Chapitre 22: Joies et tristesses

Cela faisait plus d'une heure que Narcissa et Lucius étaient réveillés mais aucun n'avaient voulu s'extraire de ses rêves et des bras de son partenaire. Lucius caressait tendrement le bras découvert et blanc comme neige de sa promise. Elle était allongée tout contre lui, combattant le froid matinal. Elle avait laissé plus ou moins volontairement sa main sur le torse musclé de son amant. Il arrivait qu'elle respire un peu fort, faisant frissonner Lucius. Ils ne s'étaient pas dit grand-chose non plus, c'était trop beau pour être tâché par d'inutiles paroles. La nuit qu'ils avaient passé était la plus belle du jeune couple, était-ce parce qu'ils s'aimaient passionnément que cela semblait si beau ?

Quelques minutes, Narcissa se rappela la première personne à qui elle avait abandonné son corps pour la première fois. À l'époque elle menait une idylle amoureuse banale avec Percus Flint. Il lui avait semblé un moment qu'elle ferait sa vie avec. Mais après leur nuit partagée, il l'avait de plus en plus laissé de côté, brisant le cœur de l'adolescente de l'époque. À ce moment-là, Flint et Beurk étaient meilleurs amis mais face au comportement lâche de son ami, Caractacus avait pris la défense de Narcissa et avait complètement laissé tomber son meilleur ami pour la jeune Black. Depuis, Narcissa avait toujours compté sur lui, c'était son allié le plus puissant. Pourtant, maintenant ils ne s'adressaient plus la parole. Narcissa s'était efforcée de ne plus penser à leur dernière conversation. Mais elle était profondément peinée. Elle l'aimait, comme son frère, comme elle aimait Regulus. Et elle aimait Lucius, c'était son amour.

Comme si une soudaine force Gryffondienne la traversa, elle se leva, au regret et à la surprise de Malefoy. Elle attrapa sa chemise de nuit qu'elle remit sur ses épaules dénudées. Et devant le miroir, observa l'état de ses cheveux. Quelques instants plus tard, Lucius vint la rejoindre. Il se tenait derrière elle et avait sa tête posée sur l'épaule de la jeune femme. Il donnait quelques tendres baisers à son cou, décrochant un sourire amoureux de Narcissa. À son oreille il susurra un "Je t'aime" qui combla les deux amants.

Ils descendirent tous deux dans le salon, prendre le petit déjeuner avec les proches invités c'est-à-dire Bellatrix et Rodolphus, évidement, ainsi que Rabastan, la mère des deux garçons, le père de la jeune mariée et le maître des lieux Monsieur Malefoy. Bellatrix rayonnait, cela rassura sa sœur qui craignait que l'altercation de la veille ait hantée l'esprit coléreux de la jeune mariée. Mrs Lestrange était, comme son nom l'indiquait, très étrange. Elle ne disait pas grand-chose et peu de gens connaissaient véritablement le son de sa voix. Elle portait de longues robes sombres et beaucoup de voiles qui couvraient pratiquement tout son visage. Narcissa savait d'ores et déjà qu'elle ne reverrait plus jamais cette femme de sa vie, même si elles avaient sûrement des points communs, ses fils la répugnaient allégrement et elle n'osait imaginer la façon dont elle les avait élevés pour qu'ils deviennent aussi barbares. Alors que Narcissa buvait son thé, elle voyait des regards s'échanger entre Bellatrix, les deux frères et Lucius. Que cachaient-ils ? Dès la fin de leur petit déjeuner, Lucius la prit un peu à part et, un peu gêné, il avoua qu'ils avaient "des choses" à faire ensemble. Narcissa comprit immédiatement. La peur et le désespoir l'envahirent, de toute façon elle n'avait pas de choix, elle devait accepter leur implication dans la guerre à venir. Elle soupira, lui laissa un tendre baiser et le laissa transplaner avec ses compères. Un peu plus loin, elle vit le regard de son père, lui aussi semblait désespéré.

- Père ? demanda la jeune fille, pleine de douceur dans la voix.

Il la regarda et sourit. Il aimait sa petite fille et il s'en voulait d'avoir été si dure avec elle lorsqu'elle était une enfant.

- Lorsqu'elle reviendra, elle ne sera plus ma fille, déclara-t-il en regardant vaguement l'endroit où avait transplané Bellatrix. Elle ne va pas revenir en étant la même que quand elle est partie, continua-t-il, sentant le regard interrogateur de sa fille. Qui crois-tu qu'ils vont voir ? Et que crois-tu qu'il va faire à une jeune femme totalement pure désormais et qui ne demande qu'à se battre pour lui ?

Narcissa comprit, elle n'avait pas saisi cette partie de l'histoire, de l'histoire de sa sœur. Elle était horrifiée. Non, Bellatrix ne pouvait devenir comme eux ! C'était une fille et même si c'était une sorcière très puissante elle ne pouvait pas accepter ça ! Elle ne pouvait pas elle aussi se réduire en esclavage, pas après tout ce que leur parents avaient sacrifié pour que ça n'arrive pas ! Affolée, tremblante, Narcissa ne savait plus quoi faire et à son tour, elle transplana. L'endroit qu'elle avait visualisé était très clair dans son esprit, par réflexe elle avait atterri ici, dans l'allée des Embrumes, devant ce magasin qu'elle connaissait désormais par cœur. Elle hésita, puis dans un élan de courage elle franchit la porte qui sonna à son entré. Elle vit le père Beurk occupé avec des clients et un peu plus loin, Barjow faisait les comptes. Il lui indiqua de la tête ce qu'elle voulait savoir. Elle ouvrit la porte grinçante de l'atelier. Sur la table il y avait un amas de crânes et devant eux, de dos, celui qu'elle était venu, plus ou moins sans le vouloir, voir.

- Oui père j'ai bientôt finit, râla-t-il, ne sachant pas que c'était elle qui était entrée.

Narcissa ne prononça pas un mot. Soudain il se redressa toujours de dos et il inspira bruyamment.

- Cissy ? hésita-t-il, tremblant.

- Bonjour Caractacus, déclara la jeune femme, à mi-voix.

Il se retourna brusquement et l'inspecta de la tête au pied, comme s'il n'y croyait pas, qu'il voulait vérifier que c'était bien elle. C'était bien elle. Il la prit brusquement dans ses bras. Tous deux avaient les larmes aux yeux.

- Je pensais que plus jamais tu voudrais me revoir, sanglota-t-il.

- Je le pensais aussi et puis, je ne sais pas, je suis venue ici, instinctivement.

Ils se détachèrent. Caractacus ne pouvait s'empêcher de sourire. Il s'excusa mille et une fois. Mais Narcissa était tellement heureuse de retrouver son meilleur ami qu'elle l'avait pardonnée dès qu'elle était entrée. Ils s'assirent et discutèrent du mariage de Bellatrix et Rodolphus auquel il n'avait pas voulu venir pour ne pas lui faire du mal. Puis, Narcissa expliqua sa terreur quant à ce qui allait arriver à sa sœur. Et fatalement ils parlèrent du camp, de cette terrible soirée.

- Je pensais que tu serais venu à l'enterrement d'Ophélia, dit-elle avec regret.

- Je ne pouvais pas, annonça-t-il en baissant la tête. Pas par rapport à toi mais surtout parce que… commença-t-il hésitant et visiblement encore traumatisé. En fait, j'étais avec elle, quand elle s'est fait tuer. Ni elle ni moi n'avions envie de faire partie de ce massacre alors, comme beaucoup, on fuyait. Un auror nous a reconnu et nous a demandé pour qui on se battait. On était terrifiés on a juste dit qu'on voulait s'enfuir et là, un mangemort à débarqué, il a assommé l'auror de dos et a pointé sa baguette vers nous. On n'a pas su réagir, en un instant, après cette lumière verte, elle était à terre, morte. Le mangemort est reparti comme si de rien n'était. Je ne pouvais pas la voir une autre fois, une dernière fois, j'aurais dû réagir mais… je ne sais pas, je n'y suis pas parvenu. Je ne pouvais pas me présenter devant sa famille alors que je n'ai même pas sorti ma baguette pour faire quoique ce soit.

Il était réellement peiné en racontant cette histoire. Narcissa contenu ses larmes, elle ne pouvait pas pleurer une nouvelle fois. Elle ne voulait pas pleurer, ou plutôt devenir une pleurnicheuse, dans son cas c'était impossible, elle n'avait d'autre choix que d'être et de rester forte, face à ce qui l'attendait, elle n'aurait pas d'autres choix…

- Mais, au fait, commença Caractacus en hésitant. Tu ne devrais pas bientôt te marier ?

Narcissa ne s'attendait pas à cette question, surtout de sa part. Elle prit le temps de réfléchir. Elle y avait toujours pensé, évidemment, mais ces derniers temps, elle s'était contentée d'essayer d'avoir une relation saine avec Lucius et elle avait presque oublié le futur qu'ils devaient construire ensemble.

- Oui, je suppose, quand il aura fait sa demande, se contenta-t-elle de répondre, évasive.

Beurk voulut rétorquer mais elle le devança.

- Je devrais y aller, ma mère m'attend.

Puis, devant le jeune homme impuissant, elle transplana. Il aurait voulu lui parler encore des heures, à nouveau la serrer dans ses bras et sentir son parfum embellir toute la pièce éternellement. Mais elle n'était pas, elle n'était plus, et n'avait finalement jamais été sienne. Il savait que désormais, la seule chose à faire était de l'accepter. De toute façon, plus jamais leur relation ne redeviendrait la même qu'avant. A cause de quelques mots il avait gâché des années de confiance et d'amitié, il en était conscient. Mais il était persuadé que jamais il ne s'en remettrait, jamais il ne pourrait voir quelqu'un d'autre qu'elle. Pourtant, il avait senti que leur chemin allait devoir se séparer, même s'ils n'avaient pas eu cette discussion, Caractacus avait senti que Malefoy prenait peu à peu une place plus qu'importante et il avait aussi senti que Narcissa finirait par le choisir et fatalement, leur chemins s'éloignaient désormais.

- Narcissa, souffla tendrement sa mère en regardant le doux visage de sa fille. Narcissa, dis à tes sœurs, dis à Bellatrix et Andromeda, dis leur, dis leur que je les aime, que je les ai toujours aimé, qu'elles ne m'ont jamais déçu et… elles doivent vivre heureuse, d'accord ? Tu prendras soin d'elles ma petite chérie ? Tu prendras soin de toi aussi… et de ton père. Malgré tout, je l'ai aimé. Il est l'homme qui m'a accompagné dans mes plus sombres moments. C'est important Narcissa, c'est important d'être dévouée à son mari et qu'il te soit tout autant dévoué. Je suis désolée ma petite chérie, j'aurais aimé te voir en robe de marier, tu es tellement belle. Ma petite fille… ma toute belle... Tu es une Black avant tout, n'oublie jamais ça ! Tu es née Black, c'est ce que tu es. Et mon sang de Rosier coule dans tes veines, je ne t'ai jamais parlé des Rosiers. Protège ceux que tu aimes avant tout ! N'oublie jamais ça, c'était les mots de ma mère, de ma grand-mère et se seront tes mots aussi désormais. Je suis tellement désolée…

- Maman…

Narcissa n'arrivait pas à faire sortir un mot de plus de sa bouche. Des milliers de larmes coulaient sur ses joues. Elle voulait lui dire de rester avec elle, de la prendre dans ses bras comme lorsqu'elle était petite, elle voulait lui dire qu'elle l'aimait, qu'elle l'aimerait pour toujours. Mais sa vision se troublait elle ne distinguait plus le pâle et maigre visage de sa mère. Mais elle sentait, elle la sentait partir, elle sentait la vie qui s'échappait de ce corps. Elle s'effondra.

- Toute mes condoléances Cygnus, tenta d'être désolée la tante Walburga.

Le veuf se contenta de sourire faiblement, il savait que sa sœur n'avait que très peu apprécier sa femme. De toute façon, Walburga n'aimait personne, il s'était fait une raison et ses sentiments lui importaient peu. Mais il remarquait l'intention délicate qu'elle avait prise; elle avait ornée le cercueil sa femme, elle avait surtout mis en avant les initiales DB, et non Druella Black née Rosier. Elle avait toujours cru que les gens lui appartenait, qu'elle avait le pouvoir sur eux, quelle surprise elle aurait à la mort de son frère.

Juste à côté de lui, sa fille. Il n'aimait dire ça, mais elle n'était pas jolie. Depuis la mort de sa mère la semaine dernière, Narcissa ne dormait que très peu, pleurait le reste du temps, ne prenait plus temps pour elle. Elle se délaissait totalement, laissant la tristesse et la mort prendre possession de son esprit. Même les nombreuses visites de Lucius et Caractacus n'avaient eu aucuns effets. Cygnus revoyait en elle la femme cassée et agonisante qu'était celle avec qui il avait partagé tant d'années. Sa fille était partie. Sa seconde fille était désormais mariée et idolâtrait un mage noir de façon malsaine. Et sa petite dernière, son enfant qu'il chérissait le plus agonisait désormais sous ses yeux. Il avait l'impression d'avoir tout raté, que ça vie ne l'avait mené à rien, il perdait ses filles une par une. Et bientôt Narcissa serait mariée et à son tour et elle partirait. Il serait seul. Même s'il semblait qu'il l'avait toujours été, ses filles et sa femme lui avait sans cesse prouvé le contraire, il s'en rendait cruellement compte maintenant qu'il les perdait. Il allait juste devenir un vieille homme, seul, froid, et sans amour. À quoi la vie pouvait-elle rimer si tout ce qu'il chérissait l'abandonnait ? Si le noir avait toujours était sa couleur phare, elle l'était désormais totalement. Seul, sans amour, fatigué, triste et sans raison de vivre. Mais aujourd'hui, pour sa petite Cissy qu'il aimait tant, rien qu'aujourd'hui il devait rester fort, il devait être un Black. Il prit la main de sa fille dans la sienne, il la serra. Il espérait au fond de lui qu'elle comprendrait toute la peine qu'il éprouvait lui aussi. Il ne voulait pas l'attrister encore plus mais bien lui affirmer qu'elle n'était pas seule, qu'elle ne le serait jamais. Elle aussi serra fort la main de son père, comme si elle avait peur de tomber. C'était le cas, elle sentait à tout moment qu'elle pouvait se laisser partir, tomber, mourir. Même les tendres yeux de Lucius n'y changeaient rien. Même les paroles réconfortantes de Caractacus n'amélioraient pas son état. Elle détestait être ainsi, dans un état aussi pitoyable. Elle se détestait. Elle détestait tous les invités présents aux funérailles qui ne connaissaient pratiquement rien sur l'incroyable femme qu'avait été sa mère. Pire, il semblait que ce ne soit qu'un prétexte pour tous se retrouver autour d'un bon verre. Elle haïssait Bellatrix Lestrange, cette femme si supérieur, si glaçante, si inconvenante, si cruelle, si éloignée de la fille de Druella Black. Elle haïssait encore plus sa tante qui comme une vipère crachait partout son venin, détruisant petit à petit son entourage. Non, désormais, trois personnes avaient de l'importance; son père, Lucius et sa chère Andromeda qui avait eu bien trop peur pour venir assister aux funérailles de sa propre mère. Et pourtant, elle aussi avait beaucoup pleuré, lorsque sa petite sœur lui rappelait les dernières paroles de leur tendre et, quoiqu'on en dise, aimante mère. Narcissa pensait aussi à son petit Regulus, à ce petit homme qui avait l'air réellement triste de perdre sa douce et gentille tante, ce bout d'homme qui avait un si sombre futur qui l'attendait.

Les funérailles avaient été brèves. Ni Cygnus ni sa fille ne voulaient partager leur douleur trop longtemps. Seuls tous les deux dans l'ancienne maison familiale, ils s'étaient chacun isolés dans un coin. Ils pleuraient. Narcissa dans les robes de sa mère. Cygnus sur la photo de leur mariage. À ce moment-là, rien de plus terrible ne semblait être possible pour Narcissa...