Le lendemain, le soleil était déjà haut dans le ciel et illuminait le grenier quand Ginny émergea des limbes du sommeil. Sans ouvrir les yeux, elle se tourna, voulant se nicher dans la chaleur de son compagnon, mais ne rencontra qu'un matelas froid. Elle ouvrit les yeux pour voir qu'elle était seule sur le lit de fortune. Elle se redressa, tirant le drap autour d'elle, mais ses yeux eurent vite fait le tour de la pièce et constaté qu'elle était vide. Son regard se posa sur le journal, délaissé au pied du matelas, et elle s'empressa de le prendre dans ses mains.
Elle remarqua tout de suite qu'il avait changé. Sa couverture, auparavant lisse et d'un noir profond, était maintenant craquelée, ses bords cornés et déchirés, comme après des années d'usure. Les pages étaient jaunies par l'âge, des taches ornant certaines d'entre elles.
— Non, murmura Ginny en cherchant frénétiquement sa plume dans son sac. Non, c'est impossible.
Tom ?
Elle passa de longs moments à fixer le mot seul sur la page du premier janvier. Il ne disparaissait pas, et Tom ne lui répondait pas.
Tom, où es-tu ?
Elle regarda les mots sans ciller jusqu'à ce que ses yeux pleurent, espérant qu'ils se fondent dans la page, que tout redevienne comme avant, que Tom revienne lui parler.
— Ginny, tu es levée ?
Elle tourna le regard vers la trappe toujours fermée. Sa mère l'appelait, au bas de l'échelle.
— Oui, qu'est-ce qu'il y a ?
— Tante Muriel prépare le petit-déjeuner, tu en veux ?
Ginny baissa les yeux vers le journal. Ce qu'elle y avait écrit n'avait toujours pas disparu.
Il n'était pas encore arrivé, se disait-elle. L'endroit où va son âme pour écrire dans le journal, il n'y est pas encore, c'est tout. Quand je reviendrai, il sera là.
— J'arrive.
Mais une heure plus tard, quand elle put finalement s'éclipser et remonter dans le grenier, elle ouvrit le journal, qu'elle avait caché dans une vieille boîte en carton, et vit que ses quelques mots s'y trouvaient encore, seuls sur la page jaunie. Ils ne s'étaient pas évaporés, et Tom n'avait pas répondu.
Il était parti. Pour de bon.
Elle s'assit – se laissa tomber, plutôt – sur le matelas, laissant le journal ouvert choir à ses pieds. Trop incrédule pour pleurer, la réalisation tourna dans son esprit pendant de longues minutes sans qu'elle ne fasse le moindre mouvement.
Tom était parti. Elle ne pourrait plus lui parler, le voir, le toucher. Il l'avait abandonnée. Lui aussi.
Les larmes commencèrent à couler, doucement, sans sanglots. Il était parti. Des gens mouraient tous les jours, elle ne pouvait pas retourner à Poudlard, elle était enfermée ici, elle ne pouvait même pas aller voir ses amis à la Chaumière aux Coquillages. Et elle venait de perdre son dernier ami, son confident, son amour. Son amant. Et elle ne pouvait même pas lui demander pourquoi.
Elle s'allongea sur le matelas, tirant ses genoux contre sa poitrine, et laissa les larmes couler, mouillant ses joues, l'oreiller, la vidant de sa peine.
Elle avait dû s'endormir, car son père dut venir la chercher quelques heures plus tard.
— Tu n'étais pas redescendue, on commençait à s'inquiéter, dit-il en passant une main sur la tempe de sa fille, écartant quelques cheveux roux qui s'y étaient collés. Ça va ?
Ginny renifla et hocha la tête et chercha des yeux le journal. Il était toujours au pied du matelas, mais heureusement Arthur lui tournait le dos. Il fallait qu'elle le fasse partir sans qu'il le voie ; il l'avait vu auparavant, il le reconnaîtrait sûrement. Même si la situation ne pouvait certainement pas empirer s'il le jetait au feu, Ginny n'était pas encore tout à fait prête à faire son deuil.
Elle sourit courageusement en se redressant.
— Je me suis rendormie un peu, j'ai mal dormi cette nuit. On descend ?
Les deux Weasley descendirent par la trappe, Ginny se disant qu'elle reviendrait le plus vite possible pour cacher le journal.
Les heures se transformèrent en journées, puis en semaines. Ginny retrouva le Gallion de l'AD qu'elle avait balancé à l'autre bout de la pièce, la nuit de son arrivée, et l'avait toujours dans sa poche, espérant sentir la chaleur d'un nouveau message. Elle passait de longues minutes à le fixer, priant pour qu'un mot apparaisse. Le jour de la rentrée à Poudlard passa et elle se demanda si ses amis savaient ce qui était arrivé. Ils n'avaient parlé que de l'escapade au Manoir Malefoy et de la mort de Dobby à Potterveille, ainsi que de Luna et Dean. Neville, Seamus et les autres avaient dû être soulagés en entendant ça. Mais personne n'avait parlé de l'exil des Weasley, pas même Bill quand il avait fait une diffusion avec Lee, trois jours après les évènements. Ses amis seraient-ils capables de déduire ce qui lui était arrivé ? S'attendraient-ils à la voir sur le Poudlard Express, penseraient-ils qu'elle était en danger ?
Tous les soirs, avant de se coucher, elle sortait le journal de sa cachette et l'ouvrait, espérant que par un quelconque miracle Tom soit revenu. Mais rien ne changeait, ses mots restaient là, aucune réponse n'apparaissait. Alors elle le rangeait, son cœur se brisant un peu plus chaque fois, et se couchait, rêvant de lui, de tout ce qu'il lui avait dit, montré, de leur nuit ensemble. Une nuit qu'elle n'oublierait jamais.
Toute la famille était tellement énervée de devoir rester enfermée dans la petite maison de tante Muriel qu'ils remarquèrent à peine la morosité de la jeune fille. Fred et George continuaient à opérer leur boutique de farces et attrapes depuis le petit salon. Parfois, elle venait les aider à préparer leurs commandes. Voyant les hiboux s'envoler dans la noirceur, un petit paquet ou une enveloppe accrochée aux pattes, elle espérait pouvoir envoyer une lettre à Poudlard. Ça faisait deux semaines que les cours avaient repris, trois semaines qu'elle était enfermée ici, elle n'en pouvait plus de ne pas savoir ce qu'il s'y passait, d'attendre en vain que son Gallion lui fasse parvenir un message.
Ils continuaient à écouter religieusement Potterveille tous les soirs, tous les six autour de la petite table de la cuisine, des tasses fumantes de thé devant eux. Mais Ginny n'arrivait plus à se concentrer entièrement dessus. Elle n'en entendait que des bribes. « … Famille de quatre Moldus assassinée à Londres… », « … boutique de Madame Guipure vandalisée sur le Chemin de Traverse, on soupçonne que Bellatrix Lestrange trouvait que sa dernière robe lui faisait un gros derrière… », « … encore quelqu'un qui dit qu'il a vu Vous-Savez-Qui à Antwerp… »
Seulement quand ils parlaient de Poudlard, Ginny sortait de sa rêverie brumeuse pour écouter de plus près, espérant des nouvelles de gens qu'elle connaissait. Mais ce n'était jamais des nouvelles conséquentes. Neville avait causé une indigestion alimentaire chez les Carrow et Rogue. Flitwick avait laissé le marécage créé par les jumeaux deux ans auparavant reprendre le contrôle du corridor – Fred et George se tapèrent dans le dos en se félicitant. Hagrid et Grawp n'avaient pas été vus depuis qu'ils avaient échappé aux Mangemorts, personne ne savait où ils se cachaient. Rien sur l'AD.
Tous les trois ou quatre jours, Bill apparaissait dans la cheminée de la cuisine pour leur donner des nouvelles.
— Tout le monde se porte bien, disait-il chaque fois. Hermione est complètement remise, Ollivander est toujours malade mais Fleur s'en occupe, il va s'en sortir.
— Tu sais ce que prévoit Harry ? demandait Arthur.
La réponse de Bill était toujours la même. Non, il ne savait pas.
— Ils passent beaucoup de temps avec Gripsec, le gobelin, dit-il une semaine. Mais ils ne nous disent pas pourquoi.
Malgré les demandes répétées et insistantes de Molly, elle ne pouvait pas faire le voyage en sens inverse avec son fils et rendre visite à Ron, Harry et Hermione.
— Comment puis-je savoir qu'ils sont bien nourris ? demanda Molly. Ils ont besoin d'énergie, je peux aller vous faire des bons petits plats !
— Et Fleur, tu crois qu'elle les nourrit comment ? Au pain sec et à l'eau ?
Molly maugréa quelque chose dans lequel ils purent entendre le mot « bouillabaisse » et Bill leva les yeux au ciel, faisant rire sa sœur.
— Ils pourraient venir ici, non ? dit Ginny. Si nous on ne peut pas aller chez toi, ils peuvent venir ici, avec toi. Juste quelques minutes, pour qu'on sache qu'ils vont bien.
Bill secouait déjà la tête.
— On en a parlé, ils ne veulent pas. Ils aimeraient vous voir aussi, ce n'est pas ça ! se hâta d'ajouter Bill à l'expression outrée de sa mère. Mais ils trouveraient ça trop difficile, de devoir continuer leur mission après avoir vu tous les gens qu'ils aiment.
Son regard glissa vers Ginny et elle rougit. Elle savait que Harry devait parler d'elle, s'inquiéter pour elle, demander de ses nouvelles. Elle devait lui manquer terriblement. Et il lui manquait à elle aussi ! Mais elle repensa à Tom, à leurs discussions, à ses sentiments, à sa première nuit chez Muriel, et un sentiment de honte lui tordit les entrailles.
— Luna et Dean, alors ? demanda Arthur. Ça ferait du bien de les voir.
Lui aussi regardait Ginny. Il avait bien vu qu'elle n'était pas elle-même ces derniers temps, et croyait que voir ses amis lui ferait du bien.
— On en parlera, dit Bill. Vous comprenez, plus on est nombreux à transplaner, plus c'est dangereux.
Quand Bill repartit chez lui, quelques minutes plus tard, Ginny s'installa dans le salon, près de la fenêtre, et ouvrit un des vieux romans à l'eau de rose qu'elle avait pris de la bibliothèque de sa tante. L'histoire était absolument inintéressante, mais il fallait bien qu'elle s'occupe. Mais dix pages plus tard, le livre ouvert avait été posé sur le genou de la lectrice et celle-ci avait les yeux tournés vers la fenêtre, suivant du regard les quelques flocons qui tombaient des épais nuages gris. C'était la mi-avril, mais les températures dépassaient à peine le point de congélation, même au milieu de la journée. En plus d'être obligés de se cacher, les Weasley étaient confinés à l'intérieur, tellement il faisait gris et froid dehors.
Elle rêvassait depuis une dizaine de minutes quand la porte du salon s'ouvrit et la tant Muriel entra, s'installa dans un fauteuil et sortit son tricot, le tout sans adresser un regard à sa nièce. Ginny s'empressa de placer son marque-page dans son roman et s'apprêtait à quitter le salon en quatrième vitesse, avant que Muriel ne trouve quelque chose à critiquer sur ses cheveux, sa tenue, ou sa vie en général, mais celle-ci se mit à parler avant que la jeune fille n'atteigne la porte.
— Tu es déjà allée à la cuisine de Poudlard ?
Ginny mit un moment à comprendre la question, tellement elle ne s'attendait pas à ne pas se faire critiquer.
— Oui, une fois ou deux, avec des amis, répondit-elle, méfiante.
— C'est un des rares endroits de Poudlard qui me manquent, aujourd'hui.
Muriel n'avait toujours pas levé le regard de son tricot, mais un sourire lui flottait sur les lèvres. Ginny était abasourdie. Muriel souriait ! Où était l'appareil photo, pour immortaliser ce moment ?
— Pendant ma sixième année, j'y rencontrais tous les samedis soirs mon copain. Il était à Poufsouffle, sa salle commune était juste à côté. Je me suis fait prendre une seule fois par Crapaud.
— Euh… Crapaud ?
— C'est comme ça qu'on surnommait le concierge. En vrai, il s'appelait… Tu sais, je ne m'en souviens même plus !
Si Ginny n'avait pas été trop choquée pour parler, elle aurait demandé si son nom n'était pas Ombrage, par hasard.
Ne remarquant pas l'expression estomaquée de sa nièce, Muriel souleva le tricot de ses genoux. Celui-ci s'avérait être un petit rectangle sur lequel s'alternaient des bandes jaunes et rouges.
— Jaune pour Poufsouffle et rouge pour Gryffondor. C'est pour le bébé de Remus et Tonks, quand il va naître. Tu crois que ça va leur plaire ?
Ginny ne pouvait que hocher la tête de haut en bas sans dire un mot. On disait bien que la guerre changeait les gens, après tout.
— Il faut vraiment qu'ils viennent en haut ?
— Ginny, arrête de chouiner ! la rebiffa sa mère. Monsieur Ollivander arrive d'une minute à l'autre, et il faut bien qu'il dorme quelque part. Donc tes frères déménagent dans le grenier avec toi.
— T'inquiète, petite sœur, je ne ronfle pas, dit George en lui adressant un clin d'œil. Fred, par contre…
— Eh, menteur ! C'est pas à cause de moi qu'on a l'impression d'être à King's Cross dans notre dortoir !
Ginny leva les yeux au ciel et descendit vers la cuisine, laissant ses frères se chamailler en s'installant. Elle n'avait pas voulu qu'ils viennent dans le grenier ; pour elle, cet endroit leur appartenait, à elle et Tom. Elle n'appréciait pas devoir le partager avec Fred et George. Elle avait aussi déplacé le journal au moins six fois depuis le petit-déjeuner, tentant de trouver un endroit à l'abri de la fâcheuse habitude des jumeaux de mettre le nez partout. Elle espérait qu'il était bien caché, coincé entre la poutre et le plafond dans le coin le plus sombre du grenier.
Quand elle arriva dans la cuisine, la tante Muriel était en train de déposer un énorme plat de riz sur la table. Elle leva les yeux en entendant sa nièce et lui dit :
— Rends-toi utile, jeune fille, mets la table.
Ginny se dirigea vers le tiroir à coutellerie en grommelant dans sa barbe, regrettant de n'être pas restée en haut. Elle avait eu raison de croire que l'autre soir, quand Muriel lui avait parlé de ses années à Poudlard, était trop beau pour être vrai.
Après plusieurs minutes où les seuls sons dans la cuisine étaient ceux des ustensiles ensorcelés qui faisaient le repas et de Ginny qui plaçait les assiettes sur la grande table, trois coups se firent entendre à la porte. Muriel se pressa pour l'ouvrir, et Bill entra dans la pièce, suivi d'un petit vieillard courbé. Si elle n'avait pas su qui il était, Ginny aurait eu du mal à reconnaître monsieur Ollivander, tant il avait perdu du poids – et des cheveux – durant sa longue captivité chez les Malefoy.
— Garrick ! s'exclama Muriel. Bienvenue, bienvenue.
— Merci, Muriel, répondit le vieil homme d'une voix chevrotante. Tenez, mademoiselle Delacour m'a demandé de vous rendre ceci.
Muriel ouvrit la petite boîte que lui tendait Ollivander.
— Ah, ma tiare ! Je croyais que je ne la reverrais plus jamais ! Vous savez, les Français, quand on leur prête quelque chose…
Bill soupira en passant à côté de Ginny, la valise d'Ollivander en main pour aller la déposer dans la chambre qu'avaient occupée Fred et George. Ceux-ci entrèrent d'ailleurs à ce moment-à, suivis de près de leurs parents et souhaitèrent bruyamment la bienvenue à l'artisan des baguettes, au grand déplaisir de Muriel.
— Vous tenez à réveiller les voisins avec votre vacarme ?
— Il y a un sortilège d'insonorisation autour de la maison, Muriel, dit Arthur patiemment. On peut hurler si on veut, personne ne nous entendrait.
Il regretta ses paroles dès que les jumeaux se mirent à hurler.
— Bon, vous avez fini vos pitreries, qu'on puisse dîner ? cria la vieille tante avec un volume qui rivalisait celui des garçons.
À ce moment, Bill revint dans la cuisine et lança un regard perplexe à la ronde.
— Vous étiez en train de vous faire tuer ?
— Tes frères tuaient mes tympans, oui, grommela Muriel en prenant place à la table.
— Tu restes manger, Bill ?
— Non, merci, mais Fleur a préparé à manger, je rentre tout de suite. Je vous embrasse tous, et tout le monde à la maison fait de même. Ollivander, j'espère que vous vous plairez bien ici.
Molly raccompagna son fils à la porte pendant que chacun s'installait à la table et se servait de l'immense bol de riz. Pendant le repas, Ollivander, qui était assis à la droite de Ginny, pencha la tête vers elle et lui demanda :
— Vous êtes Ginny, n'est-ce pas ? L'amie de mademoiselle Lovegood ?
Quand Ginny hocha la tête, la bouche pleine, il continua :
— Elle m'a été d'un énorme réconfort, pendant notre emprisonnement. Je crois que je n'aurais pas survécu sans elle. Elle me parlait souvent de vous ; si bien que j'ai un peu l'impression de vous connaître.
— Luna a toujours été spéciale, répondit Ginny en souriant.
— Je voudrais lui envoyer une baguette, pour remplacer celle que les Mangemorts lui ont enlevée. Vous savez s'il y a des arbres à baguette ici ?
— Il y en a quelques-uns dans le périmètre de protection, mais je ne sais pas lesquels. Je pourrai vous y accompagner demain, si vous voulez.
— Ce serait très apprécié, mademoiselle !
Ce fut ainsi que Ginny passa les deux semaines suivantes à apprendre comment fabriquer une baguette magique.
Le premier jour, Ollivander, appuyé sur le bras de la jeune fille, fit lentement le tour du jardin de la tante Muriel jusqu'à choisir un arbre qui lui semblait propice : le pommier, qui n'avait toujours pas commencé à fleurir.
— Les baguettes en bois de pommier sont très spéciales, expliquait Ollivander pendant que Ginny coupait avec soin la branche qu'il avait désignée. Elles choisissent des sorciers charmants, des gens avec une personnalité exceptionnelle. Comme Luna.
Au début, Ginny n'avait aidé le fabricant de baguettes que pour se distraire – et pour fuir Muriel aussi, un peu. Puis, après quelques jours, elle y avait trouvé un véritable intérêt et c'était avec enthousiasme qu'elle cognait à la porte du petit salon, après le petit-déjeuner, pour participer à la confection de la baguette de son amie. Non seulement l'art lui-même était-il fascinant, mais Ollivander était une vraie mine d'informations. Il racontait tellement d'anecdotes à Ginny qu'elle n'avait pas le temps de se morfondre. Quand il mentionna Tom, au détour d'une conversation, elle se rendit compte que ça faisait au moins deux jours qu'elle n'avait pas pensé à lui.
— Ça faisait des années que je l'avais en stock. Je croyais que je n'allais jamais la vendre, cette baguette.
— Celle de T… de Jedusor ?
— Celle-là même. Je n'en avais fait que deux avec les plumes du phénix d'Albus…
Ollivander s'interrompit pendant qu'il posait délicatement un poil de Fléreur, que Muriel avait gardé en souvenir de son dernier animal de compagnie, sur la baguette en devenir.
— Les baguettes à cœur de plume de phénix ont la notoriété d'être très difficiles en choisissant leur maître, continua-t-il. Alors quand celle-là a choisi Jedusor, j'ai dit au jeune garçon qu'il était alors qu'il était destiné à faire de grandes choses…
Il soupira et prit sa propre baguette en main, commençant à faire des petits mouvements au-dessus de celle de Luna.
— Puis, quand le frère de la baguette de Jedusor a choisi Potter, je ne savais pas à quoi m'attendre. Les deux garçons partageaient tant de choses. L'orphelinat, la puissance, même un peu l'apparence…
L'amante, aussi. Ginny était contente qu'Ollivander ait les yeux baissés sur son travail et qu'il ne la voie pas rougir.
— … Je ne pouvais qu'espérer qu'ils ne partageraient pas le même destin.
Soudain, la baguette posée sur la table fut enveloppée d'une douce lumière dorée, qui pulsa un instant avant de s'évanouir. Ginny constata que le poil de Fléreur avait disparu et que la surface du bois paraissait plus lisse.
— Et voilà, dit Ollivander en la prenant par le pommeau qu'il avait sculpté en une forme rappelant celle d'une tulipe. Elle est prête.
Il l'agita devant lui et quelques étincelles jaunes en sortirent. Ginny sourit et lui présenta l'écrin qu'elle était allée chercher pour l'occasion.
— Ton frère vient ce soir ? Je voudrais que Luna la reçoive le plus tôt possible.
Ginny hocha la tête. Elle aurait tellement voulu pouvoir être avec son amie quand celle-ci apprivoiserait sa nouvelle baguette.
Quelques jours plus tard, Ginny était assise sur le perron, profitant de l'air frais et de la chaleur relative de cette fin d'après-midi, quand un cri se fit entendre par la fenêtre de la cuisine. Elle se leva précipitamment et entra dans la maison au moment où Fred poussait la porte qui menait au salon.
— Maman, qu'est-ce qui –
— Chut ! dit Molly en tournant le bouton du volume de la radio posée sur le comptoir.
La voix du reporter de la radio officielle du Ministère emplit la cuisine alors que le reste de la famille et Ollivander se glissaient dans la pièce.
« … Nous voyons l'immense trou laissé par le dragon, il est impossible de camoufler cela. Pour les auditeurs qui viennent de se joindre à nous, nous parlons du cambriolage de cet après-midi à la banque Gringotts. Harry Potter, Hermione Granger et Ron Weasley se sont introduits par effraction dans celle-ci. Nous rappelons à tout le monde que ces trois sorciers sont des criminels dangereux recherchés par le ministère, et que quiconque les aperçoit a l'obligation d'en avertir les autorités… »
Ginny plongea aussitôt la main dans sa poche et en sortit son Gallion. Mais celui-ci n'affichait rien de plus qu'il n'avait montré tout le mois dernier. Elle s'assit entre George, qui avait aussi sorti son Gallion, et sa mère. Arthur, Muriel et Ollivander prirent place de l'autre côté de la table et tous se préparèrent pour un long après-midi d'écoute et d'attente.
Pendant les heures qui suivirent, ils parlèrent peu, mais on sentait la tension qui régnait dans la cuisine. Chacun sentait que ce cambriolage avait une importance capitale, que la fin approchait, que bientôt la guerre serait terminée, pour le meilleur ou pour le pire.
Vers seize heures, Fred, qui était sorti préparer le prochain épisode de Potterveille, entra dans la cuisine, suivi de près de Lee. Ginny n'eut qu'à jeter un coup d'œil à leur visage pour deviner qu'ils étaient au courant des évènements des dernières heures. Ils s'installèrent à la table, et placèrent eux aussi leurs Gallions devant eux.
La radio officielle du ministère ne parla que du cambriolage tout l'après-midi, mais pas une fois le journaliste ne dit-il ce que Harry avait volé, ni de qui. Tout ce qu'il répétait était qu'il tait dangereux et qu'il fallait l'arrêter. Les jumeaux faisaient des remarques moqueuses sur lui, Molly grommelait et Arthur pestait, mais personne n'éteignit la radio.
Le soleil baissait vers l'horizon et l'obscurité commençait à tomber sur le village quand les quatre Gallions posés sur la table se mirent à vibrer. Ginny s'empara du sien d'un geste vif, le métal chaud dans sa paume, et lut les inscriptions qui venaient d'apparaître sur son pourtour.
Harry arrivé. On se bat.
