Huit Octobre: Sirène (400 mots)

Un jour, Evan Rosier tomba amoureux. Ça le frappa d'un coup, alors qu'il marchait aux abords d'un lac, un soir d'été.

Dès qu'il la vit, il rêva de passer ses doigts dans les belles boucles sombre, qu'il imaginait des plus soyeuses. Il rêva d'embrasser les joues rosées de cette jolie demoiselle, dont il ne savait rien, pas même le nom.

Alors Evan l'observa, cette jeune fille qui se prélassait au bord de l'eau. Il fini même par l'appeler Sirène, tant elle était belle dans la lumière du soir qui illuminait le lac où elle trempait ses petits pieds nus.

Sirène devint la muse d'Evan, il ne vivait plus que dans l'espoir de croiser sa silhouette fine illuminée par le soleil, enlacé par la moiteur chaude d'une attente insoutenable. Ou alors était-ce la proximité du lac qui faisait perler des gouttes sur sa peau ?

Et puis un jour, il s'approcha, d'une démarche presque maladroite, comme on s'avance dans la lumière aveuglante.

Cette fois-là, encore plus que les autres, elle était magnifique.

Et son rire aussi sembla magnifique aux oreilles d'Evan, même quand elle commença à se moquer de sa robe de sorcier et de la baguette qu'il tenait à la main, qu'elle qualifia de « bout de bois ridicule ».

Evan cru se noyer. Sirène, sa précieuse muse, était une vulgaire moldue. Elle n'était qu'un de ces misérables insectes qu'il écrasait sans remords sous la bannière du Seigneur des Ténèbres.
Cette si belle créature n'était que sang souillé et chair contaminée.

Les mains d'Evan commencèrent à trembler. Et Sirène riait toujours, et même dans la moquerie elle resplendissait.

Il l'aimait. Pourtant elle n'était rien, rien qu'un parasite qu'il fallait exterminer.

Mais Evan était amoureux. Et ses mains tremblaient.

Et tremblaient encore quand elles se mirent à serrer le cou gracile de Sirène. Mais même là, même en entendant ses supplications étouffées, même quand les larmes de la jeune fille virent tâcher ses mains, Evan fut incapable de se stopper. Le pourpre qui grandissait sur la peau pâle accrochait son regard, et ses doigts ne pouvaient plus s'arracher à cet épiderme si doux.

Il ne s'arrêta que quand le corps fragile de la jeune fille s'effondra dans ses bras avec mollesse.

Et alors, Evan pleura. Il pleura longtemps sur le cadavre encore si beau pourtant. Il pleura Sirène, sa Sirène, qui n'avait eu pour seul crime que son absence de magie.

A demain !