Chapitre 13 : noir.

Lorsque Kakashi entra dans la petite chambre sombre, il remarqua immédiatement la réticence d'Akito. Celui-ci était assis sur son lit, ses petites jambes balançant dans le vide. Il ne tourna pas la tête quand son père entra. Il regardait fixement le mur gris en face de lui.

Kakashi murmura doucement :

« Akito ? »

Sans tourner la tête, l'enfant répondit :

« Papa, je veux rentrer à la maison. »

Le ton était ferme. Pas de supplication, pas d'espérance. Juste une exigence. Kakashi s'assit à côté de lui et soupira.

« Akito, je te promets… »

Mais son fils ne le laissa pas finir. Il se leva d'un bond. Ses petits poings plantés sur ses hanches, il se mit à crier.

« J'en ai marre, Papa ! Tu es le plus fort des ninjas de Konoha, alors pourquoi tu me laisses ici tout seul ? Je veux rentrer ! »

Kakashi sentit les larmes monter. Il était totalement désarmé. La situation n'avait pas bougé d'un pouce depuis des semaines. Il n'avait trouvé aucun indice sur les lieux de l'école, en dehors d'une signature chakra inconnue. Il savait qu'Akito n'avait pas détruit le bâtiment, mais n'avait aucun moyen de le prouver. Il n'avait aucune idée de qui était derrière tout cela. Mais ça, son fils de trois ans ne pouvait pas le comprendre. Il ne pouvait pas comprendre pourquoi il devait rester là tandis que son père se débattait avec ses doutes, ses remords et son impuissance. Que répondre à son enfant apeuré et en colère? Kakashi tendit les bras vers son fils, mais celui-ci refusa de bouger. Akito bredouilla de nouveau un « je veux rentrer à la maison » et de grosses larmes se mirent à couler sur ses joues roses.

En un instant, Kakashi réduisit la distance entre son fils et lui, et le prit dans ses bras. L'enfant n'eut pas la force de se débattre. Il se laissa aller dans les bras de son père. Rien ne semblait pouvoir le consoler. Kakashi le cajola tendrement en lui chantant la petite berceuse qu'il avait l'habitude d'entonner pour l'aider à dormir quand il était bébé. Le temps des promesses était fini. Il devait agir, parce que son fils était en train de s'éteindre doucement. Son enfant, d'habitude si joyeux et souriant, n'était plus qu'un gosse au regard triste, qui en voulait à la terre entière, et en particulier à son père. Le cœur de Kakashi acheva de se briser lorsqu'Akito lui murmura :

« Papa, la prochaine fois que tu viendras, promets-moi que tu m'emmèneras loin d'ici. »

Le ninja copieur avait compris le message. Akito ne voulait plus le voir tant qu'ils ne pourraient pas rentrer ensemble à la maison. Il ne pouvait se résoudre à abandonner son fils dans cet orphelinat sordide, mais Akito avait l'air si sérieux, du haut de ses trois ans, qu'il ne put que promettre.

Kakashi s'adossa au gros chêne qui faisait face à l'entrée de l'orphelinat et se mit à pleurer en silence. Il était incapable d'interrompre le flot de larmes amères qui coulaient sur son visage. Il resta assis là une bonne demi-heure avant d'avoir la force de se relever. Il avait envie de hurler sa peine, mais il se sentait tellement coupable qu'aucun son ne pouvait franchir le seuil de ses lèvres. Il prit la direction du bureau d'assignation. Il avait besoin de trouver une épaule compatissante. Mais Iruka n'était pas au bureau. Il était parti plus tôt ce jour-là car il avait rendez-vous avec Tori. Kakashi eut un geste d'agacement quand Genma lui donna l'information. Iruka était-il si peu concerné par l'avenir de son filleul ? Il préférait jouer les jolis cœurs plutôt que de l'aider à se sortir de cette situation tragique.

Kakashi prit machinalement la direction de l'hôpital, pour se raviser au bout de quelques minutes. Il avait lui-même foutu Tamaki dehors dans un accès de rage. Maintenant, il regrettait. Tamaki lui manquait. Il avait réagi sous le coup de la colère, et savait qu'il avait été particulièrement injuste avec le jeune médecin. La vie du ninja copieur était en train de se briser, et il se rendait compte qu'il en était le principal responsable. Il n'avait pas su protéger son enfant, il n'avait pas su préserver son amour. Et il savait qu'Iruka faisait tout pour l'aider à récupérer Akito.

Kakashi, honteux de son égoïsme, se rua dans son appartement. Il ne donna plus signe de vie pendant les trois jours suivants. Et cette fois, même Iruka n'arriva pas à lui faire ouvrir la porte.

Kami-sama, pourquoi m'avoir confié Akito si c'était pour me le reprendre si cruellement ? Qu'ai-je fait pour mériter cela ? Suis-je misérable à ce point ?

Oui, je le suis. Je suis pitoyable. Je gâche tout ce que je touche. Je ne suis bon qu'à tuer mes ennemis. Je ne sais pas aimer, et encore moins être aimé. Alors pourquoi le sort s'acharne-t-il à mettre sur ma route des personnes aimantes et compatissantes ? En les envoyant vers moi, vous les condamnez à une souffrance inéluctable. Avez-vous si peu d'estime pour elles ?

Je me sens infect. Le goût amer que j'ai dans la bouche en permanence, c'est celui de mon propre fiel, que je déverse sans cesse sur les autres. Pour ne pas voir. Pour ne pas admettre que je suis un monstre, égoïste et sans cœur.

J'ai échoué. Vous m'avez offert l'opportunité de me racheter, de protéger un enfant. Mon enfant. Et une fois de plus j'ai échoué. J'ai la tête qui tourne. Et mes pensées s'embrouillent. Noyer mon chagrin dans l'alcool anesthésie mes sens, anesthésie mon âme.

Je sais qu'au fond, Tamaki n'est pas responsable de la situation. C'est moi seul le coupable. Mais je l'ai repoussé, comme je l'ai toujours fait. J'ai eu peur, parce que je suis lâche. J'ai eu peur de cet amour débordant qu'il me donnait sans contrepartie. Et j'ai sauté sur l'occasion qui se présentait pour l'éloigner. Pour ne pas qu'il souffre lui aussi. Non, soyons franc. J'ai agi pour ne pas avoir à souffrir moi-même le jour où il se rendra fatalement compte que je suis abject. J'ai entrouvert la porte de ma vulnérabilité devant lui. Mais je ne mérite pas que l'on me réconforte. J'ai trop de sang sur les mains. Tout se mélange dans ma tête maintenant. Tamaki, Akito, que dois-je faire ? Je n'ai pas de solution !

Ma pauvre Hana, si tu me voyais. Toi qui fondais tellement d'espoir en moi. C'est en mettant au monde notre enfant que tu es morte. Cela pouvait-il en être autrement ? Qu'as-tu vu en moi pour être aussi sûre que je pourrais élever Akito tout seul ? Tu dois me haïr de là-haut, moi qui fais souffrir ton enfant. Puis-je seulement encore me considérer comme son père de toute façon ? Le mépris dans ses yeux, et la peine, me torturent jour et nuit.

J'entends encore raisonner en moi les mots d'Iruka. Il a si souvent dû récupérer mes conneries que je me demande pourquoi il s'acharne encore à vouloir être mon ami. Pourquoi ne prendrait-il pas Akito avec lui ? L'enfant aurait un avenir brillant, entouré de parents de substitution aimants et compétents. Pas un ersatz de père, un shinobi assassin qui essaye de jouer aux papas.

Tout compte fait, je crois n'avoir apporté que malheur autour de moi. Pourquoi insister ? Akito serait peut être plus heureux, et plus en sécurité loin de moi. Tamaki mérite mieux que moi. Et Iruka doit construire sa vie avec Tori. Aucun shinobi n'est irremplaçable. Alors qu'est ce qui me retient ici ? Même cela, je suis trop lâche pour le faire. Père, toi qui me regardes sûrement, tu dois bien rire de moi. Je t'en ai voulu, à m'en rendre fou, et aujourd'hui je m'apprête à faire exactement la même chose que toi. Est-ce une malédiction ? Les fils Hatake sont-ils tous voués à finir orphelins ?

Je n'ai même plus la force de me lever pour saisir un kunai. J'ai envie de vomir. Je me dégoute. Je crois que je vais abandonner. Kami-sama, aidez-moi ! Je sens que je pars maintenant. J'ai avalé tellement de cachets que j'ai l'impression de flotter. C'est agréable finalement. Je vois le visage d'Akito souriant. C'est l'image que je veux emporter avec moi.

Mais je sens que l'on me tire en arrière. Non ! Laissez-moi tranquille ! Laissez-moi m'envoler bande de bâtards. Vous ne me retiendrez plus ici. Je n'arrive pas à lutter alors que l'on m'arrache à ce doux rêve.

Le froid intense m'envahit maintenant. Je grelotte, et tout me revient. Akito, Tamaki! Les vapeurs d'alcool s'évaporent à mesure que mon sang se glace. Je distingue un visage… Ok j'abdique. Mon heure n'est pas encore venue. Je dois d'abord sauver ma famille. Je vous promets de faire des efforts pour devenir une bonne personne. De toutes mes forces.

Car je viens de prendre conscience d'une chose : Akito, Tamaki, je ne suis pas prêt à vous perdre… Parce que … je …vous aime.

Au matin du troisième jour, le sensei, accompagné d'Asuma, décida d'enfoncer la porte de l'appartement. Ils découvrirent le ninja copieur allongé par terre, une bouteille vide encore dans sa main. Ils comprirent, à la vue du nombre de cadavres de bouteilles qui jonchaient le sol, que Kakashi avait passé ces trois derniers jours à alterner alcool et anxiolytiques. Lorsque les deux shinobis tentèrent de relever le ninja copieur, celui-ci se mit à les insulter sans les reconnaître. Il était visiblement encore loin d'avoir décuvé. Iruka tenta de le raisonner, sans succès. Asuma, moins patient, passa ses bras sous les épaules du ninja et le tira jusque dans la salle de bain.

« Asuma, je peux savoir ce que tu essayes de faire ? » demanda timidement Iruka.

« Je vais aider notre ami à dessaouler » répondit le ninja en installant Kakashi sans ménagement dans la baignoire.

« Va chercher des vêtements propres et prépare du café. Parce qu'après ça, il va falloir qu'on discute. »

Et il enclencha le robinet d'eau froide. L'effet fut immédiat. Kakashi, surpris par le froid glacial et inattendu, se remit à crier des insultes. La réponse fut sans appel, Asuma dirigeant la pomme de douche directement dans le visage du ninja copieur. Au bout de cinq bonnes minutes, le shinobi ne protestait plus, incapable de contrôler les frissons et claquements de dents dus au froid. Asuma estima qu'il pouvait arrêter le supplice lorsque Kakashi tendit une main implorante, montrant qu'il était maintenant assez lucide.

Les deux shinobis lui laissèrent un peu de temps pour s'habiller. Il frissonnait encore quand il entra dans le salon. Il jeta un coup d'œil à l'état déplorable de la pièce. Et il se sentit pitoyable. Ses deux amis l'attendaient, attablés dans la cuisine. Le regard dur d'Asuma lui fit baisser les yeux. Un silence inconfortable s'installa.

« Je sais que j'ai déconné » commença Kakashi.

« Ah ça, c'est le moins qu'on puisse dire ! » répondit Asuma en croisant les bras.

« Kakashi, mais qu'est ce qui t'a pris ? »reprit Iruka d'une voix douce. « Ce n'est pas en te mettant dans des états pareils que ça va s'arranger. »

« Je sais » répondit sobrement le ninja copieur.

« Bon, on va te faire grâce de la petite leçon de morale et passer directement au plan. Parce que pendant que tu picolais et te bourrais de cachetons, nous on a avancé un peu. »

« Quoi ? Vous avez des indices ? »

« Oui, et tu pourras dire merci à Tamaki, parce que c'est grâce à lui » répondit Iruka « Même si ce qu'il a fait n'était pas très malin et qu'il a pris de gros risques.» ronchonna-t-il.

« Tamaki ? Il va bien ? »

«Tiens ! Tu t'intéresses à son sort maintenant ? » Répliqua Asuma. Kakashi baissa les yeux honteux, et Iruka soupira.

« Allez, allez, ce n'est pas le moment les gars. Je crois que Kakashi se sent déjà assez mal comme ça, pas la peine d'en rajouter une couche. Oui, Tamaki va bien. Je vais te raconter ce qui s'est passé pendant que… pendant ces trois jours » poursuivit-il en intimant silencieusement l'ordre à Asuma de ne pas surenchérir.

Quelques jours plus tôt, Tamaki avait en effet obtenu de troublantes informations, au prix de risques conséquents cependant. Iruka s'inquiétait de l'investissement du jeune docteur, qui semblait obnubilé par l'affaire. Tamaki avait assuré au sensei qu'il percerait Shinto à jour, car il était convaincu que celui-ci était la source des ennuis de la famille Hatake. Pire, Kakashi et Akito n'étaient probablement pas ses seules victimes, aux vues du nombre de dossiers que l'homme des services sociaux avait déjà récupéré. Cela ressemblait de plus en plus à un trafic d'enfants de shinobis, aux talents prometteurs. Iruka avait fait promettre à Tamaki de ne prendre aucun risque, mais la détermination du médecin lui avait aussi fait prendre quelques précautions lui-même. Il avait alors demandé à Asuma de veiller sur le jeune homme de loin.

Asuma leva les yeux au ciel lorsqu'il vit que Tamaki avait pris Shinto en filature. La discrétion était visiblement un concept un peu pour le jeune docteur. Si Shinto était un shinobi, et Asuma en était maintenant convaincu, cela devait faire un bon moment qu'il avait repéré Tamaki. Pourtant l'homme ne semblait manifester aucun soupçon. Et Asuma pressentait le danger.

Shinto réussit à disparaitre du champ de vision de Tamaki. Celui-ci pesta et accéléra le pas. Il ne mit pas longtemps à retrouver l'homme, mais au moment où il s'approchait, l'homme à qui Shinto parlait s'évanouit dans un nuage de fumée. Aussitôt, Shinto se retourna, un sourire mauvais sur le visage, et lança :

« Je peux savoir à quel petit jeu vous jouez, Obata-san ? »

Le jeune médecin tressaillit et sortit de sa cachette, penaud.

« Je… je voulais vous demander des nouvelles d'Akito, Monsieur » répondit Tamaki d'une voix qu'il espérait convaincante.

« Tiens donc ! Et pourquoi ne demandez-vous pas à son cher papa ? » Répliqua l'homme narquois. Tout le monde savait que Kakashi avait rompu avec Tamaki, et cette méchante attaque eut l'effet escompté sur le jeune docteur. Celui-ci tenta de bredouiller une réponse mais Shinto ne lui en laissa pas le temps. En une seconde, il avait franchi les quelques mètres qui le séparaient de Tamaki, et avait porté une main à son cou. Shinto commença à serrer, doucement mais de plus en plus sûrement. Tamaki essaya de se débattre, mais il était pris au piège et commençait à suffoquer.

« Je vous conseille de ne pas vous mêler de cette histoire, Obata-san, murmura Shinto à l'oreille du médecin. Si vous tenez à votre vie, et à celle du petit, ne fourrez plus votre sale petit nez de fouine dans mes affaires, c'est compris ? »

Le jeune homme tenta maladroitement d'envoyer un coup de poing dans les côtes de l'homme, mais le manque d'oxygène ralentissait ses mouvements. Il sentit l'étreinte se resserrer encore. Tout à coup, Shinto lâcha prise. Tamaki mit quelques secondes à retrouver une vue nette, et aperçut alors une lame sur le propre cou de Shinto.

« Tamaki, tu vas bien ? » demanda Asuma, qui avait décidé d'intervenir. Le jeune homme hocha la tête.

« Quant à vous, si vous tenez à votre vie, je vous conseille de ne plus tenter de porter la main sur Tamaki. »

Après avoir retiré son arme, il poussa Shinto et reprit :

« Allez, dégagez de là ! »

L'homme tenta de reprendre une contenance, et répliqua méchamment :

« Je vois que vous aimez beaucoup la compagnie des shinobis, Obata-san. Nous aurons sûrement l'occasion de reprendre cette amicale conversation plus tard. Sur ce, je dois me rendre à l'orphelinat pour voir mes petits pensionnaires. Je passerai le bonjour à Akito pour vous. »

Et l'homme quitta les lieux, laissant Tamaki au bord des larmes.

Asuma posa une main rassurante sur son épaule.

« Mais qu'est ce qui t'as pris, Tamaki ? Il était à deux doigts de te tuer, tu en as conscience j'espère ! »

« Asuma, j'ai vu à qui il parlait, répondit vivement Tamaki. C'était Toshiro, j'en suis sûr ! Ils sont de mèche tous les deux, pour mettre la main sur les enfants. C'est évident ! Il faut prévenir les autorités et… »

« Attends, calme-toi, Tama. On n'a aucune preuve. Tu crois vraiment qu'ils vont confirmer qu'ils se connaissent comme ça ? C'est ta parole contre la leur. Shinto est un sale type, c'est clair, et il est mouillé jusqu'au cou. Mais grâce à ce que tu as vu, on tient l'un de ses complices. Le seul moyen de découvrir la vérité, c'est de faire avouer ce Toshiro. Et je connais quelqu'un qui se fera une joie de lui tirer les vers du nez. Quant à toi, je crois que tu en as assez fait. Tu vas nous laisser gérer le reste ok ? »

Le jeune médecin hocha de nouveau la tête en boudant. Il aurait vraiment aimé poursuivre l'enquête avec les shinobis, mais il aurait pu se faire tuer. Il fit cependant promettre à Asuma de le tenir au courant de l'avancée de l'affaire.

Kakashi attendit la fin des cours. Il vit passer les petites têtes blondes avec un pincement au cœur. Akito aurait dû être là, avec eux, à courir vers lui pour rentrer à la maison. Il se concentra sur son objectif. Toshiro.

L'instituteur aperçut le shinobi et se dirigea vers lui en souriant.

« Hatake-san, puis-je vous aider ? »

« Je… J'avais besoin de parler à quelqu'un. Quelqu'un de neutre… Pour m'éclaircir les idées. »

Toshiro n'aurait pas pu mieux espérer. Il était sensé se rapprocher du shinobi, mais n'avait pas encore pu entrer en contact avec lui. Et il déboulait de lui-même pour parler. Le fait qu'il ait besoin d'un confident autre qu'un de ses amis shinobi était plutôt bon signe. S'il se débrouillait bien, il pourrait sûrement tirer des informations capitales du ninja copieur, sans que celui-ci n'ait l'ombre d'un doute sur ses intentions.

« On pourrait peut être aller prendre un verre quelque part ? »

Toshiro accepta volontiers. Une fois attablés à l'écart du bruit, Kakashi commença :

« Je ne savais pas vers qui me tourner, Toshiro-san. Ca doit vous paraitre vraiment bizarre, mais vous connaissiez bien Akito, alors je me suis dit… »

« Je comprends, Kakashi-san. J'imagine que la situation doit être terrible pour vous. »

« Oui, Akito me manque beaucoup. Je n'arrive toujours pas à croire qu'il ait pu détruire ce bâtiment. Il est si petit ! »

« Il a des capacités naturelles, c'est indéniable. Mais qui pourrait en vouloir à un enfant de trois ans de ne pas maitriser son chakra ? »

« Les services sociaux n'ont pas eu l'air de prendre ça en compte. » répondit Kakashi d'une voix triste.

« C'est vrai qu'on aurait pu espérer qu'ils vous épaulent dans cette gestion d'Akito plutôt que de vous l'enlever. »

Kakashi leva un regard interrogatif.

«Vous le pensez vraiment ? »

« Bien sûr ! Akito est votre fils après tout. Qui est le mieux à même de lui apprendre à maîtriser son chakra que vous ? Et il me semble que vous êtes passé par là vous aussi non ? »

« Oui ! répondit Kakashi. Je suis heureux d'entendre enfin quelqu'un dire ça, si vous saviez ! Même mes amis shinobis semblent douter de ma capacité à gérer Akito. »

« Akito semble posséder vos talents en matière de maitrise de la foudre. Vous pensez qu'il peut avoir aussi hérité des capacités de sa mère ? »

Kakashi se mit à sourire. Toshiro prit cela pour de l'affection nostalgique à l'évocation d'Hana. Mais il n'en était rien. Toshiro venait de se trahir, il avait été trop gourmand. Maintenant le ninja copieur savait ce que l'instituteur cherchait à savoir depuis le début. Le shinobi décida de jouer le jeu.

« Oui, je pense. Akito a déjà montré quelques signes en ce sens» répondit Kakashi avec fierté. Il lut l'excitation dans les yeux de l'instituteur, qui reprit :

« Ah oui ? Il semble avoir vraiment beaucoup de talent alors. Probablement autant que son papa ! »

Kakashi sourit à la flatterie. Mais il était temps que ce petit jeu cesse.

« Toshiro-san, j'aimerais vous montrer un endroit que j'affectionne particulièrement. Je suis sûr que vous aller l'apprécier aussi » dit Kakashi en mettant tout son charme en action.

L'instituteur, sûr qu'il pouvait encore en apprendre bien plus, acquiesça.

« J'en serais ravi, Kakashi-san. »

Ils se levèrent et quittèrent le bar. La nuit était déjà tombée, et ils marchèrent en silence pendant de longues minutes. Kakashi les fit bifurquer dans une petite ruelle sombre. Toshiro, qui commençait à être mal à l'aise, demanda timidement :

« Kakashi-san, vous ne voulez pas me dire où nous allons ? »

Kakashi s'arrêta et se retourna, un sourire froid barrant son visage. Il saisit avec force le poignet de Toshiro et lui murmura :

« Vous êtes pressé peut être, Toshiro-san ? N'ayez pas peur, nous serons vite arrivés. »

Et les deux hommes disparurent dans un nuage de fumée, pour réapparaitre dans un couloir gris. Toshiro se raidit à l'instant même où il reconnut les lieux. Derrière lui, Kakashi enserra ses deux poignets d'une main ferme, et lui tira violemment la tête en arrière par les cheveux de son autre main.

« On va arrêter ce petit jeu maintenant, Toshiro-san » murmura le ninja copieur à son oreille d'une voix effrayante.

« Je… qu'est ce qu'il vous prend Kakashi-san, je ne comprends… »

« Oh si, tu comprends très bien, espèce d'ordure. Et crois-moi, tu vas tout me dire ! »

La porte au fond du couloir s'ouvrit brusquement.

« Qui est là ? » gronda Ibiki, qui venait d'entrer. Mais il reprit aussitôt :

« Kakashi ? Qu'est ce que tu fabriques ? C'est qui lui ? »

« Lui ? C'est l'enfoiré qui a permis que l'on m'enlève mon fils. J'ai besoin d'une de te salles pendant quelques heures, Ibiki. Tu peux m'arranger ça ? »

Le chef de la section des renseignements fronça les sourcils.

« Tu sais que tu n'as pas le droit de faire ça Kakashi. Tu pourrais avoir de gros ennuis. »

Toshiro,sentant qu'il avait une carte à jouer, prit la parole :

« Je ne suis qu'un honnête instituteur. C'est une horrible méprise. Je… »

Kakashi intima l'ordre au jeune homme de se taire en tirant de nouveau sa tête en arrière. Il soutint le regard d'Ibiki, qui poussa un soupir. Le shinobi s'avança vers les deux hommes. Au moment où il passa à leur hauteur, il dit sans regarder le ninja copieur :

« Je ne suis au courant de rien. Je ne vous ai jamais croisés dans ce couloir. La salle numéro trois est restée ouverte. La clé du placard du fond est cachée sur le chambranle de la porte. »

Il reprit sa marche tandis que Kakashi se dirigea vers la salle en trainant son prisonnier.

« Kakashi ! le héla Ibiki, toujours sans se retourner, essaye de ne pas le tuer. »

Le ninja copieur ne prit pas le temps de répondre. Il attacha sans ménagement Toshiro sur le siège qui trônait au milieu de la pièce, et referma la porte à clé sur eux. Ils étaient seuls, maintenant. Et ils avaient toute la nuit devant eux. Kakashi se dirigea vers le placard et l'ouvrit en grand, de manière à ce que Toshiro puisse voir le contenu de celui-ci. L'instituteur frémit à la vue des outils de torture. Il avait beau avoir reçu une solide formation, il savait qu'il serait difficile de résister à la douleur.

Kakashi hésita, et se décida finalement pour un premier outil : un long manche en bois, dont la tête était recouverte de trois clous acérés. A l'aide de son chakra, il fit chauffer les trois clous qui virèrent au rouge écarlate, et commença.