Les cadavres des placards

Filius refermait la porte de ses appartements.

La journée s'était assez bien passée mais ce n'était pas ça qui le préoccupait.

Depuis que Ragnok l'avait chargé de veiller sur lord Potter pendant sa scolarité, il avait noté de nombreuses choses qui ne devaient pas se passer dans une école. Heureusement, le passage du Gang avait permis à de nombreuses choses de changer, notamment la mainmise d'Albus Dumbledore sur l'école. Les pouvoirs étaient maintenant plus équitablement partagés et le vieil homme ne faisait plus sa loi. Mais ce n'était pas pour autant que le directeur ne restait pas dangereux.

Filius savait que Dumbledore était sous très étroite surveillance financière. Les nombreux dysfonctionnements sur les coffres d'Harry Potter n'étaient pas les seuls et depuis des années, les Gobelins voulaient savoir à quoi jouait le vieux Sorcier.

Cela voulait dire qu'il fallait s'introduire chez lui.

Albus Dumbledore avait une fortune assez enviable. Bien qu'il ait été assez pauvre dans sa jeunesse, sa victoire contre Gellert Grindelwald avait été son tremplin pour la renommée. Surnommé le Sauveur, de nombreux Sorciers lui avaient don de leurs fortunes personnelles pour rendre le monde meilleur. Mais ces multiples dons ne pouvaient pas expliquer que sa fortune personnelle soit comparable à celles des moins fortunées des Sang Pur. Et c'était ce qui faisait froncer des sourcils les Gobelins.

Changeant de tenue, Filius quitta tranquillement l'école. Il se rendit tout d'abord à Hogmeade puis utilisa les cheminées publiques pour semer ses éventuels poursuivants. Enfin, il se rendit dans la succursale de Dublin pour retourner à Londres par des moyens Gobelins.

-Je ne t'attendais pas avant deux jours, constata Gripsec en l'accueillant. Un problème ?

-J'ai réussi à obtenir l'échantillon, annonça Filius.

Les yeux de Gripsec s'écarquillèrent.

-Ragnok est en réunion mais ce n'est pas grave, décida Gripsec. Allons-y.

Ils se rendirent dans les entrailles de la banque et s'arrêtèrent devant une porte particulière. Gripsec frappa et fut accueilli par un rugissement de rage quand il ouvrit la porte. Mais le Gobelin campa sur ses positions et répéta mot pour mot ce qu'il venait d'apprendre quelques minutes plus tôt dans un code obscure. Il referma la porte aussitôt et conduisit le professeur dans un richissime bureau. La porte du bureau ne tarda pas à s'ouvrir violemment.

-GRIPSEC ! rugit Ragnok. Je croyais avoir interdit d'interrompre une réunion aussi importante !

Le directeur de la banque tempêta longuement avant de finalement se calmer et de refermer soigneusement la porte.

-Ça devrait les calmer, souffla Ragnok.

-La réunion mensuelle des postes à pourvoir ? devina Gripsec

-Ils commencent à me gonfler à force de me dire que leurs fils ou leurs neveux seront parfaits pour les postes vacants, grogna Ragnok. Heureusement, tu es arrivé à temps. Un peu plus et je les tuais tous autant qu'ils étaient.

-Ce serait une bonne idée, suggéra Gripsec.

-Je sais, fit Ragnok. Bienvenue à toi, Filius. Tu apportes de bonnes nouvelles, à ce qu'il parait ?

-J'ai réussi à obtenir un échantillon de la magie de Dumbledore, annonça Filius. Je ne pensais pas que l'une de mes premières tentatives serait couronnée de succès.

-Comment ça ? fit Gripsec

-Ce piège a presque vingt ans, avoua Filius. Je vous le confie. En espérant qu'il vous servira plus qu'à moi.

-Merci, fit Ragnok en prenant la fiole.

-Je rentre maintenant, fit Filius. J'ai encore plusieurs choses à faire.

-Très bien, fit Ragnok. Passe une bonne soirée.

Les Gobelins se saluèrent avant de se séparer.

§§§§§

Hermione referma son grimoire d'un coup sec.

Elle avait véritablement découvert sa passion lorsqu'elle avait dû remonter la pente après le décès de ses parents. Réfugiée chez Vladimir, elle s'était enfermée dans l'immense bibliothèque et s'y était jetée à corps perdu. Elle était tombée sur des livres sur la magie du sang et depuis, elle n'avait pas quitté cet univers. Vladimir, heureux de la détourner de ses idées morbides, lui avait fourni tout ce qui fallait pour entretenir ce nouvel intérêt puis, quand elle fut enfin sortie du carcan d'Hogwarts, lui avait trouvé un apprentissage de qualité.

Les années suivantes, la jeune femme avait enchaîné les études, principalement de Potions et d'Histoire. Elle avait travaillé d'arrache-pied pour être indépendante de toutes les manières possibles. Devant ses résultats stupéfiants, le Vampire lui avait proposé de se faire connaître sous un nom d'emprunt dans toute l'Europe entière et de commencer le travail titanesque de réformer l'Angleterre Sorcière. Ainsi, sous le nom d'Harmonie Gange, la jeune femme assénait des vérités biens senties à l'Europe bien-pensante et surtout à cette Angleterre rétrograde sous la houlette d'Albus Dumbledore. L'ascendance Moldue de Voldemort avait commencé à filtrer dans les hauts cercles que ce dernier tentait désespérément d'intégrer ou encore le fait que Dumbledore ait été très proche de Grindelwald et de ses idées. Les deux Sorciers avaient été bien embêtés de voir leurs secrets étalés et avaient bien tenté de la faire taire mais avec des alliés aussi bien placés, mais aussi et surtout des pays magiques pas franchement de leur point de vue, peu de chance pour qu'ils aient ce qu'ils voulaient.

Hermione avait décidé de laisser la généalogie de Voldemort pour s'intéresser à une autre personne que ses différentes recherches avaient mises à jour.

Arianna Dumbledore était la jeune sœur d'Albus et d'Abelforth. Du peu de ce qu'elle avait découvert, elle avait été tuée lors d'un affrontement entre Gellert Grindelwald et les deux frères, prise entre deux feux. C'était également sa mort qui avait été la cause définitive de la séparation entre les deux frères, d'après ce qu'Abelforth avait avoué du bout des lèvres.

Mais quelque chose chiffonnait Hermione dans cette histoire. Elle était arrivée à faire avouer la version de l'histoire d'Abelforth mais rien ne présageait l'attachement profond que semblait avoir Albus pour Arianna. Abe déclarait volontiers que son frère avait été très vite lassé d'être obligé de veiller sur son frère et sa sœur pendant que sa mère était malade et que son père les dédaignait. Arianna tenait beaucoup de leur mère et de plus, elle était Cracmol, ce qui était une honte pour Albus. L'arrivée de Gellert n'avait semble-t-il rien arrangé et avec la mort de leur mère, le Sorcier s'était totalement détaché de sa famille. Mais alors, comment comprendre les recherches du directeur sur l'état de sa sœur ? Abe était très clair, Albus ne se souciait guère d'Arianna et encore moins de sa mère, dont elle avait hérité de la pathologie sans pour autant la connaître.

Hermione soupira. Elle tournait en rond et pourtant, elle sentait qu'elle tenait une piste plus qu'intéressante pour comprendre les buts ultimes du directeur de l'école.

-Tu travailles trop, fit une voix dans son dos.

-Je ne dirais pas ça, fronça des sourcils Hermione. Mais j'avoue que je n'arrive à rien aujourd'hui.

Nolan prit place auprès de la jeune femme.

Tous les deux avaient appris à se connaître quand la Sorcière s'était réfugiée en Sibérie. Très réticent à la côtoyer, le Vampire avait finalement cédé et s'entendait parfaitement avec elle. Même si les coups de gueule étaient récurrents entre eux.

-La mystérieuse maladie des femmes Dumbledore, comprit Nolan en jetant un coup d'œil aux livres ouverts. Tu n'abandonnes jamais ?

-Ce n'est pas ça, s'irrita Hermione. Mais je crois que c'est important … Mais en quoi, aucune idée !

-Tu es pire que Vladimir, sourit Nolan. Lui, en ce moment, il se concentre sur une disparition de Bellatrix Lestranges.

-Comment ça ? sursauta Hermione

-Elle aurait disparu pendant environ six mois, fit Nolan. Et Vladimir veut savoir pourquoi.

-Qu'est-ce qui l'embête ? demanda Hermione

-C'est le fait que Voldemort soit allé la chercher tout seul qui l'intrigue, avoua Nolan. Sans filet et sans toutou pour l'aduler. C'était presque une opération secrète.

-C'est vrai que d'habitude, il aime les effets de scène, ricana Hermione.

-Je sais, haussa des épaules Nolan. Tu as assez traîné ici. Une collation va être servie. Tu viens ? Et je n'accepterai pas de non pour réponse.

-Comme si j'avais le choix, maugréa Hermione en lui emboîtant le pas.

Le thé la revigora comme jamais et elle était prête à reprendre ses recherches. Mais Nolan ne l'entendait pas de cette oreille.

-Je ne veux plus te voir dans ces bouquins poussiéreux avant au moins trois jours, gronda le Vampire en la tractant sans forcer derrière lui. Tu vas finir par prendre leur apparence.

-C'est pas vrai ! cracha Hermione

-Si, assura Nolan. Viens avec moi !

Hermione pesta encore et encore mais elle ne pouvait rien faire face à la seule force du vieux Vampire. Celui-ci la mena vers l'extérieur et la jeta sans ménagement dans la piscine.

-NOLAN ! rugit Hermione en émergeant de l'eau

-Tu sais, je vais finir par être jalouse, fit une nouvelle voix.

Lorelei approcha de la piscine en souriant de la déconfiture de la Sorcière.

-Un coup de main ? proposa Lorelei

-Merci, soupira Hermione en acceptant la main qu'elle lui tendait. Puis-je me venger ?

-A ta guise, répondit Lorelei en la séchant magiquement. Mais aussi formidable que tu sois, je ne suis pas sûre que tu y arrives. Ce n'est pas contre toi.

-Je vais essayer quand même, grogna Hermione en se rhabillant correctement.

Elle prit place sur un fauteuil et se mit à bouder, sous les rires des deux Vampires.

§§§§§

Fred et Georges se trouvaient chez Muriel. Et ce n'était pas une visite de courtoisie.

-Les garçons, soupira Muriel. J'aimerai avoir votre avis.

-Tu ne devrais pas demander à papa ? s'étonna Fred

-Ou à Bill ou Charlie ? poursuivit Georges

-Non, c'est vous dont j'ai besoin, assura Muriel. Je viens de recevoir ceci.

Curieux, les jumeaux se penchèrent sur la missive et la lurent.

Lady Muriel Weasley,
Suite au contrat de mariage passé entre votre héritier Arthur et Molly Prewett, vous êtes dans l'obligation de porter secours aux enfants nés de cette union.
Il a été porté à notre attention que Ronald Prewett se trouverait en difficultés. Une somme de quinze mille Galions serait nécessaire pour régler ce problème …

Ils n'allèrent pas plus loin. Dès que leur dernier frère et leur sœur étaient mentionnés, les jumeaux étaient décidés à ne pas lever le petit doigt.

-Je suis étonné qu'il ait réussi à contacter un avocat aussi prestigieux, renifla Georges en notant le nom du personnage.

-Et surtout qu'il ait pu se le payer, ajouta Fred.

-Je me disais aussi, fit Muriel. Mais je me demande pourquoi il veut ça.

-Je pense à un pari perdu, ricana Georges. Ce ne serait qu'un vice de plus, tu sais.

La famille Weasley avait bien changé depuis que les enfants avaient terminé leurs études.

La dernière année des jumeaux avait été assez difficile. Apprenant enfin qu'ils se tenaient fièrement aux côtés d'Harry et de ses amis, Molly avait failli jeter Fred et Georges hors de la maison. Mais Arthur avait refusé et la guerre froide s'était littéralement installée au Burrow. Cela ne s'était pas arrangé avec l'arrivée de Dolores Umbridge à Hogwarts. Furieux qu'elle s'en prenne à Harry de façon aussi injustifiée, ils lui avaient fait vivre l'enfer avec leurs blagues et avaient été à deux doigts de quitter l'école avant l'heure. Mais Harry avait appris leur projet et avait prévenu la Famille. Sirius leur avait écrit et leur avait posé un ultimatum. S'ils terminaient leurs études avec les honneurs, les maisons Black et Potter s'engageaient à financer l'intégralité de leur magasin de farces et attrapes. Alléchés par la proposition mais aussi par le fait qu'ils seraient immédiatement indépendants de leur mère étouffante, ils n'avaient eu besoin que de l'accord de leur père et de leur tante Muriel pour accepter. Ce n'était pas pour autant qu'ils avaient renoncé à leur projet de faire souffrir l'envoyée du Ministère, surtout qu'ils étaient soutenus par une majorité conséquente de l'école.

Fred et Georges ne furent pas surpris de voir Ron s'enrôler dans la Brigade Inquisitoriale menée par Umbridge, brigade qui partait à la recherche de toutes les infractions au règlement tyrannique de la Sorcière. Ils le lui firent payer très cher avec leurs blagues mais aussi en commençant un travail minutieux de harcèlement moral. Le jeune roux avait alors commencé lentement et sûrement à sombrer dans la paranoïa et à la fin de l'année, avec le départ forcé d'Umbridge, Ron en était réduit à sursauter à chaque pas qu'il faisait. Et ça, ils ne le regrettaient absolument pas.

Le petit Ronny à sa maman avait quand même réussi à se plaindre mais les jumeaux avaient décidé de marquer un grand coup. Certes, ils étaient revenus au Burrow à la descente du train mais au moment où Molly allait les gratifier de l'une de ses colères totalement injustifiées, Fred et Georges lui avaient froidement annoncé qu'ils les reniaient en tant que membres de leur famille et qu'ils quittaient dès à présent la maison qu'ils ne qualifiaient plus de demeure familiale depuis longtemps à cause de son obsession irrationnelle pour Harry Potter. Pour la première fois de leur vie, ils rendirent leur mère muette de stupeur et ils avaient bien compté continuer à le faire de toutes les manières possibles. Ils s'étaient bien marrés quand deux ans plus tard, ils avaient rencontré Molly, Ginny et Ron et qu'ils avaient insolemment affiché leur richesse, les rendant ivres de rage dans leurs tenues rapiécées.

Arthur avait mis toute la dernière année des jumeaux pour bien comprendre tout ce qui s'était passé sous son nez et toutes les conséquences que ça avait eu. Il avait été horrifié de l'enfer qu'avait fait vivre sa femme à ses enfants pour faire briller ses deux derniers qui étaient en fait de parfaits bons à rien. Ainsi, avec Muriel qui en frétillait presque de joie – elle avait tenté sans succès d'éjecter cette garce de la famille – Arthur avait décidé de répudier sa femme et il en avait informé tous ses fils. Ces derniers n'avaient pas été loin de sauter de joie et avaient calmement accepté la décision. Après que Fred et Georges aient quitté le Burrow, Arthur était apparu et avait entamé le rituel de répudiation et dans la foulée, avait renié Molly, Ginny et Ron, sous leurs hurlements incrédules. Dégoûté, il avait rasé le Burrow et avait interdit les trois d'user de tout ce qu'ils avaient acquis en tant que Weasley. Cela avait fait doucement sourire Muriel qui avait découvert que Molly avait détourné la majorité de l'argent du ménage pour son propre bénéfice, sans compter tout l'argent qu'elle avait récolté à côté, la Magie savait comment.

De loin, Fred et Georges avaient quand même gardé à l'œil les désormais Molly, Ginny et Ron Prewett. Dépossédés du Burrow, Molly avait dû trouver un logement mais comme les personnes reniées étaient très mal vues, elle n'avait pu obtenir qu'un logement vétuste dans les quartiers les plus mal famés du Londres Moldu. Muriel avait même poussé le vice jusqu'à annoncer publiquement leur reniement mais ce n'était pas pour autant qu'ils avaient gardé profil bas.

Ce qui confortait le fait qu'il fallait les garder à l'œil.

-On n'a vraiment pas idée de ce qu'il veut exactement avec cet argent ? demanda Georges

-Non, fit Muriel. Vous pensez obtenir l'information ?

-Très rapidement, ricana Fred. Mais pourquoi tu t'en préoccupes ?

-Je suis curieuse, avoua Muriel. Comment ce petit crétin a pu accumuler autant de dettes ?

-Tu sais, Molly lui accordait tout ce qu'il voulait, rappela Fred. Seulement, la maman de Ronny ne peut plus payer ses excès.

-Enquêtez, ordonna Muriel. Pendant ce temps, je vais rappeler à cet avocat de pacotille ce que c'est une procédure de reniement. En personne.

Georges et Fred plaignaient la personne en question. Molly était peut-être entrée dans l'histoire pour ses cris suraigus mais Muriel Weasley était une légende et reléguait très facilement Molly au rang de simple gamine hystérique.

Ce qu'elle était, en somme.

§§§§§

Sirius soupira enfin de soulagement en mettant le point final à sa lettre.

-Kreattur !

-Maître Sirius Black a appelé ? s'inclina l'Elfe de maison

-Apporte ceci à mon gardien de coffre, ordonna Sirius. Il doit l'avoir au plus vite.

-Oui, maître Sirius Black, fit Kreattur en prenant le pli et en disparaissant.

Sirius n'avait pas chômé depuis qu'il était sorti d'Azkaban. Dix ans avaient largement mis à mal les affaires de la famille Black mais les années suivantes n'avaient pas été mieux.

Le Sorcier avait mis des années à comprendre que s'il avait du mal à conclure certains contrats, ce n'était pas par suspicion à cause de son emprisonnement mais à cause des perfides conseils d'Albus Dumbledore glissés çà et là dans les oreilles des partenaires financiers potentiels. Furieux, avec Augusta, Lucius et Severus, Sirius avait décidé de leur montrer qu'il ne serait jamais judicieux de s'opposer aux plus grandes familles Sang Pur, surtout pour plaire à un Sorcier qui n'en avait rien à foutre d'eux comme Dumbledore. Après avoir perdu en un temps record une bonne partie de leurs ressources, lesdits partenaires revenaient à de meilleurs sentiments mais la Famille n'allait pas leur accorder leur confiance de sitôt.

Depuis qu'Harry avait repris son titre de lord, Sirius s'était presque plongé corps et âme dans la fructification de ses affaires. Se présentant en personne aux partenaires potentiels, démontant avec une logique implacable, prouvant par a plus b que son investissement était le meilleur comparé à celui que proposait Dumbledore, il avait réussi à reconquérir des marchés qu'il avait perdu. De plus, il s'était intéressé à des personnes qui souffraient un peu de la situation actuelle, les anciens Slytherin. Marginalisés par Dumbledore, les Sorciers moyens refusaient de faire affaire avec eux. Or, les Vert et Argent brassaient beaucoup d'argent et ça, Sirius l'avait compris. Très vite, avec les membres de la Famille, il avait engrangé des milliers de Galions et l'économie de l'Angleterre Sorcière se concentrait désormais entre les mains de personnes clairement pas en faveur du directeur de l'école. A la plus grande satisfaction de la Famille.

-Sirius, tu es là ? fit une voix

-Dans le salon, fit Sirius.

Narcissa entra dans la pièce en question.

-Tu es introuvable en ce moment, constata Narcissa.

-J'avais encore un problème avec un investissement, soupira Sirius en s'installant et en invitant sa cousine à en faire de même devant un bonne tasse de thé. Dumbledore s'est encore mêlé de ce qui ne le regardait pas.

-Qu'est-ce que c'est cette fois ? demanda Narcissa

-J'ai vu un de mes dons pour St Mungo être refusé, révéla Sirius. C'était pour faire construire une aile pour les enfants. L'administrateur de l'hôpital a déclaré qu'il ne tenait pas à ce qu'on l'associe à des Death Eaters. Ce sont ses propres mots.

-Et c'est ce vieux fou parce que … ? fit Narcissa

-Parce que je ne devais pas être si innocent si je suis allé à Azkaban, a dit l'administrateur, se renfrogna Sirius.

-Quel goujat ! s'outra Narcissa. Ton procès n'a pas assez fait la une des journaux pour ne pas savoir que tu es innocent des crimes qu'on t'a accusé ?

-Je m'en fiche, fit Sirius. Mais il va très vite le regretter. Je vais contacter Juan pour lui proposer de construire une aile spécialement pour les enfants et à des prix abordables. Rien que pour les emmerder avec leurs tarifs hors de prix.

-Tu aimes la vengeance, sourit Narcissa.

-J'aime de moins en moins l'injustice, corrigea Sirius. Si St Mungo veut me snober, grand bien leur fasse ! Ils vont s'en mordre les doigts.

-Ils le font déjà, fit remarquer Narcissa. La fréquentation de Black Rose dépasse largement celle de St Mungo. Et le bouche à oreille marche de mieux en mieux. Sans compter la qualité des soins qui est bien meilleure qu'eux.

-Je m'en doute, fit Sirius. Je vais prendre rendez-vous avec ce bon vieux Juan.

-Je ne suis pas venu pour cela, fit Narcissa. Je reviens d'une sortie avec quelques Sang Pur. Elles sont si …. Bref, ce n'est pas le sujet. Elles sont inquiètes.

-Pourquoi ? s'étonna Sirius

-A cause de Voldemort, répondit Narcissa. Il semble loucher sur les enfants.

-Ce n'est pas une grande nouvelle, haussa des épaules Sirius.

-Ce n'est pas ce que je veux dire, fit Narcissa. Il s'intéresse à ceux qui ont moins de dix-sept ans.

-C'est étrange, concéda Sirius. Il a toujours voulu que les enfants adultes de ses Death Eaters rejoignent sa cause. Mais des enfants ?

-Il a demandé qui avait des enfants et quel âge ils avaient, révéla Narcissa. Et il demande à les voir. Il s'approcherait un peu trop d'eux …

-Un pédophile ? s'étonna Sirius. C'est nouveau.

-C'est ce que je me suis dit, avoua Narcissa. D'après Lucius, il s'est toujours intéressé aux femmes plantureuses. Mais des enfants, oui, c'est nouveau.

-Il faudrait interroger un psychiatre mais on ne change pas de préférences sexuelles comme ça, songea Sirius. Bien que je trouve extrêmement dérangeant l'idée que Voldemort ait une vie sexuelle tout court.

-Il était un bel homme, avoua Narcissa. Je suis obligée de l'avouer.

-Tu en penses quoi ? demanda Sirius

-Qu'il y a quelque chose qui nous échappe, déclara Narcissa. Nous savons tous les deux que Voldemort est mort cette nuit à la dernière épreuve du Tournoi des Trois Sorciers. Pourtant, il est réapparu un an plus tard au Ministère de la Magie et depuis, il met le pays à feu et à sang. Mais même Lucius et Severus sont étonnés de ses méthodes. Et maintenant, il s'intéresserait aux enfants ? Non, il y a quelque chose qui cloche.

-Tu n'as pas tort, fit Sirius. Mais quoi ?

-Aucune idée, soupira Narcissa.

-Va falloir enquêter, dit Sirius. Tu demandes à Lucius et Severus ?

-Oui, confirma Narcissa.

Ils parlèrent des affaires des Black avant que la blonde ne s'en aille. Voulant se changer les idées, Sirius décida de sortir un peu. Il enfila une cape et se rendit dans la demeure de l'oncle Al. Il sortit dans le jardin et marcha tranquillement jusqu'à l'orée du bois. Un buisson cachait à la vue de tous une discrète stèle où quelques mots avaient été gravés.

A Remus Lupin,
Discret Maraudeur,
Ami aimé
Piégé parce qu'il avait cru en les bonnes personnes

Sirius passa une main lasse sur l'épitaphe avant de s'asseoir à même le sol.

Depuis les quatorze ans d'Harry, Octavia, Anastasia, Lorelei, Juan et Léon avaient travaillé d'arrache-pied pour sauver Remus. D'abord laissé dans un coma léger, ils s'étaient résolus à le réveiller pour que les soins soient plus efficaces.

En vain.

Au final, malgré ce qu'avait craint Léon, Moony, le loup intérieur de Remus, n'avait pas tant posé de problèmes. Il avait seulement été révolté d'avoir été maintenu endormi mais s'était très vite calmé, conscient qu'on travaillait à ce qui changeait sa partie humaine.

Remus, lui, n'avait pas été aussi conciliant. Il n'avait pas apprécié d'avoir été kidnappé mais surtout, réclamait de retourner chez lui. Curieux, Sirius s'y était rendu avec Severus et ce qu'ils y avaient découvert les avait cloués sur place.

Comme ses appartements à Hogwarts, les murs avaient été repeints avec une quantité mortelle d'argent et idem pour l'eau. La maison était dans un état de délabrement très avancé qui ne pouvait pas s'expliquer uniquement par la présence d'un loup-garou à chaque pleine lune. Plusieurs vérifications plus tard, Severus avait mis en évidence la présence de barrières magiques qui créaient des micros climats ce qui faisait qu'il y avait régulièrement des orages, des tempêtes et autres désagréments météorologiques. Des sorts de déprime avaient été lancés un peu partout dans la maison et le pire, de nombreux parterres d'aconit avaient été plantés tout autour. Sans oublier le sort d'appartenance qui était responsable de la volonté de Remus de revenir au plus vite chez lui. Le tout avait la signature magique d'Albus Dumbledore.

De retour chez eux, Severus s'était penché sur le fait que Lupin considère ce taudis comme étant sien. Il avait fait quelques recherches et avait découvert que la maison où avait grandi le loup-garou avait été vendue pour rembourser les dettes des parents. La colocation proposée par Sirius à la fin de leurs études avait donc été une aubaine inespérée pour lui et lui avait permis de trouver de quoi se retourner pour les années futures. Mais comme Sirius l'avait souligné, Remus Lupin n'avait jamais réussi à garder un travail plus de quelques semaines. Severus avait alors découvert qu'à tous les emplois auxquels le loup s'était présenté, Dumbledore était passé entre-temps pour révéler le problème de fourrure du futur employé, ce qui entraînait un renvoi rapide.

Mais après l'emprisonnement de Sirius … Severus et Sirius avaient réussi à combler les blancs. Dépressif et ayant des tendances suicidaires, Remus avait dû être récupéré par Dumbledore qui l'avait placé dans cette maison qui l'empoisonnait tout doucement et qui le gavait de potions d'obéissance et de soumissions. Quand le vieux directeur avait eu besoin de lui, il l'avait engagé en tant que professeur de Défense, non sans oublier de continuer son traitement de fidélité. La seule inconnue à ce stade du parcours du loup était la raison des rituels de fidélité dont la présence avait été avérée sur son corps.

Une fois l'avoir récupéré, donc, la Famille avait tout fait pour le délivrer de cette fidélité malsaine. Mais à leur plus grand regret, ça n'avait pas marché. Pire, alors qu'Harry était venu rendre visite à Remus, ce dernier était devenu comme fou et s'était mis à attaquer le jeune homme. Ce dernier, surpris, avait réagi à l'instinct et avait attaqué à son tour le loup-garou pour gagner du temps pour trouver un autre endroit plus propice à l'affrontement qu'une chambre exiguë. Le brun, alors âgé de seize ans, avait entraîné le loup-garou dans le jardin et c'en était suivi un combat digne des plus grands. Pour contrer la force brute du loup, Harry avait opté pour celle de sa magie qui avait sublimé et affûté sa maîtrise des arts martiaux. Certes, le brun s'en était sorti en très mauvais état mais Remus, quant à lui, avait dû être enchaîné avec de l'argent pour le calmer. Paniqué, Sirius avait fait venir Léon et Albert, tous les deux loups garous pour comprendre ce qui s'était passé et ces derniers leur avait fait comprendre que c'était la partie Sorcière qui avait attaqué Harry puisque la partie loup considérait Harry comme faisant partie de sa meute. Ce fut Lorelei qui découvrit le pot aux roses en découvrant finalement une consigne mentale qui ordonnait la destruction d'Harry à tout prix. La Famille tergiversait encore sur ce qu'ils allaient faire de Remus quand ce dernier s'était libéré pour s'en prendre à nouveau à Harry. Seulement, ce dernier s'était rendu au manoir Potter et Remus l'avait suivi … pour se faire tuer par les protections, menaçant directement l'héritier. Harry avait été choqué de voir son ancien professeur mourir sous ses yeux et Anastasia avait eu beaucoup à faire pour l'aider à passer le traumatisme. Sirius était resté prostré pendant trois mois avant de finalement se relever et de reprendre sa vie.

Encore aujourd'hui, il ne parvenait pas à croire qu'il était le dernier des Maraudeurs encore en vie.

Sirius ne voulait pas qu'on puisse utiliser la mort de son ami, alors il avait décidé de faire un bûcher funéraire et d'élever une stèle où il pourrait se recueillir en paix. Dans son enquête, la Famille avait découvert que Remus n'avait plus de famille en vie donc l'alternative avait convenu à tout le monde. Environ une fois par semaine, Sirius s'y rendait pour penser tranquillement.

Après une heure passée devant la stèle, Sirius se redressa, passa sa main dessus avant de s'en aller.

§§§§§

Draco défroissa distraitement ses vêtements avant de se fustiger et de toucher sa baguette pour se rendre impeccable et méconnaissable. Après avoir jugé son état convenable, il marcha tranquillement vers l'arrêt de bus le plus proche et attendit le prochain passage.

La seule raison pour laquelle il n'utilisait pas un moyen magique pour rentrer était qu'il était bien trop furieux et qu'il risquait des dommages irréversibles dont il se passerait bien. Il tenait à se calmer avant d'utiliser la magie.

Malheureusement, quand il arriva dans son appartement au cœur de Londres, il n'avait toujours pas décoléré. Il décida au mépris de toute sécurité de se rendre chez ses parents à l'aide d'un Portkey et s'enferma dans l'une des salles de Duel. Narcissa, prévenue de l'utilisation d'un Portkey de secours, avait vu son fils passer devant elle sans qu'il ne la voie. Et la magie qui s'extériorisait de lui en vagues furieuses acheva de l'inquiéter.

La porte trembla longuement sous les assauts magiques et la blonde avertit son époux de ce qui se passait. Le couple attendit jusqu'au milieu de la nuit avant de voir leur fils sortir de la pièce totalement débraillé et visiblement plus calme.

-Je vais me changer, déclara Draco. Je vous expliquerai tout après, à moins que vous ne vouliez attendre le matin.

-Nous sommes prêts à t'écouter, fit Lucius. Nous serons dans le petit salon vert.

Un quart d'heure plus tard – un record pour Draco – ce dernier se présenta devant ses parents. Conscient que ce serait une conversation difficile, si ce n'était douloureuse, Lucius décida de laisser de côté le thé pour prendre une boisson plus forte. Le bar à alcool fut donc ouvert et des verres furent servis.

Draco se retint de boire d'une traite le contenu et à la place en prit une longue gorgée.

-Je reviens de chez le petit-ami d'Astoria, déclara doucement Draco. Je me suis fait avoir en beauté.

Narcissa et Lucius comprirent qu'il avait besoin de se confier donc ils se turent.

-J'étais amusé d'entendre comment ils s'étaient mis en couple, soupira Draco. Une rencontre dans un bar alors qu'elle avait fait le mur, d'après ce que j'avais compris. Ils s'étaient revus souvent jusqu'à ce que je tombe sur eux. Astoria m'avait supplié de ne rien dire à Daphnée et j'avais accepté, non sans lui dire que je la remplacerai en tant que chaperon et que c'était non négociable. J'avais fait une petite enquête de routine, il était bien sous tous les rapports mais surtout, il rendait heureuse Astoria, donc que demander de plus ?

-Mais alors, que s'est-il passé ? ne put s'empêcher Narcissa

-Il y a trois jours, Daphnée a exigé que le petit-ami d'Astoria soit présent pour le bal, fit Draco. Et alors que je venais de dire à Daphnée qu'il était parfait, c'est là que je me suis rendu compte de l'absurdité de mes paroles. Personne n'est parfait sinon, c'est qu'il cache quelque chose.

-Qui est-ce ? demanda Lucius

-Quentin Rory, un Slytherin, gronda Draco.

-Qu'as-tu découvert ? demanda Lucius

-Il s'est présenté à Hogwarts comme Né Moldu, révéla Draco. Je n'ai pas cherché plus loin et je me suis intéressé à sa famille qui avait très bien accepté qu'il soit Sorcier. J'avoue avoir été sceptique avec l'exemple d'Harry mais le contraire était également possible avec celui d'Hermione. J'ai donc laissé le bénéfice du doute et j'ai fait une enquête de voisinage. Tout était ok. Et hier, j'ai voulu en avoir le cœur net.

-Vu ton état, je crains le pire, déclara Narcissa.

-Son nom n'est pas Rory mais Malory, siffla presque Draco.

-Malory ? releva Lucius. Mais la famille a disparu à la première guerre !

-Il semblerait que non, fit Draco. Le dernier fils aurait volé tout l'argent de la famille, pro Voldemort je vous rappelle, pour disparaître.

-Je me rappelle que juste après, cette famille a été massacrée, fronça des sourcils Lucius. Et je n'ai pas souvenir que Voldemort en était le responsable. Enfin, nous avions rencontré l'Ordre du Phénix alors …

-Je pense que c'est Dumbledore qui est derrière tout ça, fit Draco. Sinon, je ne pourrais pas expliquer pourquoi Quentin possède des protections avec sa signature magique.

Les Malfoy ne montrèrent pas leur surprise.

-J'ai fouillé un peu, continua Draco. Outre le fait que ce crétin soit un Sang Mêlé héritier d'un Sang Pur, il s'avère que Dumbledore rendait souvent visite à lui et son père. Sans oublier que ce vieux fou piochait allègrement dans l'héritage volé.

-Les Malory n'étaient pas si riches, déclara Lucius.

-Et le père de Quentin venait d'être renié, ajouta Draco. Il n'aurait jamais dû avoir accès à cette fortune.

-Effectivement, concéda Lucius. Tu penses qu'il a eu l'aide de Dumbledore pour ça ?

-Ça ne m'étonnerait pas, renifla Draco.

-Tu comptes faire quoi ? demanda Narcissa

-Je vais le piéger à la manière du Gang, sourit Draco. Il veut jouer, il va perdre. Et il va regretter d'avoir lorgné sur les Greengrass.

-Fais comme tu le sens, déclara Lucius. Mais sois gentil, invite-nous pour qu'on puisse profiter du spectacle.

-Evidemment, sourit Draco.