Ariana était une gentille fille.
Ou du moins, c'était ce que son papa lui avait toujours dit.
« Tu es une gentille fille, Ariana. ». Oui, voilà ce qu'il disait.
Et maintenant son papa n'était plus là.
.
Ariana était une gentille fille.
Ou du moins, c'était ce que sa maman lui avait toujours dit.
« Tu es une gentille fille, Ariana. ». Oui, voilà ce qu'elle disait.
Et maintenant sa maman n'était plus là.
.
Ariana était une gentille fille.
Ou du moins, c'était ce que son frère lui avait toujours dit.
« Tu es une gentille fille, Ariana. ». Oui, voilà ce qu'il disait.
Et maintenant son frère s'éloignait.
.
Ariana était une triste fille.
Ou du moins, c'était ce que son frère lui avait toujours dit.
« Tu as l'air triste, Ariana. ». Oui, voilà ce qu'il disait.
Et maintenant son frère aussi avait l'air triste.
.
Alors, quand elle vit son frère Albus rentrer à la maison par cette froide soirée d'hiver, elle l'accueillit comme une gentille fille.
-Qu'y a t-il ? Demanda-t-elle.
Il la regarda avec colère et s'en fut sans un mot dans sa chambre.
Elle resta plantée là, dans le couloir, regardant s'enfuir son frère sans le comprendre. Et puis elle retourna s'asseoir et continua son dessin.
Quand Aberforth sortit de sa chambre, il regarda avec indécision la porte de la chambre de son frère avant de s'approcher de sa sœur.
-Qu'a-t-il ? Demanda le garçon.
-Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne suis qu'une gentille fille, moi, et Albus ne m'a rien dit de plus. Rétorqua-t-elle en coloriant le dessin qu'elle venait de finir.
Son frère l'observa quelques instants avant de tourner les talons et de retourner dans sa chambre. Ariana resta assise. Albus ne sortit pas de la soirée. Aberforth prépara un léger repas pour eux trois. Et laissa une assiette sur la table. Intouchée le lendemain matin.
Une soirée normale chez les Dumbledore.
.
Quand Albus revint, ce soir là, il était sur les nerfs.
Il en avait. Vraiment. Ras. Le. Bol.
Et Gellert qui ne l'écoutait pas ! Et sa sœur qui ne réagissait pas ! Et son frère, passif à l'extrême et toujours contre lui ! Mais qu'avait-il fait à Merlin pour naître, lui, grand esprit, dans cette famille qui ne le tirait pas vers le haut mais l'enfonçait vers le bas ?
Quand il poussa la porte de chez lui, il n'adressa pas un regard à sa sœur, pas un regard à son frère, et s'en fut dans sa chambre comme une brise vous frôle le visage. La porte claqua. Un cri de rage en sortit. Et les deux autres Dumbledore s'observèrent, sceptiques. Mais qu'avait-il encore ?
.
Il n'en pouvait plus ! Plus rien n'allait dans sa vie ! Dans ce village ! Dans cette famille ! Au diable ses grands projets ! Au diable sa famille ! Au diable son grand destin !
Et il se jeta sur son lit.
.
Quand il se réveilla, il était tard. Et il était peut-être même très tôt.
Une douce odeur légèrement estompée lui titilla les narines et son estomac se rappela à lui. Peut-être devait-il arrêter de sauter le moindre des repas.
Sur la pointe des pieds, Albus sortit de son lit, et ouvrit sa porte tout doucement.
Dans le salon, un majestueux sapin trônait, décoré de quelques guirlandes, de quelques boules de noël, et d'une splendide étoile, légèrement passée par le temps, mais toujours aussi lumineuse de joie et d'espoir.
Au pied du sapin, deux paquets, l'un carmin, l'autre bleu roi. Sur l'un des deux, son nom se détachait en lettres écrites avec lenteur et application. « Albus ». Sur le second, le nom de son frère se détachait également.
Assise sur une chaise, couchée sur la table, comme surprise par le sommeil, sa sœur s'était endormie. Autour d'elle, trois couverts, et au centre de la table, une marmite remplie d'un odorant plat en sauce. Quelques bougies parsèment la pièce, toutes éteintes, toutes brûlées, mais quelques résistantes projettaient encore de petites ombres dansantes partout autour de lui.
Sur l'un des lourds fauteuils de la pièce, son frère s'était endormi, un livre sur les genoux et ses lunettes de travers.
Debout dans la pièce, Albus se sentit troublé.
Ils l'avaient attendu. Ils l'avaient compté. Ils s'étaient endormis en l'attendant, sans se douter que s'il n'avait pas eu faim il ne les aurait même pas remarqués.
Une larme dévala sa joue.
Une autre la suivit.
Et une autre, et encore une autre, jusqu'à ce que son visage soit noyé de larmes et que de douloureux sanglots ne secouent ses épaules.
Albus s'écroula à terre, en larmes et honteux.
.
Lorsque les larmes eurent raison de sa résistance, et qu'il lui sembla avoir perdu des heures prostré ainsi au sol, il se releva.
Avec hésitation, il s'approcha de sa sœur, et avisa les nombreuses feuilles de papier sur lesquelles elle s'était endormie. Avec douceur, il s'en saisit, et se mit à feuilleter les nombreux dessins qu'elle réalisait, alors que lui était loin de la maison, et ne lui adressait qu'un regard à peine lorsqu'il rentrait.
C'est quand il comprit que chacun d'eux était signé d'un « Pour Albus », qu'il se rendit compte de sa bêtise.
Il n'était qu'un imbécile.
Posant un baiser sur le front de sa sœur, il lui murmura quelques mots d'excuses.
Elle papillonna des yeux, et ouvrit des yeux ensommeillés sur son grand frère. Un large sourire fendit son visage, quand elle remarqua qu'il tenait ses dessins.
-Tu es bien reposé ? Demanda-t-elle, ingénument.
Le sourire triste qu'il arbora ne lui sembla pas plus étrange que cela.
Il alla réveiller son frère, gentiment, et tous trois se mirent à table, près à fêter dignement noël, des sourires heureux sur les lèvres et les yeux pétillants de joie.
Un noël heureux chez les Dumbledore.
.
Ariana était une fille simple.
Et ça, c'était elle qui le disait.
« Je veux juste que tu sois heureux. ». Oui, voilà ce qu'elle disait.
Et maintenant peut-être pourraient-ils l'être tous ensemble ?
