Chapitre 16: Résolution

Narcissa était assise dans les miséreux gradins improvisés. Elle était aussi calme qu'un livre, parlant rarement et se contentant de se fondre dans la masse. Cela intriguait clairement Cassiopée. Depuis qu'elle était revenue avec Lucius au petit matin, alors qu'ils s'étaient perdus la veille, elle avait retrouvé son caractère naturel de jeune fille froide et impassible. Il lui avait pourtant semblé que sa cousine se dévoilait peu à peu depuis quelque temps et cela lui faisait plaisir de savoir que Narcissa allait enfin devenir quelqu'un. Mais visiblement cette nuit avec Lucius l'avait ramené à son état de soldat Black.

Tout le monde avait eu le droit à la même histoire; Narcissa s'était blessée et ils n'avaient pas retrouvé le groupe, leur appel à l'aide avait été sans réponses et ils avaient trouvé une cabane inhabitée où ils avaient passé la nuit. Lorsque Cassiopée avait entendu cette histoire avec un petit groupe d'amis, elle ne pouvait s'empêcher de penser que c'était un récit trop parfait pour être vrai et s'il y avait bien quelque chose que détestait Cassiopée c'était de ne pas tout savoir. Elle avait besoin de tout savoir sur tout le monde, ça passait par un long travail de socialisation et une image qu'elle devait soigner. Elle était la bonne amie, drôle et toujours partante à qui on aimait se confier quand ça n'allait pas. Mais, cette semaine elle avait dû faire un choix, choisir entre deux camps. Étant donné qu'elle savait déjà pratiquement tout du camp des anciens ou actuels Serpentards, il fallait qu'elle s'intègre chez les autres. Elle devait avouer que c'était bien plus drôle et sain. Ils ne passaient pas leur temps à cracher leur haine sur des personnes où à manigancer des mauvais coups. Elle aimait particulièrement les Weasley et les Prewett, des jeunes gens qui riaient facilement et qui ne se prenait pas la tête. Elle s'était rapprochée rapidement de chacun d'entre eux. Ainsi elle avait su qu'une histoire d'amour s'était créée entre Fabian et Karen. Mais le problème avec eux était qu'ils n'avaient pas vraiment de secrets, pas autant que sa famille ou ceux qu'elle devait appeler ses amis. Ils étaient simples, honnêtes et justes, tout le contraire de ce qu'elle connaissait. Elle même cachait un plus lourd secret avec Malefoy. Bellatrix avait ses mystères et il ne valait mieux ne pas découvrir de quoi il s'agissait. Seule Cissy avait été jusqu'à présent un livre ouvert pour sa cousine mais les fiançailles avec Malefoy avait quelque peu compliqué leur situation. Cassiopée ne supportait pas le faux masque de sa cousine qui faisait comme si elle détestait Lucius alors que toutes ses actions prouvaient le contraire. La soirée de la veille était donc très intrigante. Mais depuis leur retour, Cassiopée n'avait pas récolté aucunes informations supplémentaires et faisait face au mutisme de sa cousine et à un Lucius qui l'évitait sans arrêts. Seule Bellatrix était égale à elle-même, terriblement bavarde et désagréable.

Les trois Blacks étaient donc assises avec du côté de Bellatrix tous les anciens Serpentards et fanatiques des sangs-purs et du côté de Cassiopée, tous les autres, insouciants et heureux. Narcissa se tenait au milieu, sage et parfaite comme elle avait l'habitude de l'être. Non loin de là, Beurk et Malefoy l'observait silencieusement, n'osant déranger cette tranquillité royale.

- Bienvenue à tous pour ce match qui déterminera qui de l'équipe A ou C aura la troisième et la quatrième place de ce tournoi. Ils auront, dans tous les cas, l'occasion de se revoir à Poudlard étant donné qu'il s'agit des deux équipes juniors. C'est d'ailleurs dans les couleurs de Gryffondor que l'équipe A arrive avec à sa tête James Potter, toujours attrapeur et capitaine qui avait rayonné il y a trois jours en attrapant le vif d'or. Derrière lui, les deux batteurs, Theodore Fawley et Octavia Shafiq. Ils sont suivis des deux poursuiveuses à Pourfsouffle, Helen Macmillan et Susane Abbot. Et enfin les deux amis de Gryffondor, Franck Londubat et Sirius Black. On acceuil maintenant l'autre équipe. Elle est menée par le charismatique Evan Rosier qui est accompagné des deux autres poursuiveurs, Edmund Avery et Barty Croupton Junior. Les batteurs, Verlas Travers et Josie Greengrass les suivent. Leto Selwyn, le gardien et Regulus Black, le jeune attrapeur ferment la marche. Les deux équipes semblent bien se connaître ce qui promet un match très intéressant. Bulstrode siffle le coup d'envoi. C'est donc parti ! Les rouges attaquent fort avec une attaque en faucon qui consiste à faire une formation en triangle. C'est Black qui est aux commandes, il va à une vitesse impressionnante. Avery n'arrive pas à lui subtiliser le Souafle. Il tente de marquer… et ça rentre ! 10 points pour l'équipe A. Rosier, visiblement mécontent, prend en charge l'attaque des verts. Il effectue une Tremblante de Woollongong, sa trajectoire est en zigzag pour perturber les adversaires, et ça fonctionne, même Londubat semble avoir du mal à le suivre du regard. Et ça porte ses fruits ! L'équipe C remporte 10 points grâce à cette audacieuse action de Rosier.

Le reste du match se passa dans cette même optique de quasi égalité. C'était le vif d'or qui allait donc sceller l'issue du jeu. Le plus intéressant était de voir à quel point les frères Blacks s'ignoraient. Potter semblait veiller sur son meilleur ami tout en se concentrant et Rosier, lui, cherchait un moyen d'utiliser son jeune attrapeur pour déstabiliser son adversaire.

Toujours bien assise et sage, Narcissa observait le match, de la même façon qu'elle le faisait à Poudlard, avec un intérêt quasi nul, se contentant d'applaudir quand son équipe marquait. Elle se sentait bien trop observée pour faire quoique ce soit d'autre et puis ses écarts de comportements étaient allés trop loin, elle devait reprendre sa place, sûre et tranquille.

- Le match est décidément très serré ! Je vous rappelle le score qui est de 70 à 60 pour l'équipe C. Oh ! Il y a du mouvement du côté de Black ! Potter aussi se met à bouger, les deux semblent avoir repéré le vif d'or. Vu à quelle vitesse ils vont et leur duo, on se doute que les matchs à Poudlard entre Serpentard et Gryffondor doivent tenir entre les mains de ces deux attrapeurs ! C'est Potter, pourtant plus lourd qui prend de l'avance. Il tend le bras, Black essaye tant bien que mal de le suivre mais il n'a pas l'air à l'aise avec le vent de face. IL L'A ! Potter à attrapé le vif d'or ! L'équipe A est donc à la troisième place du tournoi avec un score final de 220 à 60 ! Ce fut un très beau match, les deux équipes ont de quoi être fières. On se retrouve demain pour la grande finale entre l'équipe B et D !

Rosier et le reste de l'équipe C se précipitèrent hors du terrain, visiblement sur le point d'exploser. Seul Regulus resta un peu plus sur le terrain, observant une partie des gradins descendre et acclamer l'équipe A, acclamer son frère. En observant bien, Narcissa pu apercevoir un sourire en coin et elle-même sourit face à ce petit moment d'amour fraternel que Sirius n'avait pas remarqué. Pourtant, elle ne s'attarda pas. Pratiquement tout le reste des sangs-purs étaient partis. Elle avait entendu Bellatrix jurer contre l'équipe A. Elle partait avec les autres, les seuls restant sur les gradins étaient Cassiopée, Lucius et Beurk. Et se savoir seule avec ces gens ne la mettait pas du tout bien, elle se précipita pour aller retrouver sa sœur sans qu'aucun des autres ne disent ou tentent quelque chose. Elle passa d'ailleurs le reste de la soirée avec Bellatrix. Durant le dîner, elle discuta longuement avec son ancienne camarade de chambre et grande amie, Ophélia Greengrass. Elle était assez triste que les derniers évènements l'aient éloignée de cette alliée de taille qui l'avait toujours soutenue. Elles discutèrent des derniers mois, de comment leur vie se déroulaient depuis la fin de leur études à Poudlard. Ophélia, toujours enthousiaste et volontaire était en formation à la Gazette du Sorcier, pour son plus grand plaisir. Elle avait réussi à être dans les cinq premiers au test probatoire. La vie de Narcissa semblait bien monotone à côté de tous les récits étranges de son amie. Ophélia remarqua bien vite que quelque chose n'allait pas, elle avait appris à déchiffrer Narcissa au fur et à mesure des années, elle s'étonnait aussi de ne plus voir son amie accompagnée par Caractacus.

- On m'a dit que tu allais peut-être te marier, je veux en savoir plus ! s'exclama-t-elle.

- Oh, tu sais c'est surtout une espèce de tradition de sang-pur un peu ancienne que ma famille conserve, se marier avec quelqu'un, peu importe nos sentiments, tant que c'est un sang-pur, informa-t-elle avec nonchalance.

- Oui mais toi, toi qu'est-ce que tu en penses ?

C'était pour ça que Ophélia était son amie, elle savait exactement où se trouvait les faiblesses de Narcissa et comment la faire réagir, la faire être quelqu'un avec une opinion. Mais aujourd'hui, pendant ce camp, Narcissa n'était pas d'humeur à se confier à son amie.

- Toi et moi on sait que je n'ai pas d'avis à avoir, lui dit-elle honnêtement.

- Si tu le dis, commenta déçue Ophélia, mais qui est l'heureux élu ?

- Pour l'instant, la cible principale de ma famille est Lucius Malefoy, dit-elle d'un air détaché.

- Et bah, une cible plus qu'intéressante, déclara-t-elle pleine de sous-entendu. Il avait une sacrée réputation à Poudlard, déclara-t-elle voulant attiser la curiosité de Narcissa.

Ophélia avait un cercle social absolument incroyable qu'elle avait notamment développé à Poudlard. Leur de leur scolarité, elle était toujours au courant des derniers potins et plus folles rumeurs. Narcissa n'y prêtait attention que quand elle pouvait tirer profit de la situation, sinon écouter des bobards et ragoter sur des inconnus inutiles l'énervait très rapidement. Ophélia avait donc appris à faire le tri et elle avait assez vite les bavardages sur leurs camarades avec Narcissa, comprenant que ce n'était pas comme ça qu'elles seraient amies.

- Une réputation ? demanda assez étonnée Narcissa.

Elle se souvenait de Lucius, évidemment. C'était un bel homme assez charismatique qui avait joué pour son équipe de Quidditch et qui n'avait qu'un an de plus qu'elle, elle ne pouvait donc pas faire comme si elle ne le connaissait pas. Mais elle ne s'était pas vraiment intéressé à lui, elle s'était contenter de ses amis et n'avait pas cherché à en savoir plus sur lui. Pourtant lui avait semblé mieux la connaître et depuis leur rencontre il semblait en avoir appris plus sur elle que elle sur lui. Avoir quelques informations supplémentaires n'était donc pas négligeable.

- Il a eu quelques conquêtes, pas très importantes ni-même sulfureuse mais apparemment il n'a jamais été très fidèle, commença Ophélia, assez excité à l'idée de dévoiler des secrets qu'elle détenait. Un excellent élève à ce que je sais, très athlétique mais on me parlait de lui comme quelqu'un d'un peu méchant, enfin un bon Serpentard qui ne se soucie pas vraiment des sentiments et des avis des autres. Il était toujours avec sa bande même si je ne crois pas qu'ils soient tous très amis, c'est plus par intérêt. Un garçon donc plutôt solitaire et froid, quand j'y pense il te correspond assez bien, commenta-t-elle.

- Oui sauf que moi j'ai toujours été fidèle, rectifia Narcissa.

- Certes mais de ce que je savais, il n'a jamais vraiment pris une relation au sérieux. Je crois que pendant très longtemps, son père l'avait promis à une riche héritière américaine, c'était même assez officiel pendant un moment ils avaient même fixé la date. Je me demande pourquoi ils ont soudainement renoncé… déclara-t-elle visiblement intriguée.

Narcissa comprenait pourquoi il n'était pas dans la liste que ses parents avaient préétabli et qu'elle avait découvert. Elle se doutait que le Seigneur des Ténèbres n'avait pas voulu qu'un sang-pur britannique important se marie avec une américaine aux origines peut-être plus nébuleuses. Leur mariage arrangé était donc la volonté de mage noir ? Cette constatation perturba un peu Narcissa qui ne savait comment se positionner face à ça, devait-elle être reconnaissante ou dégoûtée ?

- Cela dit c'est un bel homme, riche et intelligent, tu aurais pu tomber sur pire ! affirma-t-elle.

Narcissa ne prit pas la peine de répondre. Face à la non réaction de son amie, Ophélia comprit qu'elle n'aurait rien d'autre concernant Malefoy, du moins pas aujourd'hui, pas ici. Mais elle voulait savoir ce qui se passait avec Caractacus.

- Je n'ai vraiment eu l'occasion de parler avec Beurk depuis le début du camp, il va bien ? demanda-t-elle en prenant un air détaché qui ne dupa pourtant pas Narcissa.

- Il va bien, je crois qu'il est un peu perdu, se contenta-t-elle de dire.

- Pourtant il était clair qu'il reprendrait l'entreprise familiale, ce n'est plus à l'ordre du jour ? continua d'interroger la sorcière.

- Si, si mais je pense que c'est plus intérieur, je ne sais pas trop ce n'est qu'une impression je crois que…

- Qu'il est amoureux de toi, coupa Ophélia qui semblait exaspérée de tourner autour de la question.

- Tu savais ? demanda Narcissa visiblement étonnée que son amie soit au courant.

- Cissy, il n'y a que toi qui ne le voyais pas, affirma-t-elle d'un ton fataliste. Je l'ai su dès qu'il m'a mit un râteau, informa-t-elle.

- Pardon ? demanda les yeux écarquillés Narcissa n'étant pas au courant de cet évènement.

- En quatrième année j'ai voulu sortir avec lui, ça faisait un bout de temps qu'il me plaisait. Il m'a gentiment remis à ma place. Son excuse était que l'on ne pouvait pas te faire ça, que nous étions tes amis et que par conséquent on ne pouvait pas être en couple devant toi mais être juste tous amis. Oui c'est ridicule comme excuse. Et puis ça été clair quand Flint t'a largué et qu'il est resté avec toi au point de se fâcher avec lui. Enfin à ce moment-là tout Poudlard savait déjà qu'il n'avait d'yeux que pour toi. C'est pour ça aussi que Flint est parti parce qu'il pensait qu'il se passait quelque chose entre vous. Il y a eu une rumeur folle d'ailleurs que j'ai atténuée pendant des mois pour ne pas te faire de la peine.

- Ophélia…

Narcissa ne savait pas quoi dire. Elle n'avait jamais eu vent de tout ça et elle comprenait à quel point son amie l'avait préservé et avait pris soin d'elle durant ces années.

- Oh n'en faisons pas tout une citrouille ! Tu es mon amie et ça n'a pas de prix, déclara-t-elle avec douceur. Et puis maintenant j'ai Octavia !

Pendant pratiquement toute leur scolarité à Poudlard, Ophélia et Octavia Shafiq, ancienne Gryffondor, s'étaient constamment disputées et à la fin de la sixième année, ça avait été la révélation, le coup de foudre. Pour Octavia ça n'avait pas été un problème mais pour les Greengrass, ça avait été une vraie bataille pour Ophélia et cet évènement avait coupé la famille en deux et avait fait des Greengrass une famille moins recommandable par la haute société de sang-pur. Mais depuis qu'elles s'étaient mises en couple en septième année, elles vivaient un très bel idylle. C'est d'ailleurs pour cela que Narcissa n'avait pas eu l'occasion de beaucoup voir Ophélia depuis le début du camp, cette dernière restant avec sa partenaire qui se trouvait chez les "ennemis". Mais Narcissa était contente de retrouver sa meilleure amie, elle se sentait un peu mieux depuis qu'elles discutaient, elle se retrouvait grâce à son amie.

- Quand tout ça sera fini, il faudra que l'on se voit, comme avant, tu me manques tellement parfois… déclara Narcissa assez triste.

- Tu peux venir me voir quand tu veux ma Cissy, je serais toujours là pour toi, affirma-t-elle tendrement.

Après quelques minutes, Ophélia fut réclamée par Octavia qu'elle alla rejoindre avec le regard pétillant. Narcissa observa son amie s'éloigner. Elle aussi la quittait, malgré leur belles paroles, Narcissa savait que les choix qu'elles faisaient chacune vers des routes radicalement différentes. Elle se retrouva à nouveau un peu seule à cette table. Sa sœur se vantait de sa future victoire du lendemain, sous les caresses de Rodolphus. Les autres se promettaient de gagner le match de la final. Lucius était parmi le groupe et riait, faisait comme si tout était normal même si du coin de l'œil il observait celle avec qui il avait passé la nuit dernière. Un peu à part, ne prononçant pratiquement pas un mot et se contentant d'observer, Cassy et Caractacus. Narcissa savait qu'elle allait bientôt devoir leur faire face, à tous les deux, à un moment ou à un autre, mais le plus tard possible était le mieux. Pour le moment elle voulait s'accrocher à ses repères.

La plage était un supplice, à tous points de vue. Le Loch Shiel était un lac et il faisait tellement froid que Narcissa crut bien que le lac allait geler dans la seconde. Sous un plaid elle mourrait de froid, autour du feu, tout le monde riait et chantait. Elle se contentait de rester égale à elle-même, effacée, discrète et essayant tant bien que mal de survivre, de supporter les gens qui l'entouraient. Beurk et Cassiopée n'étaient pas venu, au grand soulagement de Narcissa mais juste en face d'elle se trouvait Malefoy et elle voyait derrière les flammes son regard la transpercer, à nouveau, comme à chaque fois que leurs yeux se rencontraient.

- Tu veux m'épouser ?

Narcissa se figea sous ces quelques mots. Que voulait-il dire ? Etait-il sérieux ? Peu importe, dans tous les cas elle n'avait pas la réponse à sa question, elle se tourna dos à lui. Mais il lui mit la main sur l'épaule, lui provoquant un frisson.

- Narcissa, s'il te plaît… murmura-t-il.

Elle se retourna violemment, elle voulait régler toute cette situation gênante au plus vite.

- Ecoute-moi bien Malefoy. Je ne sais pas ce que tu entends par là, et je ne veux pas le savoir. J'aimerais juste que ma vie redevienne comme avant, insipide et au paroxysme du maussade. Mais depuis que l'on s'est rencontré ce n'est plus le cas. Pourquoi ? Je n'en ai aucune idée mais ça suffit maintenant. Je me suis bien trop laissé emporter par les évènements et tu peux compter sur moi pour que ça n'arrive plus.

Elle se contenta de ces quelques mots, laissant Malefoy dans un flou complet. Mais lui non plus ne chercha pas plus loin. Les deux s'endormir et le lendemain, après avoir remercié leur hôtes, ils se mirent d'accord sur une histoire à raconter lorsqu'ils retrouveraient le camp.

Ils s'en étaient tous deux tenu à la même version et depuis qu'ils étaient de retour, aucun n'était allé vers l'autre.

Alors que tous les autres chantaient et dansaient un peu plus loin, Malefoy se risqua à s'asseoir à côté de Black.

- Je vais t'épouser, annonça-t-elle avant même qu'il n'est ouvert la bouche.

Il l'observa, intrigué. Elle le regardait aussi, bienveillante.

- J'ai repensé à ta question. Et tu avais raison. Avec tout ce qui s'est passé il faut encore se la poser. Je ne pense pas que tu sois quelqu'un de mauvais Malefoy, et tu es plutôt beau garçon avec une bonne situation. Je n'ai pas de trouver de raison valable pour ne pas t'épouser et je ne veux pas me risquer à choisir d'attendre de tomber amoureuse de n'importe qui. J'ai toujours su que ce n'était pas ce qui m'était destiné donc…

- Et qui te dit que nous n'allons pas tomber amoureux ? coupa très sérieusement Lucius, plongeant son regard dans celui de Black.

Elle réfléchit à nouveau à la question. Était-ce possible ? Que tous les deux finissent par éprouver des sentiments amoureux, le véritable, le vrai, l'absolu, l'éternel amour ? Comment pouvait-elle bien le savoir, Narcissa n'était jamais tombée amoureuse, elle se l'interdisait. Le seul amour qu'elle exprimait c'était avec sa famille et il s'effaçait de plus en plus.

Voyant le désarroi de sa partenaire face à cette possibilité, Lucius continua:

- Je suis sur le point de tomber amoureux de toi, moi.

Les yeux dans les yeux, il lui annonça ça. Narcissa se sentait rougir, presque suffoquer et à nouveau paniquer. Mais elle s'était promis de ne plus se dévoiler devant qui que ce soit et encore plus devant lui.

- Narcissa, tu me plais. Ces derniers jours tu t'es dévoilée d'une façon inattendue, certes, mais tellement charmante. Depuis notre premier regard au bal, tu restes toujours coincée dans un coin de ma tête. Et puis ce camp, ta générosité, ta gentillesse, ta discrétion, ta beauté, ton honnêteté. Je ne sais pas, te voir me fait me sentir mieux. La soirée d'hier était presque un rêve pour moi, depuis longtemps je ne m'étais plus senti comme ça. Vivre heureux, avec une famille, ça n'a jamais été un rêve pour moi. Je ne me permettais pas de penser à l'amour ou ce genre de chose. J'ai toujours pensé dans l'intérêt familial, à avoir une bonne épouse, en tous points parfaite, à l'héritier qu'elle me donnerait. Mais depuis que nous nous sommes rencontrés je me dis que ça va bien plus loin et que je veux passer le reste de mes jours avec quelqu'un que j'apprécie au moins, avant ça n'avait même pas d'importance. Mais avec toi ça va plus loin, je ne vois personne d'autre que toi comme femme, je ne vois personne d'autre que je pourrais autant apprécier que toi, que je pourrais autant aimer. Et…

Il n'eut pas le temps de finir. Ses lèvres étaient emprisonnées par celles de Narcissa. Il était surpris. Était-elle vraiment en train de l'embrasser ? Pourtant, il sentait son visage humide, emplit de larmes. Mais ce n'était pas une erreur, elle ne lâchait pas ses lèvres. Il ne répondait pas à l'invitation, trop bouleversé et prit de court, il ne comprenait plus vraiment ce qui se passait.

Narcissa crut avoir fait une erreur, elle retira ses lèvres de celles de Malefoy, honteuse d'avoir commis ce geste. Mais elle avait réalisé qu'il avait raison. Tout comme lui, elle se sentait bien lorsqu'il était là, elle se sentait en droit d'être elle-même. Elle se sentait vivre. Toute cette semaine à se dévoiler, ce n'était pas pour rien, ce n'était pas un problème. Malefoy la faisait aller au bout d'elle-même et elle se surpassait, elle allait au-delà de ses limites psychologiques pour lui. Elle pensait à lui, depuis leur rencontre, qu'à lui. Depuis que ses iris de glace avaient rencontrés les siennes, elle était transportée par ce regard, ce coup d'œil. Il lui faisait ressentir tellement de chose. Malgré tout, elle aimait être avec lui, se chamailler, prendre soin de lui et vice-versa, le regarder et lui tenir tête, son caractère hautain rigide qui laissait pourtant entrevoir son cœur, fragile et interdit. Un cœur comme le sien. Elle non plus ne voyait personne d'autre à part lui, pour finir ses jours, pour être le père de ses enfants et pour l'aimer autant qu'elle l'aimait. C'était bien ça, peut-être, elle l'aimait, ou elle l'aimerait.

Elle allait se lever pour partir, honteuse, faible et démunie. Les larmes sur ses joues dégoulinaient et elle venait de se ridiculiser et de se livrer au maximum. Mais une ultime fois il lui prit le poignet l'obligeant à se rasseoir sur le tronc d'arbre qui faisait office de banc. Il prit son visage entre ses mains et l'embrassa. Ils n'entendaient que le feu crépiter, ou le bruit des vagues s'abattant sur la plage. La lumière ardente du feu d'un côté de leur visage et de l'autre, la lumière froide et douce des rayons de la lune. Narcissa fut parcourue d'un long frisson, mais elle n'avait plus froid, plus du tout. Tout son corps vibrait avec ce baiser. Son ventre dansait, son cœur battait et tout le reste de ses membres n'étaient plus sous son contrôle elle s'abandonnait pleinement à lui.

Si, au début ce n'était qu'un baiser timide, la fougue et la passion s'emparèrent des deux amants. Ils furent cependant obligés de reprendre leur respiration. Le front collé l'un contre l'autre, leurs yeux parlaient pour eux et après avoir repris leur respiration, Lucius lui embrassa le front et la serra fort contre lui. Tout contre la poitrine de Malefoy, Narcissa entendait chaque battement de son cœur. Enfouie dans ses bras, elle se sentait bien, réchauffée par cet homme qui allait devenir son homme. Aucun de deux ne prononça un seul autre mot de la soirée. Laissant leurs corps parler pour eux, sous quelques caresses et baisers. Il la raccompagna à sa tente, main dans la main, comme deux amoureux de longue date. Puis avant qu'elle ne rentre, il lui prit le deux mains, la regarda amoureusement et l'embrassa une dernière fois. Narcissa était simplement heureuse ce soir et se séparer de ses bras semblait l'une des choses les plus compliqué qui ne lui ai jamais été demandé de faire.