Chapitre 2 : Retour à l'école

Yûgi ouvrit un œil, consulta son réveil et se retourna pour s'enfoncer un peu plus sous ces couvertures. Il voulait dormir encore quelques minutes avant de devoir se lever et attaquer la longue journée de rentrée des classes. Il glissait de nouveau dans le sommeil quand son téléphone portable vibra sur sa table de nuit. Se demandant vaguement qui pouvait le déranger si tôt, il se saisit l'appareil. Le nom de l'envoyeur le réveilla totalement.

Pharaon : Ne sois pas en retard à ton premier cours de l'année. Tout se passera bien.

Il leva les yeux au ciel alors qu'un sourire fleurissait sur ses lèvres. Il s'empressa de répondre.

Hikari : Je n'ai aucune envie d'y aller. Bon courage à toi aussi, même si tu n'en auras pas besoin.

Le Pharaon n'appréhendait pas autant que lui le retour au lycée. Il semblait n'avoir aucun problème avec les autres élèves et d'excellentes notes. Tout le contraire de lui.

Avec son réveil à l'heure, il y arriva un bon quart d'heure en avance au lycée. Pour une fois, il allait pouvoir assister au discours annuel de rentrée de la directrice. L'année passée, il n'y avait déjà plus personne dans la cour quand il était arrivé.

Hikari : Mission réussie !

Il rangeait son téléphone quand on lui tapa sur l'épaule. Il sursauta violemment et se retourna pour se retrouver face à Téa, qui le regardait avec un grand sourire aux lèvres.

- Désolée si je t'ai fait peur ! fit son amie d'enfance avec un clin d'œil.

- Oh, ce n'est rien, rougit-il en détournant le regard. Je suis juste un peu nerveux.

À chaque rentrée c'était la même rengaine. Avec sa petite taille et son air chétif, il était la cible des nouveaux venus dans l'établissement qui souhaitait affirmer leur influence sur les plus faibles qu'eux. Il s'y était habitué mais ce jour restait l'un des pires de l'année pour lui. Mais cette année, sachant que Pharaon était avec lui au moins en pensées, il se sentait un peu mieux.

- Tu as passé de bonnes vacances ? demanda-t-elle. Tu ne t'es pas trop ennuyé ?

- Pas du tout, répondit Yûgi avec sourire qui sembla surprendre son amie. C'est même passé très vite et les tiennes ?

Ils furent bientôt rejoints par Tristan et Joey, tous deux apparemment de très bonnes humeurs. Aussitôt, Yûgi se sentit un peu plus en sécurité et se détendit. Ils échangèrent quelques mots sur leurs vacances. Yûgi tint secrètes ses discussions avec le Pharaon, leur parlant seulement de la plate-forme de jeux de la Kaiba Corp. Il ne savait pas vraiment pourquoi il leur taisait leurs conversations. Peut-être pour éviter les questions gênantes ? Cela lui importait peu en fin de compte. Il le leur dirait plus tard si l'occasion se présentait.

La directrice apparut et commença son discours sur l'importance de bien travailler et de réussir ses examens. Puis, tous les élèves rejoignirent leur classe. Heureusement, Yûgi et ses amis se retrouvaient ensemble mais, malheureusement, leur professeur principal, Mme Chono, le détestait cordialement. Prenant place, il se força à sourire, comme il le faisait toujours, et sortit ses affaires. Son esprit s'envola rapidement. Quelque part, Pharaon faisait lui aussi sa rentrée.

À la pause de midi, Yûgi envoya un rapide résumé de sa matinée au Pharaon.

- À qui tu parles ? demanda Joey en prenant place devant lui.

- À personne. Je vérifiai la batterie, mentit le jeune homme en rougissant.

Son ami ne le crut visiblement pas mais Yûgi se dépêcha de reprendre la parole.

- Un petit Duel de Monstres ça te dit ?

- Oh oui ! s'exclama le grand blond. Je me suis bien entraîné pendant les vacances, tu vas être fier de moi.

Et une partie s'engagea. En effet, Yûgi constata une nette amélioration dans les capacités de son adversaire mais celui-ci ne manqua pas non plus sa soudaine montée en puissance.

- Mais où as-tu appris un coup pareil ? grommela-t-il alors que son ami venait d'invoquer spécialement deux monstres puissants alors même que ce n'était pas sa phase de jeu. Si c'est ton jeu en ligne qui te fait autant progresser, je vais m'inscrire moi aussi !

Yûgi ne réagit pas immédiatement. Pourquoi son estomac s'était-il crispé à cette éventualité ?

- Pour ça il te faudrait un ordinateur, répliqua Tristan qui était assis à leur côté. Et tu n'as pas les moyens pour ça.

Les deux garçons commencèrent à se disputer sous le regard placide de Téa. Yûgi se détourna rapidement d'eux lorsque son téléphone vibra dans sa poche.

Pharaon : Je suis heureux que tout se passe bien pour toi. Garde confiance. Tout va bien de mon côté.

- Allez, Yûgi ! lança Joey. Dis-nous à qui tu parles !

Yûgi se maudit pour ne pas avoir réussi à réprimer son sourire. C'était toujours sa première réaction avec le Pharaon. Il rougit et s'empressa de ranger l'appareil. Il aurait voulu répondre mais cela aurait pu paraître suspect et, connaissant son ami, il pourrait tenter de lui prendre l'appareil des mains pour satisfaire sa curiosité.

- Laisse-le tranquille, Joey, le gronda gentiment Téa. Il nous en parlera quand il sera prêt.

Elle coula un regard vers lui.

- Tu sais que si tu as des ennuis tu peux nous en parler, n'est-ce pas ?

- Bien sûr, Téa, mais tout va bien, je t'assure.

Le cours reprit et, bientôt, Yûgi sentit la fatigue l'envahir. Malgré l'insistance du Pharaon, ils étaient restés discuter jusqu'à tard dans la nuit et à présent il en payait le prix. C'est avec le plus grand mal qu'il garda la tête debout et les yeux ouverts jusqu'à la fin.

Dès que la cloche sonna, il envoya un message au Pharaon.

Hikari : La journée a été si longue ! Les vacances me manquent déjà…

Pharaon : La tienne est terminée au moins. Je dois encore aller au bureau pour convaincre S.K. de ne pas se tuer à la tâche.

Il lui avait relativement souvent parlé de ce S.K. avec qui il entretenait des relations assez spéciales. Parfois ils s'entendaient bien, parfois ils ne se supportaient pas. C'était assez amusant à voir. Dans tous les cas, ce S.K. travaillait énormément, entraînant son petit frère dans son sillage.

Hikari : Tu en as pour longtemps ?

Pharaon : … Je pense qu'une demi-heure devrait suffire.

Yûgi acquiesça dans le vide.

Hikari : On se fait un duel quand tu rentres.

- Hé, mec, tu viens à la salle d'arcade avec nous ? demanda Tristan, le tirant de ses pensées.

- Après une dure journée, on a bien mérité de se détendre ! ajouta Joey.

Yûgi considéra l'idée un instant, puis refusa d'un signe de tête. Cela surprit ses amis qui lui jetèrent des regards intrigués. C'était rare qu'il refuse une sortie de ce genre, mais il ne voulait pas perdre une seconde en compagnie du Pharaon quand il rentrerait. Même si cela voulait dire qu'il devait patienter pendant trente minutes.

- Yûgi, tu es vraiment étrange aujourd'hui, murmura Tristan en l'examinant de près.

Le jeune homme détourna les yeux, ses joues rosissant sous son regard perçant.

- Peut-être qu'il est amoureux ! proposa Joey, un peu trop fort dans la classe.

Beaucoup de regards se posèrent sur eux et Yûgi souhaita disparaître.

- Mais qu'est-ce que tu racontes ?! s'exclama le jeune homme, paniqué, en plaquant ses mains contre la bouche de Joey pour l'empêcher de continuer ses bêtises.

Sa réaction sembla faire tilter le jeune homme qui retira son bâillon sans la moindre difficulté.

- Allez, dis-nous un peu sur qui tu as craqué ! On ne dira rien !

Yûgi secoua vivement la tête, attrapa ses affaires et prit le chemin de la sortie à grands pas.

- Yûgi !

Mais le jeune homme ne s'arrêta pas et fila vers le portail du lycée, mort de honte. Maintenant, toute la classe allait se moquer de lui dans son dos à cause d'une prétendue romance.

Il avait presque gagné la rue quand deux élèves lui bloquèrent le passage, l'air menaçant. Évidemment, la journée avait été trop calme. Yûgi s'arrêta, sentant les ennuis arriver.

- Eh, minable, t'as bien de l'argent pour nous ? rugit l'un d'eux avec un sourire méchant.

Tremblant légèrement, la future victime fit quelque pas en arrière.

- Je n'ai rien, bredouilla-t-il. Laissez-moi passer !

Le deuxième s'avança, le saisit par le col de son uniforme et le souleva sans la moindre difficulté du sol. Étouffante à moitié, il laissa échapper une plainte. En réponse, il fut secoué comme un prunier.

- Je n'ai … pas d'argent… réussit à articuler le jeune homme.

Jamais. Pas quand il se faisait si facilement détrousser. Un grand coup de poing abattit sur son estomac, vidant d'un seul coup ses poumons du peu d'air qu'ils contenaient. Il ferma les yeux, s'apprêtant à recevoir un nouveau coup quand il entendit la voix de Tristan retentir au loin.

- Hey ! Touchez pas à Yûgi !

Il fut brutalement relâché et tomba à terre alors que ses amis s'occupaient de ses agresseurs. En quelques instants, ils furent mirent en déroute et déguerpirent sans demander leur reste.

- Ça va ? lui demanda Téa, qui était restée en retrait, en lui présentant une main pour se relever.

Non, ça n'allait pas.

- Oui, ça va aller. J'ai l'habitude.

Il voulait rentrer chez lui. Le plus vite possible. Il en avait assez de tout ça. Il voulait parler au Pharaon. Il remercia rapidement ses sauveurs et se sauva.

Yûgi referma la porte de sa chambre avec un soupir. Laissant tomber son sac de cours par terre, il se dirigea vers le miroir accroché au-dessus de son lit et ôta le haut de son uniforme. Un large hématome se formait déjà au milieu de son ventre. Avec précaution, il le tâta avant se laisser-aller en arrière sur sa couverture. Ça aurait pu être pire. Après une longue minute immobile, il se redressa et alla allumer son ordinateur. Tant pis pour les devoirs qu'il avait à faire, il avait besoin de se changer les idées.

Le Pharaon n'était pas encore rentré chez lui, comme il le lui avait dit. En attendant, mais sans grand entrain, il accepta un autre duel. Il joua sans vraiment faire attention à sa stratégie, juste en jouant les cartes comme il le voulait. Pourquoi s'amusait-il de moins en moins lorsqu'il n'affrontait pas le Pharaon ? Certes le défi était de taille, mais il avait toujours aimé jouer, quel que soit le niveau de l'adversaire.

Vingt minutes plus tard, le Pharaon se connecta. Yûgi sentit ses muscles se détendre sans avoir vraiment conscience de s'être autant crispé.

Hikari : Tu as réussi ta mission de sauvetage ?

Pharaon : Je me suis fait jeter, mais je m'en doutais un peu.

Hikari : Il devait être dans un de ses mauvais jours.

Pharaon : Une fois de plus. Comment ça va ?

Le jeune homme soupira. Un court instant, il avait hésité à parler à son correspondant son altercation à la sortie du lycée mais il avait désespérément besoin de parler de tout ce qui lui arrivait et cette seule question était comme un sésame pour s'ouvrir. En quelques mots, il lui raconta sa semi-dispute avec ses amis, sa mauvaise rencontre et son sauvetage.

Hikari : Pourquoi est-ce que c'est toujours à moi que ça arrive ? On ne peut pas me laisser tranquille… ?

Il essuya du dos de la main une larme qui lui avait échappé. Il avait mis tout son cœur dans son message, racontant tout comme ça lui venait, y mettant toute la colère et la tristesse qui le submergeaient.

Pharaon : Je suis désolé… Est-ce que je peux faire quelque chose pour t'aider ?

Ils connaissaient tous deux la réponse et elle était négative.

Hiksari : Joue avec moi.

Pharaon : Toujours.

Yûgi sourit et amorça le premier tour de leur duel quotidien, le cœur un peu plus léger.

Hikari : Merci de m'écouter à chaque fois.

Pharaon : Je suis là pour ça.

Hikari : Je devrais peut-être te payer pour être mon psy.

Pharaon : On ne dit pas la même chose à un psy et à un inconnu.

Yûgi tiqua sur le dernier terme.

Hikari : Tu n'es pas un inconnu, même si je ne sais pas qui tu es.

Pharaon : De plus, c'est un peu ma faute si tu as été attaqué…

Yûgi écarquilla les yeux. Mais qu'est-ce qu'il racontait ?

Pharaon : Si je ne t'avais pas envoyé de messages, tu n'aurais pas eu d'ennuis avec tes amis et donc avec ces autres imbéciles de ton école.

Il savait que le Pharaon avait tendance à culpabiliser très facilement mais à ce point-là ! C'était lui qui avait décidé de ne pas en parler avec ses amis.

Hikari : Tu racontes n'importe quoi !

Il y eut un instant de flottements dans la conversation, durant lequel chacun réfléchit à sa stratégie. Hikari : Est-ce que toi aussi tu as eu des questions de la part de tes amis ?

Pharaon : Oui. M.M. a passé une heure à me cuisiner pour savoir qui tu étais mais étant donné que je ne le sais pas… tu es tranquille.

Yûgi rit. M.M. était la meilleure amie et l'amie d'enfance de son correspondant et, d'après ce qu'il avait appris, elle vivait sa vie avec un peu trop d'enthousiasme. Les termes qu'il utilisait pour la décrire étaient «une tornade que rien ne peut arrêter».

Pharaon : Mais elle sait que tu n'es pas une fille.

Le jeune homme sourit.

Hikari : Elle serait jalouse ?

Pharaon : Non, bien au contraire : ce serait dix fois pire ! Elle espère me voir au bras d'une fille depuis des années...

Hikari : Tu n'es jamais sorti avec quelqu'un ?

Il rougit un peu devant l'indiscrétion de son message mais après tout, ce n'était qu'une question anodine. Ils étaient amis, non ?

Pharaon : Non. Je n'ai jamais trouvé quelqu'un qui me convienne.

Hikari : Tant mieux, ça veut dire que je ne suis pas le seul. Je m'inquiétais dès fois en parlant de ça avec J.W. Il y a quelque mois, il était persuadé que j'aime T.G. mais ce n'est que mon amie, rien d'autre.

Pharaon : Ça nous fait un point commun de plus.

Yugi rit. Oui. Ils se ressemblaient sur bien des points.