Chapitre 5 : D'un père à son fils.
(Musique écoutée: « Somewhere over the rainbow" Israel "Iz" Kamakawiwo'ole )
Comme le temps passe vite, mon fils. Demain, tu auras déjà un an. Dors mon enfant, cette nuit je veille sur tes rêves.
Quand tu as fait tes premiers pas, j'étais derrière toi pour te soutenir. Quand tu as dit ton premier mot, j'étais là pour t'écouter. A chaque fois que tu m'appelles « papa », je me sens invincible. Et quand tu me regardes, avec tes grands yeux noirs qui ressemblent tant aux miens, j'ai l'impression que tu es prêt à me pardonner toutes mes erreurs.
Nous nous découvrons un peu plus chaque jour. Et je suis fier d'avoir un si beau garçon. Je sens naître en toi des qualités que je n'ai pas. Tu es sensible et souriant, sociable et généreux. Tu es fort aussi.
Quand je te parle, tu m'écoutes avec attention. Je sais que tu ne comprends pas encore, mais j'aime te parler de moi, de mes doutes et de mes joies. Je suis tellement fier d'être ton père. Parfois j'ai l'impression que je ne mérite pas tout cet amour que tu me donnes.
Quand tu ris, je suis là pour rire avec toi, et quand tu pleures, je suis là pour te consoler. Je te porterai sur mes épaules pour que tu puisses toucher le ciel. Et je t'apprendrai à nager pour que tu puisses franchir les mers. Si tu tombes, je serai là pour te relever. Et si tu as du chagrin, je sècherai tes larmes. Tu es mon bonheur, tu es ma vie.
J'aimerais pouvoir te promettre d'être à tes côtés pour toujours. Mais tu sais déjà que quand je te laisse, c'est pour aller risquer ma vie. Je le fais pour le village, mais aussi pour toi. Pour te laisser un monde un peu moins dangereux, un peu plus serein. Je sais que je me fais des illusions, que tu devras probablement à ton tour défendre notre village. Et que je tremblerai à chaque fois que tu partiras de la maison. La seule chose que je puisse faire, c'est te donner les armes nécessaires pour affronter le danger, et t'assurer de ma présence à chacun de tes retours.
J'appréhende déjà le jour où tu n'auras plus besoin de moi. Quand ce jour viendra, j'espère que tu n'oublieras pas que je t'aime plus que tout au monde. J'espère que tu jetteras un dernier regard vers ton vieux père avant de partir du foyer que j'ai construit pour toi. Et j'espère que tu y reviendras à chaque fois que tu auras de la peine.
Je t'aime mon fils. Alors dors, dors sans te soucier du reste. Grandis, sois heureux et accomplis tes rêves. Je suis près de toi, je te regarde et je te protège. Et un jour, quand je serai vieux, quand ce sera moi qui en aurai besoin, j'espère qu'à ton tour tu prendras soin de moi.
Akito. Mon fils.
…
(Musique écoutée : « le sourire d'un môme » Flow)
Akito commença à s'agiter lorsque son père le posa sur la table d'examen. Il protesta vigoureusement à mesure que Kakashi le déshabillait.
« Allez sois sage Akito. Ce n'est qu'une petite piqûre de rien du tout. Et puis tu es un homme maintenant. »
Les paroles du shinobi firent sourire le médecin. C'est lui qui avait la tâche ingrate de faire les vaccins du petit aujourd'hui. Un dans chaque petite fesse potelée du bébé. Et Akito était bien décidé à ne pas se laisser faire. Il se mit à hurler dès que Tamaki s'approcha. Kakashi ne se laissait plus avoir maintenant. Il attrapa son fils et le plaça sur le ventre malgré ses protestations.
Au premier impact, le petit regarda son père, avec un air outré. Il n'eut même pas le temps de verser une larme que la deuxième piqûre s'abattit sans prévenir. Akito se mit à hurler, et tendit ses petits bras vers son papa d'un air suppliant.
« Papa bobo » chouina-t-il alors que son père le consolait déjà.
« Allez, allez, c'est fini. Tu as été très courageux » lui répondit Kakashi en commençant à le rhabiller.
« Bon, Akito est en pleine forme. Le prochain vaccin sera à faire à ses six ans. Et toutes les visites de contrôle ont été faites. Il n'y a plus de raison que l'on se revoit systématiquement, à part s'il tombe malade bien sûr. »
Kakashi sembla percevoir une pointe de tristesse dans la voix du médecin. Il savait que Tamaki s'était beaucoup attaché à Akito. Leur histoire était particulière et le médecin y avait joué un rôle déterminant. Akito aimait lui aussi beaucoup son pédiatre, à part peut-être pour les vaccins. Kakashi l'invita donc tout naturellement à la fête qu'il avait organisée pour le premier anniversaire de son fils. Invitation que le pédiatre accepta.
…
(Musique écoutée : « le petit chat » les Ogres de Barback)
Iruka était en train d'accrocher le dernier ballon dans le jardin lorsque les premiers invités arrivèrent. Kakashi avait convié ses voisins et leurs enfants, ainsi que ses amis proches. Eiri et Iruka étaient venus l'aider à préparer la fête. Une table était dressée au centre du salon, afin d'accueillir les différents gâteaux, saladiers de bonbons et autres gourmandises que chacun avait apportées. Le jardin fut rapidement envahi par les enfants qui riaient et jouaient insouciants.
Akito semblait particulièrement attiré par le beau ballon rouge que lui avait offert son parrain. Kakashi héla Iruka qui discutait avec Asuma et Genma.
« Hé, parrain Iruka, regarde ! » dit-il en attrapant les mains de son fils qui était assis par terre. Se sentant tiré vers le haut, le petit poussa naturellement sur ses pieds et se mit à marcher, cahin caha en répétant « ballon, ballon ». Lorsqu'il arriva près de l'objet tant convoité, son père le lâcha et l'enfant s'accroupit pour jouer. Le fils de la voisine s'invita au jeu et Kakashi les laissa pour rejoindre ses amis.
Il s'affala dans un des fauteuils à côté d'Eiri.
« C'est agréable tous ces rires d'enfants, non ? » dit la jeune femme en souriant. Le junin étouffa un bâillement.
« Agréable mais épuisant » répliqua-t-il.
« Alors papa, on a du mal à tenir le choc ? » le taquina Genma qui les avait rejoints.
« On en reparlera quand tu en auras un Genma » répondit Kurenai. «En tout cas, Akito est vraiment mignon. Ca donnerait presque envie, hein Asuma ? »
Le junin se mit à rire.
« Merci Kakashi, à cause de toi il y a une épidémie de pouponnite aiguë chez les kunoichis. Parle-leur des premiers mois tu veux ? »
« Non, pas question. Je préfère oublier cette sombre partie de ma vie. »
La réponse de Kakashi fit éclater de rire l'assemblée.
« Kakashi, il est temps de servir le goûter » l'interpella Iruka. « Vas chercher Akito et les enfants, tu veux ? »
Mais un bruit strident, accompagné de pleurs, éclatèrent tout à coup dans le jardin. Kakashi se rua dehors, suivi de près par ses amis. Les mamans présentes semblaient apeurées, et serraient leurs enfants contre elles. Au milieu du jardin Tomasu en larmes se tenait face à Akito, et n'osait plus bouger. Le bébé, bien ancré sur ses deux petites jambes, était rouge de colère. De sa main s'échappaient de petits éclairs bleus, au bruit caractéristique, de faible puissance mais suffisamment impressionnants pour les enfants et leurs mères. Kakashi n'en croyait pas ses yeux. Son fils de un an avait réussi à produire un mini chidori au milieu de son jardin ! Le shinobi s'approcha pour récupérer Tomasu. Celui-ci bredouilla qu'il avait juste pris le ballon, mais Kakashi le rassura et le confia à sa mère. Puis il se tourna vers son fils.
« Akito, arrête ça immédiatement » dit le père d'un ton ferme. Le petit le regarda avec affront et fit mine de frapper son père, vexé de se faire gronder pour son ballon. Le ninja, loin de se laisser démonter, attrapa son fils par le col et le souleva de terre.
« Je te conseille vivement d'arrêter immédiatement ton petit jeu Akito. »
Aussitôt la petite main cessa de produire des éclairs. Il était rare que son papa le gronde, mais lorsqu'il le faisait, Akito savait qu'il avait tout intérêt à obéir. Ses petites lèvres commencèrent à trembler et il leva des yeux humides en tentant un « papa » attendrissant.
« Non, ça ne prend pas Akito. Tu vas dire pardon à Tomasu, et tu vas lui prêter ton ballon, c'est compris ? »
Le petit fit oui de la tête et s'exécuta dès que son père l'eut reposé au sol. Les enfants reprirent leurs jeux, oubliant déjà l'épisode. Kakashi alla également s'excuser auprès de la mère du garçonnet. Celle-ci affirma que ce n'était qu'une dispute d'enfant, mais elle avait apprécié l'attitude du jeune papa. Et elle était sûre qu'Akito avait compris la leçon.
Kakashi rejoignit ses amis, mais personne n'osa commenter ce qui venait de se produire. Iruka décida de rompre le silence.
« Kakashi, il va falloir que tu en parles à… »
« Oui je sais. »
« Je ne pensais pas que c'était possible à cet âge » reprit Izumo.
« En même temps, avec un père comme Kakashi, on pouvait s'y attendre un peu non ? »
« Tu faisais des trucs de ce genre à son âge Kashi ? »
« Comment veux-tu que je m'en souvienne » répliqua sèchement le ninja copieur. « Bon je vais chercher le gâteau » conclut-il en se dirigeant vers la cuisine.
« Il est inquiet » dit Asuma après avoir attendu que son ami s'éloigne.
« Mets-toi à sa place. Si Akito est capable de produire un chidori à un an, sans aucune maîtrise ni connaissance du ninjutsu, imagine ce qu'il sera capable de faire dans quelques années » répondit Kurenai.
« Un génie a donné naissance à un génie » conclut Gai sobrement.
Iruka, qui avait rejoint Kakashi dans la cuisine, posa une main sur l'avant-bras de son ami pour l'empêcher de massacrer le gâteau qu'il était en train de couper.
« Laisse ça, je vais le faire. » Le sensei marqua une pause et reprit : « je comprends que tu sois inquiet Kakashi. Mais tu devais bien te douter que ça arriverait. »
« Pour être franc, je pensais avoir encore quelques années de répit » répliqua le shinobi.
« Il a réagi sous le coup de la colère, c'est tout. On lui apprendra à gérer tout ça. Mais là on va finir cette fête d'anniversaire, et tout ira bien. Tu as une sacrée autorité sur Akito en fait, je suis impressionné ! »
Kakashi se mit à rire, signe qu'il était en train de se détendre.
« Je devrais peut être t'inviter dans ma classe de temps en temps » continua de plaisanter Iruka. « Allez, va chercher ton fils, j'apporte le gâteau. »
Juste avant que le jeune papa ne quitte la cuisine, son ami lui lança en riant :
« Hé Kakashi, les chiens ne font pas des chats hein ! »
« Ouais Ouais » répondit le ninja copieur sans se retourner. Un sourire se dessinait sur ses lèvres. Même s'il avait eu très peur, il ne pouvait s'empêcher d'éprouver une certaine fierté pour son petit bonhomme.
…
Assis sur les genoux de son papa adoré, Akito regardait émerveillé la petite flamme de la bougie vaciller de droite et de gauche sur un énorme gâteau au chocolat. L'assemblée lui chanta un joyeux anniversaire et Kakashi l'aida à souffler cette première bougie.
Tamaki sourit en voyant Kakashi essuyer patiemment la bouche et les doigts de son fils barbouillés de chocolat. Il avait acquis une vraie maîtrise à présente, pas très loin du papa modèle en fait. Il « tait à la fois patient et attentionné, avec la juste pointe d'autorité nécessaire à l'éducation d'un petit gars de la trempe d'Akito. Le petit semblait vouer un véritable culte à son papa. Et plus Akito grandissait, plus il ressemblait à Kakashi, autant physiquement que par ses attitudes. La préférée de Tamaki était sans conteste l'attitude boudeuse qui laissait apparaître, chez le papa comme chez le bébé, une petite fossette adorable au niveau de leur joue gauche. Il était tellement absorbé par la contemplation de ce tableau familial touchant qu'il n'entendit pas Iruka prendre place à côté de lui. Aussi sursauta-t-il lorsque le sensei s'adressa à lui.
« Obata-san, vous pouvez être fier de vous.»
« Pardon ? »
« C'est un peu grâce à vous s'ils en sont là tous les deux. »
« Ahhh, je n'ai fait que mon travail » répondit le médecin, un peu embarrassé.
« Je pense que vous avez fait bien plus que votre travail, Docteur » répondit amicalement Iruka, « et je pense qu'il s'en rendra compte un jour ou l'autre » conclut-il d'un air entendu.
« Qu'est ce que … »
« Tamaki-san… Je peux vous appeler Tamaki-san ? Certains regards ne trompent pas. Kakashi est une belle personne, quoiqu'un peu bornée parfois. »
Tamaki sourit. Et le sensei continua.
« Je le connais bien, et je peux vous dire que vous avez toutes vos chances. Soyez patient, l'occasion vient à qui sait attendre » conclut-il en lui adressant un clin d'œil, avant de filer embrasser son petit filleul.
…
Cela faisait maintenant plusieurs semaines que Tamaki n'avait pas revu la petite famille Hatake. Il fut donc extrêmement content de voir le nom d'Akito inscrit sur sa consultation de l'après-midi.
Akito avait juste un petit rhume, mais Kakashi préférait ne rien laisser au hasard, parce qu'on ne sait jamais, des fois que le rhume se transformerait en quelque chose de plus grave, et qu'il faille l'hospitaliser pour le mettre sous perfusion ou sous aérosols, parce qu'il avait lu dans un livre que ça pouvait arriver des fois et que même…
« Stop, Kakashi-san, on se calme!" Avait fini par réussir à placer le médecin. « Akito n'a qu'un simple rhume, je peux vous l'assurer. Vous devez juste lui laver le nez et surveiller sa température. »
Le ninja copieur poussa un soupir de soulagement. Tamaki continua, en prenant la voix la plus neutre qu'il put :
« Je pense que vous devriez passer le relais de temps en temps Kakashi-san. Depuis combien de temps n'êtes vous pas sorti seul, ou entre amis, pour vous détendre ? »
Le shinobi essaya de se remémorer la dernière fois et dut bien admettre que depuis la fête d'anniversaire d'Akito, il n'avait pas mis une seule fois le pied dehors sans son fils. Tamaki soupire.
« Kakashi-san, il est important que vous vous accordiez des moments pour souffler. Vous pouvez confier Akito à Eiri de temps en temps, même quand vous êtes présent. Tous les parents le font. »
Il marqua une pause avant de poursuivre :
« Vous n'êtes pas qu'un papa, vous savez ! »
Kakashi acquiesça. Il savait déjà tout cela. Mais à chaque fois qu'il laissait son fils à quelqu'un d'autre, il ne pouvait s'empêcher d'éprouver un sentiment de culpabilité.
« Voila ce que je vous propose, reprit le médecin, vendredi soir vous allez confier Akito à Eiri et je vous invite à prendre un verre. On ne rentrera pas très tard et vous pourrez récupérer Akito en fin de soirée. Et vous verrez que tout se passera bien.»
Kakashi hésita, mais finit par accepter l'invitation. Il sentait qu'il était temps de lâcher un peu de lest.
Quand Kakashi et Akito eurent quitté la salle de consultation, Tamaki s'assit pour remplir le dossier tandis que Tori nettoyait le matériel. La jeune infirmière lui lança :
« C'était finement joué ça, Docteur Obata.»
« Que…Comment ça ? » répondit l'intéressé.
« Vous avez obtenu un rancard avec Kakashi-san l'air de rien, vraiment c'est du grand art. »
« Non, mais ce n'est pas du tout … »
« Pas de ça avec moi Docteur » reprit Tori en riant. « Vos yeux s'illuminent à chaque fois que vous le voyez. C'est trop mignon ! »
Tamaki leva les yeux au ciel dans une attitude de déni qu'il savait peu crédible.
« Ne vous inquiétez pas Docteur. Je ne dirai rien, mais à une condition. »
« Vous me faites du chantage maintenant ! » répliqua le médecin en souriant. « Et que voulez-vous ? »
« Que vous me présentiez Iruka-san » répondit la jeune femme avec un grand sourire.
« Hum, ça devrait pouvoir se faire » répondit Tamaki d'un air taquin.
Tori se mit à rire et ajouta « Merci Docteur, et mettez votre chemise bleu ciel vendredi, elle met votre teint en valeur. »
…
