Chapitre 12 : Hurricane.

« Nous savons que vous êtes un ami… intime d'Hatake Kakashi. »

Tamaki réprima un sursaut. Bon, ils étaient au courant de sa relation avec Kakashi. Mais c'était loin d'être un scoop, la moitié de Konoha devait le savoir.

« On peut donc imaginer que vous avez souvent été en contact avec Hatake Akito. »

Le fait que le chef du jury utilise le patronyme de l'enfant rendait l'entretien très formel, et le médecin très mal à l'aise. Il acquiesça à l'affirmation de l'homme.

« Avez-vous été témoin de troubles du comportement chez cet enfant ? Ou tout du moins de réactions qui auraient pu être dangereuses ? »

« Non ! Bien sûr que non ! Akito est un enfant adorable» répliqua le jeune homme vivement.

« Obata-san, tenons-nous en aux faits s'il vous plait. Les sentiments que vous entretenez pour cet enfant…Et pour son père… ne doivent pas influencer cet entretien. »

Tamaki se raidit sur sa chaise. Il avait bien compris leur petit manège. Ils allaient essayer de discréditer Kakashi en tant que père. Et l'homme qu'il avait en face de lui semblait particulièrement doué pour détourner la moindre information en sa faveur.

« N'avez-vous jamais été en danger à cause d'Akito, Obata-san ? »

Le médecin hésita et regarda les autres membres du jury. Ceux-ci semblaient totalement absents, seule l'aura mauvaise de l'homme plombait l'atmosphère de la pièce.

« Non, je… »

Mais l'homme ne le laissa pas finir sa phrase.

« Je vous rappelle que vous êtes sous serment, Obata-san. J'ai ici le rapport de l'hôpital concernant une intervention que vous avez subie il y a quelques semaines. »

« C'était un accident ! »

« Causé par ? »

« Mais il n'a pas fait exprès. Il ne voulait pas… »

« Vous confirmez donc que c'est bien Hatake Akito qui vous a blessé, entraînant une intervention chirurgicale en urgence et quinze jours d'arrêt de travail ? »

Le médecin, acculé, ne put que hocher la tête.

« Bien. Pouvez-vous nous préciser ce qui s'est passé exactement lors de cet « accident » Docteur ? »

« On jouait tous les deux dans le jardin. Et Akito a malencontreusement produit du chakra, qu'il n'a pas maîtrisé. J'ai été touché par un faisceau de chakra » répondit sobrement Tamaki. Mais il savait que le président du jury n'en avait pas fini.

« Etait-ce la première fois qu'Akito produisait ce genre de chakra ? »

«Je crois que oui. »

« J'ai ici le témoignage de Mme Tsukiho, maman du petit Tomasu, qui a déclaré qu'Akito avait produit, je cite « des éclairs bleus » lors de son premier anniversaire. Vous étiez présent ce jour-là, non ? »

« Oui » murmura Tamaki.

« Vous pouvez donc nous confirmer les propos de l'honorable Mme Tsukiho. »

Le médecin murmura de nouveau un « oui ».

« Parlez plus fort, Docteur Obata. Je crois que le jury ne vous a pas entendu.»

« Oui » répondit le jeune médecin dépité. Il savait que l'entretien était en train de déraper. La question suivante lui fit complètement perdre pied.

« Hatake Kakashi était donc conscient de la dangerosité de son fils. Et pourtant il n'a pas hésité à le confier à plusieurs reprises à de simples citoyens, comme la dénommé Eiri… ou comme vous, Obata-san ? Vous a-t-il expliqué comment gérer Akito s'il se mettait à devenir dangereux ? »

« Non. Nous n'en avons jamais parlé mais je ne considère pas Akito comme dang… »

« C'est à nous de le déterminer ça, Obata-san. Et suite aux événements récents, vous me permettrez de douter de l'inoffensivité de cet enfant. Mais revenons-en à Hatake Kakashi. Je crois qu'il est évident qu'il connaissait les capacités de son fils. Et il est de notoriété publique qu'il est lui-même un shinobi puissant. Se pourrait-il, Obata-san, qu'il ait tenté d'apprendre à son fils de trois ans à manier le chakra ? »

« Je…Que voulez-vous dire ? »

« Je veux dire, Obata-san, que nous soupçonnons Hatake Kakashi d'avoir voulu transformer son fils en mini ninja, sans se soucier des conséquences désastreuses que cela pourrait engendrer. Nous avons un témoin qui affirme avoir entendu Hatake se vanter des talents de son fils. Confirmez-vous Obata-san ? »

Le médecin n'en croyait pas ses oreilles. Kakashi n'avait parlé des progrès d'Akito qu'à Iruka et à lui. Il n'imaginait pas une seconde qu'Iruka ait pu trahir son ami. Il leva les yeux vers l'homme pour répondre mais celui-ci ne lui en laissa pas le temps.

« Bien. Votre silence parle pour vous. Ce sera tout, Obata-san. Merci de votre participation à cette enquête. Vous nous avez été d'une grande aide pour y voir plus clair dans cette histoire. »

Le jeune médecin fut reconduit en dehors du bureau. Il était comme dans un état second. Il venait de faire un mauvais rêve et il allait se réveiller. Ce n'était pas possible autrement. Dehors, Iruka l'attendait. Tamaki eut un mouvement de recul.

« Tama, ça ne va pas ? » demanda le sensei inquiet.

« Tu … Iruka, tu ne leur as pas parlé de la conversation qu'on a eu avec Kakashi à propos d'Akito, et de ses progrès pour maîtriser son chakra ? »

« Bien sûr que on. Et j'espère que toi non… Oh merde, Tamaki, ils t'ont fait croire qu'ils savaient ! Ne me dis pas que tu leur as dit ! »

« Je n'ai pas eu besoin. Ils ont interprété mon silence. Je te jure que je n'ai rien dit, Iruka ! Mais, mais… »

Le médecin s'effondra en larmes dans les bras du sensei.

« Ca ne peut pas être aussi terrible que ça Tama » reprit Iruka sur un ton qu'il voulait réconfortant. Mais sa voix trahissait son inquiétude.

« Tu leur as dit la vérité, non ? Alors ça devrait aller. »

« Je crois qu'on devrait préparer Kakashi au pire » murmura le jeune médecin.

Tamaki et Iruka n'eurent pas le temps d'en parler à Kakashi. Quand ils arrivèrent à l'appartement, le shinobi était déjà parti, sa convocation ayant été avancée. Le délai entre le verdict et les derniers entretiens était ridiculement courte, tout portait à croire que la décision quant à l'avenir d'Akito avait déjà été prise depuis bien longtemps. Tamaki était effondré car il pressentait le drame qui allait se produire. Il voulut rejoindre Kakashi, mais Iruka l'en empêcha.

« Tu ne peux plus rien faire maintenant. Mettons plutôt toutes nos forces à préparer une contre-attaque. Notre seule chance de récupérer Akito maintenant, c'est de découvrir qui est à l'origine de tout ce merdier.»

Lorsque Kakashi entra dans la pièce, accompagné de Tsunade, un silence de plomb flottait dans la salle.

Mais le ninja copieur savait déjà ce qui allait se produire. Il entendit à peine les mots du président du jury.

« Jugé dangereux… Pas apte à vous en occuper… placement provisoire de six mois en attendant de trouver une solution pérenne. »

Il avait regardé chaque membre du jury un à un, d'un œil glacial. Tsunade avait posé une main ferme sur son avant-bras avant qu'il n'ait le temps d'esquisser le moindre geste. C'est elle qui avait parlé pour lui.

« Nous exigeons d'avoir accès à toutes les pièces du dossier afin de pouvoir porter un recours. »

L'homme au centre avait émis un petit rire cynique, mais il l'avait ravalé aussitôt lorsqu'il avait croisé la pupille pourpre du ninja copieur.

« Kakashi, non ! » avait murmuré Tsunade. « N'aggrave pas les choses. »

L'Hokage avait obtenu que Kakashi garde son droit de visite. Quand ils sortirent de la salle, Kakashi lui arracha le dossier des mains et s'évanouit dans na nature. Tsunade poussa un soupir. Le ninja copieur était-il voué à souffrir toute sa vie ?

Il avait cherché partout, fouillé tout le village. Quand il vit le mémorial désert, Iruka se laissa tomber contre la pierre froide pour reprendre son souffle.

« Kakashi, où te caches-tu ? » se murmura-t-il à lui-même.

Un bruit lointain attira son attention. Il regarda au loin et vit un arbre tomber de toute sa hauteur dans la forêt. Intrigué, Iruka se concentra sur la zone. Il vit une nuée d'oiseaux s'envoler soudainement, et un deuxième arbre s'écraser au sol. Le sensei comprit et se rua vers le lieu.

A son arrivée, une partie de la forêt avait laissé place à un lieu de désolation. Les arbres fracassés au sol, les cadavres des quelques lapins, renards et belettes qui avaient vécu là, les rochers explosés. Et au milieu de ce carnage, le ninja copieur allongé, les bras en croix, regardait passer les nuages. Sans esquisse le moindre mouvement, il lança à son ami :

« Ne t'approche pas Iruka. Il paraît que les Hatake sont dangereux. »

Le sensei poussa un soupir désolé.

« Kakashi, crois-moi j'ai autant de peine que toi. Mais ce que tu fais là ne sert à rien… »

« Autant de peine ? » répliqua Kakashi en riant nerveusement. « Autant de peine ? » reprit-il en hurlant cette fois.

« Je n'ai pas de peine moi, Iruka. J'ai la rage ! Tu comprends Iruka, la rage ! Ils m'ont pris mon fils, ces enfoirés. Et je n'ai rien pu faire. Ou plutôt on m'a empêché de faire quoi que ce soit ! A cause de ce putain de code ninja, toi, Tsunade et tous les autres ! Mais crois-moi, Iru, je vais récupérer mon fils. Quoi qu'il m'en coute. Et s'il faut que je les saigne un par un, ces fumiers, je le ferai sans hésiter ! »

« Je comprends Kakashi mais ce n'est sûrement pas.. »

« Sûrement pas quoi ? Pas la bonne solution ? Je vous ai écoutés, j'ai suivi vos conseils. Vous m'aviez dit, toi le premier, que l'enquête serait en ma faveur, et que je pourrai récupérer Akito immédiatement. Bravo ! Bien joué les amis ! Quelle clairvoyance ! Tu veux les lire, les rapports de cette putain d'enquête, Iruka ? » continua le shinobi en lui lançant quelques feuillets au visage.

Tandis qu'Iruka ramassait le dossier, Kakashi se leva brutalement, et après avoir explosé un dernier rocher dans un cri de colère, lança une dernière phrase, aux allures de sentence :

« Tu devrais lire l'entretien de Tamaki, il est particulièrement instructif. »

« Kakashi attends ! Tamaki a été manipulé… »

Mais le ninja copieur n'entendit pas la dernière phrase d'Iruka. Il avait déjà disparu.

Quand il arriva devant son appartement, Tamaki était assis devant la porte. Le jeune médecin leva les yeux vers son compagnon et murmura :

« Kakashi, comment… »

Le ninja copieur tourna la clé dans la serrure sans un mot. Il ouvrit la porte tandis que Tamaki se relevait.

« Kakashi, attends, parle-moi ne t'en prie ! » reprit Tamaki d'un ton suppliant. Il tenta de retenir le shinobi par le bras, mais celui-ci retira son bras violemment.

« Ne me touche pas» répliqua Kakashi d'un ton glacial, sans le regarder.

« Kakashi… »

« Et tire-toi de là. Tu n'as plus rien à faire ici. »

« Kak… »

«Tu pourras récupérer tes affaires chez Iruka. Et maintenant dégage, on n'a plus rien à se dire. »

« Kakashi, laisse-moi t'expliquer.. »

Le ninja copieur jeta un regard glacial à Tamaki.

« Tu en as déjà assez dit. Maintenant casse-toi de là » le coupa Kakashi. « Et ne m'adresse plus jamais la parole » conclut-il en refermant la porte derrière lui, sans un dernier regard vers son ancien amant.

Cela faisait maintenant plusieurs jours que Kakashi refusait de répondre à quiconque frappait à sa porte. Kurenai et Asuma, Eiri et même Mme Ootori avaient tenté d'entrer en contact avec le shinobi, mais la porte restait close. Iruka était bien décidé à faire plier son ami cependant.

Il frappa à la porte. Aucun bruit ne s'échappait de l'appartement.

« Kakashi, je sais que tu es là. Ouvre ! » cria-t-il. Pas de réponse.

« Ouvre ou je défonce la porte ! » criat-il plus fort, en continuant de tambouriner à la porte. Il allait mettre sa menace à exécution quand la fameuse porte s'entrebâilla.

« Pas la peine de faire tant de boucan. Tu vas réveiller tout le quartier » répondit une voix ensommeillée. Kakashi s'était déjà ré-affalé sur son canapé quand Iruka entra dans la pièce. Il jeta un coup d'œil à l'état déplorable de l'appartement : un sac poubelle plein à craquer trônait au centre de la pièce, la vaisselle débordait dans l'évier, la lessive et le ménage n'avaient visiblement pas été au programme de ces derniers jours. Iruka s'assit en face de son ami et l'observa en silence. Kakashi avait les traits marqués, en manque flagrant de sommeil. Le sensei se demanda s'il n'avait même pas maigri un peu. Il repéra un flacon d'anxiolytiques sur la table basse, à côté d'une bouteille d'alcool de riz aux trois quarts vide.

« Kakashi, comment vas-tu ? » demanda timidement Iruka. Il connaissait assez bien son ami pour savoir qu'au moindre mot de travers, il se retrouverait expulsé de l'appartement manu militari.

« Bah, je suis en pleine forme ! Ca ne se voit pas ? » répliqua le shinobi en souriant.

Visiblement, il n'avait pas perdu son humour. C'était déjà ça.

« Qu'est ce que c'est que tout ça ? » l'interrogea Iruka en remarquant les nombreux papiers qui jonchaient la table basse. Il se saisit d'une feuille qui semblait représenter un plan.

« C'est le plan de l'école d'Akito ! Qu'est ce que tu fabriques Kakashi ? »

« Je cherche des réponses, Iruka. » répondit Kakashi d'une voix déterminée.

Passant rapidement les documents en revue, Iruka commença à comprendre.

« C'est donc ça qui t'occupes tellement que tu n'ouvres à personne » murmura le sensei. Kakashi attrapa la feuille qu'Iruka avait dans les mains.

« Je te remercie de t'inquiéter pour moi. Mais comme tu le vois, je suis très occupé. Alors si tu permets, je vais me remettre au travail. Tu diras aux autres que je vais bien. » Il attrapa la bouteille pour se servir un verre.

« Comment va Akito ? » demanda Iruka. Kakashi était en effet le seul à avoir un droit de visite. Et le sensei tenait à faire comprendre à Kakashi qu'en tant que parrain, lui aussi s'inquiétait pour l'enfant. Kakashi laissa son geste en suspens et reposa la bouteille en fixant Iruka.

« Il… Il survit. »

Kakashi sentit les larmes monter. Il ne devait pas craquer, surtout devant Iruka. Il devait être fort pour son petit. Mais chaque objet dans l'appartement lui rappelait son fils. Il étouffa un sanglot et reprit :

« Pakkun reste avec lui autant qu'il peut. Il n'a pas l'air maltraité. Mais chaque seconde qu'il passe dans cet horrible endroit me brise le cœur. »

Iruka se leva pour s'approcher de son ami et entoura les épaules du shinobi d'un bras réconfortant.

« Laisse-moi t'aider, Kakashi. A deux, on trouvera qui est à l'origine de tout ça. Et on récupérera ton fils, coûte que coûte. »

Kakashi hocha la tête. Il avait besoin d'aide, de quelqu'un d'assez lucide pour l'épauler.

Iruka passa une partie de la journée avec Kakashi. Ils arrivèrent vite à la conclusion qu'Akito, tout doué qu'il soit, n'avait pas pu avec son petit chakra d'enfant de trois ans, faire s'écrouler un bâtiment tel que celui de l'école. Quelqu'un l'avait donc fait accuser à tort. Il y avait aussi le mystère de ce Zento, qui avait disparu du jour au lendemain. Kakashi proposa à Iruka d'aller inspecter les abords de l'école dès le lendemain. Ils iraient également interroger Toshiro, le professeur d'Akito. Il les mettrait forcément sur la piste du petit camarade d'Akito. Iruka proposa à Kakashi de passer la nuit avec lui, mais le shinobi déclina poliment.

Au moment de partir, Kakashi lui désigna une caisse en bois dans un coin de la pièce.

« Tu pourras rendre ça à Tamaki ? »

Iruka le regarda d'un air triste.

« Tamaki est dévasté tu sais. Il s'en veut énormément. »

« Il a de quoi » répliqua sèchement Kakashi.

« Tu ne crois pas que tu as été un peu dur avec lui. Ce n'est pas sa faute si… »

« Il leur a donné tous les arguments dont ils avaient besoin pur me prendre Akito. »

« Kakashi, tu sais bien qu'il a été manipulé. Il n'est pas shinobi, il n'a jamais été habitué à être malmené lors d'un interrogatoire. »

Kakashi poussa un soupir agacé. Iruka comprit qu'il valait mieux ne pas insister pour l'instant. Il ne put cependant pas s'empêcher de rajouter :

«Tu as toujours réussi à faire fuir ceux qui t'aimaient Kakashi, mais Tamaki est différent. Tu le sais, et tu sais aussi qu'il ne mérite pas ça.»

Le shinobi fit semblant de ne pas avoir entendu la remarque, déjà plongé dans les documents.

Au fond du bunker, l'atmosphère était saturée. L'homme respirait mal, et il avait hâte de retourner à l'air libre.

« Approche Toshiro. Tu as fait du bon travail. »

« Merci Maître. »

« Cela m'étonne que tu n'aie s toujours pas été contacté par Hatake. Cela ne saurait tarder. Il va vouloir récupérer son fils à tout prix. Mais nous allons utiliser cela à notre avantage. »

L'homme, qui restait en permanence dans l'ombre, fit une pause avant de reprendre.

« Toshiro, tu vas faire en sorte de devenir très proche d'Hatake. Récupère le maximum d'informations qui pourraient nous être utiles avec l'enfant. Ensuite, tu pourras te débarrasser de lui. Sois prudent. Tu as un avantage certain, mais sa réputation n'est pas vaine. Si tu réussis cette mission, la Racine te sera grandement redevable. Et tu seras bien sûr récompensé à la hauteur de ta réussite. »

L'homme acquiesça. Il avait été choisi pour ses talents de dissimulation. Personne n'avait remarqué qu'il était shinobi à l'école, car il avait un don inné pour camoufler totalement son chakra. Il devrait redoubler de vigilance pour duper le grand Hatake Kakashi. Mais celui-ci n'avait semblé manifester aucun soupçon lorsqu'ils s'étaient parlé après la disparition de l'enfant. Il saurait être à la hauteur de ce que lui demandait la Racine, cette mère de substitution qui l'avait accueilli. Et le petit Akito pourrait bientôt profiter des bienfaits de l'organisation s'il se montrait obéissant lui aussi. Il allait se débarrasser de ce père gênant et offrir à ce gamin la possibilité d'exploiter au mieux ses capacités hors normes.

Tamaki n'était plus que l'ombre de lui-même. Il arrivait au travail éreinté, privé de sommeil par la culpabilité. Il parlait peu, faisait son travail mécaniquement et rentrait chez lui s'enfoncer dans une déprime insondable. Il avait tout gâché, il en était conscient. Il avait brisé une famille, brisé son couple par la même occasion. Il se sentait misérable. Tori tentait de lui maintenir la tête hors de l'eau. Elle avait exigé qu'il vienne habiter avec elle le temps de se remettre. Il avait tout d'abord refusé, prétextant qu'il ne voulait pas empiéter sur sa vie privée. Chose d'autant plus ardue qu'elle sortait avec Iruka, le parrain d'Akito et accessoirement meilleur ami de son ex. Mais le jeune sensei n'avait pas failli à sa réputation et avait trouvé l'idée de Tori brillante.

Lorsqu'il rentra ce soir là, Iruka était assis avec Tori. Ils discutaient autour d'un thé, mais se turent à l'instant où Tamaki entra dans la pièce.

« Bonsoir » lança le médecin sur un ton qu'il voulait avenant. Mais la tristesse résonnait dans chaque mot.

« Tamaki, j'ai… » Iruka hésita à poursuivre. Il décida finalement que plus vite la corvée serait faite, mieux ce serait. « Kakashi m'a demandé de te rendre ça » dit le sensei en posant la caisse sur la table basse.

Tori et Iruka virent les épaules du médecin s'affaisser un peu plus. Alors voilà, cette fois c'était vraiment fini. Kakashi avait balayé ces deux années passées ensemble d'un revers de la main. Iruka tenta de le réconforter.

« Tu sais, je crois qu'il faut lui laisser un peu de temps. Il n'y a qu'Akito qui importe à ses yeux pour l'instant. Je suis persuadé que tout n'est pas terminé entre vous. Mais tant qu'il n'aura pas récupéré Akito… »

« Ne te fatigue pas, Iruka. J'ai tout gâché, c'est ma faute. Il faut juste que j'arrive à l'accepter c'est tout » répondit le jeune médecin en emportant la caisse dans sa chambre. Il leur souhaita bonsoir avant de s'enfermer dans la pièce et de s'effondrer sur son lit en pleurant.

Tori et Iruka se regardèrent, désolés.

Le lendemain, Tamaki semblait avoir repris un peu d'énergie. Kakashi avait malencontreusement, ou pas, laissé un jouet d'Akito dans la caisse. Et Tamaki avait pris la ferme résolution de mettre tout en œuvre pour participer lui aussi à la récupération du petit. Il se rappelait qu'Iruka et Kakashi lui avaient demandé d'être leurs oreilles et leurs yeux à l'hôpital, et c'était ce qu'il allait faire.

Il s'attela à la tache et fut rapidement récompensé. Alors qu'il était dans le vestiaire, il avait surpris une conversation très intéressante entre deux infirmières. L'une d'elles raconta qu'elle avait surpris l'une de ses collègues en train de photocopier les dossiers médicaux de tous les bébés nés de parents shinobis. Elle lui avait demandé des explications, mais celle-ci l'avait renvoyé paitre. Et maintenant elle se demandait si elle devait en informer l'administration de l'hôpital. Sa collègue lui conseilla de se taire car l'infirmière en question était réputée pour être particulièrement fourbe. Et en effet Tamaki la connaissait bien. C'était la fameuse infirmière avec qui il avait travaillé la nuit où il avait piqué une colère mémorable. Il décida de garder un œil sur elle toute la journée. Et quand il la vit quitter discrètement le service, il la suivit. Elle sortit par l'arrière du bâtiment et se dirigea vers un endroit isolé, caché par un bosquet d'arbres. Tamaki s'approcha prudemment, et réussit à distinguer clairement trois silhouettes à travers les broussailles. Il reconnut l'homme à qui l'infirmière remit les documents : Shinto, l'homme des services sociaux. L'homme qui se tenait à ses côtés était effrayant : crâne rasé, une cicatrice lui barrant le front, et une marque de brûlure ancienne sur la joue droite. L'homme en question regarda dans la direction du jeune médecin, qui arrêta de respirer. Mais il finit par détourner le regard.

Tamaki était convaincu que cette information pourrait servir à Kakashi. Il était tout à fait anormal que Shinto se fasse remettre des documents internes à l'hôpital. De là à imaginer qu'il avait récupéré de la même façon le dossier d'Akito, il n'y avait qu'un tout petit pas. Mais que pouvait-il bien vouloir faire de ces informations, et qui était l'homme qui l'accompagnait ?

Tamaki décida d'en informer Iruka le soir même. Le sensei lui promit de le tenir informé de l'avancée de leur petite enquête. A partir de ce jour, Tamaki recommença à dormir. Il rêvait toujours de Kakashi, mais ne se réveillait plus en sueur en criant son nom. Peut être n'aurait-il plus jamais le bonheur de pouvoir serrer le ninja copieur dans ses bras, de sentir la douceur de ses lèvres sur sa peau, mais il avait la ferme intention de réparer ses erreurs. Il découvrirait qui était l'homme aux cicatrices quel que soit le danger. Et la petite famille serait de nouveau réunie.