cormac. Je viens pour l'enterrement.

C'était le mot de passe que Neville leur avait dit d'utiliser. Ils ne savaient pas qui ils étaient censés enterrer, mais ça n'avait pas d'importance. Hagrid n'attendit pas un instant de plus pour leur ouvrir la porte, les laissant entrer dans sa petite hutte qui commençait déjà à être bien remplie. Ginny vit que certains de ses amis étaient déjà arrivés, ainsi que les professeurs McGonagall et Flitwick, Bibine et Chourave. Hagrid les remercia chaudement d'être venus et les dirigea vers une table basse, où il avait sorti un assortiment de casse-croûte — qui cassaient aussi les dents, d'après ce que Ginny savait des talents de cuisinier du demi-géant. Elle se contenta d'un verre de Bièraubeurre.

— Ginny ?

La jeune fille se retourna et vit Alicia Spinnet s'avancer vers elle.

— Alicia !

Les deux anciennes coéquipières se firent une accolade chaleureuse.

— Comment vas-tu ? demanda Ginny.
— Oh, aussi bien que je peux aller, dans les circonstances, dit la blonde en souriant. Je suis en stage à la Gazette. C'est pas génial comme ambiance, là-bas, mais la section sur laquelle je travaille, les petites annonces, est à peine touchée par les réformes. Le gouvernement se fiche un peu des compagnies de dédoxyseurs qui veulent s'y annoncer, tu vois. Tant qu'ils paient. Mais je vois souvent passer ce qu'ils écrivent en première page. Tous ces mensonges, cette propagande sur Harry, c'est affreux ! On est plusieurs dans le département à ne pas être d'accord, tu sais, mais on ne peut pas faire grand-chose... Et toi ?

Ginny lui raconta brièvement ce qu'était devenue l'école depuis le départ de son aînée.

— Et Angelina et Katie, tu as des nouvelles ? demanda Ginny. Olivier ?
— Olivier est à l'abri en Suisse, il joue avec une équipe de Quidditch semi-professionnelle là-bas. Mais il m'écrit souvent pour savoir ce qu'il se passe. Il aimerait revenir, mais je lui dis tout le temps qu'il est mieux là-bas, dit Alicia. Angelina travaille avec tes frères à leur magasin, ça m'étonne que tu ne l'aies pas vue. Et Katie, eh bien, elle est née-Moldue, alors elle se cache. En Irlande je crois, chez sa famille éloignée.

Ginny s'apprêtait à lui demander des nouvelles d'autres anciens collègues, mais un cri se fit entendre derrière elle. Elle sursauta et se tourna vers une femme âgée qu'elle ne reconnaissait pas qui avait plaqué sa main sur sa bouche.

— Elle a dit le mot tabou, cria l'homme qui l'accompagnait.

Tout le monde se figea un instant dans le petit salon, puis la professeure McGonagall prit le contrôle de la situation.

— Les Rafleurs vont arriver, mais ils vont mettre un moment à pouvoir entrer, puis à trouver d'où est venue l'alerte. Weasley, tu peux avertir tes amis de ne pas venir ?

Ginny hocha la tête et sortit son Gallion de sa poche, s'affairant déjà à y inscrire un message annulant la fête.

— Ceux qui ne sont pas élèves de Poudlard, sortez par la porte de derrière. Dès que vous serez hors des limites du château, transplanez. Les étudiants, suivez-moi.

Avant que qui que ce soit n'ait pu faire deux pas vers la sortie, la professeure Chourave, qui s'était mise devant la fenêtre, dit :

— Je vois des gens qui descendent du château. Ils courent. On dirait... les Carrow.

Avec un bruit digne d'un troupeau d'éléphants, les invités se dirigèrent vers la porte de derrière. Ginny vit Alicia et plusieurs autres invités se diriger vers la Forêt Interdite. Ils en suivraient l'orée, dans l'ombre, jusqu'à un endroit où ils pourraient transplaner. Les habitants de Poudlard, eux, auraient plus de mal : ils devraient traverser le terrain, à la vue de tout le monde qui arrivait.

Les Carrow étaient déjà presque à la porte de la cabane de Hagrid et ils voyaient la lumière de plusieurs autres baguettes qui arrivaient rapidement.

— Les Rafleurs, murmura McGonagall. Sortez vos baguettes, préparez-vous à courir.

Tout le monde, élève comme professeur, agrippa sa baguette, paré à toute éventualité, mais avant qu'ils ne puissent sortir de l'ombre et se diriger vers le château, la porte de la cabane s'ouvrit dans un grand fracas et Hagrid en sortit, brandissant son parapluie rose devant lui. Son gros chien jaillit lui aussi de la maison et partit à la course vers les Carrow, évitant lestement les sortilèges qu'ils lançaient vers lui. Les Rafleurs étaient encore trop loin pour participer, mais le garde-chasse lançait déjà des sortilèges dans leur direction, criant des menaces et des insultes.

Ginny s'avança vers l'avant de la maison et vit du coin de l'œil d'autres membres de l'AD faire de même, leur baguette levée, mais la professeure McGonagall se plaça devant eux.

— Non, si on va le défendre, on ne fait que le mettre en danger encore plus. Il faut retourner au château sans se faire attraper.

La baguette de Ginny la démangeait, mais elle voyait la logique dans ce que disait sa directrice de maison. S'ils faisaient savoir qui ils étaient, même sans se faire prendre, il n'y aurait plus aucune sécurité pour aucun d'entre eux entre les murs du château. Ils devaient partir sans se faire reconnaître. Hagrid saurait se débrouiller.

McGonagall vit que le garde-chasse et Crockdur tenait tout le monde bien occupé devant la cabane, et fit des grands signes pour que la dizaine d'élèves qui étaient avec elle parte vers le château, menés par les professeures Chourave et Bibine.

Ils étaient à mi-chemin et n'avaient pas encore été aperçus quand Susan, qui courait aux côtés de Ginny, trébucha et lâcha un petit cri en tombant. Quelques autres étudiants ralentirent leur course, mais Ginny leur fit signe de continuer.

— Susan, ça va ? demanda la Gryffondor en l'aidant à se relever.
— C'est ma cheville, je n'arrive pas à mettre mon poids dessus.

À ce moment, un sortilège fit sauter une motte de terre aux pieds des jeunes filles. Ginny fit volte-face et vit deux Rafleurs se diriger vers elles. Ils étaient encore trop loin pour qu'elle voie leurs visages, et espérait qu'ils ne pouvaient voir les leurs non plus. Tenant Susan d'un bras, elle lança un sortilège vers les Rafleurs, qui l'évitèrent habilement. Ils s'échangèrent ainsi quelques jets de magie, sans jamais frapper leur opposant – ils étaient encore trop loin l'un de l'autre – puis Ginny sentit que quelqu'un lui tirait Susan des bras. Elle se retourna, prête à lancer un Chauve-Furie sur ce nouvel attaquant, mais vit que ce n'était que Cormac.

— Dépêche, il faut qu'on y aille, dit-il en hissant la Poufsouffle sur son épaule, pour pouvoir courir avec elle.
— Mais les Rafleurs, ils vont nous –

La fin de sa phrase fut avalée dans un grand fracas quand quelque chose d'immense sortit de la forêt derrière eux. Ils se retournèrent et virent avec horreur un géant d'au moins dix mètres de hauteur se diriger droit vers eux.

— Hagger ! criait-il d'une voix rocailleuse. Hagger !
— Graup, ici ! vint la voix d'Hagrid, lointaine.

Le géant se mit à courir vers la mêlée qu'il y avait encore devant la cabane. Les deux Rafleurs qui s'étaient lancés à la poursuite des étudiants tournèrent bien vite sur eux-mêmes et partirent dans l'autre direction, eux-mêmes maintenant poursuivis par ce Graup.

— C'est quoi ce… c'est qui ? bégaya Cormac.
— On s'en fiche. Viens !

Ginny et Cormac, Susan toujours dans ses bras, eurent tôt fait de rejoindre les autres. McGonagall les fit entrer par une petite porte cachée, leur intimant à tous de se rendre directement à leurs dortoirs et de ne parler à personne de cette soirée. Cormac s'approcha d'Ernie, le seul autre Poufsouffle, pour lui demander d'aider Susan à rentrer, mais celui-ci secoua la tête.

— Neville a répondu sur le Gallion, dit-il d'une voix basse. Ils sont dans la Salle sur Demande.

Il passa un bras autour de la taille de Susan pour que celle-ci, tenue par Cormac de l'autre côté, puisse marcher – boitant quelque peu – vers la Salle sur Demande. Ginny, Lavande, Padma, Terry et Michael s'assuraient que les corridors étaient libres et le petit groupe finit par arriver à la salle secrète. Cette fois-ci, c'était bien leur gymnase d'entraînement habituel qui les attendait : la table, les chaises et la cheminée de la dernière fois avaient disparu. L'autre moitié de l'AD était assise confortablement par terre, et plusieurs d'entre eux se levèrent quand les nouveaux arrivants passèrent la porte. Hannah soulagea Cormac de Susan et, avec Ernie, l'assirent sur un pouf et lui bandèrent la cheville, qui commençait déjà à enfler.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Neville aux autres qui venaient d'entrer.
— Une des invitées a brisé le Tabou, expliqua Terry d'une voix portante, pour que tout le monde l'entende. Les Rafleurs sont arrivés.
— Mais les Carrow avant, précisa Lavande. Ils ont dû entendre parler de la fête de Hagrid.
— Oui, qui sait… Nigel, qu'est-ce que tu fais ?

Le garçon était assis à même le tapis de sol, les yeux fermés et un air profondément concentré sur le visage. Après quelques secondes, il ouvrit un œil, observa le mur quelques instants, puis soupira.

— J'essayais de faire apparaître des fenêtres, pour qu'on puisse voir ce qui se passe chez Hagrid.
— Les fenêtres sont un des interdits de la Salle sur Demande, expliqua Neville. Il n'y aurait aucun moyen de les cacher de l'extérieur, et n'importe qui pourrait les voir.
— De toute manière, on est du mauvais côté du château, ajouta Terry. On verrait l'entrée d'ici, pas la forêt.

Le silence s'étendit quelques secondes pendant que Nigel se mordait la lèvre, l'air déçu. Ernie fut le premier à pouffer de rire, rapidement rejoint par Hannah et Susan. Bientôt, chacun des membres de l'AD était en proie à un fou rire, se tenant les côtes ou s'étant laissé tomber sur le dos pour mieux évacuer cette hystérie soudaine. Même Nigel, le visage caché par ses mains, était secoué par des hoquets de rire.

L'hilarité spontanée et contagieuse mit plusieurs minutes à se dissiper, et quand elle le fit, elle emporta avec elle un peu de la tension qui s'était trouvée dans la salle, laissant ses occupants dans une ambiance un peu plus relaxée.

— Vous avez bien reçu mon message, alors ? demanda Ginny en essuyant une larme de rire qui avait perlé au coin d'un de ses yeux.
— Oui, on s'apprêtait à sortir du château, dit Seamus. On a récupéré Padma et Romilda en chemin, et on a réussi à envoyer un message pour que tout le monde vienne nous rejoindre ici. Il y avait qui d'autre chez Hagrid ?
— McGonagall et Flitwick, comme on pensait. Bibine et Chourave aussi. J'ai vu Alicia, elle m'a donné des nouvelles de Katie, Angelina et Olivier – tout le monde va bien.

Ils passèrent quelques heures à discuter des gens qu'ils avaient eu le temps de croiser dans cette fête qui n'avait duré, au final, qu'une vingtaine de minutes, et des nouvelles que ceux-ci leur avaient apportées de l'extérieur. Roger Davies, ancien capitaine de l'équipe de Quidditch de Serdaigle, venait de se marier ; Madame Rosmerta était à nouveau enceinte ; la chienne de Hestia Jones avait mis bas l'avant-veille à une portée de huit chiots. Pour une rare fois, des rires se faisaient entendre dans la pièce. Ginny regardait autour d'elle avec un sourire, un des premiers à orner ses lèvres depuis un moment. Même si elle n'avait pas duré, la fête de Hagrid avait accompli son but.

Ce fut avec surprise que les étudiants entendirent la vieille horloge de la Salle sur Demande sonner vingt-trois heures. Ils se levèrent en s'étirant, et leurs pensées se tournèrent à nouveau vers Hagrid.

— On pourrait peut-être descendre voir, dit Ernie.

Mais Neville secoua la tête. Trop dangereux.

— Ça n'aidera personne si un de nous se fait prendre à braver le couvre-feu. Il vaut mieux que tout le monde retourne à son dortoir. On saura dès demain matin comment ça s'est terminé, peut-être même avant. Le premier qui entend des nouvelles n'a qu'à envoyer un message aux autres sur le Gallion.

Le couvre-feu était passé depuis un moment, mais les Carrow et Rogue devaient être dans le bureau de ce dernier, en train de discuter des évènements de la soirée. Néanmoins, les membres de l'AD quittèrent la salle par petits groupes, se pressant vers leur salle commune en surveillant tous les couloirs qu'ils devaient emprunter. Mais quand Ginny partit en dernier, avec Neville, ils ne croisèrent personne, même pas Miss Teigne.