Jour 10 – Ecoulement

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Pour la cinquantième fois depuis le début du week-end, Kuroko entendit son homme renifler bruyamment quoiqu'élégamment.

Pour la cinquantième fois depuis le début du week-end, il lui tendit un mouchoir en papier que l'autre s'empressa de rejeter en faisant un geste leste de la main.

Pour la cinquantième fois depuis le début du week-end, il fut exaspéré par cette respiration sifflante lorsque le garçon aux cheveux carmin expira. Cela ressemblait à une vieille cornemuse que l'on dégonflait.

Pour la cinquantième fois depuis… Non là c'était trop, Akashi était pris d'une quinte de toux et toussait comme un poitrinaire. Kuroko tapota dans son dos.

— Sei-kun, tu ferais mieux de prendre rendez-vous vers ton docteur lundi, tu es ma…

— Ne prononce pas ce mot Tetsuya, ne le fais jamais.

Akashi ne riait pas, pour preuve son regard meurtrier bien que larmoyant et rouge autour des yeux.

Kuroko souffla et reprit la parole sur un ton calme – en fait son ton habituel.

— Tu es ma…

— Chut !

— Mala…

— Suffit Tetsuya !

— Malade !

— Je t'interdis ! répliqua l'Empereur en se levant brusquement du canapé.

Trop pour son état de fatigue avancé car il fut pris d'un vertige. Il mit sa main sur son front et se rassit incontinent, un peu blême. En bon infirmier, le petit fantôme l'aida à s'allonger, l'enveloppa d'un plaid douillet et tâta son front fiévreux. Le diagnostic était déjà connu d'avance : Akashi tenait une bonne grippe, par conséquent oui, il était malade. Seulement il ne l'avouait pas. Ce sujet qui renvoyait à sa faiblesse demeurait tabou. Il ne fallait jamais le dire à haute voix.

Kuroko lui tendit de nouveau un mouchoir.

— Tiens, ça coule.

Penaud, le toussoteux le prit et se moucha peu distinctement. Et encore un mythe qui s'effondre, et d'un. Akashi faisait parti du commun des mortels et attrapait des germes peu ragoûtants. Ca aussi c'était tabou. Ce dernier se mit en boule sous sa couverture bercé par les caresses de son compagnon dans sa mèche flamboyante. Il n'acceptait de se montrer dans cet état qu'avec son petit-ami qui le trouvait adorable dans sa fragilité fortuite : il pouvait absolument tout contrôler…