Chapitre 3 : Baby Star.
(musique écoutée : « La bienvenue » Calogero)
Le shinobi était concentré. Cette fois, il n'échouerait pas si près du but. Il laissa la température monter lentement, prêt à bondir dès que l'alarme retentirait. Au signal sonore, il se saisit de l'objet convoité, le testa. Tout semblait correct. Un coup d'œil à sa coéquipière qui acquiesça. Il poussa un soupir de satisfaction lorsque, la bouche maintenant occupée par une tétine stérilisée dans les règles de l'art, son petit Akito cessa de brailler pour se remplir l'estomac.
Tori se mit à rire.
« Et bien voilà, on y est arrivé finalement ! Il avait faim c'est tout. »
Kakashi poussa un soupir de soulagement. Une heure que le petit pleurait. Il avait tout vérifié : couche propre ok, érythème du siège recouvert de pommade ok, massage du ventre contre les coliques ok. Il aurait dû penser au biberon bien sûr. Mais Akito avait mangé deux heures auparavant. Tori lui avait expliqué qu'Akito n'était pas encore bien calé à cause des allers et venues inhérents à l'hôpital. Il était perturbé par le rythme des soins des autres bébés. Il avait juste besoin d'un environnement calme, d'une chambre tranquille et d'horaires réguliers. Quand elle vit la tête du ninja copieur s'allonger, elle rectifia :
« Je ne suis pas en train de vous dire que vous devez emmener Akito sur le champ Hatake-san. Je dis juste qu'il va falloir commencer à l'envisager. Et puis nous resterons à votre disposition au moindre problème d'accord ? »
Le shinobi fit un oui timide de la tête, pas vraiment convaincu.
Le docteur Obata, qui venait de finir sa visite, les rejoignit.
« Bonjour Hatake-san, bonjour petit bonhomme ! » dit-il en chatouillant le petit pied du bébé. Celui-ci, loin de se laisser distraire, continua goulûment sa tétée.
« Vous vous en sortez de mieux en mieux on dirait » reprit le médecin. « On va bientôt devoir se séparer de notre petit Akito alors. »
Tori se racla la gorge, et fit comprendre à Tamaki par un regard que le sujet était encore un peu trop sensible. Il se rattrapa comme il put.
« Bien sûr on a encore tout notre temps. Avez-vous commencé à chercher un nouveau logement Hatake-san ? »
« Je dois passer voir l'Hokage cet après-midi à ce sujet. Il faut qu'elle aménage mes horaires aussi. »
« N'ayez aucune crainte, nous prendrons Akito en charge tant que tout ne sera pas réglé… Et tant que vous ne vous sentirez pas complètement prêt » répondit Tamaki. « Vous devriez emmener Akito avec vous cet après-midi. Avec cette bouille, vous obtiendrez tout ce que vous voulez ! »
Kakashi le regarda incrédule, puis éclata de rire.
« Vous êtes en train de me dire de me servir de mon fils pour attendrir Tsunade-sama ! »
« Et pourquoi pas ! » répliqua Tori. « Dans la vie, il faut savoir se servir de ses meilleurs atouts pour arriver à ses fins. » conclut-elle le plus sérieusement du monde. Ce qui entraîna l'hilarité générale.
« Mais il fait très froid dehors et je ne voudrais pas… »
« Hatake-san, je vous assure qu'Akito n'est pas en sucre. Il peut très bien supporter le temps d'aujourd'hui si vous le couvrez bien » répondit le médecin sur un ton encourageant. « Et vous vous en sortirez très bien pour quelques heures. »
Kakashi calcula mentalement le temps qu'il lui fallait pour atteindre le bureau de l'Hokage. En passant par les toits, une dizaine de minutes. Non, pas par les toits. Avec la neige qui tombait, il pouvait glisser à tout moment et tuer son fils. Par la route alors. Un bon quart d'heure. Mais il fallait éviter la rue centrale qui était pavée. Risque important de verglas. Trop dangereux. S'il passait par la rue de l'Ichiraku, aucun obstacle particulier, mais cela rallongeait le chemin de cinq minutes. Akito tiendrait-il jusque là sans finir congelé ? Le ninja copieur, en pleine réflexion, ne vit pas le pédiatre lever les yeux au ciel.
«Hatake-san. Hatake-san ! » reprit-il plus fort. "Tout ira bien, je vous assure. Arrêtez de toujours imaginer le pire. »
« J'évalue toutes les options c'est tout » répondit le shinobi d'un air boudeur. Tamaki se mit à rire.
« Vous n'êtes pas en mission, Kakashi-san. Vous avez un bébé. Quoi que vous fassiez, il arrivera toujours un moment où vous devrez faire face à une situation imprévue avec Akito. Et vous ferez le bon choix, parce que comme le pensait Hana, et comme nous le pensons tous ici, vous êtes un bon père. »
Kakashi sentit ses joues rougir. Mais Akito choisit ce moment pour faire savoir qu'il avait fini son repas. Il commença à gigoter dans les bras de son père, qui se mit à le chatouiller pour le faire réagir. Le ninja copieur était tellement absorbé par son bébé qu'il ne vit pas les quelques mamans présentes et l'équipe soignante s'arrêter pour admirer ce tableau émouvant d'un père et de son fils, dans leur petite bulle de bonheur. Quand il releva la tête, tout le monde retourna l'air de rien vaquer à ses occupations en souriant. En un mois, Kakashi et Akito étaient devenus la coqueluche de la maternité, et toute l'équipe regrettait déjà le jour où ils quitteraient l'hôpital tous les deux.
Le Docteur Obata était fier de la tournure qu'avaient pris les événements. Le ninja copieur avait finalement décidé de prendre son nouveau rôle de père très au sérieux. Bien que maladroit, il se donnait du mal pour être à la hauteur du défi. Depuis un mois maintenant, il passait quasi quotidiennement s'occuper de son fils à la maternité. Quand il devait s'absenter plus longtemps pour cause de mission, Akito devenait grognon ou se mettait à pleurer pendant des heures entières. Les infirmières avaient même remarqué que le bébé pouvait ressentir lorsque son père était rentré au village. Il cessait alors de pleurer et semblait attendre sa venue. Dès que Kakashi franchissait les portes de la maternité, il se mettait à gazouiller. Le ninja copieur avait changé du tout au tout en l'espace d'un mois. Du refus total à l'amour immodéré pour son fils. Certains l'auraient sûrement trouvé versatile, mais Tamaki savait qu'Akito était tout simplement devenu la raison de vivre de Kakashi.
…
Après avoir transformé Akito en petit esquimau, Kakashi décida qu'il était fin prêt à tenter une première sortie avec son fils. Il inspira un grand coup, jeta un dernier coup d'œil au docteur Obata qui l'avait accompagné dans le hall, et sortit dans l'air froid de l'hiver. Il replaça la petite écharpe sur le nez du bébé, bien calé contre le torse de son père et protégé par son épaisse veste de jounin. Il fit quelques pas prudents sur la neige, en resserrant son bras autour du bébé, et prit la direction de la tour de l'Hokage. Les rues étaient quasiment vides à cette heure, et les quelques passants ne firent pas attention au shinobi. C'est seulement quand il pénétra dans la tour qu'il comprit. Tous les regards se braquèrent sur lui au moment où il franchit le seuil. Il avait bien entendu les rumeurs qui couraient à son sujet, mais trop obnubilé par son fils, il n'y avait pas prêté attention. Ses visites à la maternité n'étaient bien entendu pas passées inaperçues, et ceci corrélé à la triste histoire d'Hana, il n'avait pas fallu longtemps pour que les ninjas de Konoha (surtout les kunoichis d'ailleurs) fassent le lien. Et lui se pointait tout sourire avec son fils sous le bras, pour confirmer à tous qu'il était bien le père de ce bébé. Pour sûr, il venait de dire adieu à sa tranquillité. Merci Docteur Obata pour cette brillante idée ! Akito, qui jusque là était resté à l'abri des regards dans la veste de son papa, décida que c'était le moment idéal pour donner de la voix. Kakashi leva les yeux au ciel et se jura de botter les fesses de son pédiatre dès son retour à la maternité.
Kakashi décida qu'il était temps de mettre fin au suspense et fit descendre la fermeture éclair de sa veste. Une petite main sortit timidement du paquet de couvertures tenu par le ninja copieur. Un Oh attendri s'éleva dans le hall, et Kakashi vit la moitié des femmes de la salle se ruer vers lui pour tenter d'apercevoir le nourrisson. Il eut un mouvement de recul, mais Iruka s'interposa juste à temps.
« Mesdames, je m'excuse mais Hatake-san est attendu par l'Hokage. Hatake-san, si vous voulez bien me suivre. »
Kakashi, soulagé remercia silencieusement Iruka et lui emboita le pas. Ils grimpèrent à l'étage et le jeune sensei un peu gêné indiqua un siège au ninja copieur. Il hésita mais la curiosité fut la plus forte.
« Tu as décidé de t'en occuper alors ? » demanda timidement le professeur.
« Il faut croire que oui » répondit le ninja copieur en souriant. Il commença à découvrir le bébé tout en poursuivant : « Merci pour tout à l'heure dans le hall. Je ne m'en serais jamais sorti sans toi. »
« De…de rien » bégaya Iruka en voyant émerger une petite tête. Il semblait hypnotisé par la beauté de l'enfant.
« Kakashi, il est magnifique ! » reprit-il en se penchant sur le bébé. « Salut petit bonhomme ! Comment tu vas petit loup ? Tu es beau comme un cœur Akito ! »
Kakashi haussa les sourcils.
« Parce que vous connaissez son prénom aussi ? »
« C'est Genma qui nous l'a dit. Il connait une aide-soignante de la maternité.
« Et bien bonjour la confidentialité ! » répliqua Kakashi dans un rire.
« Je préfère pas savoir ce que Gen a fait pour avoir cette info ! » reprit Iruka en riant de plus belle.
Akito, voulant participer à la bonne humeur ambiante, se mit à gazouiller lui aussi.
Une porte s'ouvrit brutalement derrière eux et une voix tonna :
« Qu'est ce que c'est que tout ce raffut ? Ah, Kakashi tu es là ! Entre et … Oh Kami-sama, tu as amené le petit. Montre-moi cette merveille ! Mais qu'il est beau ! Regarde-moi ces yeux, et ce petit nez ! Il est trop chou, on le mangerait ! »
Et elle continua ainsi à se pâmer devant le bébé en le papouillant dans tous les sens. Akito, visiblement agacé, ne trouva rien de mieux à faire que de régurgiter son dernier repas sur la main de l'Hokage.
« Oups, désolé Hokage-sama. C'est l'émotion devant l'autorité probablement » balança Kakashi le plus sérieusement du monde. Iruka pouffa de rire derrière lui. Tsunade préféra ne pas relever et lui indiqua l'entrée de son bureau.
« Je sens que ce petit a hérité de l'insolence de son père. Allez Kakashi, suis-moi, on doit discuter de plusieurs choses.»
Le ninja copieur emboita le pas de Tsunade, tout en adressant un clin d'œil à Iruka, qui se remit à rire alors que la porte se refermait derrière eux.
…
Les questions pratiques furent rapidement évoquées par Tsunade. En fait, elle avait déjà tout prévu, et Kakashi n'eut pas besoin de se servir de son arme fatalement craquante pour obtenir ce qu'il voulait. Il bénéficia même de bien plus. Un nouvel appartement, avec deux chambres. Un emploi du temps allégé avec des missions courtes et dans la mesure du possible aucune de rang A ou S. Il restait cependant à disposition si une affaire urgente se présentait. Et tout ceci pour une durée de six mois.
Le visage de Kakashi s'assombrit un peu lorsque Tsunade évoqua Hana. Elle avait pris l'initiative de faire transférer tout le matériel qu'ils avaient acheté à deux pendant la grossesse dans le nouvel appartement du ninja copieur. L'Hokage dit à Kakashi que c'est sans nul doute ce que Hana aurait voulu. Le shinobi acquiesça et saisit la clé de son nouveau logement en la remerciant.
Il allait quitter la pièce lorsque Tsunade l'interpella.
« Kakashi, attends ! Je voulais te dire… Je suis très fière de toi ».
Le shinobi lui rendit son sourire et sortit. Il était temps de rentrer à l'hôpital car Akito commençait à devenir grognon. L'odeur nauséabonde émanant du petit garçon y était sûrement pour quelque chose. Kakashi connaissait bien la tour, et préféra utiliser une sortie annexe pour éviter la foule de kunoichis qui les attendaient visiblement de pied ferme.
…
Musique écoutée : « Mon enfant » Grégoire)
Il poussa un soupir de soulagement en franchissant les portes de la maternité. Après avoir changé Akito, il le prit dans ses bras et le berça en chantonnant doucement une comptine que lui chantait son propre père. Le petit s'endormit paisiblement sous l'œil attendri de son père, qui le reposa alors délicatement dans son berceau.
Kakashi pouvait passer des heures à admirer son fils. Akito était beau, de cette beauté fragile et pure que l'on a envie d'envelopper dans une bulle de plumes et de soie. Et quand son petit le regardait, le shinobi se sentait happé par ces yeux d'un noir profond. Face à son fils, Kakashi rendait les armes. Il laissait derrière lui ses remords et ses peines passées. Il comprenait à présent avec émotion que Hana avait raison, que l'amour d'un père à son enfant, son désir de le protéger afin qu'il puisse grandir sereinement, étaient des sentiments que rien ne pouvait égaler.
Hatake Akito. Son fils.
L'arrivée de ce petit être innocent avait bouleversé sa vie. Entièrement et définitivement. Et Kakashi remerciait chaque jour le ciel de lui avoir accordé le bonheur de pouvoir être père. Il aimait maintenant son fils plus que tout au monde, et il se fit la promesse de lui offrir la vie la plus heureuse possible.
Tamaki s'approcha sans bruit du ninja copieur. Il posa un regard attendri sur l'enfant et murmura à l'intention du papa:
« Alors, ça s'est bien passé avec Tsunade-sama ? »
« Très bien. J'ai un nouvel appartement et des horaires aménagés. »
«Kakashi marqua une pause. Les deux hommes se regardèrent en silence, puis le ninja copieur reprit :
« Je crois qu'il va bientôt être temps de se dire au revoir, Tamaki-san. »
« En effet » répondit le médecin, une pointe d'amertume à peine perceptible dans la voix.
« Voudriez-vous venir visiter l'appartement avec nous ? Vous pourrez vérifier que tout va bien et qu'il ne manque rien pour le bébé avant qu'on ne s'y installe définitivement. »
Tamaki se dit qu'il prenait sûrement ses rêves pour la réalité, mais il ne put s'empêcher d'espérer que cette demande cachât autre chose que le simple contrôle de l'équipement du logement. Il avait, depuis quelques temps déjà, commencé à développer des sentiments qui lui semblaient aller bien au-delà de la simple amitié pour le père d'Akito. L'éloignement mettrait sûrement un terme à cette relation à sens unique, mais l'histoire de Kakashi et d'Akito était déjà assez compliquée comme cela. Ces quelques semaines passées avaient permis à Tamaki de se changer les idées face à son travail quotidien, et à sa solitude. Cette situation particulière avait amené un brin de gaieté à la maternité. Un brin de romance aussi. Le mieux était évidemment qu'ils prennent enfin leur autonomie en quittant l'hôpital. Et puis il y aurait les visites de contrôle d'Akito. Et Kakashi ne manquerait pas de venir le consulter à la moindre alerte ou difficulté. La carrière du pédiatre était jalonnée d'histoires tristes et d'autres gaies, qui restaient gravée dans sa mémoire. Mais c'était la première fois qu'il éprouvait autant de peine à voir partir une famille. Un drôle de sentiment d'abandon le tenaillait. Toujours est-il qu'il accepta avec plaisir d'accompagner Kakashi le lendemain.
