Chapitre 4: Home (not so) sweet home.

Kakashi soupira. Que faisait un ninja dans ce quartier familial, avec tous ces enfants qui couraient dans la rue, toutes ces mamans qui discutaient devant les petites échoppes ? Impossible de faire un pas sans croiser une poussette, un landau ou un tricycle. Tsunade croyait-elle vraiment qu'il arriverait à vivre ici ? Et pour couronner le tout, le Docteur Obata qui l'accompagnait n'arrêtait pas de tout trouver « si mignon » !

Kakashi n'avait qu'une seule envie : s'enfuir en courant et retrouver le confort de son petit appartement de célibataire. Sûr qu'il aurait du mal à demander à ses potes de venir faire la bringue chez lui. Et trouver un icha icha dans les rayons de la librairie du quartier serait probablement mission impossible. En même temps, les soirées arrosées, il savait déjà qu'il pouvait faire une croix dessus. Ses amies viendraient sûrement le voir, mais n'en auraient que pour Akito. Et pour ses amis, il n'était pas sûr de vouloir qu'ils le voient en train de changer son fils ou de lui donner le biberon. Question de virilité quoi ! Même si le ninja copieur reconnaissait être totalement dingue de son petit garçon, il n'était pas question qu'il passe pour un papa gâteau, complètement gaga à la moindre prouesse de son bébé.

Ils arrivèrent finalement devant l'entrée d'un petit immeuble. L'appartement était au rez-de-chaussée et donnait par l'arrière sur un petit bout de jardin. Le grand luxe pour un shinobi, le minimum vital pour un papa et son fils.

L'enthousiasme de Tamaki commençait à lui porter sur les nerfs. Le ninja copieur enjamba quelques cartons et sortit pour s'asseoir sur la petite terrasse. Il replia ses genoux sous son menton et ferma les yeux. Il prenait peu à peu conscience qu'il allait devoir quitter l'univers protecteur de l'hôpital et gérer tout seul son petit loup de presque deux mois maintenant. Sa vie allait, non, avait radicalement changé. Tamaki s'approcha en silence et posa une main amicale sur son épaule.

« Ca va aller, Kakashi-san. »

« J'aimerais bien vous croire » bougonna le ninja copieur. «C'est Hana qui aurait dû être là, pas moi. »

« Je sais, mais la situation est ce qu'elle est. Vous n'allez pas flancher maintenant ! »

« Parce que vous trouvez que je m'accorde harmonieusement à ce paysage idyllique ? Je suis un shinobi, Obata-san. Que vont dire ces mères quand elles me verront partir au beau milieu de la nuit, et revenir huit jours plus tard couvert de sang ? »

« Kakashi-san, les villageois savent très bien ce que ce sont les ninjas. Et ils ont un grand respect pour eux. Il n'est que quatorze heures, les pères sont encore au travail. Des shinobis habitent ici eux aussi. Et vous êtes en train de juger ce quartier et ses habitants avant même de les connaître. »

« Parce que vous les connaissez mieux peut-être ? »

« Tout à fait. La petite fille qui faisait du vélo, elle s'appelle Renka. C'est moi qui ai accouché sa mère. Son père travaille avec Umino-san au bureau des assignations. Le petit Tomasu, qui se promenait avec sa maman, est orphelin parce que son père est mort au combat juste avant sa naissance. Et votre nouvelle voisine, Mme Ootori, doit s'occuper seule de ses trois enfants parce que son mari travaille sur le chantier de reconstruction Est du village et ne rentre que pour dormir. »

« Ok, ça va. J'ai compris » répondit Kakashi en se levant. Il n'était visiblement pas de taille à argumenter, et le Docteur Obata semblait avoir toujours une bonne réponse à sa mauvaise foi.

« Venez donc m'aider à déballer au lieu de jouer les pères la morale » reprit-il en rentrant à l'intérieur.

Tamaki sourit et lui emboita le pas.

Lorsqu'ils eurent tout rangé, ils s'affalèrent sur le canapé qui trônait maintenant au milieu de la pièce principale.

« Je vous offrirait bien une bière Doc, mais le frigo est vide. »

Tamaki se mit à rire et se dirigea malicieusement vers le sac qu'il avait emmené.

« J'étais sûr que vous alliez dire ça » répliqua le médecin en attrapant deux canettes.

« Oh ! Je vois que vous aviez tout prévu. Et moi qui pensais que vous ne buviez que du lait, rapport à votre métier… »

Bam ! Il ne l'avait pas vu arriver celle-là. Tamaki venait de lui balancer une tape derrière la tête, comme à un gosse !

« Je sais aussi très bien remettre les sales gosses à leur place, rapport à mon métier » répliqua-t-il avant de se mettre à rire.

Kakashi éclata lui aussi d'un rire franc. Il l'aimait bien ce Docteur au fond.

« Vous savez qu'Akito vous ressemble beaucoup Kakashi-san, surtout quand il sourit. »

Le ninja copieur lui adressa un sourire mélancolique. Il avait bien sûr remarqué que son fils était son portrait tout craché, sauf le nez qu'il tenait d'Hana. Mais il tenait à ce que son fils n'oublie jamais cette maman qu'il ne connaîtrait pas. Il se leva et sortit de sa poche un petit cadre qu'il posa sur le rebord de la petite cheminée. La photo d'Hana, belle et souriante, veillait maintenant sur leur nouvelle maison.

« Bon, vous avez tout ce qu'il vous faut pour vous occuper d'Akito ici. Les jouets sont dans ce carton là bas, et ça c'est un petit cadeau personnel » dit Tamaki en lui tendant un paquet.

Kakashi leva un sourcil interrogatif, et entreprit de déballer son cadeau. Il s'agissait du carnet de santé d'Akito, protégé par un joli couvre-livre tout doux, représentant un petit lion courant après un papillon.

« Prenez-en soin, Kakashi-san. Vous devrez l'amener à chaque consultation. »

« Merci Doc » répondit le shinobi touché par la gentille attention du médecin.

« Bon je dois retourner à l'hôpital. Vous passez prendre Akito demain à seize heures comme convenu. Profitez bien de votre dernière soirée de liberté » conclut le médecin en riant.

« J'y compte bien, Doc. J'y compte bien ! »

Kakashi avait effectivement une soirée, organisée par ses amis dans leur bar habituel. Il s'attendait au pire bien évidemment. Tous savaient qu'il devait emménager avec son fils le lendemain. Ils voudraient sûrement fêter l'événement, même si aucun d'eux, à part Iruka, n'avait encore pu voir la petite merveille.

Il trouva déjà suspect, à son arrivée, de voir le panneau « soirée privée à l'étage » apposé devant le bar. Il eut presque envie de tourner les talons, mais Anko qui arrivait derrière lui ne lui en laissa pas la possibilité.

« Salut Papa ! » lui dit-elle en l'attrapant par le bras. « Allez viens, c'est en haut que ça se passe. »

Kakashi ne tenta même pas de rechigner. A peine eut-il mis un pied dans la salle que tous se mirent à le congratuler.

« Oh non ! Tu n'as pas emmené Akito ! » se lamenta Genma.

« Genma, il est neuf heures du soir et on est dans un bar » répliqua Kakashi consterné.

«Qu'est ce que tu peux être con des fois ! » lui balança Kurenai.

Asuma s'avança vers son ami et lui proposa un verre.

« Et bien, tu nous as fait une bien belle surprise, Kakashi. Tu as décidemment le sens de l'inattendu. »

Le ninja copieur se mit à rire. Il fut convié à ouvrir tout un tas de paquets, contenant des vêtements, des peluches, des jouets. Gai avait réussi à dégoter une mini combinaison vert émeraude que Kakashi s'empressa de planquer tout au fond du sac de cadeaux. Pas question que son fils porte ça un jour !

La soirée se poursuivit dans la bonne humeur et Kakashi ne vit pas le temps passer. Il avait préféré ne pas donner sa nouvelle adresse à toute l'assemblée, afin d'éviter un débarquement en règle dès le lendemain soir. Il se contenta de donner l'information à Kurenai, Asuma et Iruka.

Il quitta la fête un peu avant tout le monde, prétextant qu'une longue journée l'attendait le lendemain. Il avait surtout besoin de se retrouver seul, de trouver ses repères dans son nouvel appartement. Laissant courir ses mains sur le bord du berceau, il regarda la photo d'Hana. Il espérait qu'elle puisse voir de là-haut son petit bonhomme grandir et s'épanouir. Il jeta un regard autour de lui, chaque objet lui rappelant l'arrivée imminente d'Akito. Et il sentit le poids des responsabilités peser lourdement sur ses épaules.

Demain, il devait tout d'abord aller faire les courses, puis régler le problème de la nounou. Il devait également rapatrier le reste de ses affaires et libérer son ancien appartement avant midi. Et enfin il devait passer chercher Akito.

Il s'affala sur son lit sans prendre la peine de se déshabiller. Demain était un autre jour.

A son arrivée à la maternité, l'ambiance était morose. Tori ne travaillait pas ce jour-là, mais avait tenu à être présente pour le départ d'Akito. Elle dut se retenir de pleurer lorsque Kakashi, après avoir habillé son fils, se retourna vers le staff et les remercia du fond du cœur.

Le Docteur Obata était lui aussi très ému. C'était une vraie petite victoire que de voir la petite famille Hatake prendre son envol. Il rappela à Kakashi qu'il devait passer tous les mois pour la visite de contrôle et les vaccins, et lui assura qu'il restait disponible au moindre problème. Tori demanda au ninja copieur si elle pourrait leur rendre visite de temps en temps. Kakashi lui affirma que leur porte lui serait toujours ouverte.

Et puis les deux Hatake quittèrent la maternité. Sur le seuil, Kakashi se retourna et saisit la petite main de son fils et l'agita doucement en signe d'au revoir à l'équipe qui avait mis tant de cœur prendre soin de lui pendant ces deux mois.

(Musique écoutée : « la berceuse » Bénabar… voire même « Dors mon fils » Fatals Picards)

Akito et Kakashi avaient à présent pris leurs marques dans leur nouveau foyer. Le ninja copieur, si maniaque habituellement, avait renoncé à mettre de l'ordre dans l'appartement. Quand Kurenai et Asuma arrivèrent, ils découvrirent Kakashi assis par terre, le nez dans une corbeille de linge, à faire le tri dans les petits vêtements de son fils. Akito était allongé sur un tapis de jeu à côté de lui, tendant maladroitement les mains vers le mobile qui tournait en laissant une comptine s'échapper dans l'air.

« Salut Kashi, alors la forme ? »

Le ninja copieur leva un regard fatigué vers ses amis. Les deux valises qu'il avait sous les yeux parlèrent pour lui.

« J'en peux plus, c'est un vrai petit monstre… »

« Ohhh, n'écoute pas ton méchant papa ! » répondit Kurenai en se précipitant vers le petit. « guzi guzi, tu es trop mignon Akito ! Dis Kakashi, je peux le prendre ? »

« Vas-y , ne te gênes pas, et tu peux même l'emmener avec toi si tu veux, je te le donne ! »

« Kashi ! Ca va pas de dire des trucs pareils ! T'es vraiment un père indigne ! »

« C'est surtout un papa en manque de sommeil » répliqua Asuma en riant. « Reste assis, Kakashi, je vais faire du café. »

«Merci » répondit le shinobi exténué. Le linge trié, il rejoignit Asuma pendant que Kurenai continuait de papouiller le bébé.

« Dis-moi Kakashi, tu es sûr que tu es en état pour la mission de demain ? »

«Il va bien falloir. Akito m'a fait un vrai cirque hier soir. J'ai pas fermé l'œil de la nuit. A chaque fois que je dois partir, il me fait un bazar pas possible, à croire qu'il a un sixième sens. »

« Mouais. Tu devrais peut être t'accorder un peu de répit de temps en temps non ? Je sais pas moi, le laisser à la nounou même quand tu es là, pour te reposer un peu ? On peut t'aider nous aussi tu sais. »

Kurenai s'approcha en tenant Akito à bout de bras.

« Kakashi, je crois que… euh… Akito a besoin d'être changé. »

Le shinobi poussa un soupir. Asuma avait raison. Il avait vraiment besoin de faire un break, de se sortir des couches et des biberons, d'avoir au moins une soirée à lui. Et s'il pouvait faire ne serait-ce qu'une nuit complète, ce serait le grand luxe !

Jusqu'à présent, sa vie se résumait à déposer son fils à la nurserie de l'hôpital quand il partait en mission, et à le récupérer dès son retour. Et le reste du temps, il s'occupait de son fils. Le Docteur Obata s'était un peu inquiété de ce rythme effréné à sa dernière consultation, mais Kakashi lui avait assuré que tout allait bien.

Mais là c'en était trop. Trois nuits qu'Akito faisait des caprices pour s'endormir. Trois nuits qu'il se mettait à brailler dès que son père le posait dans son berceau. Akito avait décidé qu'il voulait dormir uniquement dans les bras de son père, et Akito gagnait à chaque fois.

Kakashi récupéra son petit puant comme il l'appelait avant chaque change. Et il se jura mentalement de trouver une nounou disponible dans le quartier dès le lendemain.

Kakashi tendit maladroitement son rapport à Iruka. Celui-ci, plongé dans ses papiers, leva à peine la tête pour récupérer le document. Mais sa main s'arrêta en l'air.

« Kakashi ? Tout va bien ? » demanda-t-il inquiet.

Le shinobi était couvert de sang,

« Oui, pourquoi ? »

« Tu as une mine de déterré. Ta mission s'est bien passée ? »

« La routine. Iruka, tu pourrais passer chez moi ce soir ? J'ai un truc important à te demander. »

« Euh… Ok. Je finis à dix neuf heures, ça te va ? »

« Oui. A tout à l'heure alors. »

Kakashi passa se changer avant de récupérer son fils. Pendant ses absences, il confiait maintenant Akito à Eiri, une jeune fille qui habitait juste à l'étage du dessus. Ses missions étaient, comme l'avaient promis Tsunade, de courte durée et peu nombreuses, mais il devait tout de même s'absenter trois ou quatre jours par semaine en moyenne. Outre le gain de temps pour confier et récupérer l'enfant, Kakashi appréciait énormément la jeune femme. Elle était douce et gaie, et Akito semblait l'adorer. Elle était disponible quelle que soit l'heure car elle travaillait à son domicile. Eiri prenait parfois Akito quelques heures pour que Kakashi puisse se reposer. Elle avait également présenté Kakashi aux gens du quartier, qui avaient accueilli le jeune papa avec enthousiasme. Savoir son fils en sécurité au village pendant qu'il était en mission était essentiel. Mais la tournure de cette dernière mission lui avait fait prendre conscience qu'Akito pouvait se retrouver orphelin d'un jour à l'autre. Il devait prendre des dispositions.

Lorsqu'Iruka frappa à la porte, Kakashi était en train de finir d'enfiler tant bien que mal un pyjama à son turbulent petit garçon.

« Mais qu'est ce que tu as ce soir ? T'es vraiment énervant à la fin ! »

« Pardon ? » demanda Iruka.

« Ah, entre Iruka ! Je parlais à Akito. Il est intenable ce soir. »

« Il doit juste être content de revoir son papa. Coucou petit bonhomme ! » répondit le sensei en agitant un hochet devant le nez du petit.

Akito se mit à gazouiller. Kakashi proposa à Iruka de donne le biberon du soir à Akito, et celui-ci ne se fit pas prier. Le ninja copieur prit le temps d'observer son fils dans les bras de son ami. Puis il rompit le silence :

« Iruka, j'ai failli mourir aujourd'hui. »

« Qu…Quoi ? » demanda le sensei interloqué.

« La mission… » Kakashi poussa un soupir avant de poursuivre, « j'étais en train de rentrer et ils m'ont pris en embuscade. J'ai pu m'en réchapper de justesse.»

Iruka jeta un coup d'œil à Akito, qui continuait paisiblement de téter dans ses bras.

« Je vois. Mais tu t'en es sorti, c'est tout ce qui compte non ? »

« Pour cette fois, Iruka. Mais la situation se reproduira certainement. Et je n'aurai peut être pas toujours la chance de… »

« Arrête Kakashi, je suis shinobi moi aussi. Et je sais parfaitement qu'on risque notre peau à chaque mission. »

« Oui Iruka, et c'est justement parce qu'on est des shinobis tous les deux que ça ne sert à rien de se voiler la face. J'ai failli mourir aujourd'hui. Et Akito… » Mais le reste de sa phrase resta en suspens.

Kakashi regarda son enfant, son magnifique petit garçon, portant toute l'innocence de ses trois mois à peine.

« Iruka, je t'ai fait venir parce que j'ai une question à te poser. Veux-tu être le parrain d'Akito ? »

Iruka, ému par cette demande inattendue, ne répondit pas immédiatement. Kakashi se demanda s'il s'était trompé, si Iruka allait refuser, mais le sensei ne lui laissa pas le temps d'argumenter.

« Bien sûr que j'accepte ! C'est un grand honneur pour moi Kakashi. » Iruka marqua une pause et reprit :

« Si la question sous-entendue est : est-ce que je prendrai soin d'Akito comme de mon propre fils s'il venait à t'arriver…quelque chose, la réponse est oui sans hésiter. »

Kakashi poussa un soupir de soulagement. Il savait qu'il venait de faire le bon choix pour Akito. Il se leva en disant :

« Bon il y a de la paperasse à signer, alors rends-moi mon fils, parce que pour le moment, c'est encore moi ton papa ! » Et Kakashi prit Akito à bout de bras en le faisant tourner, ce qui fit gazouiller le bébé, et éclater de rire le jeune sensei.

« Fais gaffe, t'es en train de devenir complètement gaga » répondit Iruka en signant le formulaire, alors que le papa était maintenant allongé par terre en faisant rebondir son fils sur son ventre.

« Je crois bien que c'est malheureusement trop tard » répliqua le ninja copieur en riant.