Chapitre 15 : Quatre femmes
« C'est désespérément vide à l'intérieur… »
« Oui… Et ces murs complètement blancs… Ils n'essayent même pas de faire un peu de décoration. Ils préfèrent simplement construire. »
« Danya… Je me demandais… Tu n'es pas un peu plus… timide ? »
« Hein ? Non ! Non ! Et non ! Je… J'ai simplement… revue mes priorités. »
Ses priorités ? Mariali la regarda pendant quelques secondes, se demandant de quoi elle parlait alors qu'Erol continuait son chemin. Les deux membres royaux avaient fait disparaître leurs ailes, se déplaçant à travers les étages de la tour en étant accompagné de Danya. Cela faisait déjà bien cinq étages et il n'y avait rien… rien du tout. C'était même affreux en un sens… Tout était blanc, tout était vide, tout était si calme…
« Il faudra prévenir l'architecte de Galixée. Il a beaucoup de progrès si il veut rendre cet endroit plus joyeux car là… C'est râpé. »
« Erol… Ce n'est pas l'heure de dire des plaisanteries. »
« Pardon Maman… Je ne pensais à rien de mal. »
Il poussa un léger soupir désabusé, se disant que ce n'était pourtant pas une mauvaise idée. Tout allait si mal depuis quelques jours : Danya ne l'évitait pas… mais elle rougissait simplement en le voyant, Relia tentait de lui sourire le plus souvent possible mais il savait très bien qu'il lui avait fait de la peine et Mylidie… ne lui adressait plus la parole.
« Pfff… La vie est vraiment trop compliquée à mon goût. »
« Heureuse de l'apprendre, Erol. »
Qui… Qui venait de dire ça ?! Il tourna sur lui-même, se demandant si il était le seul à avoir entendu cette voix. C'était… C'était encore Galixée ?! Il poussa un cri, disparaissant complètement de la vue de Danya et Mariali, les deux femmes hurlant son nom alors qu'il se retrouvait dans une salle… entièrement blanche… et close. En face de lui se trouvait Galixée, mise en position de l'œuf, ses yeux fermés. Lentement, elle les ouvrit en le regardant :
« Cela faisait beaucoup de temps… Erol. »
« Galixée ? C'est toi qui m'as… téléporté ? »
« C'est exact, Erol. C'est exact. Si tu dois mourir, que cela soit de mes mains. »
Elle s'étira longuement, se mettant peu à peu debout devant lui en l'observant de ses yeux améthyste. En plusieurs siècles voir millénaires, elle n'avait pas changé… Elle était restée la même… Mais ses yeux… étaient différents… comme auparavant… Comme avant ces deux semaines… Tristes, froids et résignés… Elle passa une main dans ses cheveux violets, baissant la tête quelques secondes en regardant le sol. Il était temps.
« C'était quoi ce cri ?! On aurait dit la… »
« C'était bien celle d'Erol. Ils sont aussi dans la tour. »
« Les murs sont en papier ou quoi ?! Mais Erol est en danger ! »
« Qu'il le soit… Il sera capable de se débrouiller tout seul. Il est assez grand et fort pour ça. »
Mylidie ne se préoccupa pas plus de lui, remontant les étages en étant accompagnée de toute la troupe d'Harmonia. Relia émit un petit rictus, quelques lianes apparaissant au sol. Celles-ci se dirigeaient vers Mylidie mais Winy posa une main sur l'épaule de la jeune femme, lui signalant que ça ne servait à rien de faire ça. Ce n'était pas ainsi qu'elles allaient résoudre son problème avec Erol. C'était à elle… de s'en occuper.
« Depuis des siècles… »
« Ou depuis des millénaires… »
« Depuis des temps reculés… »
« Depuis l'Eternité… »
Quatre voix féminines s'étaient faites entendre autour d'elles, les femmes se mettant rapidement en position de défense et en cercle. Ces voix… se ressemblaient sans se ressembler exactement. Pourtant… Elles n'étaient pas très différentes à l'ouïe. Le groupe se retrouvait dans une pièce entièrement blanche sauf que contrairement aux autres, il y avait quatre escaliers au lieu d'un seul pour monter.
« Nous sommes issues d'un monde qui n'est pas le vôtre. »
« Mais pour nous voir… Il faudra monter… »
« Et ne pas avoir peur de risquer… »
« Ce qui faisait votre humanité… »
« Et ce qui vous différencier… »
Ces quatre voix avaient quelque chose d'inquiétant et de troublant. Pourtant, aucune femme du groupe ne pouvait l'expliquer en quoi. Elles se regardèrent longuement, ne sachant pas comment elles devaient se séparer exactement. Mylidie prit la parole d'une voix neutre :
« Je pars seule vers le quatrième escalier. Winy et Relia, vous partez ensembles toutes les deux. Testaline ira avec Maestra. Elle pourra la calmer si celle-ci s'emporte un peu trop. Enfin Valki et Kalyn, vous êtes toutes les deux très calmes et capables de grandes choses. Je pense que ça ira parfaitement. Maintenant, on se disperse et que chacune tente de revenir en vie. Je n'ai pas à m'inquiéter pour moi-même. J'ai assez… de colère pour expédier rapidement cette femme au tapis. Je vais tout simplement lui montrer que ce n'est pas le jour où il fallait me chercher des ennuis. Maintenant, que tout le monde se disperse. »
Sans même attendre leurs réponses, elle partait vers le quatrième escalier, grimpant les marches trois par trois sans se retourner. Les six femmes restantes se regardèrent longuement : Winy et Relia partirent vers le premier escalier, Testaline et Maestra vers le troisième tandis que Valki et Kalyn se dirigeaient vers le second. Voilà qu'elles étaient toutes montées. Dès l'instant où la salle était vide, les escaliers disparurent complètement, un petit rire d'enfant se faisant entendre, un rire qui ne présageait rien de bon :
« Une… Deux… Trois… Quatre. Quatre contre sept ? L'égalité n'est pas de mise. De toute façon, l'égalité n'a jamais eu lieu en ce monde. Nous quatre contre le monde entier ! »
C'était donc ça qui les attendaient ? Relia et Winy eurent un petit haussement de sourcils en apercevant une femme aux yeux verts. Elle devait mesurer un mètre quatre-vingts mais le plus étonnant restait sa coiffure et sa tenue. Sa coiffure était orange et assez courte mais elle semblait porter un casque et une tenue de même couleur mais venus d'ailleurs. De longues bottes orange avec une sorte de ligne verte verticale au niveau des genoux, le haut de ses cuisses à découvert et un léger décolleté au niveau de sa poitrine, elle restait parfaitement de marbre. Elles se trouvaient toutes dans une pièce sans issue, l'escalier ayant disparu lorsqu'elles avaient pénétré à l'intérieur. Lentement, la femme prit la parole :
« Vous êtes connues pour résister… aux pires coups. Voyons ce qui se passera quand vous recevrez les miens. Je suis Omega. »
Et bien… Elle avait abusé de la nourriture dans cette jeunesse. C'était le premier constat que Testaline et surtout Maestra firent en voyant la femme qui se tenait en face d'elles. De gros yeux verts, une longue chevelure orange et tressée, une sorte d'œil postiche et vert dans cette dernière en son milieu, la femme avait la bouche grande ouverte. Au niveau de la poitrine, elle était énorme…Mais en fait, la femme n'était pas forcément grosse ou obèse… plutôt imposante par sa stature. Elle observa les deux femmes avant de dire :
« Vous êtes sensées être les femmes les plus fortes. Regardons si toutes les deux, vous êtes capables de passer outre mes défenses. Je suis Kappa. »
Elle semblait si... faible… et si chétive… Elle mesurait bien un mètre quatre-vingts mais elle devait être anorexique, ce n'était pas possible autrement. Une longue tenue noire moulant son corps qui était aussi épais qu'une épingle, la femme aux cheveux orange regardait Valki et Kalyn sans s'y intéresser pour autant. Elle avait une longue aile rectiligne au niveau du dos du crâne. Elle était orange à la base et verte au bout. Elle ne semblait pas très menaçante mais pourtant, son regard montrait clairement qu'elle ne plaisantait pas avec tout ce qui se passait devant elle. D'une voix neutre, elle prononça :
« Puissance et rapidité… Vous êtes celles qui dépassent les vitesses habituelles. Pensez vous pouvoir tenir la distance par rapport à ma célérité ? Je suis Omicron. »
Son adversaire… était une gamine ? Une gamine qui devait à peine avoir huit ans voir moins. Une jupe orange, un haut noir, des bottes orange avec des lignes vertes verticales, l'enfant n'avait rien de menaçant et pourtant, c'était son visage le plus inquiétant. Elle avait deux yeux verts dans lesquels on semblait s'engouffrer, des cheveux orange et un casque… bizarre. Deux longs tentacules sortaient de chaque côté du casque : L'un était orange, l'autre était vert mais son casque aussi effrayant. Un œil vert semblait l'observer. La fille murmura :
« Ni plus forte qu'une autre, ni plus rapide qu'autrui, ni plus résistante qu'elles, nous sommes celles qui n'excellons pas dans un domaine précisément. Nous sommes… parfaites sur de très nombreux points. Mon nom est Alpha. »
Galixée fit un pas vers lui… puis un second. Chaque pas était fait avec une extrême lenteur et pourtant… Elle se rapprochait inexorablement vers lui. Galixée était devant ses yeux… Elle était restée la même malgré tout le temps passé mais… Quelque chose était différente en elle.
« Erol… Tu n'as pas changé… Tu es toujours le même d'après mes souvenirs… »
« C'est pareil pour toi… Pourquoi… Tu ne m'as rien dit la première fois ? »
« Car je n'étais pas sûre… que c'était toi, Erol. Tu sais… Plusieurs millénaires se sont écoulés et donc… Même moi… J'ai du mal à me souvenir… »
« Je te pardonne… si tu arrêtes tout maintenant. Tu cours à la destruction. »
« La destruction ? C'est un bien grand mot. Je veux seulement éliminer Arcia… La rayer de ce monde… Mais je ne cherche pas le pouvoir… Je ne cherche pas l'anéantissement de ce monde… Je ne cherche pas tout ça. Je veux simplement… que les humains disparaissent pour ce qu'ils m'ont fait. Tu sais… »
« Arrête ça maintenant, Galixée ! Ils sont déjà morts ! Tu les as tué ! Les autres ne t'ont rien fait ! Tu ne dois pas continuer sur cette lancée ! »
« Erol… Erol… Erol… C'est une mesure de précaution. Il vaut mieux qu'ils ne soient plus là… avant qu'ils ne recommencent leurs bêtises. Mew a disparue… Mew est morte… Je l'ai tué de mes propres mains… Elle n'était pas assez forte pour me tenir tête… »
« Mew ? Mew ? Mais qui est-ce ? Ne me dit pas que… »
« C'est celle qui était à mon origine… Celle dont on a prélevés les gênes pour me permettre de naître. Elle ne m'avait rien fait… rien fait du tout… »
Elle alla se coller contre lui, enfouissant sa tête dans son torse en respirant son odeur. Cette odeur qui lui manquait tant. Il avait été… la seule personne à qui elle s'était liée pendant tout ce temps. Même le quatuor… n'était rien pour elle… Même le duo… n'était rien pour elle. Erol était le seul capable de la comprendre.
« Mais elle reviendra… toujours… Arcia peut le décider… de la faire revenir. Ca doit être sûrement le cas. Elle ne pourra pas mourir… et elle ne pourra pas disparaître. Remye aussi… est comme ça. Arcia a tous les pouvoirs… Est-ce normal que tout soit sous son règne ? Est-ce normal qu'elle ne fasse rien alors qu'elle en a la possibilité ? »
Qu'est-ce qu'il devait répondre ? Galixée nageait en plein trouble, autant que lui-même. Elle n'était pas menaçante ou son ennemie pour l'instant. Elle avait juste besoin de rester avec lui. Au moins… Cette bataille n'était pas nécessaire. Il ferma ses yeux émeraude, passant une main dans les cheveux violets de Galixée avant de s'arrêter. Il cracha du sang, ternissant la pièce blanche dans laquelle ils se trouvaient. La main de Galixée s'était posée sur son cœur.
