Chapitre 24: Devenir Narcissa Malefoy

La douceur de la fin mois d'Août 1973 permettait que la cérémonie se passe en extérieur. C'était donc dans le jardin du manoir qu'avait naturellement lieu l'évènement. On avait aussi ouvert la grande salle de bal. Donnant directement sur le jardin, il avait paru logique au couple d'ouvrir les grandes portes fenêtres. Il y avait un côté assez champêtre qui ne déplaisait pas à Narcissa, qui était pourtant généralement habituée à la luxure et aux bons classiques.

Le cœur serré, Narcissa avançait au bras de son père. Cette allée lui semblait interminable, les regards étaient de plus en plus pesants et l'air venait à lui manquer. Elle ne cessait d'accentuer l'étreinte au bras de son père. Il lui caressait doucement la main, pour la rassurer comme lorsqu'elle était petite. Elle voyait tellement de monde autour d'elle, c'était effrayant, jamais elle n'aurait pensé devoir supporter une telle pression, un tel étouffement, une telle angoisse. C'était un amas de sentiments confus et violents qui la heurtaient soudainement de plein fouet. Elle ne distinguait même pas Lucius qui aurait pu lui apporter l'aide dont elle avait besoin. Non, à la place elle voyait bien la tante Walburga avec son regard tranchant qui la jugeait de la tête au pied comme depuis des années. Mais cette fois, ces yeux de vipère étaient bien plus brutaux, comme si voir sa nièce se marier, être heureuse ou plutôt être dans une situation plus que correcte, la faisait enrager. Et puis à côté d'elle il y avait son oncle Alphard, qui souriait, ravi de voir un heureux évènement dans sa vie qui ne semblait pas si belle que ça. Au grand étonnement de Narcissa, Cassiopée était aussi là. Mais aucune des deux jeunes femmes n'étaient ravies de se voir. Etait-ce une provocation ? Peu importe, la mariée ne voulait pas se rajouter un fardeau et se contenta de l'ignorer et puis d'autres membres de l'assistance se chargerait d'elle au besoin. Sur un autre banc, il y avait Regulus et Sirius avec leur père. Narcissa fut à la fois heureuse et surprise de voir ses cousins. Il était évident que Regulus allait être de la partie mais Sirius ? Pourquoi était-il venu ? Et puis il avait cet affreux bleu sous l'oeil droit et la lèvre quelque peu enflée. Depuis quand était-ce devenu une obligation, surtout pour lui, de venir aux événements familiaux ? Narcissa soupçonnait fortement sa tante d'être mêlée de très près à la présence du jeune sorcier. Elle était passée devant ses quelques amis aussi, notamment une bonne partie de Greengrass qui lui étaient chères. Ophélia avait été sa meilleure amie durant toute sa scolarité. Elles passaient leur temps ensemble et être amie avec une Greengrass voulait dire être amie avec le reste de la famille. À une époque, lorsqu'elle était encore jeune et insouciante, elle se rendait chez son amie durant les vacances; la maison familiale des Greengrass était devenue son second foyer, le sien était habité par des disputes de ses sœurs et de la rudesse de ses parents. Mr et Mrs Greengrass étaient des sorciers des plus recommandables et avaient eu la chance de faire un mariage d'amour. Ils avaient élevés leurs enfants dans les règles de l'art sorcier mais certains les trouvaient trop laxistes sur quelques points. C'était le cas de tante Walburga qui avait désacralisé la famille Greengrass dans l'esprit de Narcissa lors de son adolescence. La jeune Black ne jurait que par eux et au repas de Noël, alors qu'elle avait 14 ans, au bout de la longue table de Noël, on entendit le rictus de la tant redoutée tante. Puis, après avoir patiemment attendu que tous les regards intrigués se posent sur elle, elle s'était levée cérémonieusement comme elle savait si bien le faire et pendant une dizaine de minutes, fit la critique de cette famille. Voyant l'approbation de la plupart des membres de sa famille et notamment ses parents, Naricssa s'était mise à pleurer. Mais elle n'avait rien rétorqué, elle n'avait pas pris leur défense et depuis cet instant, elle prit de la distance avec eux. Ophélia pourtant ne l'avait pas lâché, se moquant des médisances des Blacks. Malgré tout, elle lui avait été restée fidèle. Mais quelque chose s'était rompu et cela faisait longtemps maintenant qu'elle n'était pas aller voir les Greengrass. Alors les voir présents pour son mariage avait un effet très apaisant, ils étaient souriants et ravis et pourtant encore sans doute touchés par la mort d'Ophélia. Non loin d'eux, quelque peu reculé, elle vit Caractacus. Il lui sourit timidement mais on sentait son désarroi quant à voir la femme qu'il aimait, se marier avec un homme qu'il désapprouvait totalement. Narcissa ne lui prêta pas trop attention surtout qu'à son côté, il y avait Percus Flint, un autre sorcier dont elle se serait volontiers passé de la présence. Mais le pire était sur l'autre rangée. Narcissa vit, en effet, la ribambelle de mangemorts et elle ne put les détailler un par un, leurs présences la dégoûtait profondément. Au-delà de leur froids regards, aucune sincérité ni même une once de joie émanait de leur corps nonchalants et livides. Si ça n'avait tenu qu'à elle, seuls sa sœur, son père et le père de Lucius auraient été présents. Mais il fallait désormais construire l'image de Mrs Malefoy.

Elle s'approchait un peu plus de Lucius et, expirant une dernière fois, lâcha le bras de son père et prit la main de son futur époux. Mr Black était ému et mélancolique. En quelques mois seulement il avait perdu toutes les femmes de sa vie, tout ce qu'il avait construit et dont il était fière, il avait vu s'envoler toute son existence. Mais il devait se résigner et il se contenta d'espérer le meilleur pour sa fille tout en prenant place à côté du rigide Abraxas Malefoy.

Dans les yeux de Narcissa, il était beau, vêtu de blanc, élégant, droit, fier et son regard passionné ne pouvait prouver davantage tout l'amour qu'il portait au petit bout de femme qui venait à sa rencontre. Avec une extrême délicatesse, elle posa sa main sur la sienne. Comme par pure magie, toute forme d'angoisse et autres nuisances disparurent. Ils esquissèrent un timide sourire qui signifiait pourtant beaucoup pour eux. Le reste de la cérémonie se passa sans encombre, instaurant un merveilleux souvenir à Narcissa qui avait pourtant tellement appréhendé cette journée. L'alliance que Lucius lui passa au doigt était ornée de toutes petites émeraudes. Ce détail la fit songer à sa mère. Elle aurait aimée qu'elle soit là, présente pour le mariage de sa dernière fille. Narcissa sortit rapidement de ses pensées, ramenée à la réalité par son sorcier qui lui lançait de puissants et amoureux regards. Leur premier baiser de jeunes mariés n'eut rien d'exceptionnel mais son côté naturel et logique légitimait cet amour qui était aujourd'hui célébré. Main dans la main, désormais pour l'éternité, ils regagnèrent la grande salle du manoir qui était pour l'occasion ouverte sur le jardin. Tout semblait irréel et tellement féerique, une forme incroyablement pure de magie permettant à Narcissa de voir autour d'elle que ce qui la rendait heureuse. Les mangemorts et autres dangerosités ne l'atteignaient désormais plus. Elle se souvenait très distinctement du sentiment enivrant de danser dans sa longue et soyeuse robe, retenue au bout de ses doigts par l'homme à qui elle venait de s'unir pour le reste de ses jours. Elle voyait le visage innocent et enfantin de Regulus, heureux comme jamais il n'avait paru l'être. Il riait et avait fait quelques pas de danse avec sa cousine. Il avait même paru à Narcissa que lui et son frère avait discuté et même rit ensemble, chose qui tenait de l'extraordinaire en ces temps troubles chez les Black. Bellatrix avait pris sa sœur dans ses bras, les yeux sombres mais humides, symbolisant leur amour mutuel malgré leur chemin qui se séparaient. Cependant, elle devenait peu à peu une des cibles de premier choix pour les aurors et sa survie dépendait de sa capacité à fuir et donc elle s'éclipsa rapidement avec son monstrueux mari. Cassiopée non plus ne resta pas longtemps, son seul intérêt étant Bellatrix et sa capture qu'elle avait loupée de peu. Le reste de l'assemblée était coupé en deux; d'une part de mornes créatures qui se contentaient de faire acte de présence et d'autre part, les quelques personnes qui avaient de l'intérêt. Le mariage semblait tellement insignifiant pour certains que beaucoup partirent, utilisant comme excuse le risque qu'ils prenaient à être inactifs. Le nombre de convives passa donc à 15, essentiellement composé de Black et de Greengrass, illuminant la fin de journée de la mariée. La bonne partie de ses résistants était des Blacks ou des amis proches, prouvant leur réel allégeance aux Malefoy.

Lucius et Narcissa n'avaient pas prévu de lune de miel. Le sorcier prenant de plus en plus d'importance sur la scène politique, il ne pouvait s'absenter trop longtemps loin du ministère et des affaires épineuses. Mais personnes cependant ne restait coucher au manoir, un coup de transplanage ou de poudre de cheminette suffisant pour rentrer rapidement. Le père de Lucius était parti à l'étranger dans la soirée, encore une fois, pour régler un gros problème politique apparemment. Dobby traînait dans un placard, sûrement heureux d'avoir une toute petite liberté pour la soirée mais s'inquiétant probablement de tout le nettoyage qui l'attendait le lendemain. Ils étaient donc là, seuls et heureux, se laissant aller à une dernière valse. Le manoir était vide.

- Un petit whisky pur feu mon amour ? demanda sensuellement Narcissa à l'oreille de Lucius tout en caressant le pâle et heureux visage de ce dernier.

- J'ai une meilleure idée, susurra-t-il à son tour, plein de sous-entendus.

Il la prit toute entière dans ses bras. Narcissa nicha sa tête dans le cou de son mari, et le couvrit de baisers. Elle ne touchait plus le sol, comme dans un rêve, elle nageait dans les bras de son amour. Lucius resserra l'étreinte, il avait l'impression que serrer le corps de la sorcière lui faisait toucher l'éternité. Monter les escaliers n'avait jamais semblé si compliqué. Alors qu'ils s'approchaient de l'endroit le plus propice pour le déploiement de leur amour, un courant d'air se fit ressentir. Lucius lâcha directement sa bien-aimée qui fut traversée de milliers de frissons. Ce sentiment ne pouvait signifier qu'une chose. Il était là. Tout s'effondrait pour Narcissa. Son sorcier devint livide et terriblement sérieux. Laissant de côté sa femme, il s'approcha de la chambre qu'il occupait avec Narcissa. Touchant la poignée glacée, il espérait ne pas voir ce dont il craignait. Malheureusement une fois la porte ouverte, le regard injecté de sang si particulier les transperça tous les deux. Alors que Lucius s'empressa de baisser les yeux et la tête en signe de salut, Narcissa fut parcourue d'une peur et d'une rage inconditionnelle.

- Narcissa… commença le Seigneur des Ténèbres, intrigué devant l'insolence de la jeune femme. Nous ne nous sommes jamais vraiment rencontré dis-moi… déclara-t-il de son habituel ton évasif. Ta sœur m'a quelquefois parlé de toi. Pourtant ton époux, jamais. Auriez-vous tous les deux quelque chose à me cacher ? demanda-t-il le plus calmement du monde, se promenant dans la chambre des mariés.

- Oh non maître, s'empressa de se défendre Lucius, qui n'était désormai constitué que de peur.

- Bien, bien, continua le mage noir tout en caressant tendrement le serpent qui venait de sortir de sa robe de sorcier et se promenait sur le corps de ce dernier. Je ne vais pas vous déranger plus longtemps. Je ne suis pas là pour vous souhaiter mes vœux de bonheur, je vous féliciterai une fois que tu auras accompli la mission que je vais te donner Lucius, expliqua-t-il plein d'attentes dans la voix. Dans ma grande bonté je me suis dit que j'allais personnellement te convier à la réunion de ce soir, déclara-t-il sur un ton sadique.

- Oh maître, c'est que … balbutia, gêné, le concerné.

- Comment Lucius ? Je n'ai pas entendu ! gronda plein de haine et le ton menaçant au possible le puissant sorcier.

Le jeune marié referma directement la bouche et sans un regard vers sa femme, il s'empressa de transplaner. Abasourdie, furieuse et choquée, Narcissa arrivait à peine à comprendre la scène qui se déroulait sous ses yeux. Elle comprit bien vite quand le Seigneur des Ténèbres prit entre ses grands doigts glacés le visage de porcelaine de la jeune femme.

- Magnifique, commenta-t-il en l'examinant, si j'avais su, tu aurais fait partie de mes partisans depuis plus longtemps que ta sœur et ta cousine, songea-t-il en détaillant sans scrupules le visage de Narcissa qui tentait de se débattre.

Avec toute la rage qui l'habitait à cet instant, la jeune femme appuya lourdement son regard. L'instant d'après elle était à terre, le nez rejetant quelques gouttelettes de sang. Au-dessus d'elle, droit et puissant il la regarda avec tellement de mépris qu'elle crut que son âme allait se déchirer sous le foudroiement de son terrifiant regard.

- Ne t'avise plus jamais de me regarder droit dans les yeux, est-ce clair ? menaça-t-il ultimement.

Face à l'absence réponse de cette dernière il sortit précipitamment un bout de bois de sa robe de sorcier usée.

- Doloris.

Narcissa cru recevoir la foudre dans tout son être. Elle avait presque oublié cette terrible sensation qui paralysait tout son corps et anéantissant une partie de son âme. Des larmes se mirent à couler. Par terre, à côté d'elle, la frôlant, le sordide serpent du mage noir sifflait amèrement.

- Est-ce plus clair maintenant ? reprit-il.

- Oui maître, céda à bout de force la jeune sorcière démunie.

- Bien, j'espère que ton mari remplira correctement sa mission sinon… peu importe tu le sauras bien assez tôt… annonça-t-il mystérieusement et toujours aussi sadique. Mais il faut que toi de ton côté tu joues parfaitement ton rôle. Je suppose que vous n'avez pas eu le temps de beaucoup vous parler toi et ton mari, ni même avec ta sœur. Il te faut donc savoir que de nombreuses personnes se sont battues pour que tu ne deviennes pas une mangemort. Ta cousine en particulier était décidée à ce que tu restes intacte. Je trouve cela dommage mais si j'ai accepté de ne pas te marquer, ce n'est pas pour autant que tu ne vas pas m'obéir, affirma-t-il avec un rictus qui fit trembler la jeune femme toujours à terre. Déjà, tu vas quitter ton travail. Il est hors de question que tu soignes des sang-de-bourbes ou autres créatures de la même race. Et puis ça n'a pas de sens que tu t'emploies à sauver les sorciers que nous cherchons à tuer, déclara-t-il plus méprisant que jamais. Ensuite, tu épauleras largement Lucius dans sa conquête du ministère. Je ne sais pas, débrouillez-vous pour tous les manipuler, je veux jouir et disposer à ma guise de tous les pouvoirs y compris ceux du ministère. Et puis, il y a une dernière chose…

Le terrible sorcier se pencha vers le corps tremblant de Narcissa. Il observa à quel point il la terrifiait et quel était l'étendue de son pouvoir. Avec un sourire sadique et pervers il siffla son animal de compagnie. Le serpent rampa le long du corps de Narcissa et arriva câlin autour des mains de son maître.

- Il faut que tu t'appliques à faire prospérer la dynastie des Malefoy.

Il se releva, laissant le temps à la jeune sorcière de comprendre sa demande.

- Il faut évidemment repeupler ce monde par de véritables sorciers, des sangs-purs. Il est donc primordial que Lucius et toi ayez des enfants. Je t'invite donc à prendre à cœur ton rôle d'épouse, déclara-t-il sur le ton de l'impératif, laissant bouche-bé la jeune mariée. J'espère avoir été assez clair pour ton esprit lent. Je te souhaite une agréable nuit Narcissa, finit-il avec un sourire satisfait avant de transplaner.

Narcissa était là, seule, démunie, impuissante, haineuse, terrifiée et pourtant fraîchement mariée. Alors c'était ça la vie qui l'attendait ? La vie en tant que Malefoy ?

Adossée contre la grande fenêtre glaciale de la bibliothèque, Narcissa observait les allées du jardin. Dans sa tête, les cris de cette femme résonnaient et elle ne pouvait se résoudre à retourner dans le salon, même l'approcher. Un jour, Lucius et Bellatrix étaient revenus avec elle. Une femme enceinte et déjà mal en point qui gémissait, suppliait, la bouche saignante. Lucius, tel un automate avait relevé la manche et le reste de la scène se passa trop vite pour elle. Le Seigneur des Ténèbres avait débarqué dans la seconde qui suivit et brutalisa au possible cette pauvre femme. Lucius la regardait, méprisant. Bellatrix hurlait des injures. Le mage noir la traitait comme un jouet. Elle agonisa une ou deux minutes après. Narcissa ne sut jamais de qu'il s'agissait. Mais elle se rappela du regard noir et dur qu'avait son mari, qui ne s'était d'ailleurs pas rendu compte, ou avait fait comme si, de la présence de sa femme.

La bibliothèque était l'un des seuls endroits de la demeure où elle se sentait à peu près bien, à peu près chez elle. Le reste n'appartenait qu'à lui, à cet être abominable. Dès qu'il le souhaitait, il prenait possession des lieux comme si elle et Lucius n'étaient que de vulgaires domestiques qui gardaient la maison en son absence. Mais depuis quelques jours, plus rien. Lucius répondait aux abonnés absents, son père aussi. Bellatrix n'était pas venue depuis un moment, probablement trop occupée à torturer et tuer. Il n'y avait qu'elle, dans ce grand et sombre manoir. Il commença à pleuvoir, très étonnant pour un mois de Novembre dans le Wiltshire.

Narcissa fut coupé dans ses pensées par l'apparition de sorciers vers le portail. Ils avaient transplané et c'est ce qui avait attiré le regard de la jeune femme, la lumière éblouissante qu'ils émettaient indiquait de qui il s'agissait. Elle vit Dobby, frêle et petit, se précipiter à leur rencontre. Il leur ouvrit timidement après qu'il ait vu le badge qui indiquait leur statut et la raison de leur présence. Narcissa soupira et se demanda qu'elle mensonge elle allait devoir inventer cette fois pour couvrir son mari. Quelque instant plus tard, elle entendit Dobby toquer peureusement contre la porte en bois de la bibliothèque. D'un coup de baguette Narcissa fit ouvrir la porte.

- Fais les entrer, déclara-t-elle sans même regarder le petit être pâle et maigrichons.

Il repartit rapidement et la minute d'après, elle entendit les pas de trois hommes. Elle avait vu de qu'il s'agissait.

- Mon mari ne peut vous recevoir malheureusement Mr Potter. Puis-je vous renseigner ? demanda-t-elle froidement, toujours les yeux rivés sur son jardin.

- À vrai dire, c'est pour vous que nous sommes ici Mrs Malefoy, annonça gravement voire même désolé le sorcier.

Interloquée, Narcissa se retourna pour leur faire face. L'air sombre, elle demandait silencieusement des explications.

- Nous venons tout juste de votre ancien domicile.

Narcissa se redressa instantanément et les battements de son cœur s'accélérèrent.

- Nous avons retrouvé le corps de votre père là-bas, nous pouvons affirmer qu'il a été victime d'un meurtre. Toutes mes condoléances.

Elle eut soudain du mal à respirer. Sa bouche entrouverte laissait difficilement passer l'air qui lui manquait.

- Je… vous en êtes certains ? demanda-t-elle.

Elle connaissait la réponse; évidemment qu'ils en étaient sûrs. Mais le hochement de tête positif de Potter acheva la jeune femme qui s'écroula à terre. Portant à sa main à son cœur pour tenter de le calmer, les larmes tombaient sur le parquet. Aucun son pourtant ne sortait de sa gorge nouée. Fixant le sol, elle n'osait regarder les hommes qui se trouvaient à quelque mètre d'elles. En temps normal elle se serait fait violence pour paraître si faible devant eux mais là, elle ne pouvait se résoudre à se contrôler. Quelques minutes plus tard, elle vit les chaussures de Potter devant elle. Elle le vit s'accroupir et elle leva quelque peu la tête pour lui faire face. Il semblait plein de pitié et de compassion pas même effrayé par la tristesse haineuse qui se lisait sur le visage de son interlocutrice. Il appuyait même son regard.

- Je vous promets que nous allons retrouver la personne qui a commis cet affreux crime et il paiera pour ça.

Il avait posé la main sur son épaule et son regard brûlait de détermination. Étrangement, Narcissa se sentit apaisée, enfin pas vraiment, plutôt reconnaissante de son altruisme qu'en temps normal elle aurait trouvé déplacé. En partant il déposa une lettre sur la table basse. Puis salua poliment la jeune femme qui était toujours à terre.

Lucius entra essoufflé dans la pièce sombre, les yeux rougis et le teint plus pâle que d'habitude. Il semblait être vaguement rassuré de voir sa femme assise sur le fauteuil. Il se précipita vers elle et instinctivement pris sa tête entre ses mains. Il fut cependant terrifié du regard qu'elle lui lança. Elle posa le vers de whisky pur feu qu'elle tenait et s'empressa de retirer les mains de son mari de son visage. Son regard brûlant de haine demandait des explications. Debout face à elle, démuni, il ne savait pas par quoi commencer.

- Je suis désolé pour ton père, annonça-t-il.

Le sang de la jeune femme ne fit qu'un tour et ses yeux s'agrandirent de stupeur et de rage. Elle se leva et son visage fut collé à celui de l'homme qui se trouvait en face d'elle. La pluie n'avait cessé et elle tapait désormais contre les carreaux des vitres de la lugubre pièce. La lumière des chandelles éclairait le visage meurtri par la tristesse de la jeune femme.

- Comment sais-tu pour mon père ? cracha-t-elle.

Lucius se rendit compte de son erreur. Il ferma les yeux quelques instants, jurant intérieurement contre lui-même. Il lui prit les épaules pour la rassurer mais rien n'y fit, elle se détacha à nouveau de son emprise.

- Écoute moi Narcissa, je suis désolé de m'être absenté aussi longtemps mais je n'avais pas le choix et puis il m'a, il nous a demandé enfin plutôt mis au défi et…

- J'en ai rien à foutre de savoir avec quel sortilège tu lui lèches les pieds. Que sais-tu sur mon père ? cracha-t-elle à nouveau.

- C'est ce que je m'apprêtais à te dire avant que tu ne m'interrompes, s'irrita-t-il. Il m'a mis au défi avec Rodolphus. L'un de nous devait tuer ton père ou sinon une personne qui nous ai chère mourrai.

Ce fut comme un maléfice d'explosion qu'on lui jetait en pleine tête. Folle de rage elle le prit par le col et sortit sa baguette qu'elle pointa sur sa nuque. Ses yeux étaient l'affreux mélange entre une profonde tristesse et une colère intense. Elle le distinguait à peine tant ses yeux étaient embrumés par les larmes. Mais lui, le cœur s'accélérant et se déchirant, il la percevait très bien. Il sentait tout aussi bien le bout de bois contre son cou.

- Est-ce que tu penses un seul instant que c'est moi qui est assassiné ton père ? demanda-t-il amèrement et déçu.

Un long silence s'en suivit. Seuls la pluie et l'orage comblaient le vide sonore qui s'était imposé dans la pièce. Narcissa ne savait pas quoi répondre. Est-ce qu'elle pensait que son mari avait tué son père ? Elle l'imaginait tout du moins et c'était bien assez. De plus en plus désemparé par la réponse silencieuse de la femme qu'il aimait, les larmes s'engloutirent dans les yeux du jeune homme, accompagnées par une rage glaciale. Il frappa la baguette pointé sur son cou d'un revers de main et le regard colérique, se dirigea vers la fenêtre où elle avait passé la moitié de sa journée.

- Si j'avais tué ton père, ta sœur ne serai plus de ce monde non plus. Je pense que je mérite un minimum de reconnaissance.

- Comment ? demanda Narcissa, confuse et haineuse au plus haut point.

- Si Rodolphus avait échoué, c'est Bellatrix qui aurait été sacrifiée, expliqua-t-il sèchement.

- Alors c'est lui qui a tué mon père… conclut la jeune femme.

- Et tu sais qui j'ai perdu pour ça ? grogna de rage l'homme en se retournant pour faire à nouveau face à sa bien-aimée. Mon père est mort ! Il a servi de cobaye à un hippogriffe ou devrais-je dire, a servi de REPAS !

Il s'approcha à nouveau de sa femme et pris d'une rage intense lui prit férocement les épaules.

- J'AI SACRIFIÉ MON PÈRE POUR TOI, TU COMPRENDS ?!

- ET MON PÈRE EST TOUT AUSSI MORT QUE LE TIEN ! TU N'AS RIEN SACRIFIÉ POUR MOI LUCIUS, TU T'ES CONTENTÉ D'ÊTRE FAIBLE ET C'EST TOUT ! hurla-t-elle retirant l'emprise qu'il avait sur elle.

Les yeux du sorcier s'agrandirent et il était facile de percevoir toute la colère qui l'habitait. La seconde qui suivit, un hurlement déchira la pièce après un claquement. Ça avait été plus fort que lui, et il ne le regrettait même pas. Il venait de la gifler, il venait de gifler Narcissa, sa femme qu'il aimait tant pourtant. Elle était à terre, hurlant sa peine, le parquet se remplissant de ses larmes. Lucius s'était empressé de venir la voir juste après la fin de sa mission, juste après avoir assisté à la mort de son père. Il voulait la voir, vivante et en bonne santé, prête à partager sa peine avec lui. Mais au lieu de ça, elle était à terre, la joue rouge tout comme le reste de son visage, perdant un peu de sa vie. Il allait donc partager sa peine seul.

Il partit et avant de claquer la porte il lui annonça :

- Ne t'avise plus jamais de me parler comme ça Narcissa. Désormais tu es ma femme alors comporte toi comme tel.