Ginny se leva si rapidement que sa chaise bascula. George avait lâché un cri de joie et Lee s'était mis à applaudir. Les adultes les regardaient avec incompréhension, jusqu'à ce que Molly attrape le Gallion de Fred et en lise les inscriptions.

— « Harry est arrivé ». Arrivé où ? C'est quoi, ça ?
— C'est un message de Neville, dit Ginny.
— À Poudlard, ajouta Fred en se levant à son tour. Harry est arrivé à Poudlard !

Pendant quelques instants, la confusion la plus totale régna dans la cuisine de Muriel pendant que chacun de ses occupants donnait d'une voix forte son opinion sur comment les choses devraient se dérouler à partir de maintenant. Quand Molly poussa un cri de surprise en jetant le Gallion sur la table, le silence retomba sur la pièce aussi subitement qu'il avait disparu. Ginny fut la première à déchiffrer le nouveau message qui était apparu sur la pièce dorée.

— « Tête de sanglier ». Vous savez ce que ça veut dire ?
— C'est le bar à Pré-au-Lard, où on a eu le recrutement pour l'AD, dit Lee, qui avait une excellente mémoire. Neville doit vouloir qu'on y aille, comme on ne peut pas transplaner dans Poudlard.

Et le capharnaüm reprit son emprise dans la cuisine. Molly parlait d'aller chercher Bill et Fleur. Arthur se demandait comment contacter Charlie. Muriel encourageait très fortement ses petits-neveux à aller aider le jeune Potter à exterminer ces bons à rien de Mangemorts une fois pour toutes. Même Ollivander s'était animé, disant que s'il avait eu plus de temps il aurait fabriqué d'autres baguettes, de nombreux combattants en auraient sans doute besoin.

Pendant ce temps-là, Ginny se glissa subtilement derrière Lee, se faisant la plus petite possible, espérant que ses parents oublient qu'elle était là. Elle ne voulait surtout pas qu'ils lui interdisent d'aller aider ses amis. Passer cette nuit seule avec sa grand-tante était plus dangereux pour sa santé qu'aller se battre, de toute manière.

Arthur fut le premier à sortir de la maison pour transplaner. Les garçons le suivirent, et ils se placèrent autour de Ginny de façon à ce que sa mère ne puisse pas la voir. Ils n'auraient pas eu à s'en préoccuper : Molly était partie vers le salon pour contacter d'autres membres de l'Ordre du Phénix par Cheminette.

Ginny, ses frères et Lee sortirent de la maison au moment où Arthur, loin devant eux, disparaissait. Ils marchèrent rapidement vers le bout du jardin, fermant leurs vestes contre le vent frisquet qui soufflait. Quand ils atteignirent la barrière, signe qu'ils étaient aux limites de la propriété, Fred se tourna vers les trois autres.

— J'y vais avec Gin. Vous vous souvenez de l'endroit ?

George et Lee hochèrent la tête, et Fred tendit la main à sa sœur. Il ouvrit ensuite le portillon, et Ginny sentit un picotement quand ils passèrent hors des protections qui entouraient la maison. Ils ne furent exposés qu'une fraction de seconde avant que Ginny ne sente l'habituelle sensation désagréable du transplanage.

Presque instantanément, le vieux bar se matérialisa autour d'eux. Fred tendit un bras pour rattraper Ginny, qui avait perdu l'équilibre, avant qu'elle ne tombe. Ils eurent le temps d'apercevoir le vieux barman qui leur lançait un regard énervé depuis le bar avant que Lee et George apparaissent à leur tour avec un « pop ! » qui résonna dans la salle vide.

— Ça va bientôt être plus occupé que King's Cross, ici, grommela le vieil homme.
— Tu demanderas aux autres de te payer une taxe de transit, suggéra Lee.

Le barman leva les yeux, puis indiqua du pouce le portrait d'une jeune fille blonde au-dessus de la cheminée.

— Le passage est derrière. Vos copains y sont entrés il y a pas longtemps.
— Harry ? demandèrent Ginny et Fred simultanément.
— Non, lui ça fait longtemps. La petite blonde, avec le garçon noir.

Ginny se tourna vers ses frères en souriant. Luna et Dean étaient ici ! Elle allait les revoir bientôt !

Lee s'approcha de la cheminée, mais avant qu'il ait pu faire un geste la fille du portrait lui sourit et le cadre s'éloigna du mur tel une porte, dévoilant derrière lui un long tunnel sombre. Le jeune homme grimpa jusqu'à celui-ci, puis se tourna pour donner la main à Ginny, puis à Fred. Avant que George ne puisse grimper à son tour, un nouveau « pop ! » se fit entendre. Les cinq occupants du bar se tournèrent vers le son.

Cho Chang venait d'apparaître non loin de la porte. Elle mit un instant à se réorienter, puis avisa le petit groupe autour de la cheminée. Elle leur envoya un signe de la main et s'empressa de les rejoindre.

— Génial ! Le message a l'air de s'être rendu ! Tu sais si d'autres te suivent ?
— Aucune idée, dit-elle en secouant la tête. J'étais seule quand je l'ai reçu, je suis venue tout de suite.
— Allez, monte, dit Ginny en lui tendant la main.

Cho lui adressa un regard étrange avant de la prendre et de se hisser dans le tunnel. Ginny fronça les sourcils, ne comprenant pas, avant de se souvenir que la dernière fois qu'elle avait vu Cho, elle la détestait. Parce que celle-ci avait été la première copine de Harry. Des bisbilles d'adolescente, quoi.
Mais c'était avant Tom. Elle ne pouvait plus en vouloir à Cho d'avoir été la première fille que Harry avait aimée quand Harry n'était plus, pour elle, que le premier garçon qu'elle avait aimé…

Elle remerciait Merlin que le tunnel soit trop sombre pour que les autres puissent voir le rouge qui lui était monté aux joues.

Fred eut tôt fait de les rejoindre, et le petit groupe n'avait fait que quelques pas dans le corridor de terre que le portrait se referma derrière eux, les plongeant dans l'obscurité. Cho et George furent les premiers à murmurer « Lumos », et c'est à la lumière pâle de deux baguettes qu'ils continuèrent leur chemin. Le tunnel semblait durer éternellement, ne les laissant pas deviner où ils se trouvaient, le sol irrégulier les faisant trébucher de temps en temps. Ils n'avaient pas dit un mot depuis leur départ, le caractère sérieux de leur mission leur tombant dessus comme un poids. Le seul son qui perçait le silence était celui de leurs respirations haletantes alors qu'ils grimpaient une côte abrupte. Approchaient-ils enfin du château ?

Quand un bourdonnement lointain de voix se fit entendre, sans se consulter, ils accélérèrent le pas. Bientôt, George les avertit de faire attention aux marches qui se dessinaient devant eux, et quelques instants plus tard, ils atteignaient enfin le bout du tunnel, Lee poussant le dos du cadre qui faisait écho à celui de l'entrée.

L'espace de quelques secondes, Ginny fut éblouie par la lumière qui envahit le tunnel. Puis, la première chose sur laquelle ses yeux se posèrent fut Harry, debout devant un petit groupe, encadré par Ron et Hermione. Le brun envoya un sourire surpris à la jeune fille et, après un instant d'hésitation, elle y répondit, ignorant la boule qui s'était nichée dans son estomac.

Elle n'eut pas le temps d'y songer davantage, car Fred la poussa dans le dos pour qu'elle descende les quelques marches dans la grande pièce, et aussitôt eut-elle posé le pied par terre que quelqu'un se jeta sur elle, l'enserrant entre ses bras.

— Ginny, je suis trop content de te voir !
— Neville ! J'aurais voulu t'écrire, te dire ce qui était arrivé, mais –
— C'est pas grave, Gin, je sais.

Neville s'écarta d'elle et Ginny put enfin observer l'endroit où ils se trouvaient. Ça devait être la salle sur demande, mais elle ne l'avait jamais vue sous cette forme-ci. La pièce était grande, décorée aux couleurs de Gryffondor, de Serdaigle et de Poufsouffle. Seuls les vert et argent de Serpentard brillaient par leur absence. La moitié de celle-ci était occupée par des hamacs multicolores accrochés aux murs. Un certain désordre régnait par terre, la laissant deviner que des gens devaient y vivre depuis un petit moment. De l'autre côté, derrière un paravent, Ginny apercevait la salle d'entraînement habituelle, les matelas par terre, les armoires dans lesquelles se cachaient les mannequins, et les grands miroirs devant lesquels ils pratiquaient leurs mouvements de baguette.

— Bon alors, c'est quoi le plan ? lança George, appuyé par plusieurs autres personnes de la salle.
— Le plan ? Il n'y a pas de plan. Neville, il faut que tu empêches les gens de revenir !
— Pour quoi faire ? On va se battre, résister, enfin ! C'est pour ça que tu es revenu, non ?

Harry se passa une main dans les cheveux avec un soupir.

— Non, en fait, on est juste venus chercher quelque chose, et après –
— Alors on peut aider ! s'exclama Dean, et à nouveau, ses compagnons acquiescèrent.
— C'est quelque chose que Dumbledore m'a –
— Attends, ils pourraient aider ! l'interrompit Ron.

Surpris, Harry se tourna vers lui, et les deux garçons et Hermione entamèrent une discussion animée. Ginny en profita pour se laisser choir dans un large fauteuil jaune, croisant les bras sur son ventre, où sa nervosité continuait de grandir. Quelques conversations reprirent autour d'elle, les jumeaux racontaient des blagues, Luna vint s'asseoir sur le bras de sa chaise, mais Ginny n'avait envie de parler à personne. De toute manière, Harry eut tôt fait de se retourner vers la petite assemblée, et le silence ne tarda pas à revenir.

— On cherche quelque chose qui aurait appartenu à Rowena Serdaigle. Quelque chose de symbolique. Peut-être avec un aigle dessus ?

Il avait adressé sa question au petit groupe que formaient Cho, Michael et Terry, mais ce fut Luna qui répondit.

— Il y a le diadème perdu de Serdaigle.
— Oui, mais il est perdu, Luna, répondit Michael avec un sourire en coin. Depuis des siècles.
— Depuis des siècles ? répéta Harry, désespéré. Personne n'a d'idée d'où il pourrait se trouver ?
— On dit qu'il a disparu en même temps que Rowena, dit Cho. Personne ne l'a vu depuis. Si tu veux, je peux te montrer, dans la salle commune de Serdaigle, on a une statue d'elle où elle porte son diadème.

Harry acquiesça et Cho et lui suivirent Neville jusqu'à la sortie de la salle. Ginny les regarda partir ensemble, trouvant étrange l'absence de jalousie qui régnait en elle.

Neville revenait vers Luna et elle quand Hermione et Ron l'interceptèrent pour lui poser une question. Il fronça les sourcils, puis fit signe aux deux filles de les rejoindre.

— Quand vous êtes allés dans le bureau de Rogue pour voler l'épée, dit Hermione quand elles s'étaient approchées, est-ce que vous avez vu un petit carnet noir ? Un journal ?

Ginny sentit la boule qui s'était installée dans son ventre lui remonter violemment dans la gorge. Pourquoi parlaient-ils du journal ? Que savaient-ils ? Qu'allaient-ils dire s'ils apprenaient…

— Ginny ? Ça va ? demanda Ron.

Les trois autres se tournèrent vers elle et la jeune fille sentit la chaleur de ses joues. Elle devait être rouge comme une tomate.

— Il était là, dit-elle.
— Bon, au moins on sait où il est, dit Hermione à Ron. On va aux toilettes avant, et on attend Harry pour aller le chercher, ou –
— Il est détruit, marmonna Ginny d'une voix presque inaudible.

De nouveau, tous les autres se tournèrent vers elle.

— Qu'est-ce que tu as dit ? demanda son frère.
— Le journal est détruit, répéta-t-elle avec un peu plus de force. C'est ce que vous voulez, non ?

Hermione et Ron s'échangèrent un regard interloqué.

— Détruit ? Mais… comment ?

J'en suis tombée amoureuse.

Mais elle ne pouvait pas dire ça. Elle ne pouvait rien dire. Ils ne pouvaient pas savoir, ni eux, ni Neville et Luna, avec qui elle avait passé des mois sans leur dire. Elle prit une grande inspiration, leva les yeux, et dit d'une voix calme qui l'étonna elle-même :

— Il était sous l'épée, dans le bureau de Rogue. Harry m'en avait parlé, quand… enfin, vous savez, alors je l'ai pris, par curiosité. Je voulais voir. Et puis Rogue est entré, et je l'ai caché sous mon chandail. Je l'ai mis dans ma malle, dans ma chambre, et je l'ai oublié là. Plus tard, quand je l'ai retrouvé, il avait l'air tout vieux. Jauni, les feuilles cornées, comme s'il avait été là pendant des années…

Elle vit par l'expression sur les visages de Ron et Hermione que ceux-ci ne la croyaient pas.

— Imagine, s'ils avaient tous une date d'expiration comme ça, tout serait tellement plus simple, dit Ron en se tournant vers Hermione.
— Ils ? demanda Neville en fronçant les sourcils. « Ils » quoi ?
— Il est vraiment détruit, Ginny ? dit Hermione, ignorant les deux garçons. Tu es sûre ?

La jeune fille hocha la tête, ne se faisant plus confiance pour parler d'une voix assurée. Ron, un air toujours plein de doute sur le visage, ouvrit la bouche pour continuer à interroger sa sœur, mais au même moment, un éclat de voix se fit entendre derrière eux et ils se tournèrent tous pour voir ce qu'il se passait.

Le portrait qui menait au passage vers la Tête de Sanglier s'était à nouveau ouvert, et plusieurs anciens coéquipiers de Quidditch étaient apparus, se faisant souhaiter la bienvenue avec enthousiasme par les étudiants déjà assemblés. Ginny envoya un sourire à Katie avant de se retourner vers Hermione, mais constata avec déception que Ron et elle avaient disparu.

— Tu sais pourquoi le journal est important, toi ? demanda Luna.
— Aucune idée, répondit Neville. Peut-être que Ginny sait, après tout, elle a passé l'année avec…

Ginny haussa les épaules, le rouge lui remontant aux joues.

— J'en sais rien. Il avait l'air d'un journal parfaitement normal…

Elle s'éloigna avant que ses amis ne puissent lui poser plus de questions. Elle aurait voulu plus de temps pour parler à Hermione et Ron. Ils semblaient savoir ce qu'était le journal, ce qu'il y avait dedans, peut-être qu'ils auraient pu lui expliquer. Lui dire de quoi elle était tombée amoureuse. Et pourquoi il était parti.

Le portrait n'avait plus le temps de se fermer tant les gens arrivaient souvent, et la salle sur demande fut bientôt pleine à craquer de sorciers prêts à se battre. Entre les membres de l'AD et ceux de l'Ordre du Phénix, c'était une vraie petite armée qui s'était assemblée.

— Ginny ! Qu'est-ce que tu fais ici ?

Ginny fit volte-face et se retrouva face à ses parents, qui ne semblaient pas du tout ravis de sa présence.

— Je suis venue avec Fred, George et Lee, je –

Une fois de plus, elle fut sauvée par un éclat de voix. Cette fois, c'était la porte d'entrée de la salle qui s'était ouverte, et Harry se tenait au haut des quelques marches, l'air complètement ébahi par la foule qui se massait à ses pieds.

— Alors, qu'est-ce qu'il se passe, Harry ?
— Rogue est parti, on va se battre.

Avec moult exclamations de joie et d'excitation, la véritable marée humaine se pressa vers la sortie. Ginny tenta de les suivre, mais avant qu'elle ait pu faire deux pas, une main se posa sur son bras et la tira brusquement vers l'arrière.

— Oh non, mademoiselle, n'y pense même pas !
— Mais maman ! Je suis venue ici pour ça, ça fait des mois qu'on se prépare.
— Tu es trop jeune !

Les exclamations de Molly et de Ginny résonnaient dans la salle maintenant presque vide.

— Je suis dans l'Armée de Dumbledore !
— Un groupe d'adolescents !
— Mais on sait se battre ! Je serai utile !

Elle arracha son bras de la poigne de sa mère.

— Je ne peux pas rester ici, sans savoir ce qu'il vous arrive, sans savoir… tout ce qui se passe.

Elle vit Harry, qui s'était approché d'eux, et l'implora des yeux. Quand il secoua la tête, elle sut qu'elle n'avait plus d'espoir.

— Bon, j'ai compris, j'ai plus qu'à –

Et pour la troisième fois, une arrivée détourna l'attention de tout le monde.

— Je suis à temps ?

Ginny n'en croyait pas ses yeux. Percy se tenait devant elle, aussi grand et mince que toujours, ses lunettes écaille de tortue de travers après son entrée effrénée, rougissant à vue d'œil sous les regards accusateurs de toute sa famille.

— Alors, comment va Teddy ? demanda Fleur d'une voix forte quand le silence avait duré un long moment.

Remus et elle eurent un échange un peu forcé pendant que les Weasley se regardaient en chien de faïence. Finalement, ce fut Percy qui brisa le silence.

— J'ai eu tort ! J'étais un idiot, arrogant, et… j'ai eu tort !

Tout le monde se tourna vers lui, surpris par cet éclat de voix.

— Ça fait un bout de temps que je communique avec Aberforth, expliqua-t-il. J'aurais voulu revenir plus tôt, mais vous savez ce qu'ils font aux traîtres, au ministère…

Il fit courir son regard sur les visages durs de ses parents, ses frères, sa sœur.

— Et ce soir, il m'a dit que vous vous battiez… et je suis venu… Je me disais…
— Mieux vaut tard que jamais, finit Fred.

Le silence retomba sur la petite assemblée, mais cette fois il ne dura que quelques secondes avant que Molly ne se jette dans les bras de Percy en sanglotant. Son fils lui tapota le dos avec maladresse, et adressa ses excuses à Arthur, qui avait aussi les yeux un peu trop mouillés derrière ses lunettes.

— Bon, ils ne vont pas nous attendre, en haut. On y va ? s'exclama George.

Ginny commença à s'avancer vers la porte, espérant que dans l'émotion sa mère avait oublié leur désaccord, mais elle n'eut pas cette chance.

— Pas toi, Ginny !
— Et si elle restait ici ? intervint Remus avant que la jeune fille ne puisse protester. Elle serait assez proche pour être au courant de ce qui se passe, mais serait hors de danger.
— C'est une excellente idée, acquiesça Arthur.

Quand Ginny ouvrit la bouche, son père lui adressa un regard dur, alors elle ne put qu'accepter son sort, maussade. Elle regarda Harry, Remus et sa famille disparaître par la porte de la salle sur demande, une moue sur le visage. Quand elle fut seule, elle se dirigea vers la partie salle d'entraînement et sortit un mannequin du placard, qu'elle plaça au centre du tapis.

Elle passa les prochaines minutes à envoyer des sortilèges, des maléfices et des enchantements, libérant toute l'énergie et la rage qu'elle avait contenues ces derniers mois, s'imaginant que le mannequin était un vrai Mangemort, à sa merci. Qu'elle n'avait pas été laissée à l'abri, comme une petite fille.

Le mannequin n'avait plus de bras, une seule jambe, et le haut de sa tête avait disparu, et un mince film de sueur recouvrait le front de Ginny, quand une voix retentit. Elle semblait venir de partout en même temps : des murs, de l'air, de l'intérieur de sa tête. Elle fut tellement surprise qu'elle poussa un petit cri et un jet sortit de sa baguette, explosant contre le mur dans une gerbe d'étincelles.

— Je sais que vous vous préparez à vous battre, disait la voix désincarnée. Sachez que ce n'est pas nécessaire. J'ai beaucoup de respect pour les professeurs de Poudlard. Je ne veux pas faire couler de sang pur ce soir.
« Vous n'avez qu'à me donner Harry, et je vous laisserai la vie sauve. Personne n'a à mourir ce soir.
« Vous avez jusqu'à minuit.

Dans le silence qui retentit, Ginny se laissa tomber à genoux sur le matelas et éclata en sanglots.

Voldemort était arrivé.

Tom était parti.

Mais Voldemort était là.