Chapitre 16 : Bakura et Atem
Yami n'avait laissé derrière lui qu'un téléphone portable en morceaux, visiblement jeté à la hâte. Yûgi le ramassa puis tourna une nouvelle fois sur lui-même, à la recherche d'un indice lui permettant de comprendre ce qu'il s'était passé. Qui était cet adolescent ? Pourquoi avait-il appelé Yami «Atem» ? Comment se connaissaient-ils ? Pourquoi Yami l'avait-il frappé ? Pourquoi Yami l'avait-il repoussé ? Et cette peur qu'il avait lue dans son regard, pourquoi ?
- Yûgi, qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Mana en apparaissait subitement près de lui, le sortant de sa torpeur. Où est Yami ?
Joey, Tristan et Téa étaient également là, le regardant avec inquiétude.
- Je sais pas… réussit-il à articuler, scrutant toujours les alentours. Yami a frappé quelqu'un.
- Quoi ? s'exclama Joey, les yeux ronds.
Tous se mirent à le chercher également.
- Ça ne lui ressemble pas. Tu l'as reconnu, celui qu'il a frappé ? demanda Mana, les sourcils froncés et mortellement sérieuse.
Yûgi secoua la tête, un sentiment d'urgence s'emparant de lui.
- Je crois qu'il s'appelle Bakura.
Il vit les yeux de Mana s'écarquiller à l'entente du nom et toute couleur déserta son visage. Aussitôt, la panique sembla la gagner et elle se mit à trembler en cherchant frénétiquement Yami dans la foule, bien qu'elle sache qu'il ne s'y trouvait plus.
- C'est qui ? demanda Tristan, gagné par son anxiété.
- Je n'en sais rien ! s'exclama Mana en se tournant vers lui, folle d'agacement. Je sais seulement que Seto et Yami se sont déjà hurlés son nom lors d'une dispute et après il a disparu pendant trois jours.
Elle allait ajouter quelque chose quand elle tira soudainement son téléphone et composa un numéro à toute vitesse. Quelques secondes plus tard, la personne à l'autre bout du fil décrocha.
- Seto ! hurla-t-elle dans le combiné. Bakura !
Elle resta un instant silencieuse, la bouche ouverte, le souffle coupé, écoutant attentivement son interlocuteur. Puis, elle tendit précipitamment l'appareil à Yûgi. Il le prit sans attendre.
- Allô ?
- Raconte-moi exactement ce qu'il s'est passé, ordonna la voix du milliardaire à l'autre bout du fil. Mot pour mot.
Yûgi s'exécuta prestement alors que Téa saisissait Mana par les épaules pour tenter de la calmer.
- C'est tout ? demanda Seto quand il se tut finalement.
- Oui, répondit Yûgi d'une petite voix. Qu'est-ce qu'il se passe ? Est-ce que… ?
Seto lui raccrocha au nez sans autre forme de procès. Du coin de l'œil, il vit plusieurs membres de la sécurité du parc courir dans la direction prise par Yami.
- Alors ? demanda avidement Téa.
Yûgi rendit son téléphone à Mana et lui fit signe d'un signe de tête qu'il n'en savait pas plus qu'avant.
- Mais qu'est-ce qui lui a pris ? gronda Joey, le seul qui était encore relativement maître de lui.
Mana le fusilla du regard mais choisit de l'ignorer pour se concentrer sur Yûgi.
- Écoute, lui dit-elle en saisissant sa main. À ma connaissance, il n'y a qu'une chose qui pourrait pousser Yami à agir ainsi… même s'il a toujours refusé de m'en parler.
Elle ne termina pas sa phrase mais Yûgi avait compris. Tout ceci était lié au mystérieux passé de Yami. Il craignit immédiatement le pire alors que les cicatrices présentes sur le poignet de son petit-ami lui revenaient en mémoire.
- On doit absolument le retrouver !
- Fouillez le parc, ordonna Mana à Joey et Tristan. Téa, va voir à ton lycée, au nôtre et au glacier où on a été la dernière fois. Je fonce à l'orphelinat, ajouta-t-elle alors qu'ils s'éloignaient en courant.
- Et moi ? la pressa Yûgi qui n'arrivait plus à penser correctement.
- Va voir chez toi, il y a des chances qu'il cherche à te contacter.
Et elle se sauva, laissant Yûgi pantelant. Celui-ci resta une longue minute immobile avant de s'élancer à son tour.
Sur le chemin, alors qu'il courait, il tenta de faire le vide dans son esprit. Où irait Yami, seul et terrifié ? Dans un endroit où il se sentirait en sécurité. Où se sentait-il en sécurité ? Il n'en avait strictement aucune idée. Au manoir des Kaiba probablement, mais il doutait fortement qu'il se rende là bas. De même pour chez lui. Ça n'avait aucun sens. Il tenta de se souvenir d'une conversation qu'il aurait pu avoir, un lieu qu'aurait pu évoquer le Pharaon, mais tout se mélangeait dans son esprit. Rien. Plus il tentait de rationaliser son comportement, plus il se sentait perdu.
- Pourquoi Yami ? Pourquoi ?
Puis, il se souvint de ce fameux soir où il avait trouvé Yami inconscient près de chez lui. Yami lui avait dit qu'il avait évité les endroits équipés de technologie pour que Seto ne puisse pas le traquer. Il avait dû refaire cela inconsciemment ! Qu'y avait-il près de Kaiba Land qui pourrait répondre à ses critères ?
- Le parc, s'exclama-t-il soudainement en rebroussant chemin.
Il y avait un grand parc où il avait déjà été se promener avec ses amis lorsque les beaux jours commençaient à revenir. Il avait toujours trouvé ce lieu calme et apaisant. Et surtout, il y avait, tout au nord, un dédale de grottes naturelles, normalement interdit au public, où on pouvait facilement se cacher. Yami pouvait y avoir trouvé refuge.
Si Yûgi arriva rapidement à destination, il passa une bonne heure à traverser l'espace pour arriver aux grottes. Il y était allé quelquefois avec Joey et les autres mais il n'était jamais bien rassuré à l'idée de s'aventurer à l'intérieur. C'était d'autant plus vrai que le soleil sérieusement s'éteindre, assombrissant encore plus l'endroit. Mais il ne pouvait pas laisser ses peurs le dominer. Il prit une grande inspiration et s'avança.
- Yami !
Sa voix résonna dans la cavité, faisant écho de longues secondes.
- Si tu es là, réponds-moi !
Il tendit désespérément l'oreille dans l'espoir d'entendre une réponse. Mais rien ne vint.
Au détour d'un tournant, alors qu'il perdait définitivement espoir, il crut entendre un souffle étouffé. Il se figea brusquement et arrêta de respirer pour tenter d'en identifier la source. Finalement, ses yeux se posèrent sur une tache plus sombre que les autres, tout contre une paroi. C'était lui ! Roulé en boule.
- Yami ! s'exclama Yûgi en se précipitant à ses côtés.
Il fit un geste pour le saisir par les épaules mais son absence de réaction l'en dissuada. Il n'avait pas semblé l'entendre et il ne voulait pas lui faire peur. Sa tête était nichée dans ses genoux et ses bras enroulés autour d'eux.
- Yami ? murmura-t-il, tentant de moduler la peur qui le tenait.
Une longue minute passa.
- Pharaon, c'est moi, Hikari, continua-t-il de sa voix la plus douce.
Cette fois, il décela un léger mouvement. Aussitôt, Yûgi posa sa main sur son épaule et la caressa doucement. Puis, avec d'infinies précautions, il desserra la prise du Pharaon, qui se laissa docilement faire, écartant ses bras et étendant ses jambes. Finalement, il releva sa tête et l'obligea à le regarder. Ses yeux étaient vides, le fixant sans sembler le voir. Des sillons humides courraient sur ses joues, preuve qu'il avait pleuré. Le cœur de Yûgi se serra et il l'attira doucement contre lui pour le serrer dans ses bras.
- Tout va bien, Pharaon, lui assura-t-il. Je suis avec toi maintenant.
L'autre ne répondit pas, ni ne fit un geste. Mais au moins, il l'avait retrouvé.
Ils restèrent ainsi pendant ce qui sembla une éternité. Puis, Yami se mit à trembler de froid contre Yûgi, qui décida alors qu'il était tant de bouger. Il le détacha de lui lentement.
- Viens, il faut rentrer.
Il n'avait pas songé un seul instant aux autres qui devaient toujours s'inquiéter et s'en voulait. Il vérifia son portable et vit qu'il avait plusieurs appels en absence. Il grimaça, prit la main de Yami et l'entraîna doucement vers la sortie.
Ils venaient d'émerger dans l'obscurité de la nuit quand deux silhouettes s'avancèrent vers eux. Yûgi reconnut immédiatement Seto et Makuba.
- Tu l'as retrouvé et tu ne nous as pas prévenu ! l'accusa Makuba avec son air le plus menaçant.
Son grand-frère passa devant lui et se planta devant Yami. Yûgi s'attendit un instant à ce qu'il le réprimande sauvagement mais le milliardaire se contenta de le fixer.
- Félicitation, déclara-t-il finalement, légèrement hautain. Tu vas avoir droit à ta puce GPS.
Malgré son attitude détachée, il tenait visiblement beaucoup à Yami lui aussi, il en était certain.
- Comment nous avez-vous retrouvés ? demanda Yûgi à Makuba.
- Ton portable. Comme on ne te voyait pas réapparaître, on l'a tracé et on a vu que tu ne bougeais pas, rétorqua l'enfant.
Yûgi réprima un sourire à cette annonce. Lui aussi allait commencer à éviter la technologie si les choses continuaient ainsi.
- Est-ce qu'il t'a dit quelque chose depuis que tu l'as trouvé ? fit Seto en se tournant vers lui.
Il secoua la tête. Seto fronça les sourcils et se tourna de nouveau vers Yami.
- On va avoir une discussion, toi et moi, décida-t-il fermement. On rentre.
Il le poussa devant lui pour le faire avancer mais, bientôt, Yami dut s'arrêter car sa main était toujours dans celle de Yûgi. Voyant cela, et même s'il n'en avait aucune envie, Yûgi voulut la lâcher mais Yami resserra sa prise. Leurs yeux se croisèrent et Yûgi fut soulagé d'y revoir une étincelle de vie.
- Viens avec nous, ordonna Seto en remarquant cela.
Le jeune homme s'empressa d'acquiescer et suivit les deux frères et son petit-ami.
Yûgi eut du mal à ne pas rester bouche bée en passant les grilles du manoir où habitait Yami La bâtisse était tout simplement gigantesque. Grande, faite de pierres blanches, elle se dressait au centre d'un immense jardin coupé impeccablement. La limousine remonta l'allée et s'arrêta devant la résidence. Il suivit maladroitement ses hôtes, à peine à l'aise dans un environnement pareil.
Il dut se forcer à dépasser le pas de la porte. Il savait que les Kaiba étaient riches mais, même le vestibule était plus grand que toutes les pièces de sa maison réunies. D'un simple coup d'œil, il avait vu un nombre incalculable de tableaux et de statues de valeurs. S'obligeant à avancer, il fut entraîné par Yami vers un petit salon très moderne.
Yûgi observa avec un soupçon d'angoisse Seto et Makuba faire s'asseoir Yami sur l'un des sofas du salon. Après un instant de flottement, on l'invita à prendre place près de lui.
- Bien, commença Seto en croisant les bras, les dominant de toute sa hauteur. Je ne vais pas y aller par quatre chemins, Yami. Tu vas revoir le docteur Ishtar. Ce n'est pas une option. Tu disjonctes complètement en ce moment et l'incident avec Bakura aujourd'hui me fait dire que tu n'as pas tourné la page comme tu voulais le faire croire.
Yami tressaillit à l'entente du nom de ce mystérieux garçon qu'ils avaient croisé dans l'après-midi.
- Tu as beau être intelligent, tu ne contrôles pas tes peurs, reprit Seto avec une pointe de moquerie. Tu as besoin d'en parler à quelqu'un.
- J'en ai déjà parlé à Yûgi, rétorqua Yami d'un ton mordant.
Ses premiers mots depuis des heures.
- Je suis certain que tu ne lui as pas dit le plus important.
Il le consulta d'un coup d'œil et Yûgi ne put que secouer doucement la tête pour dire qu'il ne comprenait pas ce qu'il voulait dire. Yami fusilla son ami du regard et revint à la position fœtale qu'il arborait à son entrée dans la grotte.
- Les tortionnaires de Yami avaient des jumeaux, révéla Seto. Bakura et Ryô. Bakura n'a pas été simple spectateur des tortures de ses parents, comme l'était Ryô. Il y a participé. Plus Yami y résistait, plus la douleur augmentait. Il ne s'en est jamais caché et c'est pourquoi il était interné jusqu'ici. Je ne sais pas comment il a fait pour en sortir, mais les médecins de cet hôpital vont le amèrement regretter.
- Je comprends mais… Yami ne se souvient pas de cette époque, alors pourquoi a-t-il réagi ainsi ? demanda Yûgi en fronçant les sourcils.
- Atem, répondit simplement Seto en braquant son regard sur Yami.
Comme si ce nom était un électrochoc, Yami jaillit de son siège. L'instant suivant, bien avant que Yûgi n'ait eu le temps de réagir, Seto maintenait Yami au sol, un genou au creux de ses reins et un poignet durement plaqué dans le dos pour l'empêcher de bouger.
- Tu voulais quelque chose ? ricana-t-il en haussant un sourcil.
Puis, alors que son prisonnier se débattait, le milliardaire reprit avec une pointe de mépris évidente :
- Tu peux me mentir autant que tu veux, mais tu ne peux pas te mentir. Tu es pitoyable.
Il le relâcha et Yami se précipita hors de la pièce sans un regard en arrière.
- Atem est le nom qu'ils lui avaient donné, expliqua Makuba alors que Seto se perdait dans ses pensées, le regard toujours braqué dans la direction où Yami avait disparu. Sa simple mention provoque une réaction post-traumatique. Elle s'accompagne généralement de flashs… des plus désagréables.
Yûgi baissa les yeux. Dire que quelque mois auparavant il était persuadé que le grand Yami Sennen était une personne tout à fait normale qu'aucun obstacle ne pouvait démolir. Mais en réalité, il était bien plus fragile qu'il ne le laissait transparaître. Et il avait besoin de son soutien inconditionnel.
- Est-ce que tu peux me dire où se trouve sa chambre ?
Makuba fronça les sourcils et allait répliquer quand Seto intervint d'un signe de main et indiqua à son petit frère d'obéir. De mauvaise grâce, le plus jeune fit signe à Yûgi de le suivre.
Yûgi s'était souvent demandé à quoi pouvait ressembler la chambre de Yami et, au final, elle était assez proche de l'idée qu'il s'en était faite. Grande sans l'être trop, tout était parfaitement ordonné et parfaitement à sa place. Deux des murs étaient couverts de livres, aussi bien des livres d'études que des romans, tous classés minutieusement par auteur et par taille. Sur l'un des autres murs, celui qui faisait face au bureau, était accrochée une réplique agrandie de chacune des cartes qui composait son deck de Duel de Monstres. De son lit, installé juste sous une large fenêtre, il avait une vue parfaite sur chacune d'entre elles. L'adolescent devina aisément que son petit-ami devait passer de longues heures assis à les fixer afin d'imaginer de nouvelles stratégies. Il y avait également un ordinateur dernier cri ainsi qu'une télé à écran plat dans un coin de la pièce. Le dernier mur attisa sa curiosité. C'était des dessins, chaque fois en rapport avec l'Ancienne Égypte. Il pouvait voir des pyramides, des croquis de temples, des fresques hiéroglyphiques, le tout fait d'un coup de crayon assuré.
- Yami ? appela-t-il en cherchant son petit-ami des yeux.
- Je ne voulais pas que tu vois ça, fit la voix de celui-ci, le faisant sursauter.
Il était caché juste derrière la porte ouverte, adossé au mur. Yûgi prit une inspiration avant de pénétrer dans la pièce et de faire face à Yami.
- Pourquoi ? Tu ne me fais pas confiance ?
- Ne dis pas de bêtises, rétorqua celui à la peau dorée en croisant les bras.
Puis, il le fixa d'un regard perçant et le jeune homme constata à contrecœur qu'il ne pouvait pas le soutenir.
- Tu as peur de moi, déclara sombrement Yami.
Le visage désespérément impassible, il se détacha du mur contre lequel il était appuyé et traversa la pièce pour se poster devant la fenêtre. Yûgi aurait voulu le détromper mais il disait vrai. Jamais il n'aurait pensé que Yami puisse être quelqu'un de violent, mais son altercation avec Bakura lui avait prouvé qu'il ignorait encore beaucoup de choses à son sujet. Et il n'aimait pas la violence. D'un autre côté, ce n'était pas une réaction voulue de la part de Yami.
- Tu ferais mieux de rentrer chez toi.
Son ton froid était aussi coupant qu'un couperet et fit énormément de mal à Yûgi. Il songea un instant à obtempérer mais quelque chose lui disait que s'il partait maintenant, il n'aurait plus jamais de nouvelles de Yami. Et il ne pouvait pas accepter ça. Il resta donc là, immobile, à fixer son dos.
- Peut-être, murmura-t-il finalement, brisant le silence pesant qui s'était installé entre eux. Mais j'ai aussi eu peur pour toi. Quand tu t'es enfui sans donner d'explications… j'ai eu peur que tu refasses une bêtise.
Comme l'autre ne réagissait pas, il s'avança vers lui et posa sa main sur son bras. Il ignora son mouvement pour se dégager et s'accrocha à sa manche.
- Pharaon.
Il attendit patiemment que les prunelles sombres du Roi des Jeux laissent place à celles plus douces du Pharaon. Cela arriva après une longue minute et il s'autorisa alors un sourire. Il s'approcha un peu plus et, sur la pointe des pieds, posa doucement ses lèvres sur la joue de Yami. Il se détendit légèrement en constatant qu'il ne le repoussait pas. Lorsqu'il se détacha de lui, il vit une lueur de reconnaissance briller dans les yeux de son petit-ami.
- Je suis désolé pour toute cette histoire, murmura-t-il d'une voix si faible que Yûgi faillit ne pas l'entendre.
- Tu n'as pas à l'être, mais la prochaine fois, viens me parler plutôt que de partir comme ça. Ne me fuis pas.
- Tu as vu comment j'ai réagi, répondit Yami avec un semblant de mauvais humeur. J'ai tenté de frapper Seto. Lui sait parfaitement se défendre, mais, toi, j'aurais pu te blesser.
Il s'éloigna à grands pas pour aller s'asseoir sur son lit comme s'il avait à cet instant l'intense désir de l'éloigner afin de le protéger.
- Ça n'aurait pas été la première fois qu'on m'aurait frappé, lui fit remarquer Yûgi, légèrement amusé bien qu'il prenne la conversation très au sérieux.
Mais son interlocuteur n'aima visiblement pas sa tentative d'humour.
- Je ne veux pas te faire de mal !
- Tu ne l'aurais pas fait, j'en suis sûr.
- Qu'est-ce que tu en sais ?! s'exclama Yami en se relevant brusquement, surprenant Yûgi. Tu ne sais pas ce qui me passe par la tête dans ces moments-là !
- Alors explique-moi ! répliqua Yûgi, haussant lui aussi le ton.
- Non.
Yûgi n'avait jamais été si en colère. S'il avait été face à un autre que Yami, il serait certainement parti en courant, sans doute en pleurant, mais à cet instant, il n'était plus vraiment maître de lui. Il fonça dans sa direction, attrapa sa chemise comme tant de brutes l'avaient fait avec lui et le secoua.
- Explique-moi.
- Non.
- Explique-moi,Atem !
De nouveau, il vit ce déclic se produire. Les yeux de Yami se rétrécir soudainement et, l'instant suivant, Yûgi était épinglé au mur, une main l'étouffant lentement mais sûrement.
Yûgi paniqua légèrement, regrettant d'avoir sciemment provoqué Yami de la sorte, mais il se força à ne pas le lâcher du regard. Il serra les dents et attendit. Il avait confiance. Il savait qu'il ne risquait rien.
Enfin... il l'espérait de tout son cœur.
