Chapitre 18 : En double
Yûgi écarquilla les yeux.
Hikari : Un duel en double ? Avec moi ?
Pharaon : Oui.
Il ne savait comment réagir à sa proposition. En fait si, il savait ! Il était totalement contre ! En tant que Roi des Jeux, Yami était souvent amené à livrer des duels d'exposition un peu partout au Japon et celui qui arrivait, la semaine suivante, était un peu particulier. Ce serait un duel en double, deux adversaires contre deux adversaires. Yami n'avait accepté qu'à une seule condition, qui lui avait été accordée sans trop de soucis : il voulait choisir lui-même son partenaire. Lui.
Hikari : Mais c'est totalement ridicule ! Tu ne peux pas me demander ça.
Pharaon : Je viens de le faire.
Hikari : Je n'ai absolument pas le niveau !
Pharaon : Tu as battu Mako et tu doutes encore de tes capacités ?
Le jeune homme se mordit la lèvre. Il n'aurait pas dû sortir cet argument. C'était le genre de propos qui incitait encore plus Yami à camper sur ses positions. Il le surestimait.
Hikari : Tu as bien quelqu'un d'autre avec qui tu veux jouer et qui est bien meilleur. Mai ou Seto ?
Pharaon : C'est toi ou personne.
Yûgi secoua la tête devant son écran d'ordinateur. Il ne pouvait pas accepter. Il ne pourrait jamais jouer avec Yami, contre deux adversaires professionnels, lors d'un duel qui serait retransmis en direct sur plusieurs chaînes de télévision. Il se laisserait submerger par le stress et ferait des erreurs stupides – à condition de ne pas s'évanouir avant – qui feraient honte à son petit-ami.
Hikari : Je vais te faire perdre ! Tu sais comment je suis quand je suis stressé !
Pharaon : Je me fiche de la victoire, c'est le jeu qui compte vraiment. Dis oui.
Hikari : Je n'ai jamais joué en double.
Pharaon : Moi non plus. C'est ce qui rend la chose amusante.
Yûgi soupira. Yami n'allait pas changer d'avis. Ce qui voulait dire… qu'il allait devoir accepter. Son estomac se serra violemment à cette pensée. Une longue minute passa sans qu'il ne réponde, concentré sur la vision d'horreur pure qui se déroulait devant ses yeux alors qu'il imaginait le déroulement du duel en question.
Pharaon : Super !
Hikari : Je n'ai pas dit oui !
Pharaon : Tant pis. J'ai décidé que c'était un oui.
Yûgi eut un soupir désabusé.
Hikari : Tu esimpossible...
Pharaon : Si tu le dis.
Une heure plus tard, une fois qu'il fut remis de ses émotions, Yûgi alla faire part de la nouvelle à son grand-père.
- Oh, mais c'est une excellente nouvelle ! s'exclama celui-ci. Mais est-ce que tu sais jouer en double ? Les règles sont très différentes et ça peut être très déconcertant si les deux coéquipiers ne sont pas au diapason.
Yûgi passa une main dans ses cheveux, un peu nerveux.
- Absolument pas.
- Et Yami ?
- Non plus.
Salomon leva les yeux au ciel.
- Ah ces jeunes. Il va vous falloir beaucoup travailler. Ça demande des heures pour établir une bonne stratégie à deux et vous avez à peine une semaine devant vous.
- Tu pourrais nous aider ? demanda son petit-fils en avisant l'air connaisseur qu'avait pris son parent. Tu dois savoir comment on fait, non ?
Les yeux de son interlocuteur se mirent à briller et le jeune homme comprit que, en vérité, celui-ci n'attendait que sa demande.
- Oui, bien sûr. Mais vous devrez faire tout ce que je vous dis et il est hors de questions que vous abandonniez en cours de route. C'est du sérieux !
Yûgi sourit de toutes ses dents.
- J'adore le Duel de Monstres et c'est encore plus vrai pour Yami. Je lui propose tout de suite. Je suis sûr qu'il dira oui.
Comme il s'y était attendu, Yami se montra enthousiaste et ils convinrent de se retrouver dans l'après-midi afin de commencer leurs leçons.
C'est ainsi que le jeune homme se mit à attendre avec impatience l'arrivée de Yami. Il n'avait pas beaucoup eu l'occasion de se voir depuis l'incident avec Bakura, deux semaines auparavant, et il ne pouvait s'empêcher de penser que Yami limitait volontairement le temps qu'il passait ensemble. Une heure ou deux par-ci par-là. Il se faisait peut-être des idées mais il avait l'impression que le jeune homme était plus tendu qu'avant en sa présence. Peut-être avait-il peur qu'il tente de lui reparler de son passé ? Ou qu'il le rejette à cause de ça ? C'était tout à fait possible. Au moins, grâce à ce satané duel, il allait pouvoir passer du temps avec lui et lui prouver qu'il l'aimait toujours autant, voir plus qu'avant.
Vers quinze heures, Yami se présenta au magasin. Aussitôt, Yûgi, alors assis derrière le comptoir, sauta sur ses pieds et bondit dans sa direction pour l'enlacer. Son petit-ami le reçut adroitement et lui rendit son étreinte. En se détachant de lui, le plus petit ne put s'empêcher de remarquer le collier qui ornait le cou de son petit-ami. Il le prit dans ses mains pour l'examiner de plus près. C'était une étrange croix, incrustée de minuscules hiéroglyphes.
- C'est un ânkh, déclara Yami. Un symbole de vie dans l'Ancienne Égypte.
- C'est très joli…
- Un présent de Seto. La fameuse puce GPS qu'il m'a promise, ricana Yami en serrant le pendentif dans son poing.
Yûgi haussa un sourcil.
- Ça m'étonne que tu le portes en sachant ça.
- Disons qu'il savait que, sous cette forme, je rechignerais à la jeter.
Yûgi rit doucement.
- Tu ne m'as jamais dit pourquoi tu aimais tant l'Ancienne Égypte.
Les yeux de Yami se mirent à briller alors qu'un sourire apparaissait sur ses lèvres. Un vrai sourire, pas l'un de ses petits rictus en coin.
- Je serai bien incapable de te répondre. C'est une époque mystérieuse et pleine de magie qui a toujours été une fascination pour moi. J'ai l'impression de connaître au plus profond de moi ce pays et cette ancienne culture aujourd'hui perdue.
- Tu m'en parleras, un de ces jours ? demanda Yûgi, heureux de le voir si radieux.
- Holà, rit Yami avant de retrouver un peu de sérieux et d'esquisser un sourire malicieux. Tu ne sais pas ce que tu demandes. Tu risques de le regretter.
- Tu paries ?
- Les garçons ! appela Salomon depuis le salon. Dépêchez-vous, nous avons beaucoup à faire !
- Oui, Monsieur ! répondit Yami avec entrain.
Il adressa un sourire en coin craquant à Yûgi avant que celui-ci ne l'entraîne à sa suite, totalement heureux.
Durant l'après-midi, et les jours qui suivirent, Yûgi et Yami passèrent de longues heures à écouter les conseils du grand-père de Yûgi pour ensuite les mettre en pratique. Yûgi découvrit pour la première fois l'élève attentif qui se cachait sous les traits de son petit-ami. Il retenait absolument tout ce qu'il entendait et mettait toujours très peu de temps pour réussir à intégrer et appliquer les règles qu'on lui apprenait. Au bout de quelques heures d'entraînement, Yami jouait aussi bien que s'il avait toujours fait en double. Lui avait plus de mal et cela le décourageait un peu. Mais il était entre de bonnes mains, celles de son grand-père et celles de son petit-ami, aussi mettait-il toute sa force de volonté dans ses réflexions.
Un soir qu'il était désespéré, Yami trouva un moyen un moyen de lui remonter le moral : il lui proposa d'inviter ses amis pour assister à leur duel. Il ne proposa pas d'inviter son grand-père, car cette question n'avait jamais été une option pour eux et ils tenaient l'un comme l'autre à ce que le vieil homme, très attachant, les accompagne. Il avait d'ailleurs accepté immédiatement. La nouvelle surprit Yûgi dans un premier temps car Yami n'aimait pas particulièrement ses amis, en particulier Joey.
- Toi tu les apprécies, alors c'est important qu'ils soient là pour te soutenir, déclara Yami en interprétant une fois de plus ses pensées.
Le jeune homme sentit une bouffée d'amour l'envahir et lui adressa un sourire rayonnant.
- Je t'ai déjà dit que je t'aimais ?
- Une bonne dizaine de fois, répondit son petit-ami avec un air joueur.
Yûgi rit et enroula ses bras autour de sa taille pour déposer un léger baiser sur ses lèvres dorées.
- Est-ce que Mana viendra aussi, et d'autres de tes amis ? demanda-t-il ensuite sans le relâcher.
Yami posa sa tête contre la sienne, l'une de ses mains posées sur l'avant-bras qui l'enserrait.
- Mana oui, comme toujours. Je ne pourrais pas la laisser derrière même si je le voulais. Les autres, je n'en sais rien. Marek voulait venir mais il n'était pas sûr de pouvoir.
- Marek ? répéta Yûgi en fronçant les sourcils.
Yami ne parlait pas du travail qu'il effectuait avec le docteur Ishtar, mais il mentionnait parfois une visite de Marek, avant ou après la venue de sa sœur. Yûgi restait méfiant mais il appréciait que le jeune homme ait écouté ce qu'il lui avait dit lors de leur unique rencontre et cherche à en connaître un peu plus sur celui qu'il appelait son ami. Bon, d'après ce qu'il avait compris, Yami ne lui parlait pas plus qu'avant, mais c'était l'attention qui comptait.
- On devrait retourner s'entraîner, soupira Yûgi.
- Non, rétorqua Yami en s'éloignant de lui.
- Comment ça non ? Grand-Père a dit que…
- Tu as besoin de dormir. Alors tu te détends, tu manges et tu vas te coucher.
- Mais…
- Est-ce que tu t'es regardé dans un miroir dernièrement ? Tu as une tête à faire peur.
Yûgi se mordit la lèvre.
- J'en parlerai à ton grand-père, mais il sera d'accord avec moi. Ce n'est pas la peine que tu te rendes malade.
Yûgi baissa la tête. Il était effectivement exténué et se mettait lui-même la pression pour le duel qui arrivait à grands pas. Le fait que son plus proche parent s'occupe de le former ne l'aidait pas à le détendre car au grand jamais il ne voudrait le décevoir. Ce duel en double était définitivement une mauvaise idée ! Une douce caresse sur sa joue le tira de ses sombres pensées.
- D'accord ? reprit Yami d'une voix douce.
- D'accord.
Yami se détourna.
- Tu dors à la maison ? proposa Yûgi avec espoir.
Tout s'était bien passé entre eux depuis de début de leur tutorat, et Yûgi espérait de tout coeur qu'il accepte maintenant qu'il semblait être redevenu lui-même en sa présence. Cependant, le jeune homme dédaigna d'un signe de tête.
- Je vais passer voir comment ça se passe à la maison et au bureau, voir si Seto est toujours en vie. Il avait des choses importantes à faire cette semaine et je doute qu'il soit rentré.
Yûgi était déçu mais il acquiesça tout de même.
Comme Yami le lui avait dit, son grand-père accepta volontiers de lui laisser la soirée pour décompresser. Après avoir annoncé son prochain duel à ses amis, dont un avait complètement sauté de joie, et discuter un moment avec eux, il avait partagé un bon dîner et s'était installé confortablement devant la télévision pour se vider complètement la tête. La tête posée sur son bras, calé contre l'accoudoir et les jambes repliées contre lui, il ferma les yeux en écoutant les journalistes diffusées les nouvelles du soir. Yami avait raison, il était exténué. Mais travailler avec les deux personnes qu'il aimait le plus au monde valait bien quelques efforts non ? Il leur ferait honneur lors de ce fameux duel.
