Remerciement : Mes deux bêtas, dont vous devez connaître le nom par cœur à force ! Merci à toutes ces personnes qui laissent leurs reviews qui me procurent un grand enthousiasme. Cette histoire réunit un peu tous les psychopathes du site, c'est formidable ! Je dis ça affectueusement, ne vous en faites pas, car après tout... C'est moi qui écris. Donc je m'inclus dans le groupe. En tout cas, j'vous adore. Que vous soyez nouveau venu ou que vous suiviez cette histoire depuis le début... Merci d'être là !
Allez, à présent on passe aux choses sérieuses, bonne lecture !
Chapitre 9
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Sanji rouvrit les yeux péniblement. « Jamais deux sans trois ». Il aurait peut-être dû prendre cet adage un peu plus au sérieux. Tant qu'il n'y avait pas de quatrième...
De ça, par contre, rien n'était moins sûr. Il avait un masque à oxygène. Après avoir mollement essayé de bouger, encore dans le coaltar à cause du gaz qu'il avait inhalé, il constata qu'il était sanglé. Sur une table d'opération sans aucun doute, du peu qu'il pouvait voir, cette salle lui était familière.
― Je suis heureux que Rider n'ait pas eu le temps de l'abîmer. Merci 845, tu peux disposer.
Cette voix... Ce n'était pas possible. Il était mort ! Il l'avait tué !
Il entendit des grincements sur sa droite. Sa tête immobilisée, il dirigea son regard vers la source de ce bruit et fut horrifié en reconnaissant la personne qui était juste à côté de lui.
― Surpris ? fit l'homme avec un petit rire. Je l'ai été tout autant quand tu as décoché ce formidable coup de pied. Heureusement que j'ai du personnel compétent, je n'aurais pas pu survivre sinon.
Il s'approcha encore, faisant basculer vers l'avant le manche qui commandait les mouvements de son fauteuil roulant.
― Comme tu peux le constater, certaines choses sont irrémédiables. Le choc a fait flancher mon cœur qui a réussi à repartir, mais les vertèbres... C'est une autre affaire. Ne t'en fais pas.
Il posa sa main sur le front de Sanji avec un sourire qui se voulu rassurant.
― Ce n'est pas ça qui m'empêchera de tout faire pour que tu atteignes la perfection que tu mérites !
Il fit reculer son siège et appuya sur un bouton du tableau de commande à côté de la table qui descendit. Lorsqu'elle s'arrêta, elle était à la hauteur des mains de son interlocuteur.
Sanji crut être sur le point de fondre en larme. Il était à nouveau entre les mains de Caega, ce décérébré qui se prenait pour un toubib !
― Toutes mes excuses pour l'affront que j'ai failli commettre la dernière fois. J'aurais dû comprendre que les mains d'un cuisinier sont ses outils les plus précieux ! Puisque tu es toujours « Sanji », tu ne comprends pas à quel point il m'est important de faire ces petits tests. Et c'est bien normal !
Il se saisit d'un bout de bois et le noua à l'aide d'un tissu autour du bras du maître-coq pour lui faire un garrot. L'homme lui prit la main et attendit patiemment pour installer la perfusion. D'horribles secondes durant lesquelles la douleur, sourde mais intense, longea le bras du cuisinier, lui arrachant une larme. Dès que la perfusion fut en place, le Docteur Caega défit le garrot et pointa de l'index la petite poche qui était accrochée à ce que Sanji avait cru être un porte-manteau.
― Ce produit va te débarrasser de tous tes souvenirs. Le processus est assez pénible à supporter. Pour t'éviter de souffrir, je vais te rendormir.
Non ! NON ! Il ne voulait pas oublier ! Il aimait sa vie comme elle était ! Ce vieux schnock, le Baratier, les crétins qui y travaillaient et qui lui servaient de famille, son équipage, Nami-swan, Robin-chwan, son stupide capitaine, cette tronche de poireau de Zoro qui lui servait de rival...
Son rêve ! Il allait oublier All Blue. Tout ça allait être rayé de sa mémoire. Il se sentait partir. Encore... Cette fois, il avait l'impression qu'il partait pour de bon. Une fois réveillé, il y aurait de grande chance pour que ce ne soit plus vraiment lui qui ouvrirait les yeux.
Pour l'occasion, il s'autorisa une seule et unique supplique. Première et dernière.
Crétin de sabreur... Grouille-toi !
...
En reprenant doucement conscience, Zoro se mit à espérer que ces prunelles d'un bleu profond dans lesquelles venaient de plonger ses yeux appartenaient au love-cook. Le brouillard voilant son regard se fit de moins en moins intense et il se souvint.
Son esprit venait de lui jouer un sale tour.
Pour une fois qu'il aurait été heureux de voir l'autre débile de sourcil en vrille...
― Ah ! Vous revoilà enfin ! Cela faisait une heure et demie que vous dormiez !
Pas de doute, cette voix féminine n'aurait pas pu appartenir au cook, même avec beaucoup d'imagination.
Cette silhouette familière ôta de sa vue le flacon malodorant qui lui avait servi à le réveiller.
Merde, Cook... On y était presque !
Il s'en voulait de s'être fait avoir d'une manière aussi stupide ! Il avait assuré qu'il maîtrisait la situation ? La bonne blague ! Rien du tout. Zéro. Il se sentait inutile alors qu'il avait récupéré ses katana. Passer si près de la liberté qui leur avait tendu les bras...
Bon sang ! Sanji ! Il avait été endormi par un espèce de gaz et il était entre les mains de ces enfoirés, il fallait que Zoro se dépêche ! L'escrimeur tenta de se redresser mais deux mains fermes se posèrent sur ses épaules pour l'en empêcher.
― Allez-y doucement ! J'ai dû vous recoudre et ce ne fut pas une partie de plaisir, alors soyez plus prudent.
― Pas le temps ! Y a un blondinet à qui je dois aller botter le train !
« Sauver ». Il n'arrivait pas à dire ce mot. Pour la bonne et simple raison qu'il aurait l'impression de perdre de l'estime pour le cuisinier. C'était stupide mais il ne pouvait l'accepter.
― Vous n'allez rien faire du tout si vos points de suture lâchent.
Cette satané impertinente n'avait pas tord. Anna le lâcha et reprit ses distances, l'observant d'un œil désapprobateur tandis qu'il prenait appui sur le dossier du canapé. La tête lui tournait, il avait l'impression que ce qui s'était passé ultérieurement n'était qu'un cauchemar. Toutefois, la douleur provenant de ses plaies à peine refermées lui rappelait constamment que rien de tout cela n'était le fruit de son imagination.
Il considéra la jeune femme avec une grande méfiance. Celle-là, qu'est-ce qu'elle était louche ! Toujours là dans les moments critiques pour guider les deux pirates dans ce bâtiment que Zoro maudissait. Elle était étrange mais il devait lui accorder une chose : elle était parfaitement insensible au blondinet. Non, c'était pas ça... Ah. Elle savait prodiguer des soins rapides et efficaces.
― Comment t'as fait pour me transporter ? s'enquit Zoro.
Une bonne question. Une femme aussi frêle ne pouvait décemment pas porter un homme de son gabarit. Le traîner ? Il serait déjà mort si elle avait fait ça.
Elle resta muette quelques secondes avant de répondre.
― Des pensionnaires m'ont aidée. Je n'ai eu qu'à dire que mon père avait besoin de vous vivant.
Zut... A tous les coups, l'autre là... 458 ou 854... non... Franz allait savoir qu'il était en vie et allait rappliquer. C'était forcément lui qui avait lancé ce sécateur, qui d'autre ? Cet enfoiré lui avait porté un coup dans le dos ! Le déshonneur.
― Je n'aurai aucune cicatrice ?
― Elle sera infime au meilleur des cas.
C'était une maigre consolation. Il ne voulait pas avoir la moindre trace de blessures dans son dos. Il se remit sur pied et eut une grimace de douleur. Il allait supporter. Ce n'était rien comparé à la plaie que Mihawk lui avait infligée. Celle-là avait creusé sa peau, laissé une profonde marque pour lui rappeler qu'il avait déjà échoué une première fois.
Cette seconde fois avait le même goût amer, procurait cette même sensation d'impuissance. Il avait beau ne pas l'apprécier, le cuistot était son nakama. Il était de son devoir de lui porter assistance. Sanji n'avait pas hésité à le sortir de cette chambre et avait tout tenté pour le tirer des griffes de la mort. Il avait lutté pour rester conscient. Ils avaient tous les deux perdu. En somme, c'était encore un match nul.
― Conduis-moi à l'endroit où se trouve Sanji, lâcha-t-il entre ses dents, son souffle momentanément haché par la douleur.
― Dans votre état, vous ne pourrez rien faire...
― Je sais encore ce que je fais ! Je n'ai pas le temps de guérir, il faut que j'y aille.
Il se saisit de ses sabres, Anna les ayant disposé sur la table face à lui. La jeune femme le regardait faire, se mordant la lèvre inférieure pensivement. Elle l'avait réveillé pour cela mais elle avait cru qu'il serait plus attentif au plan qu'elle voulait lui proposer. Apparemment, il n'était pas décidé à la laisser faire.
Elle se résigna, se disant qu'elle s'était jurée d'arrêter son père par tous les moyens. Si cet homme devenait ce « moyen », elle n'avait pas à tergiverser longtemps. Il était un pirate après tout, elle n'aurait pas trop de remords si il mourrait en cours de route. Tant que ce Sanji était le plus loin possible de son père, tout irait pour le mieux.
Anna réprima un sursaut en remarquant que l'escrimeur était déjà en route, elle dut courir pour le rejoindre et l'attraper par le bras. Elle retira sa main en croisant le regard noir du sabreur.
― Je vous y amène. Ce n'est pas très loin, j'étais certaine que vous voudriez porter secours à votre ami.
― T'y est pas du tout. Je ne vais pas aller secourir un ami.
Il détourna la tête et reprit la marche, décidé, sa main serrant machinalement le bandana encore enroulé autour de son bras. Il était décidé à se battre, à franchir tous les obstacles.
― Je vais donner un coup de main à un crétin arrogant qui lambine pour en finir.
La jeune femme eut un soupir et, après s'être faite une réflexion acerbe sur les hommes et leur ego, elle dépassa l'épéiste. Il ne lui fallut que quelques minutes pour se rendre compte qu'il était capable de dériver de la route qu'elle prenait en prétextant qu'il s'agissait d'un « raccourci ». Il déviait de lui-même et faillit se perdre plus d'une fois. Elle connaissait mieux que lui l'endroit et il osait lui sortir ce genre d'excuse ? Elle ne fit aucun commentaire mais la jeune femme n'était pas dupe.
L'inquiétude qu'il ressentait pour son compagnon était trop évidente.
― J'aurais dû m'en douter.
Les deux jeunes gens se figèrent, Anna écarquilla les yeux en reconnaissant la voix. Zoro fronça les sourcils en l'entendant.
― Dame Anna, n'aurez-vous jamais de cesse de vouloir secourir des moins que rien ?
Il apparut enfin, l'air contrarié, ce regard bleuté braqué sur le pirate et la jeune femme. Le pirate l'ignora superbement.
― L'endroit où se trouve Sanji est encore loin ?
― Non, c'est la dernière porte au bout de ce couloir, mon père s'est absenté en attendant que le produit fasse effet. J'aurais dû savoir qu'il enverrait 845 pour la garder.
En entendant les mots « produit » et « effet », Zoro tiqua. Ça avait tout l'air d'un compte à rebours et il n'aimait pas. L'ancien chasseur de prime devait jouer selon des règles qu'il ne connaissait pas. Il était possible qu'il soit déjà trop tard. Il espérait de tout cœur qu'ils allaient réussir juste à temps.
― Quels sont les effets ?
― La perte de mémoire. Le produit agit uniquement sur le cerveau.
… Il fallait passer aux choses sérieuses. Zoro s'empara de son bandana et le noua sur le sommet de son crâne avant de sortir lentement et un à un ses sabres.
― Pars devant. Je vais faire en sorte que tu aies le temps de réveiller ce foutu love-cook.
La jeune femme opina, rassurée par l'aura bestiale qui émanait du bretteur. Il ne perdrait pas. Il ferait tout pour vaincre. Il avait beau ne pas lui faire confiance, il comptait sur elle pour s'occuper de ce dont il était incapable de faire. Lui, il savait se battre, rien d'autre. Zoro était donc contraint de lui confier la vie de Sanji. C'était une décision qu'il prenait à contrecœur mais il n'hésiterait pas à s'en prendre à elle si elle se retournait contre eux.
Anna en avait conscience. Toutefois, elle appréciait qu'il la laisse prendre les rênes sans discuter. Aussi infime soit-elle, la confiance restait une marque d'estime.
845 leva les sourcils, perplexe.
― Vous êtes très mal en point et vous voulez me faire croire que vous allez réussir à me tenir tête ?
― Je ne crois pas. La croyance, c'est pour les débiles qui n'ont aucune confiance en eux-même et qui s'en remettent au hasard. Moi, j'ai la certitude que je vais te vaincre.
Là-dessus, il plaça le manche de son troisième sabre entre ses dents et s'avança d'un bond vers son adversaire, annihilant la distance qui les séparait. 845 para à la dernière seconde, surpris par cette attaque aussi soudaine que brutale. Il esquiva le second sabre qui visait ses côtes et se recula. Il était clairement désavantagé en combat direct.
Il vit du coin de l'œil Anna courir vers la salle d'opération.
Le jeune homme évita de peu l'un des sabres de Zoro, son cou fut seulement entaillé.
― On t'a jamais dit de ne pas regarder ailleurs durant un combat ?
― Les apparences sont trompeuses, vous êtes plus rapide que je ne le pensais.
Zoro fut contraint de reculer pour laisser la lame frapper le vide et d'un pas, le gardien était à nouveau à sa portée. Sa contre-offensive fut arrêtée par le stylet. Ses trois lames arrivaient à peine à faire bouger la sienne. Frustré, une douleur sourde l'informant que ses points de suture n'appréciaient que très moyennement qu'il bouge autant, Zoro mobilisa toutes ses forces pour faire plier son adversaire.
Au final, la stratégie qu'il avait élaborée plus tôt était la bonne. Cette faiblesse dans les jambes de « Franz » étaient la clé de sa victoire. Il devait l'épuiser pour qu'il fasse un faux pas et Zoro profiterait de cette brèche pour l'emporter.
Les coups se succédaient, rapides et inefficaces. L'un comme l'autre recevait une ou deux estafilades à chaque passe et l'affrontement se poursuivait par à-coup. Son adversaire avait eu la même idée que lui. Chacun avait un désavantage qui allait décider du dénouement de ce combat. Si Zoro visait les organes vitaux, 845 attendait la faille pour rouvrir les plaies de l'escrimeur. Il les avait frôlées plus d'une fois.
Le bruit de fracas des lames s'entrechoquant se répercutait dans toute l'aile du bâtiment. Zoro avait repéré quelques pensionnaires qui assistaient au combat, curieux mais effrayés par ces deux monstres.
Zoro se baissa pour éviter le stylet puis arc-bouta, croisant les bras devant lui. Son regard planté dans le sien, il se concentra sur son adversaire. Oublié Sanji, il devait juste gagner pour survivre, gagner pour prouver qu'il était le plus fort. Ce n'était pas ce gringalet qui allait avoir le dessus sur lui. Même s'il ressemblait à ce crétin d'ero-cook, il n'était pas lui... Ne le serait jamais ! Il n'était pas aussi fort que lui.
Le pirate ferma un instant les yeux en se souvenant de son nakama. Cette teigne ne pouvait pas perdre alors que Zoro était en train de se battre. Ils allaient se tirer d'ici avec cette greluche, puisque Sanji y tenait tant. Il allait tout donner dans ce combat.
Il bondit tel un fauve et ses lames se croisèrent devant lui avant d'être stoppées par 845 qui eut un mouvement de recul. Il avait commis l'erreur de le laisser prendre de l'élan. Sa force avait surpassé la sienne grâce à ce coup de pouce et ses jambes montraient des signes de faiblesse. Il lâcha son arme.
Les lames de ses sabres glissèrent sur celle de son opposant et Zoro fit un tour sur lui-même. Ses sabres entaillèrent le torse de 845 qui eut un gémissement de douleur, évitant de justesse le troisième katana qui s'approchait de son cou.
Zoro profita de cet instant de faiblesse pour continuer. Positionnant ses deux sabres en arrière et à la verticale sur sa gauche, pointe vers le sol, il sauta sur son adversaire tout en redressant ses lames pour les abattre sur lui. Elles entaillèrent profondément l'épaule droite du gardien ainsi que son torse jusqu'à l'abdomen.
Le sabreur hoqueta en sentant une douleur foudroyante le prendre en traître. Ses points de suture ? Non, c'était son épaule qui le faisait souffrir. Il eut un regard atterré vers elle et remarqua la lame du stylet qui la traversait. Son attention chut sur le sol. Le stylet était encore là alors...
― Vous n'avez même pas songé que je pouvais avoir un autre atout, fit remarquer 845 avec un sourire empreint de soulagement. Vous voulez tellement gagner pour secourir votre ami que vous en devenez aveugle.
Zoro comprit. Son opposant avait deviné qu'il allait utilisé cet instant de faiblesse, il avait utilisé la seconde prise d'élan de l'escrimeur pour la retourner contre lui. Le sabreur se recula pour retirer la lame de son épaule, le bras droit tremblant tandis que de fines perles de sang roulaient sur la peau basanée. Le pirate avait chaud, il étouffait. Ses dents serraient le manche du katana à en avoir mal.
― Je ne comprends pas votre façon de penser, poursuivit 845. Vous êtes un pirate, vous auriez pu partir et laisser derrière vous le numéro 900. Vous aviez une bonne excuse, vous êtes grièvement blessé. Et pourtant... pourtant vous êtes encore là.
― Te fais pas de fausse idée et ne parle pas de ce que tu ne connais pas.
Zoro se redressa, ses prunelles empreintes d'une fureur qui intriguait son adversaire.
― Je me bats pas que pour moi-même et pour lui. Je suis mon capitaine, quoiqu'il fasse. Je sais que dans ce cas de figure, il aurait tout tenté pour aller retrouver notre nakama. Même à moitié mort, il serait allé le chercher. Alors c'est ce que je compte faire.
Il était hypocrite de songer à se persuader qu'il ne pensait qu'à gagner. La vie d'un de ses compagnons était en jeu. Il était logique qu'il s'immisce dans ce jeu pervers auquel on les contraignait à jouer. Rien de plus naturel.
Il allait gagner et botter le train de ce cuistot qui l'obligeait à se détourner de sa placidité habituelle.
― C'est stupide.
― Tu ne diras pas ça lorsque je t'aurai étalé.
Il repartit à la charge, ruant comme un bœuf. Il ferait descendre cet arrogant de son petit trône. Celui-là, il n'était pas du même calibre que le colosse à qui il avait tranché le bras. Il possédait une force brute qui se révélait plus facile à canaliser. C'était bien cette capacité qui le rendait redoutable.
Savoir qu'il était ambidextre aurait peut-être dû l'inquiéter. Le nombre de failles à exploiter était moindre. Cependant, Zoro avait confiance en lui. Maintenant qu'il savait de quoi son opposant était capable, il était sur la bonne voie pour l'éliminer.
C'était un ballet mortel qu'ils exécutaient sous les yeux hagards des discrets spectateurs. Reculant, avançant, tranchant, esquivant, le sang fusait de toutes les plaies qu'ils s'infligeaient l'un envers l'autre. Rien d'autre ne comptait que cet affrontement. Zoro allait lui prouver que ce qui comptait vraiment, c'était le fardeau qu'on transportait avec soi. C'était ce qu'on avait dans les tripes qui faisait la différence.
C'étaient ses convictions qui allaient l'emporter sur cette carcasse vide qui n'avait aucun but pour motiver sa vie.
Son flanc et son épaule le faisaient souffrir. Il allait surmonter cette douleur. Elle était bien la preuve qu'il était encore en vie. Tant qu'il était en vie, il pouvait continuer à se battre.
Son genou fut pris d'une faiblesse qui l'obligea à se pencher en avant et à offrir son cou à l'adversaire qui se jeta sur cette opportunité. Zoro eut un sourire et arrêta la lame juste avant qu'elle ne tranche sa chair. Il vit les jambes de son ennemi trembler et aurait souri s'il lui avait été possible de le faire.
― Tu serais pas en train de flipper ?
― Je tremble d'excitation. Vous êtes à bout de force.
― Si c'est le cas, je suis pas le seul.
Aussi ensanglanté l'un que l'autre, aussi haletant, ils se défiaient du regard. Ils prirent de la distance. C'était le dernier assaut. Tous deux le savaient, le sentaient. Ils ne pouvaient pas continuer ce combat bien longtemps.
Zoro rangea ses sabres et prit celui qu'il avait entre ses dents pour le glisser dans son fourreau. Au lieu de le mettre avec les autres, il le plaça du côté opposé, une main au fourreau et l'autre au manche. Il fit reculer son pied et se pencha en avant. La dernière attaque. Celle-là serait éclair, il allait donner tout ce qui lui restait. Il s'agissait de celle qu'il avait utilisée contre Mr. 1 à Alabasta. Elle pouvait trancher l'acier, alors ce corps à présent bourré de failles, ce serait un jeu d'enfant.
Voyant où il voulait en venir, 845 lâcha sa seconde arme et présenta la première à la hauteur du cœur de son adversaire. Si il le touchait, Zoro mourrait sur le coup. L'erreur n'était plus permise.
L'escrimeur se concentra sur son souffle, ferma les yeux et courut vers lui. Pas besoin de voir, il ne devait surtout pas se fier à ses yeux. Il savait où allait viser son ennemi, c'était amplement suffisant. Il entendait les pas précipités de son adversaire. Zoro ne sortirait son sabre qu'une fois que le stylet serait hors d'état de le nuire. Sa main sortit la lame à nue de quelques centimètres, prête à trancher.
Zoro perçut le bruit qu'il attendait avec impatience. C'était terminé. Il esquiva le coup à la toute dernière minute, le laissant volontairement entailler son bras et dégaina d'un mouvement fluide son katana pour donner un coup à la diagonale. A la seconde qui suivit, il avait déjà rengainé son sabre, son ennemi était derrière lui.
845 tenta de lutter pour rester debout. Il tituba avant de choir au sol, tel un pantin démantibulé, son arme tombant à ses côtés.
Zoro se tourna vers lui, l'observant rouler sur le dos pour tenter de se relever. En vain. Il avait perdu.
La jambe droite de son ennemi lui avait fait défaut. Au moment de planter son arme dans le cœur de Zoro, ce dernier ayant repéré le léger mouvement qui indiquait que le pirate allait se décaler, 845 n'avait pas pu faire machine arrière et rectifier sa position. Sa jambe n'avait pas répondu à l'ordre d'impulsion Son corps n'avait pas pu suivre sa volonté, trop affaibli.
Ce n'était pas grâce à sa technique si Zoro avait gagné mais grâce à sa pleine maîtrise de son corps. Il en avait conscience et cet état de fait le motivait pour poursuivre sa quête de puissance.
Il allait s'en aller, se souvenant des paroles d'Anna sur l'endroit où se trouvait Sanji, lorsque 845 s'adressa à lui.
― C'est frustrant... de perdre à cause d'un corps qui n'est pas vraiment mien.
― C'est tout aussi frustrant de gagner grâce à lui, assura Zoro en défaisant son bandana.
― Certes...
Le gardien eut un sourire, ses yeux brillant de larmes contenues.
― Jamais je n'ai voulu prendre un autre nom... Je n'ai jamais eu l'impression d'être moi après toutes ces modifications. Je ne suis plus « Franz » depuis ce jour. C'est une torture.
Il toussa violemment, crachant du sang, essayant d'aspirer de l'air, lucide sur sa vie qui venait de se réduire à quelques minutes. Malgré tout, il avait espéré pouvoir reprendre son identité, même coincé ici. Il avait abandonné, mais cette lueur d'espoir avait toujours été en lui, au fond.
― J'espère qu'elle n'est pas arrivée trop tard pour votre ami. Il n'y a rien de pire que de se sentir incomplet et d'errer sans but. C'est un destin bien pire que la mort.
Le sabreur avait une réponse toute prête, déterminé qu'il était à accomplir la mission qu'il s'était fixée.
― Qu'importe ce qui arrivera, je saurai faire face.
Zoro noua son bandana autour de son bras, eut un regard derrière lui puis marcha vers la porte ouverte, la pièce étant éclairée. C'était forcément là que le cook se trouvait.
Il claudiquait, pestant contre les points de suture qui avaient lâché au tout dernier moment. Il avait réussi à tenir mais il s'en était fallu de peu. Zoro n'éprouvait encore aucune fierté mais s'il avait atteint son objectif, il se permettrait de faire le paon plus tard, une fois tous deux sains et saufs sur le Vogue Merry.
Il se tint à la porte pour rester debout, le cœur battant trop fort, son corps ayant perdu une grande quantité de sang. Il ne mit qu'une seconde pour trouver Anna, auprès d'un homme sanglé sur une table d'opération. L'embout d'un tube versait sur le sol le contenu d'une poche accrochée plus haut. Un liquide translucide qui se mêlait au sang. Zoro s'approcha, en alerte.
La jeune femme se tourna vers lui, le jaugeant du regard, soulagée que son intuition se soit avérée vraie.
― Alors ?
― Je ne sais pas encore, la dose de produit n'a pas été totalement injecté alors je ne sais pas dans quel état est sa mémoire.
― Il se peut qu'il ait juste oublié quelques trucs ?
Si il ne se souvenait plus de ses exubérances envers les femmes, ce n'était pas lui qui regretterait. Ce n'était pas une très grosse perte.
― En vérité, c'est tout ou rien.
Oh. ça c'était moche.
― Je vais le ramener avec moi sur notre navire, décida Zoro. On a un excellent médecin qui pourra prendre le relais.
― Ce bâtiment est au cœur de la forêt et d'après les informations que nous avons reçues de Rider, votre navire est bien trop loin. Il fait trop sombre à l'extérieur et dans votre état... Il est trop dangereux pour vous de mettre le nez dehors. Sanji pourrait se réveiller avec toute sa tête... ou avoir tout oublié. Vous pourriez vous faire attaquer.
― Je me suis occupé de votre « Rider ». Il risque pas d'être un adversaire de poids pour moi.
― Croyez-vous qu'il n'y ait que lui ? Il n'est que le numéro 325. Il y a eu quelques centaines de ratés mais sachez que ce n'est pas quelques personnes qui sont à vos trousses mais tout l'hôpital.
― Je n'en ai rien à faire. Qu'ils viennent, je les buterai tous autant qu'ils sont.
Elle eut un soupir qui exprimait toute son exaspération. Quelque part, cela l'arrangeait que ce Zoro aille au casse-pipe avec son compagnon. Tous les deux morts, son père ne pourrait plus mettre son projet à terme. Anna se souvint de ses paroles.
« Peu importe les sacrifices à faire du moment qu'on parvient à atteindre son but ».
La jeune femme réprima un petit sourire. Pourquoi prendre la peine de les soigner ? C'est vrai qu'elle se sentait coupable mais il ne s'agissait que de pirates. Tout ce qu'ils savaient faire, c'était tuer, piller, violer, anéantir. Son père avait raison. Qu'ils aillent au diable et crèvent comme les chiens qu'ils étaient !
Elle serra les poings sur la table d'opération. Oui, c'étaient des ordures, pourtant... Personne ne méritait ce genre de traitement. Ils restaient humains après tout.
Un gémissement la sortit de ses pensées. L'attention se focalisa sur le jeune homme allongé qui émergeait de son sommeil. Zoro s'approcha encore, trépignant d'impatience tandis que le seul œil visible s'ouvrait. La respiration, d'abord paisible, s'accéléra comme si Sanji était apeuré.
Ce détail aurait dû mettre la puce à l'oreille de Zoro.
― Calmez-vous, déclara Anna d'un ton rassurant. Mon père n'est pas là, vous n'avez rien à craindre.
Elle posa sa main sur le poignet du blondinet qui se défit de cette marque d'apaisement et il se redressa tout en regardant les deux jeunes gens avec inquiétude. Le sabreur s'attendait au pire. Il pouvait deviner la suite.
― Qui... qui êtes-vous ?
.
à suivre...
C'est tout pour cette fois !
Je dois dire que j'adorais 845. Je ne sais pourquoi, il n'apparait pas énormément mais j'y était attachée. Il devait finir ainsi et ça m'a fait un petit pincement au cœur quand même. Le mystère s'épaissit autour d'Anna, Zoro est à moitié mort et Sanji a perdu la mémoire. La situation ne s'est pas arrangé d'un pouce alors qu'un des "méchants" est mort. Oui, désolée, j'arrive pas à considérer 845 comme un vrai méchant.
Bref, c'était le petit résumé qui augmente la frustration. Laissez une review si ce chapitre vous a plu et, là-dessus, je vous dis à bientôt !
