Chapitre 26: Jouer les apparences

- Que penses-tu de Shackelbot ? Il commence à prendre de l'importance au ministère, questionna le jeune sorcier.

- Même si c'est le cas, je ne le pense pas prêt à se plier ou à jouer en notre faveur, il est encore trop attaché à ses valeurs de Gryffondor, répondit Lucius, prenant un air supérieur, considérant l'homme en question comme étant encore un écolier.

- Je me contenterai de l'observer alors, conclu la jeune femme.

D'un coup de baguette, la petite fiche portrait du sorcier concerné fut tamponnée. On pouvait y lire en majuscules rouges : "À OBSERVER". Lucius triait quelque papier juste à côté. Il avait mis ses petites lunettes rondes qui lui donnaient un côté très intellectuel. Il avait réussi à convaincre Narcissa de passer un peu plus de temps avec lui et de ne plus s'éviter. L'organisation du bal de Noël avait été, il fallait l'avouer, un prétexte formidable. Durant une assez longue semaine, lui et Narcissa s'étaient occupés de la paperasse et il ne restait désormais que quelques détails ce qui attristait le jeune sorcier. Il imaginait déjà les journées recommencer sur le même rythme qu'avant; sa femme tentant d'éviter tous contacts avec lui ou même refuser même de dialoguer ce qui avait le don de le rendre fou de rage et qui lui transperçait le cœur. Il voulait à nouveau sa femme, celle qu'il aimait et qu'il avait toujours aimée mais l'incident de cette nuit-là était irréparable et il l'avait bien compris. Mais si ces derniers jours allaient être les derniers où ils seraient aussi proches, il devait tenter le tout pour le tout.

- Tu te souviens du dernier bal ici ? demanda-t-il faisant mine d'être évasif, toujours plongé dans des papiers qu'il ne lisait pas.

Interloquée, Narcissa leva la tête et, fronçant les sourcils, elle se demandait où il voulait en venir. Elle se remémora soudainement le bal d'il y avait quelques mois. Leur première rencontre. Elle trouvait ça fou. Elle avait toujours considéré sa vie comme insipide et morne mais les derniers mois avaient été rudes et il c'était passé plus de chose que dans tout le reste de sa vie. Le retour de Cassiopée, le camp qui avait permis aux deux sorciers de se découvrir et de s'aimer, le mariage de sa sœur, la mort de ses parents, son propre mariage et la constante lutte entre le ministère et le mage noir qui ne cessait d'augmenter. Il y avait aussi eu la grossesse d'Andromeda. Ce détail la percuta de plein fouet. Narcissa avait durant ces derniers mois, complètement délaisser sa sœur et son bébé. Elle eut un soudain sursaut qui ne manqua pas d'échapper à Lucius qui sortit enfin la tête de ses papiers.

- Cissa ?

Même si ce surnom l'avait longtemps irrité, maintenant, la concerné était habituée.

- Oui, euh… il faut que j'aille faire quelques… courses, menti-t-elle pressée.

Elle se leva précipitamment fit un acio manteau et s'en alla. Comme par automatisme, juste avant de partir elle se dirigea vers son époux et l'embrassa rapidement. Puis sans attendre une seconde de plus, elle transplana. Lucius était là, assit, penaud et son cœur ne suivait plus un rythme cardiaque normal. Cela faisait plusieurs semaines que le contact était quasiment impossible avec elle et voilà qu'elle l'embrassait, c'était à ne plus rien comprendre.

Lorsqu'elle se trouva dans le chemin de traverse, Narcissa se rendit compte de ce qu'elle venait de faire. Elle se mit à rougir, en plein milieu de la rue. Rapidement, elle se ressaisit et se dirigea vers le magasin de jouet espérant trouver quelque chose de convenable. Il y avait un peu de monde, chacun finissant ses derniers achats de Noël. Le magasin de jouets était tenu par une petite femme qui semblait sautiller de partout et on aurait pu croire qu'elle s'était infligé un sortilège pour sourire constamment. Narcissa se dirigea vers le rayon des peluches. Elle ne savait pas s'il s'agissait d'une fille ou d'un garçon et elle tentait de trouver une peluche qui conviendrait au deux. Elle hésitait entre le dragon qui battait des ailes avec ses grands yeux rouges et le farfadet qui dansait. Elle ne voulait pas orienter son ou sa filleul vers les Gryffondor mais peut-être pas non plus vers les Irlandais.

- Narcissa ?

La sorcière se retourna précipitamment vers la source de l'appel. Là, elle vit une tête qu'elle connaissait bien: Josie Greengrass. Elle se sentie quelque peu triste, repensant à la mort de son amie et sœur de Josie mais voir un visage familier et d'autant plus, celui d'une Greengrass lui réchauffait le cœur et puis elle avait un peu le même regard qu'Ophélia. Narcissa revoyait en elle les quelques moments de joie qu'elle avait passé avec sa meilleure amie qui maintenant veillait peut-être sur elle.

- Josie ! Ca fait si longtemps ! Comment vas-tu, et ta famille ? s'empressa de demander la jeune sorcière.

- Tout le monde va bien, maman commence à passer à autre chose, la mort d'Ophélia a été très dure pour tout le monde… avoua-t-elle très sombrement. Mais il y a aussi de très bonnes nouvelles ! s'empressa-t-elle d'ajouter pour ne pas plomber la conversation. Jaden s'est marié, oh il a fait ça en comité réduit… elle resta évasive, sentant qu'elle ne devait pas tout dévoiler. Et puis je vais me marier !

- Vraiment ?! C'est formidable ! Qui est l'heureux élu ?

- Nott !

Narcissa fut surprise. Elle n'avait pas pensé que Josie, qu'elle considérait en tout honnêteté comme une des plus jolies filles, terminerait avec le vieux Nott qui s'impatientait d'avoir un héritier. Mais elle comprenait mieux que personne la dure et officieuse loi qui faisait que les femmes de leurs familles n'avaient pas forcément le choix. Et puis après tout, Nott était relativement gentil et Narcissa savait qu'il la traiterait bien.

- Toutes mes félicitations !

- Ce n'est pas encore tout à fait officiel mais d'ici peu tu recevras probablement une invitation. Mais je suis là pour mon neveu, ah oui, la femme de Jaden est enceinte alors pour Noël il faut penser à un petit quelque chose ! Et toi, que fais-tu là ?

- Moi aussi… commença-t-elle enthousiaste.

Soudain elle se rappela qu'elle ne devait plus parler de sa sœur, cela la mettrait en danger. Mais elle ne pouvait pas dire que Bellatrix était enceinte, c'était pire. Devant la gêne de son amie, Josie s'approcha, la sourire et lèvres et demanda:

- C'est pour quand ?

Narcissa ne comprit d'abord pas. Puis, voyant la malice dans les yeux de son interlocutrice elle se mit à rougir face au sous-entendu.

- Oh, non, je veux dire ce n'est pas ce que tu crois, se dépêchait-elle de dire en secouant les mains négativement.

- Lucius est au courant ? Vous savez si c'est un garçon ou une fille ? questionna la jeune sorcière, curieuse.

- Non, enfin… Narcisse se ressaisit. Ce n'est pas du tout officiel et j'aimerais que ça reste entre nous si c'est possible…

- Oh, je vois ! Tu peux me faire confiance ! Bon, il faut que j'y aille, Nott m'attend ! À une prochaine fois ! Oh et, je te conseil le dragon !

Puis, elle s'engouffra dans la foule de la rue commerçante. Narcissa regarda autour d'elle et cru entendre des rires étouffés et autres messes basses. Elle rajusta son manteau et, sous le conseil de son ami, elle prit le petit dragon. Elle ne s'attarda pas plus et, dans une ruelle un peu isolée, elle transplana. Elle se retrouva derrière une locale poubelle de la rue de Woodvale, elle pesta. Puis, discrètement, comme si elle ne voulait réveiller personne, elle se précipita devant la maison de sa sœur et toqua vigoureusement comme si elle suppliait le droit d'asile. Un homme ouvrir, l'air un peu penaud, il la dépassait d'au moins une tête. Ses cheveux étaient en bataille et ses yeux gris lui donnaient un air rêveur. Il avait un sourire constant qui ne s'effaçait visiblement pas. Il respirait la joie de vivre et c'était typiquement le genre de personne que Narcissa avait peu l'habitude de rencontrer. S'il semblait quelque peu désorienté, la jeune sorcière avait tout de suite reconnu Ted Tonks. Elle tenta de paraître amical. Et lorsqu'elle jura contre elle-même après avoir tenté un sourire, il eu soudain une illumination.

- Narcissa ? s'assura-t-il.

La concernée acquiesça, heureuse de ne pas rester dans cette situation qui devenait gênante. Puis alors qu'elle allait ouvrir la bouche, elle entendit un petit cri venant de l'intérieur. Des rires s'en suivirent. Ce petit cri aigu et heureux ne pouvait signifier qu'une seule chose; elle était désormais tante et un nouveau Black venait de naître. Devant la joie lisible sur son visage, le sorcier la laissa entrer toujours le sourire aux lèvres. Elle se souvenait un peu de la maison, elle se dirigea donc vers le salon qu'elle soupçonnait être la source du bruit. Là, elle vit l'une des plus belles scènes auquel il lui était permis d'assister. Andromeda était là, rayonnante et dans ses bras, un petit être qu'elle devina être une petite fille par ses yeux verts éblouissant. Sa sœur remarqua sa présence et se leva du canapé, elle était si heureuse.

- Par Merlin Cissy ! Je ne t'attendais plus !

Elle se précipita dans les bras de sa sœur tout en faisant attention au bébé.

- J'aurais dû venir plutôt je suis désolée, commença Narcissa.

- Mais qu'est-ce que tu racontes ! Tu as ta propre petite vie maintenant ! Oh, je te présente Nymphadora Tonks ! déclara-t-elle alors que Narcissa ne pouvait détacher son regard de la petite fille.

- Elle est magnifique Andy, s'extasia-t-elle.

- Oh ma petite Cissy, tu m'as tellement manqué, viens, assieds-toi, il faut absolument rattraper tout ce temps perdu.

Elles s'exécutèrent. Ted partit dans la cuisine préparer du thé et Andromeda continuait de bercer sa fille tout en écoutant attentivement sa sœur.

- Les dernières nouvelles que j'ai eu de toi ne semblaient pas très bonnes, et depuis plus rien, enfin pas tout à fait. Karen est venue me voir, et elle m'a raconté les grandes lignes, mais je veux ta version.

- Je suppose qu'elle t'a parlé de la fin du camp… commença-t-elle, extrêmement triste.

- Oui, elle m'a dit ce qui t'est arrivé, je suis désolée, c'est horrible, dit-elle, compatissante, en posant sa main sur celle de sa sœur.

- Ca va, ne t'inquiète, je suis passée à autre chose, et puis il n'y a plus aucune chance que je croise à nouveau ce… peu importe.

Depuis les récents évènements, Narcissa avait presque oublié cet affreux moment. Gideon n'était désormais qu'un mauvais souvenir et elle le savait puni. Mais elle savait que ce terrible sentiment, ces indescriptibles sensations étaient en elle et qu'ils pouvaient ressurgir n'importe quand.

- Et avec Lucius ? Et Cassy ? interrogea impatiente la plus grande.

La cadette répondit en montrant sa main, sur laquelle se trouvait sa bague de mariage, une émeraude qui tirait sur le gris.

- Nous nous sommes mariés il y a deux mois, dit-elle plus ou moins joyeusement mais tout en baissant les yeux, constatant à quoi cela avait mené.

- Cissy ? demanda Andromeda, préoccupé de voir sa sœur avec les yeux humides.

- Ca ne se passe pas très bien à vrai dire… D'abord, au camp, j'ai appris que lui et Cassy avait eu une petite histoire et qu'elle avait été enceinte. J'ai tenté de me persuader, en les écoutant, qu'il n'y avait plus rien entre eux mais… Je ne sais pas, Lucius était sincère mais Cassiopée... c'est une véritable traître Andy, je la hais, déclara-t-elle pleine de rage.

La mère de famille confia la petite Nymphadora à son mari et prit sa petite sœur dans ses bras, caressant sa chevelure d'or murmurant doucement des "Chuts, Chuts". Narcissa ne savait même pas pourquoi elle faisait ça, pourquoi elle se laissait aller comme ça. Peut-être l'accumulation de ces dernières semaines qui commençait à prendre trop de place de son cœur et qui l'étouffait. Elle se calma assez vite elle ne voulait pas faire de la peine à sa sœur et puis elle n'était pas là pour couiner telle une enfant.

- Cassiopée est devenue Aurore et ce depuis presque son retour en Angleterre, elle a trahi Bellatrix et Lucius et elle a tenté de profiter de moi pour avoir des informations. Si jamais tu as le malheur de la croiser, je t'en supplie, tu dois me promettre de fuir ! supplia-t-elle affolée.

- Je te le jure Cissy, calme toi… continuait de s'inquiéter sa sœur.

- Je suis désolée mais depuis la mort de maman et papa…

- Oui, j'en ai été profondément bouleversée… annonça-t-elle tristement. Karen m'avait informé pour maman et puis pour papa, quel scandale ça à fait… ils ont trouvé qui a fait ça ?

- Non, peut-être, je ne sais pas, je dois me rendre au ministère dans quelques jours pour les aider dans leur enquête…

- Narcissa, tu sais qui a fait ça ? tenta de découvrir sa sœur, sentant la confusion ans le cœur de sa sœur.

Cette dernière releva la tête et tombant dans les iris foncées de sa grande sœur. Devait-elle lui avouer? Lui parler de son pacte avec Bellatrix ? De sa dispute avec Lucius ? Elle regarda rapidement la pièce et tomba nez à nez avec la petite Nymphadora. Elle la trouvait tellement belle, tellement rayonnante. Et puis Andromeda et Ted semblaient si heureux. Elle se résolut. Elle ne dirait rien, elle n'avait pas de besoin de savoir, heureusement pour elle, elle ne faisais plus partie de ce monde-là. Elle replongea ses yeux dans ceux de sa sœur et, tentant d'accumuler toute la haine qu'elle avait en elle (ce qui était à ce moment précis, assez simple) et d'une voix sombre répondit :

- Si je savais qui c'était, il serait déjà mort.

Et c'était quelque peu le cas. Rodolphus était mort dans son esprit, il ne comptait, ne valait plus rien et à la première occasion, elle se promettait de lui faire payer. Voyant la rage de sa sœur, Andromeda n'osa pas creuser plus, mais elle sentait que Narcissa cachait quelque chose. Cette dernière secoua la tête comme pour chasser des idées noires et retrouva le sourire, de son manteau, elle sorti la petite peluche qu'elle avait acheté tantôt. Elle s'approcha de la petite fille qui était dans le bras de son père et, plein d'espoir et d'amour, tendit le jouet à l'enfant. De ses petites mains pelotées, elle saisit le petit dragon qui émit un grognement suivi d'un battement d'ailes. La seconde d'après Nymphadora riait arrachant un pur sourire à sa tante et marraine. Puis, stupéfaite, Narcissa eu un mouvement de recul en voyant les yeux de la petite devenir bleues. Ébahi elle demanda silencieusement à ses parents ce qui venait de se produire. Les deux sorciers sourirent face à l'étonnement de la jeune femme. Andromeda s'approcha à son tour.

- Nymphadora est une métamorphomage, expliqua-t-elle.

- vraiment ? C'est incroyable, c'est une caractéristique tellement rare, s'émerveilla Narcissa.

-ah ça doit être Fabian et Karen, soupçonna Ted après que la sonnette est retentit.

Il partit ouvrir la porte et peu de temps après, Narcissa vit débarqué Karen et derrière elle Fabian Prewett. Elle était à la fois heureuse de retrouver celle avec qui elle avait partagé une partie de sa vie et à la fois, voir le frère de Gideon ne la mettait pas très à l'aise.

- Mademoiselle? Demanda Karen pour confirmer la présence de Narcissa.

- Oh je t'en prie, ne m'appelle plus comme ça ! gronda-t-elle gentiment. Comment vas-tu Karen ? demanda-t-elle avec bienveillance.

-oh ça va ! Nous nous sommes mariés il y a quelques jours, oh mais je ne vous ai même pas présenté! s'exclama-t-elle en voyant son mari apparaître dans la pièce.

- Fabian, voici Narcissa Black, mon ancienne maîtresse, euh employeur, rectifia-t-elle après avoir vu l'irritation de Narcissa au mot maîtresse. Et voici mon mari, Fabian Prewett, annonça-t-elle fièrement.

- Monsieur, salua poliment mais froidement la jeune femme.

- Puisque mon frère n'a pas eu le cran de le faire, je tiens à m'excuser pour lui, commença-t-il, sentant la réserve de la jeune femme. Ce qu'il a fait est le contraire de ce à quoi nous aspirons, je vous le jure, insista-t-il. Mais je vous remercie de ne pas l'avoir envoyé à Azkaban, il reste mon frère et j'en aurai été profondément attristé. Sachez qu'en plus de sa punition infligé par le ministère, il a été longuement sermonné et le voilà cloué avec nos parents comme un minable adolescent. Je suppose que tout ceci ne change rien mais…

- En effet, ça ne change rien, coupa froidement la jeune femme. Cependant, vous avez au moins eu l'audace de vous excuser ce que je salue. Pour le reste… peu m'importe, votre frère s'il eut un jour eu une quelconque importance dans ma vie, ne vaux désormais plus rien, j'ai oublié son existence, conclu-t-elle toujours aussi froidement.

- Dans ce cas, vous m'envoyez ravi! Fabian Prewett, enchanté Mrs Black, dit-il en tendant sa main.

- C'est Malefoy, rectifia-t-elle en lui serrant la main, je me suis mariée il y a quelques mois. D'ailleurs, toutes mes fiches pour votre mariage et pour le bébé, dit-elle en désignant le ventre de Karen qui se mit à rougir. Je vais malheureusement devoir vous laisser, bonne soirée, annonça-t-elle en s'éloignant.

Andromeda l'accompagna jusqu'à l'entrée.

- Tu es sûre de ne pas vouloir rester un peu plus, ça fait si longtemps que l'on ne s'est pas vue, tenta-t-elle faisant la moue.

- Non, je ne veux pas vous déranger et puis Lucius va s'inquiéter et je n'ai pas envie qu'il me fasse une scène. Ne t'inquiète pas, je reviendrai te voir et puis si j'ai un problème, Bellatrix est là aussi, rassura Narcissa en caressant avec bienveillance le bras de sa sœur.

- Je ne suppose que tu ne lui transmettras pas mon bonjour… ironisa-t-elle avec une pointe d'amertume. Reviens vite nous voir, céda-t-elle en la prenant dans ses bras.

Narcissa hocha positivement la tête puis elle sortit de la maison telle une moldu. Elle aurait pu transplaner mais elle voulait s'accorder encore quelques minutes avant de rentrer. Elle se mit à marcher dans les rue de Darlington, ne prêtant pas vraiment attention aux moldus qui l'entouraient. Elle se sentie à la fois comme apaisée mais triste aussi. Elle venait de réaliser que désormais, dans sa propre famille, des fossés s'étaient creusés. Elle qui s'était toujours rattaché à sa famille, les deux capitaine étaient morts et le bateau avait pris l'eau et chaque matelot avaient pris une barque différente. Le bonheur, la sérénité et la simplicité de la vie que menait désormais Andromeda lui semblait totalement irréaliste, elle pensait que jamais elle ne pourrait atteindre ce genre de trésor. Et puis il y avait Bellatrix, à l'opposé. Sa rage ne faisait qu'augmenter et Narcissa savait pertinemment que l'issue ne lui serait pas favorable. L'enjeu désormais était de sauver sa peau. Toute en réfléchissant à ça, elle ne pouvait s'empêcher de garder une place dans son esprit pour Lucius, ils étaient tous les deux dans la même barque maintenant, et ils devaient ramer ensemble pour s'en sortir. Elle soupira, provoquant de la buée à cause du typique froid de Décembre anglais. Elle resserra son manteau pour tenter de se réchauffer, mais rien n'y fit, elle était en train de congeler, elle devait rentrer.

Elle prit place directement devant le feu de cheminé de la bibliothèque, endroit qu'elle affectionnait particulièrement malgré le mauvais souvenir qui la hantait ici. Elle était partie toute l'après-midi et l'heure de dîner allait sonner. Dobby l'avait cependant prévenue de l'absence de Lucius, parti au ministère apparemment. Elle avait pesé le pour et le contre de l'attendre pour manger, mais devant le feu qui crépitait sous ses yeux, et la fatigue qui commençait à la submerger, elle s'endormit sur le canapé. Cela faisait tellement longtemps qu'elle ne parvenait plus à trouver paisiblement le sommeil. Depuis quelques jours elle avait réussi à enfin dormir plus d'une heure mais ses nuits étaient agitées et elle n'arrivait à se reposer réellement.

Les rires d'Andromeda résonnaient; Bellatrix et elle jouaient ensemble comme les deux petites filles qu'elles étaient. Narcissa se contentait de les observer, trop jeune encore pour les suivre dans leur courses effrénées. Elle gémit de douleur quand le bout de la baguette de sa mère expulsa un sort pour aider la cicatrisation d'une éraflure que la petite Narcissa venait de se faire. Druella, pleine de tendresse stoppa la petite larme qui coulait sur la joue de sa dernière fille. Elles sentirent bientôt la présence du père de famille, venu se joindre à sa douce famille. Le feu de cheminé réchauffait toute la maisonnée. Le sapin était éclatant et les cadeaux à ses pieds faisaient impatienter les petites filles. L'odeur du pain d'épice et Karen et sa mère s'affairaient joyeusement à décorer la table du salon. Malgré la douleur de son égratignure, la petite Narcissa Black était heureuse. Tout semblait si parfait. Soudain, les vitres du salon se brisent, le feu s'éteint, les rires deviennent des cris et tout autour d'elle disparaît au fur et à mesure. Puis, elle sent qu'on lui prend la main. Elle tourne la tête et voit Lucius. Il lui sourit, lui murmure que tout va bien. Elle sent ses baisers la réchauffer. Mais il disparaît à son tour et tout devient froid. Tout d'un coup, elle tombe nez à nez avec le regard haineux de Gideon Prewett, elle revoit la lumière du doloris, et elle est à nouveau foudroyée par la douleur. Elle tombe. Ca tête tourne. Elle entend la glaçante voix du seigneur des ténèbres et croise ses yeux injectés de sang. Elle crie mais sa bouche n'émet aucun son, et il n'y a personne. Finalement elle se retrouve dans sa maison à nouveau. Elle est totalement ravagée et, à terre, le cadavre de ses parents puis ses sœurs et plus loin, elle voit Lucius se planter un couteau dans le cœur lui criant que c'est de ça faute. Narcissa hurle et tente d'avancer, de le retenir. À nouveau tout s'efface et elle se retrouve à s'enfoncer dans la neige et à s'étouffer peu à peu. L'oxygène lui manque, elle sent perdre sa vie, elle panique, elle meurt.

En sueur et pleurant toutes les larmes de son corps, Narcissa se réveille subitement. Elle crie et ne voit rien. La porte de sa chambre s'ouvre alors, et là, jaillit Lucius, inquiet au plus haut point. Voyant l'état de la sorcière il se précipite vers elle. Ses bras chauds entourent le frêle corps de la jeune femme, tremblante. Il respire doucement dans sa nuque et tente de la calmer. Mais les mots ne parviennent pas jusqu'à elle. Le visage recouvert de larme et sa respiration haletante, Narcissa à l'impression de suffoquer. C'est beaucoup trop pour elle.

Alors qu'elle sent peu à peu la vie revenir en elle, elle ouvre timidement les yeux. Elle sent la main chaude de Lucius sur la sienne et l'autre, recoiffant ses cheveux. Elle entend le feu crépiter tranquillement. Puis, après quelques secondes, elle perçoit chaque détail de sa chambre. Elle se redresse avec l'aide du sorcier qui lui tend un verre d'eau. Il attend quelques minutes avant de dire quoique ce soit. Mais, lorsqu'il croise enfin le regard de celle qu'il aime, il comprend qu'elle va mieux désormais.

- Le médecin est passé, déclara-t-il. Tu aurais dû me prévenir pour tes problèmes de sommeil, gronda-t-il la voix tremblante d'inquiétude.

Narcissa avait en effet consulté Nott pour qu'il lui prescrive une pension afin d'apaiser ses nuits et combattre au mieux la fatigue. Elle baissa honteusement la tête, se sentant coupable de metter Lucius dans un tel état.

- Que s'est-il passé au fait, demanda-t-elle n'ayant que de vagues images qui lui revenaient.

- Quand je suis rentré hier, tu étais profondément endormie dans la bibliothèque. Je n'ai pas voulu te réveiller et je t'ai amené dans ta chambre. Tu semblais aller assez bien. Un peu plus tard dans la soirée, je suis parti me coucher. Je ne sais plus vraiment, il était quelque chose comme trois heures du matin lorsque je t'ai entendue crier de l'autre bout du manoir. Je me suis précipiter dans ta chambre et tu étais là, en sueur et terrorisée. Pendant quelque minutes, j'ai essayé de te résonner, de te soulager mais rien n'a fait, tu t'es évanouie. J'ai directement fait venir Nott. Il m'a tout raconté alors j'ai compris. J'avais d'abord pensé…

Il ne finit pas sa phrase, honteux ou troublé, Narcissa n'arrivait pas à savoir et le questionna:

- À quoi tu avais pensé Lucius ?

- Hier je suis allé au ministère, j'y ai croisé pas mal de monde et quelques-uns m'ont félicité pour… ta grossesse, avoua-t-il confus.

Ebahie, Narcissa ne comprenait pas comment une rumeur pareille avait pu surgir ainsi. Soudain, elle se remémora la scène au magasin de jouets avec Josie Greengrass. On les avait certainement entendus parler et tout le monde avait fait d'hâtives conclusions.

- Je n'ai pas compris sur le coup et je me suis dit que je n'étais forcément pas le père. J'ai cru que mon cœur allait se briser, je me suis imaginé tant de chose, il disait ça avec tant de sincérité que ça serra le cœur de la jeune femme.

- Il n'en est rien, je ne suis pas enceinte Lucius, déclara-t-elle en caressant sa joue.

- Mais pourquoi tout le monde le pensait ? insista-t-il.

Narcissa ne savait si elle devait lui dire ou non. Elle se mordit la lèvre et pesa une nouvelle fois le pour et le contre.

- Je suis allée au magasin de jouets hier, c'est là que la rumeur est née, se contenta-t-elle évasive.

- Mais par Merlin pour qui achetais-tu un jouet ? se languissait Lucius.

- Pas aujourd'hui, je t'en prie Lucius, je n'ai pas la force de tout te dire, fais-moi juste confiance, d'accord ? supplia-t-elle, sentant la fatigue revenir en elle.

Lucius soupira longuement mais arrêta son interrogatoire. Il lui demanda l'autorisation de rester auprès d'elle le temps qu'elle se remette. Plus par nécessité que par envie, Narcissa accepta, elle lui aurait demandé sinon. Elle ne voulait plus se sentir seule, c'était trop dur. Et il était dans la même peine qu'elle. Ils avaient besoin l'un de l'autre, Narcissa ne pouvait le nier.