Chapitre 10 : Une journée en enfer.
« L'enfant semble posséder de remarquables capacités. »
« Il faut donc agir vite. Plus le temps passe et plus il nous sera difficile d'arriver à nos fins. Que Shindo-san se tienne prêt à agir. »
Le vieil homme marqua une pause, un sourire sardonique lui barrant le visage.
« Toshiro, tu sais ce qu'il te reste à faire. »
Le shinobi hocha la tête et disparut dans la nuit.
…
Tamaki dut reconnaître que, finalement, tout s'était plutôt bien passé à l'hôpital. Bien sûr des réflexions dans son dos avaient circulé. Il s'était aussi pris quelques remarques désobligeantes. Mais il avait aussi trouvé beaucoup de soutien chez ses collègues, et chez les familles de ses patients. Sa gentillesse et ses compétences professionnelles prenaient le pas sur tout le reste. Il eut bien sûr droit à son petit « Tu vois, je te l'avais bien dit » de la part de Kakashi. Mais la vie semblait avoir plus ou moins repris son cours normal.
De l'extérieur de l'immeuble, il entendit Akito pleurer. Le petit semblait inconsolable, et son père passablement énervé.
Tamaki allongea donc le pas et entra dans l'appartement. Il marqua un temps d'arrêt confus devant l'état de l'appartement. Un typhon semblait avoir balayé le salon. Tout était sens dessus dessous. Le médecin vit voler des vêtements à travers la pièce. Il se dirigea vers la salle de bains pour découvrir Kakashi, assis par terre, en train de vider consciencieusement la corbeille de linge sale.
« Kakashi, je peux savoir ce que tu fabriques ? »
Derrière lui, Akito s'approcha en pleurs. Il tenta de parler, mais les gros sanglots empêchaient Tamaki de comprendre quoi que ce soit.
« Kakashi ? » demanda doucement le médecin.
Tout en continuant de fouiller le panier à linge, le ninja copieur grommela :
« Akito a perdu son doudou. »
La phrase succincte entraîna une nouvelle crise de larmes de l'enfant, Kakashi commençait visiblement à en être exaspéré. Tamaki se mit à sourire. Il savait bien que la « catastrophe du doudou perdu » était un calvaire pour les parents. Le médecin commença par calmer le petit.
« Ecoute Akito, tu vas venir avec moi dans ta chambre, et tu vas arrêter de pleurer. Ca ne fera pas revenir doudou si tu pleures. Au contraire, il va croire que tu es fâché contre lui. »
Il prit la main de l'enfant et le guida jusque dans sa chambre, l'assit sur son lit et reprit :
« Papa et moi, on va chercher doudou, et lui dire que tu es très triste qu'il soit parti. Et je te promets qu'il va revenir très vite d'accord ? »
Le petit calmé, Tamaki entama la deuxième étape, à savoir calmer le papa.
« Kakashi, tu peux arrêter s'il te plait ? »
« Il faut que je retrouve ce fichu doudou, Tama » répondit le shinobi, toujours empêtré dans son tas de linge.
« Je pense que tu n'y arriveras pas comme ça. On va commencer par ranger tout le bazar que tu as mis, et après on cherchera de manière logique d'accord ? »
Kakashi hocha la tête, et Tamaki eut une impression de déjà-vu. Plus Akito grandissait, et plus il ressemblait à son papa, autant physiquement que dans ses expressions faciales.
Une fois l'ordre remis dans l'appartement, Tamaki fit asseoir son homme sur le canapé.
« Bon maintenant réfléchis. Quand est-ce que tu as vu Akito avec son doudou pour la dernière fois ? »
Le shinobi fronça les sourcils, visiblement en intense réflexion.
« Il me semble qu'il l'avait au petit-déjeuner. Il l'avait posé sur la table à côté du lui »
Aussitôt les deux hommes jetèrent un regard plein d'espoir vers la cuisine, mais le doudou n'était pas sur la table.
« Bon et après, vous avez fait quoi ? »
« Akito est allé faire sa toilette et moi j'ai rangé la table… » Kakashi attrapa le visage de son compagnon et l'embrassa avec force.
« Tu es un génie Tamaki ! Un génie ! » cria le ninja copieur en se dirigeant vers le réfrigérateur.
Et le doudou trônait bien là, entre le pot de confiture et le fromage, bien au frais. Kakashi se saisit de la peluche et courut vers la chambre de son fils, sous le regard amusé de Tamaki.
« Akito ! C'est bon je l'ai retrouvé ! » dit le ninja en brandissant le doudou en signe de victoire. Le petit poussa un cri de joie et serra fort sa peluche dans ses bras. Il s'endormit presque instantanément, fatigué par toutes ces émotions.
Kakashi rejoignit Tamaki dans le salon. Il poussa un soupir en se laissant tomber à côté du médecin. Posant sa tête sur son épaule, il murmura :
« Finalement Tama, tu es un peu comme un doudou »
Le jeune médecin regarda le shinobi interrogatif.
« Oui, moi non plus je ne peux pas dormir sans toi ! » reprit le ninja en entraînant le jeune médecin dans sa chambre en riant.
…
Kakashi, le visage contrit, apporta un verre d'eau à Tamaki, qui était allongé sur le canapé, le visage marqué par la douleur. Le jeune médecin venait juste de rentrer de l'hôpital, après une intervention en urgence suite à un accident.
« Je peux faire quelque chose d'autre ? » demanda le ninja copieur d'une toute petite voix.
Tamaki soupira.
« Kakashi, arrête de faire cette tête là s'il te plait. Je t'ai déjà dit que ce n'était ni de ta faute, ni de celle d'Akito. »
Kakashi s'approcha pour redresser les coussins derrière le dos du médecin et s'assit en tailleur au pied du canapé.
« Euh, Kakashi… Tu vas rester planté là toute la journée ? »
« Ton collègue a dit que tu devais rester en observation. Il m'a fait promettre de garder un œil sur toi. »
« Ouais, ben vas observer plus loin. Tu m'empêches de respirer là ! » répliqua Tamaki agacé.
« Tu es fâché ? » reprit Kakashi d'une voix enfantine. Tamaki avait l'impression d'entendre Akito. Et même si c'était adorable, ça restait très irritant d'avoir le ninja copieur dans les pattes depuis deux jours complets.
Il y avait eu un petit accident quelques jours auparavant en effet. Kakashi, parti en mission pour trois jours, avait confié Akito à Tamaki. Après tout, même s'il avait gardé son appartement, le jeune médecin passait le plus clair de son temps chez la petite famille. Et au soir du deuxième jour, alors qu'ils jouaient tranquillement dan le jardin, l'enfant s'était mis en tête de montrer à Tamaki ce que son papa lui avait appris. Pourtant les consignes de Kakashi avaient toujours été très claires : interdiction de jouer avec le chakra quand il n'était pas là. Sauf que l'envie avait été trop forte. Et après avoir fait promettre à Tamaki qu'il ne dirait rien à son papa, Akito avait produit une boule de chakra qu'il s'amusait à faire passer d'une main à l'autre. Et puis soudain, la boule s'était mise à grossir sans qu'Akito puisse la contrôler. Il avait tenté de s'en débarrasser en la jetant comme un ballon. Mais cela avait produit l'effet inverse, la boule se transformant en une nuée d'éclairs. Les fameux éclairs interdits par papa ! Akito complètement paniqué avait finalement tant bien que mal réussi à faire disparaître la masse de chakra instable. Il avait alors couru vers Tamaki en pleurant. Et c'est là qu'il l'avait vue, la tache rouge qui grandissait sur le côté de Tama. Le jeune homme n'avait rien senti dans le feu de l'action, mais quand il prit conscience qu'il avait été touché, la douleur apparut, fulgurante, au point de le faire tomber à genoux. Il avait réussi à envoyer Akito chercher Eiri. Et c'est ainsi qu'il s'était retrouvé à l'hôpital. La blessure était profonde mais n'avait miraculeusement touché aucun organe vital. Tamaki avait quand même dû passer au bloc. Et à son réveil, Kakashi lui tenait la main. Son premier réflexe avait été de demander des nouvelles de l'enfant. Kakashi évita de lui dire que son fils se souviendrait probablement longtemps de la grosse colère de son papa. Le ninja copieur avait pu ramener Tamaki à la maison deux jours plus tard. Akito était venu présenter ses excuses (ou plutôt réciter les excuses que son papa lui avait visiblement fait apprendre par cœur).
La tension était retombée à présent. Mais Kakashi jouant les garde-malades restait assez…perturbant. Le jeune médecin avait finalement réussi à convaincre son compagnon d'emmener Akito se promener dehors. Une bonne ballade entre père et fils leur ferait sûrement du bien, et lui pourrait se reposer.
Dès que la porte fut refermée sur les deux Hatake, Tamaki ferma les yeux et s'endormit.
…
Tamaki se remit rapidement et l'incident fut vite oublié. Akito, qui allait bientôt avoir trois ans, avait été inscrit à l'école maternelle classique, comme tous les enfants de Konoha. Il criait haut et fort qu'il voulait être ninja, mais son père lui avait bien fait comprendre qu'il était encore trop petit pour intégrer l'académie. Il fallait d'abord qu'il apprenne à lire, à compter et plein d'autres trucs qui lui serviraient plus tard pour être un bon shinobi. Kakashi avait secrètement espéré qu'Akito veuille être médecin comme Tamaki. Mais il savait qu'il se berçait de douces illusions. L'enfant lui ressemblait trop. Il se rappelait lui-même la période où il avait découvert la puissance du chakra. Rien n'avait pu arrêter sa soif d'apprendre à le maitriser. Et Akito suivait bien évidemment ses traces. Mais il était bien décidé à retarder au maximum son entrée à l'académie.
Lorsque Kakashi déposa son fils à l'école le premier jour à l'école, il eut un pincement au cœur en voyant son petit traverser la cour d'un pas résolu pour aller se mettre en rang avec les autres enfants.
« C'est toujours dur de laisser nos petits bouts quitter le nid la première fois, n'est-ce-pas Hatake-san. Mme Ootori, qui venait de déposer son petit dernier elle aussi, lui sourit gentiment.
« Vous verrez, ça se passera bien. Je crois que nos garçons sont dans la même classe. »
Ils continuèrent de discuter sur le chemin du retour. Kakashi profita de sa journée pour faire les courses et les taches ménagères. N'ayant pas Akito dans les pattes, il finit son travail bien avant la sortie des classes. Il décida de s'accorder un peu de temps pour entamer la lecture du nouveau tome d'icha icha paradise. Mais ses pensées étaient envahies par son fils. Le vide laissé par le petit garçon dans l'appartement était quasiment insoutenable. Kakashi se retrouva donc devant l'école vingt bonnes minutes avant la sortie des classes. Il se sentait un peu bête, mais l'envie avait été trop forte. D'autant qu'il se voyait mal sortir ici son petit livre orange pour patienter. Lorsque la cloche sonna, les gamins sortirent en trombe des différentes classes. Kakashi repéra Akito de loin, qui semblait prendre un son particulier pour ne pas plier la grande feuille qu'il avait dans les mains.
« Regarde Papa, lui dit-il en s'approchant, j'ai fait un dessin à l'école. »
Le dessin portait le titre « ma famille » en lettres imprimées. Chaque enfant avait en effet du réalisé pour ce premier jour une représentation de sa famille. Akito s'était dessiné, entouré de son Papa et de Tamaki. A droite, Kakashi crut reconnaître Tori et Iruka, et à gauche Eiri. L'enfant avait même dessiné son poisson rouge. Kakashi sourit en voyant le dessin.
« Et ça c'est quoi Akito ? » demanda-t-il en désignant un petit carré à côté de la représentation de Tamaki.
« C'est la photo de Maman » répondit le garçonnet.
« Il est très beau ton dessin, mon chéri. Allez, on rentre à la maison maintenant. »
Sur le chemin du retour, Akito tendit les bras vers le ninja copieur pour se faire porter. Cette première journée d'école l'avait fatigué, mais il semblait content de pouvoir y retourner dès le lendemain.
« Et comment s'appelle ta maitresse Akito ? »
« Toshiro-san. C'est un monsieur. »
Ils arrivèrent à l'appartement, et Tamaki les attendait.
« Alors Akito, cette première journée d'école ? »
Le petit lui raconta en détail tout ce qu'il avait fait dans la journée et lui montra son dessin. Les jours qui suivirent, Akito sembla apprécier l'école de plus en plus. Et Kakashi s'émerveillait chaque jour des progrès de son fils. L'école consistait principalement, à cet âge, en des jeux divers. Mais la pédagogie du professeur permit à Akito d'acquérir beaucoup d'autonomie.
…
Le drame survint quelques semaines seulement après la rentrée des classes. Depuis quelques jours, l'enfant semblait perturbé, et assez réticent pour aller à l'école le matin. Kakashi l'avait interrogé gentiment, mais le petit bonhomme restait évasif. Il avait vaguement évoqué un camarade du nom de Zento qui n'était « pas très gentil ».
Après en avoir discuté avec Tamaki, Kakashi avait décidé d'aller en parler à l'instituteur. Mais les événements ne lui en laissèrent pas le temps. Alors qu'il était au bureau des assignations, une forte explosion se produisit non loin de là, faisant vibrer les vitres du bureau. Iruka et Kakashi se regardèrent et coururent, comme tous ceux qui étaient présents dans la pièce, vers la fenêtre la plus proche. Ils crurent d'abord à une attaque ennemie. Et lorsque le nuage de poussière retomba, le sang de Kakashi se glaça. Un bâtiment abandonné qui se trouvait juste derrière l'école d'Akito venait de s'écrouler. Kakashi se rua vers l'école, talonné par Iruka. Quand ils arrivèrent, les enfants avaient été regroupés dans la cour. Les premiers parents arrivés récupéraient déjà leurs gamins en larmes. Kakashi scruta les mômes un à un, et sentit la panique monter. Pas de trace d'Akito. Il savait que la force de l'explosion était indubitablement due à une grosse poussée de chakra. Et il priait intérieurement pour qu'Akito n'ait rien à voir avec ce désastre. Mais ses craintes se confirmèrent lorsqu'il vit Toshiro s'approcher de lui l'air contrit.
« Hatake-san, je… »
« Où est Akito ? » le coupa le ninja copieur.
« Je… je ne sais pas…Il a disparu après avoir fait exploser le… »
Kakashi eut un blanc. Akito avait fait exploser un bâtiment. Et il avait disparu. Ce n'était pas possible. Il allait se réveiller et voir son fils souriant devant lui. Le ninja copieur rouvrit les yeux, et constata que les enfants en pleurs, les parents affolés et l'instituteur inquiet étaient toujours bien là. Seul manquait Akito. Iruka, qui avait rejoint son ami, déclara :
« Il faut tout de suite fouiller les décombres et lancer une recherche aux abords de l'école. Il n'a pas pu aller bien loin. Kakashi, on va le retrouver. »
Le shinobi ne répondit pas. Il semblait sur une autre planète, complètement hagard au milieu de l'effervescence de la cour. L'instituteur reprit :
« Il n'est pas dans les décombres. Je l'ai vu après l'effondrement, il a juste… disparu comme par enchantement. »
Tandis qu'Iruka prenait les recherches en main, Toshiro proposa de raccompagner Kakashi chez lui, pendant qu'Iruka s'occupait de mettre les recherches en place. Peut être que le garçonnet s'était tout simplement réfugié à la maison.
Dès qu'ils arrivèrent à l'appartement, Kakashi sut qu'Akito n'était pas là. Il se rua dans la salle de bain pour vomir, puis s'effondra à côté des toilettes, la tête dans les mains. Toshiro tenta de le rassurer, mais le ninja copieur n'était pas en état d'entendre quoi que ce soit.
Les recherches ne donnèrent rien ce jour-là. Tamaki congédia gentiment Toshiro après l'avoir remercié. Il était lui-même mort d'inquiétude, mais il se devait de garder la tête froide. Kakashi était effondré et il lui administra un calmant puissant pour qu'il dorme. Le médecin resta éveillé auprès de lui toute la nuit, au cas où on leur apporterait des nouvelles.
Au petit matin, Kakashi se réveilla en sursaut en criant le nom de son fils. Il se précipita dans la chambre d'Akito, pour s'effondrer de nouveau devant le petit lit vide. Il voulait partir à la recherche de son petit, retourner le village entier s'il le fallait. Mais ses jambes ne le portaient plus, l'insoutenable inquiétude le terrassait littéralement.
Une deuxième journée de calvaire débuta, dans l'attente de la moindre nouvelle. Une longue et effroyable journée.
