Chapitre 16 : préparatifs.

« Akito, non ! »

Trop tard. L'enfant venait innocemment de lâcher un morceau de chocolat dans le bocal de son poisson rouge.

« Akito ! Les poissons rouges ne mangent pas de chocolat, je te l'ai déjà dit » soupira son père en tentant de rattraper le carré qui avait déjà commencé à fondre. Il en était quitte pour nettoyer le bocal. Le petit, confus, répliqua :

« Mais tout le monde aime le chocolat ! »

Kakashi soupira de nouveau.

« Pas les poissons mon chéri. Pas les poissons. »

Akito ne semblait pas convaincu, mais hocha quand même la tête. Son pauvre Sushi devrait se contenter de ses ignobles petites paillettes qui sentaient mauvais, mais personne ne pourrait dire qu'il n'avait rien tenté pour rendre son existence plus douce. Déjà qu'il tournait en rond dans son bocal toute la journée. Akito lui avait bien offert une petite sortie une fois, dans la baignoire. A bien y réfléchir, il se serait bien passé de bain toute sa vie pour offrir à Sushi un plus grand espace de vie, mais son père voyait les choses autrement apparemment. Parce que les adultes pensent qu'il faut se laver au moins une fois par jour, sans compter les dents qu'il faut brosser trois fois par jour. Les adultes avaient d'ailleurs beaucoup d'autres petites règles un peu idiotes dans le genre.

Akito était un petit garçon logique et intelligent, il aimait comprendre pourquoi on lui demandait de faire certaines choses.

« Dis, papa… »

« Oui Akito ? »

« Pourquoi Tori et Iruka se marient ? »

« Et bien… Parce qu'ils s'aiment et qu'ils veulent fonder une famille » répondit Kakashi en astiquant le bocal de sushi.

« Et toi, tu étais marié avec maman ? »

Kakashi hésita. Il lui semblait que son fils était encore un peu jeune pour apprendre qu'il n'avait pas été désiré au départ. Le ninja préféra enjoliver un peu la réalité.

« Nous n'en avons pas eu le temps, mais on s'aimait beaucoup ta maman et moi. »

Ce n'était qu'un demi-mensonge après tout. Il n'aurait sûrement jamais épousé Hana, mais ils seraient probablement devenus très proches si…

« Tu a l'air triste quand tu parles de maman. Elle te manque ? »

Kakashi comprenait le besoin d'Akito de parler de sa maman, même s'il n'avait pas grand-chose à lui raconter malheureusement.

« Oui, elle me manque, Akito. Quand les gens qu'on aime disparaissent, on est toujours très triste, mais il faut se rappeler des bons moments passés avec eux, et la tristesse finit par laisser place aux souvenirs heureux. »

« Moi je serai triste quand tu vas partir. »

Kakashi resta muet devant la réflexion de l'enfant. Il était convaincu qu'elle partait d'un bon sentiment, qu'elle n'était que l'expression de son affection pour lui. Mais qu'il puisse imaginer sa propre disparition était un peu dérangeant.

« Oh et bien je te remercie Akito. Ca fait plaisir de savoir que je manquerai à quelqu'un ! »

« Tu manqueras à Iruka aussi. »

Kakashi hésita à faire remarquer qu'Iruka mourrai peut-être avant lui, mais mieux valait ne pas perturber le raisonnement du petit, qui enchaina :

« Tu manqueras à Tamaki aussi. »

Kakashi sursauta. Vues les circonstances, il avait été amené à fréquenter de nouveau le jeune médecin. Et même si leurs relations restaient courtoises, la distance entre eux était palpable, ce qui avait le don d'agacer l'enfant. Le silence s'installa entre le père et son fils. Akito replaça Sushi dans son bocal, lui donna quelques paillettes de nourriture en faisant la grimace, et se retourna pour réclamer un câlin.

« Papa, murmura-t-il dans le cou de son père, je t'aime très fort. »

Kakashi serra un peu plus son fils et lui répondit qu'il l'aimait aussi. Il se revit quatre années en arrière, devant le berceau de l'enfant, à hésiter. C'était Tamaki qui l'avait convaincu de prendre Akito en charge. Son fils adoré. Akito lui avait été enlevé en partie à cause de l'erreur de Tamaki, mais si le jeune médecin n'avait pas été là initialement, jamais Kakashi n'aurait eu le bonheur de voir grandir son fils. Il était temps de mettre un terme à ce pugilat entre eux, de passer l'éponge, et tenter de reconstruire quelque chose s'il n'était pas déjà trop tard. Non pas pour satisfaire Akito. Mais pour lui en premier lieu, parce que Tamaki lui manquait. Cruellement.

Après le déjeuner, Kakashi et Akito prirent le chemin de l'appartement de Tori. Kakashi laissa son fils courir devant, s'arrêtant devant les échoppes pour admirer les étalages. Le ninja copieur souriait en voyant son petit garçon s'émerveiller devant des objets banals, mais qui avaient aux yeux de l'enfant un intérêt certain.

« Papa, papa ! Regarde ! C'est Sushi ! »

L'enfant avait en effet repéré un grand livre de coloriage sur la couverture duquel était représenté un beau poisson rouge scintillant. Et Akito savait y faire. Il offrit son plus beau visage d'ange à son père qui, une fois n'étant pas coutume, craqua et acheta l'ouvrage à son fils.

«Tu demanderas à ton parrain de te prêter des crayons, d'accord ? Et tu seras sage pendant que les grands discuteront. »

« Oui papa » répondit le petit bonhomme déjà tout absorbé par les images de son livre.

« Et tu n'oublies pas quelque chose ? »

Le petit leva la tête et répondit :

« Merci pour le livre papa ! »

Il saisit la main tendue de son père pour reprendre la route, serrant son livre contre lui, comme un trésor inestimable.

Quand ils arrivèrent devant l'appartement de Tori, ils aperçurent Tamaki, en discussion avec un jeune homme. Akito accourut vers eux et sauta dans les bras de Tamaki.

« Tamaki ! Regarde ce que papa m'a acheté ! » déclara-t-il en brandissant fièrement son album de coloriage.

Tamaki se mit à rire.

« Tu en as de la chance dis-donc. Tu vas devoir t'appliquer pour lui faire de beaux dessins alors ! »

« Alors c'est lui, le fameux petit Akito ! Tamaki m'a beaucoup parlé de toi tu sais » dit l'ami de Tamaki en ébouriffant les cheveux du petit garçon.

« T'es qui toi d'abord ? » demanda Akito sur un ton agressif, qui surprit autant le jeune homme que Tamaki. Le médecin répondit :

« C'est Koyuki, mon… un ami à moi. »

Le jeune homme évita de croiser le regard de son ami, et reposa Akito par terre. Le petit se planta devant Koyuki.

« Toi je t'aime pas. »

Le ton était sans appel. Tamaki soupira en voyant le garçon courir vers son père qui était déjà presque à leur niveau. Koyuki s'approcha pour l'embrasser, mais Tamaki eut un mouvement de recul. Koyuki secoua la tête agacé et murmura :

« C'est ton ex, Tamaki. Il faudra bien qu'il accepte que tu voies quelqu'un d'autre. »

« Je… Je sais, mais je ne veux pas lui faire de peine. »

« C'est peut être bien ça le problème. A plus tard, Tamaki. »

Kakashi n'entendit pas les propos de Koyuki, mais se rendit compte qu'il n'était pas content.

« Tamaki, tout va bien ? C'était qui ce gars ? »

« C'est Koyuki, un collègue de travail. »

« Il est pas beau » déclara Akito.

Kakashi éclata de rire.

« Et bien je crois qu'Akito n'aime pas trop ton collègue » répliqua Kakashi moqueur. Tamaki se dit que Kakashi avait tout simplement l'air de se foutre royalement de le savoir avec un autre. Et quelque part, il était presque déçu. Ce qu'il ne savait pas, c'était que Kakashi venait de sentir son cœur se serrer si fort qu'il en avait eu physiquement mal.

Les deux hommes gardèrent le silence jusqu'à ce qu'ils soient dans l'appartement de Tori.

« Bon alors, Iruka et moi allons nous occuper de toute la logistique. Le repas, la liste des invités, l'organisation de la soirée. On vous a fait une liste de ce qu'on aimerait que vous fassiez de votre côté. »

Les têtes de Kakashi et de Tamaki s'allongèrent au fur et à mesure que Tori déroulait un parchemin mentionnant toutes les taches qui leur incombaient.

« Allez les gars, ne faites pas cette tête. Il y a plein de trucs qui vont être vite faits. Je pense que le plus long sera de préparer la déco. »

« La déco ? Ca s'achète pas tout fait ça ? » répondit innocemment Kakashi. Il n'insista pas devant la mine enjouée de Tori.

« On a envie d'un mariage qui nous ressemble. Je ne veux pas avoir la même déco que tout le monde, moi. Mais j'aimerais bien avoir la surprise aussi. Comme vous êtes les deux personnes qui nous connaissez le mieux, je suis sûre que vous allez avoir des idées géniales. J'adore ce principe, de faire faire la déco par ses meilleurs amis. »

Tamaki, touché par la remarque de Tori, lui assura qu'ils feraient de leur mieux. Kakashi semblait moins convaincu. Devant sa mine déconfite, l'infirmière ajouta :

« Vous êtes aussi en charge de choisir les vins pour le mariage. Et de trouver un lieu pour la réception. »

« Ah ben voilà, je m'occupe de cette partie, et Tamaki se charge de la déco ! » répondit le ninja copieur, certain d'avoir trouvé une bonne voie de sortie à cette galère annoncée.

« Pas question » répliqua une voix derrière eux. Iruka venait d'arriver. Il se déchaussa, et prit le temps d'aller embrasser Akito, plongé dans son coloriage.

« Je tiens à ce que vous fassiez tout ça ensemble… Et sans vous disputer » rajouta-t-il en voyant Kakashi et Tamaki froncer les sourcils en même temps.

« Ca sent le coup monté à plein nez » marmonna Kakashi de manière à ce que personne ne puisse l'entendre.

« Allez, je suis sûr que vous allez vous amuser comme des petits fous, vous verrez ! » reprit le sensei enthousiaste.

« Le bonheur de futurs mariés, je crois que c'est le truc le plus exaspérant qui existe sur terre » répliqua Kakashi, avant de se prendre une claque à l'arrière du crâne.

« Tu peux encore refuser d'être mon témoin, Kakashi » répliqua Iruka en boudant. Le ninja copieur soupira et répondit :

« Je te promets que je ferai de mon mieux. Mais ne t'attends pas à des miracles non plus, hein ? »

« C'est bien pour ça qu'on vous demande de travailler ensemble. Tamaki saura très bien t'empêcher d'avoir des idées trop stupides » rétorqua le jeune sensei.

Tout le monde se mit à rire. Devant la bonne humeur générale, Akito voulut participer lui aussi.

« Et moi, et moi, je vais faire quoi au mariage ? »

« Toi, répondit Tori, tu seras notre petit garçon d'honneur. »

« C'est quoi ça ? » demanda l'enfant suspicieux.

Tori lui expliqua ce qu'il devrait faire et l'idée sembla particulièrement plaire au petit. Il fut cependant déçu de savoir qu'il ne pourrait pas emmener Sushi. La petite réunion se termina. Tamaki et Kakashi convinrent d'un rendez-vous le surlendemain pour commencer à réfléchir à des idées, et la petite famille Hatake quitta l'appartement.

« Et bien tu vois, ça ne s'est pas trop mal passé lança Iruka à Tamaki.

Celui-ci semblait ailleurs.

« Tamaki ? »

Le jeune homme leva un regard songeur vers le couple.

« Tu vas réussir à t'entendre avec Kakashi ? »

« Oui, nous sommes des adultes. Mais je fais ça pour vous. Si vous pensez que cela va nous rapprocher, ne vous faites pas trop d'illusions, d'accord ? »

Tamaki se leva et alla s'enfermer dans sa chambre. Tori et Iruka poussèrent un soupir.

« C'est pas gagné. »

« Je ne sais pas lequel des deux est le plus stupide. Kakashi semble avoir enfin décidé de faire des efforts pour recoller les morceaux, et maintenant c'est Tamaki qui bloque. »

« Je te jure, on a vraiment tiré le gros lot en matière d'amis ! » conclut Iruka en attirant Tori vers lui. « Bon, et si on la faisait, cette liste d'invités ? »

Kakashi avait la tête ailleurs. Son esprit était occupé par cet homme. Qui était-il ? Que pouvait bien lui trouver Tamaki ? La jalousie le rongeait, mais la culpabilité d'avoir tout gâché était bien plus forte. Résigné, le ninja copieur décida qu'il était temps d'arrêter de se lamenter sur ce qu'il avait raté. Il fallait qu'il passe à autre chose. Ces préparatifs de mariage lui donneraient l'occasion de clarifier la situation avec Tamaki, et de lui faire comprendre qu'il n'interférerait plus dans sa vie qu'en tant qu'ami. Pas question qu'il soit source de tension entre Tamaki et son nouveau compagnon, quoi qu'en dise Akito.

Il tourna les yeux vers son fils, qui jouait tranquillement sur le tapis du salon. Il avait besoin de sentir sa peau douce contre sa joue, de sentir ses petites mains jouer dans ses cheveux. Il appela doucement l'enfant, et celui-ci sut lire dans le regard de son père. Il grimpa sur les genoux du shinobi et se pelotonna contre son torse, enveloppé par des bras forts et protecteurs. Le père et le fils restèrent un moment l'un contre l'autre, en silence. Kakashi déposa un baiser sur le front de son fils, qui murmura :

« Je sais pourquoi tu es triste papa. Mais moi je t'aime, et je resterai toujours avec toi. »

Kakashi resserra l'étreinte sur son enfant. Il savait qu'un jour, l'oiseau quitterait le nid, mais il était bien décidé à profiter de chaque instant avec son fils avant que celui-ci ne déploie ses ailes.

« Akito, murmura-t-il, ne grandis pas trop vite s'il te plait. »

Kakashi avait été convoqué chez Tsunade. Eiri étant absente, il dut emmener Akito avec lui. Le petit était ravi d'aller à la tour de l'Hokage. Il adorait rencontrer les ninjas, même s'il restait persuadé que son papa était le plus fort d'entre tous. Le petit réclama de monter sur les épaules de son père car il adorait parader fièrement en hauteur. Kakashi ne prenait quasiment plus de missions en équipe. Cela faisait donc longtemps qu'il n'avait pas vu ses collègues. Le hall d'entrée était comme d'habitude bondé de shinobis. Kakashi eut un petit moment d'hésitation, se rappelant de la première fois qu'il était venu avec Akito, et du vent de panique que cela avait produit. Mais Akito avait maintenant quatre ans, et Kakashi assumant pleinement son rôle de père, c'est avec fierté qu'il pénétra dans le bâtiment, tenant son fils par la main. Kakashi et Akito s'avancèrent vers le comptoir de l'entrée. Le ninja copieur informa la kunoichi de l'accueil qu'il avait rendez-vous avec l'Hokage, et elle lui indiqua que l'Hokage avait un peu de retard, mais qu'elle viendrait le chercher dès qu'elle serait disponible. Kakashi proposa alors à Akito de rentrer dans la cour intérieure du bâtiment. Il y avait un beau jardin et Akito pourrait se défouler un peu. Kakashi espérait secrètement qu'il se fatiguerait assez pour ne pas broncher durant son entretien avec Tsunade.

Kakashi laissa Akito vagabonder dans le jardin et s'assit sur un banc pour lire. Il fut rapidement rejoint par Asuma.

« Alors papa, la forme ? On ne te voit plus trop trainer par ici en ce moment. »

« Bah tu sais ce que c'est, entre Akito et les missions solo, j'ai pas trop de temps pour venir tailler une bavette. »

Asuma lui sourit. Kakashi avait tellement changé depuis qu'il était père. En bien assurément.

« Tu sais qu'on n'a pas obtenu grand-chose de Shinto. On se doute que la Racine est derrière tout ça, mais il n'a lâché aucun nom. »

« C'était prévisible. En tout cas, leur petit trafic est fini, c'est déjà ça. »

« Et Akito, il s'est bien remis de toute cette histoire ? »

« Oui, les enfants oublient vite à cet âge. Il faisait des cauchemars au début, mais c'est fini. »

Kakashi scanna le jardin à la recherche d'Akito. Il le localisa dans un buisson, bien caché. Le ninja copieur indiqua discrètement à Asuma où était son fils et lui glissa à l'oreille :

« Je crois qu'un petit ninja en herbe attend qu'on se lève pour nous attaquer par surprise. »

Assuma répondit en riant :

« Allez, va te faire botter les fesses par ton fiston. Je viendrai te sauver si tu ne t'en sors pas. »

Kakashi se leva et prit nonchalamment le chemin qui menait à la cachette d'Akito. A peine arrivé à sa hauteur, le petit lui sauta dessus en hurlant :

« A l'attaque ! »

Kakashi se dit qu'il faudrait insister sur les leçons de discrétion au combat, mais fit semblant de tomber en prenant soin d'assurer la chute de son fils, qui se retrouva assis sur le torse de son père, brandissant un bâton en guise de sabre.

« Ah, je me rends ! Tu es bien plus fort que moi ! » répondit Kakashi en exagérant à peine le ton, sous le regard amusé d'Asuma.

« Nan ! Papa, c'est pas du juste ! Il faut que tu te défendes un peu quand même. Sinon c'est pas crédibe »

« CrédiBLE » reprit le ninja copieur.

Akito lui tira la langue et se releva en hurlant : « Bats-toi shinobi ! »

Après s'être relevé, Kakashi prit le temps de faire tomber la poussière de son uniforme et lança un regard taquin à son fils.

« Tu sais ce qui va arriver si je t'attrapes ! »

Le petit se mit à courir en riant, zigzaguant sur la pelouse, et ne prêtant pas attention à l'attroupement de quelques ninjas qui riaient en le voyant tenter d'échapper à son père.

Akito finit par perdre son père de vue, et s'arrêta essoufflé. C'est à ce moment que Kakashi le souleva de terre en le faisant pivoter la tête en bas.

« Haha ! Je t'ai attrapé petit shinobi de Konoha ! »

Le petit commença à gigoter et Kakashi le fit retomber sans ses bras, commençant à le chatouiller.

« Non, non, pas ça, papa ! Pas les chatouilles ! »

Le petit se tordait de rire sous le regard attendri des shinobis. Il était rare d'assister à ce genre de scène familiale au sein de la tour de l'Hokage. Kakashi se mit à faire sauter Akito en l'air, le rattrapant avec sûreté après chaque lancer. Akito avait une confiance aveugle en son père et adorait ce jeu. Ils furent cependant interrompus par la voix de l'Hokage en personne.

« Et bien, je vois qu'on s'amuse bien ici. »

« Hokage-sama. » salua Kakashi avec respect. Akito, qui ne se souvenait évidemment pas des rares fois où il avait rencontré Tsunade, reprit :

« Bonjour Madame. C'est toi la chef de papa ? »

Tsunade éclata de rire.

« On peut dire ça oui. Allez, suivez-moi les Hatake. On doit discuter de l'avenir d'Akito justement. »

Kakashi emboita le pas de Tsunade. Dans le bureau de l'Hokage, il sortit un grand livre orange et le tendit à Akito. Devant le regard interrogateur de Tsunade, il dit :

« C'est la version enfant de icha icha. »

Tsunade le regarda incrédule et Kakashi se mit à rire.

« C'est un livre de coloriage, Tsunade-sama. »

L'Hokage leva les yeux au ciel et informa Kakashi du motif de sa convocation.

« Kakashi, il est temps que nous parlions de ce que tu envisages pour Akito. Après ce qui s'est passé, je comprends que tu n'aies pas voulu le remettre à l'école. Mais il a quatre ans maintenant. Je ne pense pas que ce soit très bon pour lui de ne côtoyer que des adultes. »

Kakashi se renfrogna.

« La dernière fois qu'il a été en contact avec des enfants, ça s'est plutôt mal terminé. »

« Kakashi, reprit l'Hokage en soupirant, je comprends tes craintes. Et je pense effectivement que sa place n'est pas dans une école normale. Mais depuis cette histoire d'orphelinat, le conseil des sages a réfléchi. Nous avons mis en place une sorte de classe pré-Académie, pour les enfants présentant des compétences particulières, mais trop petits pour débuter leur apprentissage de shinobi. Akito serait parmi des enfants de son âge, encadré par des shinobis ayant l'expérience des enfants et sachant maitriser leurs aptitudes. Rappelles-toi, quand tu es entré à l'Académie, tu n'avais que cinq ans. Et aux vues des capacités d'Akito, je pense qu'il sera aussi précoce que toi. »

« Hokage-sama, avec tout le respect que je vous dois, il n'est pas question qu'Akito rentre si jeune à l'Académie » répliqua fermement Kakashi.

« Et bien justement, si tu ne veux pas qu'il entre à l'Académie si tôt, ce que je peux comprendre, tu dois nous laisser prendre en charge le début de son éducation dans cette classe spéciale. »

« Et pourquoi ne pourrais-je pas lui apprendre moi-même à… »

« Parce que j'ai besoin de toi sur le terrain Kakashi. J'ai aménagé tes horaires jusqu'à présent, mais je t'avais bien averti que cela ne durerait qu'un temps. Tu es le meilleur de mes shinobis. Tu travailles plus vite et plus efficacement que les autres, et le village croule sous les missions. Je ne peux plus t'accorder autant de temps libre pour t'occuper d'Akito, tu comprends ? »

Le ninja copieur hocha la tête. Il n'avait pas le choix.

« Qui s'occupera de cette classe spéciale ? »

« Ebisu et Shizune. »

Kakashi soupira en regardant son fils.

« C'est d'accord. Je veux bien qu'Akito participe à cette classe. Mais je veux un droit de regard sur ce qui se passe. »

« Ne t'inquiète pas, c'est pour ainsi dire une classe pilote. Nous accorderons une place importante et particulière aux parents. Nous avons sélectionné une dizaine d'enfants seulement, qui seront répartis en deux groupes, l'un avec Shizune et l'autre avec Ebisu. »

Tsunade marqua une pause et reprit, en portant un regard attendri sur Akito :

« Tu verras, Kakashi. Akito sera bien dans cette classe. »

L'enfant se releva et s'approcha de son père. Il prit appui sur le bureau pour grimper sur ses genoux et se pelotonna contre le shinobi. Tsunade, touchée par cette image attendrissante, sourit quand l'enfant lui tendit son dessin :

« Tiens, c'est pour toi. »

« C'est moi que tu as dessinée ? » demanda-t-elle en fronçant les sourcils. Le petit hocha la tête, visiblement très fier de son dessin. Celui-ci représentait en effet l'Hokage : une grosse tache verte au centre semblait représenter son manteau. Elle était surmontée d'un rond entouré d'une auréole jaune suggérant les cheveux. Akito avait semblait-il été plus inspiré par TonTon, le petit cochon étant bien reconnaissable par contre.

« Papa, dis, je peux avoir un chien rose ? »

Kakashi leva les yeux au ciel.

« Ce n'est pas un chien, Akito. C'est un cochon. Et non, tu n'auras pas de cochon. Tu as déjà un poisson, c'est suffisant. »

Le petit, loin de se laisser démonter, demanda à Tsunade :

« Il aime le chocolat ton cochon ? »

L'Hokage éclata de rire. Cet enfant avait vraiment le don de mettre tout le monde de bonne humeur.

Kakashi et Akito quittèrent la tour, et le ninja copieur expliqua en chemin à Akito qu'il allait retourner à l'école, mais une école spéciale. L'enfant semblait plutôt content, ce qui rassura le ninja copieur.

Le lendemain, Kakashi retrouva Tamaki en ville. Ils décidèrent de commencer par le lieu de réception. Ils dressèrent la liste des endroits potentiels.

« Le mariage aura lieu en été, donc il fera beau. Ce serait bien si l'on pouvait avoir une salle donnant sur un beau jardin. »

Kakashi notait les idées au fur et à mesure sur un petit carnet.

« Et pourquoi pas les sources d'eau chaude ? Le cadre est sympa non ? »

« Pourquoi pas. Mais ne doit pas être donné pour un événement privé. Et puis connaissant les shinobis, ça risque de finir à poil dans les bains. »

« Ah ben si vous ne savez pas vous tenir aussi. » rétorqua Tamaki en boudant.

Kakashi se mit à sourire. Avant, il adorait taquiner Tamaki pour voir cette mine boudeuse qui le faisait craquer.

« Qu'est ce qui te fait sourire ? » reprit le jeune médecin.

« Rien, rien. En parlant de jardin, j'ai pensé à un truc. Il y en a un beau dans la tour de l'Hokage, et il doit bien y avoir des salles disponibles dans le complexe. Si on se débrouille bien, Tsunade nous prêtera les locaux gratuitement. »

« Mouais, pourquoi pas ? » répondit Tamaki dubitatif.

« Quoi ? Y'a un truc qui ne te plait pas dans cette idée ? »

« Non. C'est juste que… C'est un mariage quoi ! Alors faire ça sur le lieu de travail d'Iruka, je ne sais pas si c'est une super idée. »

« Et bien justement, comme on a la joie d'être aussi en charge de la déco, répliqua Kakashi, on se débrouillera pour que ça ne ressemble plus du tout à son lieu de travail. Ca va être super marrant tu vas voir. »

Tamaki leva les yeux au ciel. Il ne s'attendait vraiment pas à ce que Kakashi se prenne si facilement au jeu.

L'idée du lieu fut donc unanimement adoptée, Kakashi se chargeant de convaincre Tsunade.

Pour les idées de décoration, ce fut plus difficile par contre. Ils se rendirent compte qu'ils ne connaissaient pas tant les goûts de leurs amis finalement. Les deux hommes ne s'étaient pas rendu compte que l'heure avait tourné. Ils décidèrent de remettre leur mission à plus tard et prirent le chemin de l'appartement de Tamaki.

Koyuki commençait à montrer des signes d'impatience. Tamaki lui avait donné rendez-vous devant chez lui et il avait une bonne heure de retard. Le jeune homme savait que le médecin ne travaillait pas ce jour-là. Et quand il vit Tamaki arriver avec Kakashi, une bouffée de jalousie l'envahit immédiatement.

Quand Tamaki aperçut Koyuki, il s'immobilisa et murmura :

« Merde, j'avais complètement oublié Koyuki ! Il doit être en pétard. »

« Bon je vais te laisser régler ça alors. Bonne soirée Tamaki, je te tiens au courant pour la salle. »

Et Kakashi disparut dans un pof de fumée. En arrivant à son appartement, il arborait un sourire non feint. Il fallait bien avouer qu'il avait particulièrement apprécié de voir le visage de Koyuki se décomposer en les voyant arriver. Il avait un peu honte de se réjouir de la situation. Mais au final, c'était quand même avec Koyuki que Tamaki passerait sa soirée.

Il décida de penser à autre chose et commença à préparer le dîner. Akito s'était enfermé dans sa chambre dès son retour de chez Eiri. Kakashi finit par aller voir ce que trafiquait son fils et le découvrit assis par terre, occupé à admirer un livre d'images d'animaux.

« Papa, dit-il sans lever les yeux, Si je travaille bien à l'école, je pourrai avoir un tigre ? »

« Akito, personne ne peut avoir un tigre. C'est un animal sauvage. »

« Ah. Un hibou alors ? »

« Non plus. »

« Une belette ? »

Kakashi soupira et finit par abandonner :

« Si tu travaille bien à l'école, tu auras peut être un chien. »

« Cool ! »

« J'ai dit peut être ! » lança Kakashi à son fils qui ne l'écoutait déjà plus.

L'enfant avait filé pour aller s'asseoir à table, en chantonnant : « Je vais avoir un chien, je vais avoir un chien ! »

Kakashi pensa qu'il faudrait à l'avenir qu'il surveille les lectures de son fils, sinon il allait finir avec un hippopotame dans le salon et une baleine à bosse dans la baignoire.

Le lendemain, le père et le fils partirent pour l'Académie, où se trouvait la nouvelle salle de classe d'Akito. Cette première journée était une prise de contact, et les parents avaient été invités à participer aux cours avec leurs enfants, de manière à tisser des liens entre parents, enfants et professeurs.

Quand Kakashi et Akito entrèrent dans la classe, ils surent l'un et l'autres qu'ils allaient aimer ce nouveau concept.