Notes de l'auteur :
Je tiens à vous préciser qu'à partir de ce chapitre, et par extension le chapitre précédent, je ne suis pas satisfaite de ce que devient l'histoire. A vrai dire, je ne l'aime pas du tout. Cependant, je n'ai pas la motivation de la réécrire et elle restera donc ainsi. J'espère qu'elle vous divertira néanmoins un peu.
Chapitre 19 : L'avant-duel
Finalement, le week-end arriva. Yûgi se leva le matin du départ, extrêmement fatigué et tout aussi anxieux. Il avait passé la nuit à s'inquiéter et à repasser dans son esprit tout ce que lui avait appris son grand-père durant la semaine et, en conséquence, avait très mal dormi.
En compagnie de son grand-père qui tentait en vain de le calmer, il se dirigea vers le Manoir Kaiba, où ils avaient décidé de se retrouver afin de partir dans l'une des nombreuses voitures des frères Kaiba. Seto ne viendrait pas, étant très occupé avec sa société, mais Makuba les accompagnerait. Yûgi souhaitait réellement améliorer ses relations avec lui, mais le jeune garçon, dans les rares occasions où ils se croisaient, faisait tout pour l'éviter ou pour être désagréable avec lui.
Lorsqu'ils arrivèrent, Yami, Mana et Téa se trouvaient devant la grande battisse, près d'une large voiture sombre. Comme à son habitude, il reçut une étreinte presque mortelle de Mana qui le laissa pantelant. Il lui en fut néanmoins reconnaissant lorsqu'il constata qu'il se sentait soudainement beaucoup moins anxieux. Il échangea ensuite un regard avec Yami qui, sans qu'il comprenne comment, lui assura silencieusement que Mana avait une sorte de don pour ce genre de choses. C'était toujours impressionnant pour lui de constater qu'un regard pouvait parfois en dire beaucoup plus que les mots.
Ils discutèrent pendant une dizaine de minutes avant que Yami ne reprenne subitement son masque d'indifférence, qu'il avait légèrement abaissé en présence de Téa. Cela avertit immédiatement Yûgi de la présence de Joey et Tristan, et il se tendit aussitôt. Ces deux-là n'avaient pas encore recroisé Yami depuis leur sortie à Kaiba Land et sa tentative d'étranglement, et il craignait le pire car tous les membres impliqués étaient d'un naturel rancunier et un peu trop protecteur.
- Yami… commença-t-il.
- Laisse, Yûgi, le coupa son petit-ami en relevant légèrement la tête, comme un signe de défi à l'encontre des deux adolescents. Je gère.
Le jeune homme hocha imperceptiblement la tête et se résolut à rester sur la touche.
Sans qu'aucun mot ni aucune salutation ne soient prononcés, Yûgi observa avec une certaine appréhension Yami et Joey se défier du regard alors que le blond se stoppait à quelques pas de lui. Tristan, lui, resta en arrière. Yûgi aurait voulu intervenir mais ils savaient que l'un comme l'autre avait besoin de crever l'abcès et qu'il ne ferait que reporter leur confrontation, voire l'aggraver. Sa résolution de rester à l'écart faillit voler en éclat lorsque son meilleur ami saisit son petit-ami par le haut de sa chemise pour le tirer en hauteur et assurer sa dominance lors de leur échange. Mais ce dernier ne se laissa pas démonter et ne rompit pas l'affrontement de regards qu'ils menaient depuis une longue minute.
- Je ne t'aime pas, commença le blond.
- La réciproque est vraie, répondit insolemment Yami.
- Tu as blessé Yûgi.
- Tu veux vraiment partir sur ce terrain ?
Son attitude calme tranchait singulièrement avec la colère réprimée de Joey, si bien qu'aucun des spectateurs n'aurait pu dire qui avait réellement le contrôle de l'échange. Makuba arriva à ce moment et fit les gros yeux.
- Lâche-le immédiatement,Wheeler !
- Tout va bien, Makuba, rétorqua Yami.
Face à son assurance, le jeune garçon se tut, non sans fusilier Yûgi du regard qu'il tenait pour responsable de tout ceci. Le concerné laissa la tête : il n'était pas prêt de s'attirer la sympathie du plus jeune des Kaiba.
- Je vais être clair, reprit Joey, irrité par l'intervention d'une tierce personne mais plus encore par la réponse confiante de son adversaire. Si jamais tu recommences, je t'éclate la tête.
- Essaie et tu regretteras d'être né, cracha Makuba.
Yami leva les yeux au ciel et ramena l'attention de Joey sur lui en tapotant la main qui le tenait. D'un signe de tête, il lui fit signe de se rapprocher. Surpris, mais toujours méfiant, Joey obtempéra et laissa le jeune homme murmurer quelque chose à son oreille. Le petit groupe d'amis virent les yeux du grand blond s'écarquiller de seconde en seconde. Finalement, Yami se recula, un sourire satisfait aux lèvres, et Joey le lâcha, soudainement incertain.
- Ok, lâcha-t-il avec une petite grimace. On va faire une trêve.
Sa déclaration effara les spectateurs. Les deux adolescents se serrèrent la main d'un air entendu et se séparèrent.
- Qu'est-ce qu'il t'a dit ? demanda Tristan à son ami sans cesser de fixer Yami, qui s'était dirigé vers Makuba.
Le blond fronça les sourcils mais ne répondit pas, se contentant de fixer Yûgi d'un air concerné. Celui-ci, tout aussi curieux, attendit la suite. Voyant qu'elle ne venait pas malgré les interrogations de Tristan, Téa et Mana, il s'avança vers Yami.
- Tout est réglé, Hikari. Tu n'as plus à t'inquiéter de rien.
Et il sut qu'il n'obtiendrait pas de réponse, aussi il n'insista pas. Il sentait déjà que l'atmosphère s'était allégée. C'était la seule chose qui importait au final.
- Allons-y, décréta finalement Makuba en leur faisant signe de monter dans la voiture.
Le voyage fut long et Yûgi s'assoupit rapidement, sa tête reposant sur l'épaule de Yami. Cela lui accorda un repos bien nécessaire. Lorsqu'il se réveilla, alors qu'ils étaient presque arrivés à destination, il trouva tout le monde de charmante humeur, y compris Makuba. Il resta silencieux, un petit sourire aux lèvres, à écouter les différentes interactions autour de lui, sa main dans celle de Yami. S'il n'avait pas été aussi stressé, il aurait été véritablement heureux.
À leur arrivée, il eut la mauvaise surprise de voir quelques photographes qui attendaient avec impatience l'arrivée du Roi des Jeux et de son mystérieux partenaire. Les ignorant totalement, Yami entraîna le petit groupe à l'intérieur de la bâtisse qui accueillait l'événement. La petite bande se sépara rapidement, les deux duellistes ayant beaucoup de choses à faire avant le début du duel. Yûgi rencontra un grand nombre de personnes, des techniciens, des organisateurs et autres membres du personnel chargés du bon déroulement du duel d'exposition, qui l'accueillirent tous avec le sourire. Il resta muet, se contentant de se tenir aux côtés de Yami qui gérait la situation et savait exactement quoi dire à qui. Heureux de ne pas affronter ça tout seul, il prit le temps d'observer les alentours et d'analyser un peu tout ce qui se passait en coulisse et qu'il ne connaissait pas jusqu'ici.
Finalement, Yami l'entraîna rejoindre ses amis, qui discutaient dans les gradins où les spectateurs commençaient à prendre place.
- J'ai encore quelques détails à régler, lui indiqua-t-il alors que Yûgi s'étonnait de le voir s'éloigner. Je te retrouve un peu plus tard.
Yûgi lui lança un regard reconnaissant. Plus les minutes passaient, plus il se sentait mal, et il ne souhaitait rien de plus que rester un peu avec ses proches pour songer à autre chose.
Une vingtaine de minutes plus tard, Yûgi le vit réémerger dans la salle d'exposition. Il fut vite entouré par une cohorte de fans demandant des autographes, à une dizaine de mètres là. Bien qu'ennuyé par ce tapage bruyant, il assuma son titre de Roi des Jeux et répondit à leurs attentes sans se plaindre sous l'œil admirateur de son petit-ami. Il l'observa du coin de l'œil pendant de longues minutes tout en continuant la conversation qu'il menait avec ses amis et son grand-père.
- Il ne va pas s'envoler tu sais, lui fit remarquer Joey avec un peu d'agacement. Tu n'es pas obligé de le garder en permanence dans ton champ de vision.
Le jeune homme rougit et s'empressa de détourner les yeux.
- Ce n'est pas ce que je fais… protesta-t-il, faisant rire Téa et Mana.
- Tu es juste très amoureux, lança cette dernière en lui ébouriffant les cheveux. Et peut-être jaloux ?
Yûgi cilla. Jaloux ? Il jeta un regard à Yami, sans se cacher cette fois-ci, et observa les personnes amassées autour de lui. Il y en avait des jeunes, et des moins jeunes, ainsi que beaucoup de leur âge. Certaines étaient très belles, mais il ne ressentit aucune jalousie envers tous ces gens qui ne connaissaient rien de son petit-ami. De plus, il n'avait aucune raison de douter de l'amour de Yami.
- Vous dites n'importe quoi, rétorqua-t-il.
Mais il ne reçut aucune réponse. Ses amis ne le regardaient plus. Intrigué, il suivit leur regard et découvrit qu'ils fixaient Yami. Ou plutôt, ils fixaient une magnifique brune qui embrassait Yami, ses deux bras jetés autour de son cou. Il écarquilla les yeux alors que son cœur se déchirait dans sa poitrine. Voyait-il vraiment ce qu'il voyait ? Il dévia son regard de la fille à Yami qui, droit comme un i, semblait complètement stupéfait. Cela le rassura légèrement. Puis, alors que des exclamations de surprise s'élevait de la foule de ses fans et de leur propre groupe d'amis, Yami défit d'un geste vif la prise de cette inconnue et recula, les sourcils froncés et visiblement mécontent. Il lui adressa quelques mots, que Yûgi ne put déterminer à cause de la distance, avant de la saisir par le poignet et… de la traîner vers eux ?
- Qu'est-ce qu'il… ? marmonna Tristan, tout aussi confus.
Yami relâcha la jeune fille devant le petit groupe, la laissant totalement déconcertée.
- Yûgi ?
Le jeune homme cessa de la fixer pour se concentrer sur Yami, perdu. Celui-ci plongea son regard rubis dans le sien, le transperçant jusqu'au plus profond de son âme. L'instant suivant, il sentit son petit-ami le saisir par la taille et l'embrasser tendrement. D'abord surpris par son comportement, il se laissa aller dans le baiser et y répondit avec ferveur. Finalement, Yami le relâcha et, sans défaire sa prise autour de sa taille, lança un regard de défi à la spectatrice. Celle-ci les regarda, l'un après l'autre, bouche bée, choquée, alors qu'ils reprenaient lentement leur souffle.
- C'est clair comme ça ? l'interrogea Yami avec une pointe de cynisme.
Yûgi rougit devant tous les regards braqués sur eux, mais ne put s'empêcher de sourire de toutes ses dents. Oui, Yami l'aimait et il l'avait prouvé une fois de plus, tout en donnant une leçon à cette pimbêche qui l'avait embrassé. Pour rajouter à son malaise, le jeune homme passa à son tour son bras dans le dos de Yami pour se rapprocher un peu de lui. À ses côtés, il avait l'impression d'être la seule personne importante sur terre.
- Très clair, balbutia la femme avant de s'enfuir en courant, rouge de honte.
Yami ricana à voix basse.
- Désolé, souffla-t-il ensuite à Yûgi en le relâchant.
Le jeune homme ne sut pas vraiment s'il s'excusait à cause du baiser échangé avec cette fille ou avec lui sans lui avoir demandé son avis malgré les témoins.
- Je t'aime, répondit-il simplement en attrapant sa main.
- On avait compris, pouffa Téa, à leurs côtés. Si vous aviez vu leur tête ! C'était à mourir de rire.
- Espérons qu'eux l'aient compris aussi, gronda Yami à voix basse en lançant un regard noir aux fans qui l'entourait peu de temps encore auparavant. Aucune éducation je te jure.
Il soupira avant de consulter sa montre. Il restait une petite demi-heure avant de début du duel. Yûgi le remarqua à son tour et se sentit instantanément redevenir nerveux.
- Tout se passera très bien, le rassura Yami qui n'avait pas loupé la tension qu'il l'avait envahit. On est là pour s'amuser. Qu'on perde ou qu'on gagne, peu importe.
- Tu as l'habitude de tout ça, rétorqua Yûgi en faisant un vague signe aux locaux grandioses et aux spectateurs les entourant. Moi je… panique.
C'était le mot parfait pour décrire la sensation qui croissait en lui.
- Ça va aller, Yûgi ! l'encouragea Joey en lui tapant sur l'épaule pour le soutenir. Tu vas les exploser tu vas voir.
Il força un sourire en se mordant la lèvre.
- Oui. Je crois que je vais aller faire un petit tour dehors pour me calmer avant le duel.
- Tu veux que je vienne avec toi ? proposa son grand-père.
Le jeune homme dédaigna d'un signe de tête. Il voulait rester un peu seul pour faire le tri dans ses pensées et revenir plus concentré que jamais sur le duel qu'il allait mener. Il rassura d'un regard son petit-ami qui le regardait avec inquiétude, avant de leur adresser un signe de main et de s'éloigner prestement.
Il se figea brusquement et observa les alentours avec méfiance. Ses cheveux s'étaient dressés sur sa nuque. On l'observait, il en était certain, et pourtant, personne ne flambait le fixer. Mettant cela sur le compte du stress, il soupira et reprit sa route.
C'est fébrile qu'il réussit à trouver une porte donnant sur un escalier de secours. Le cœur battant, il inspira à pleins poumons un peu d'air pur et ferma les yeux. Il resta immobile quelques minutes, à lentement respirer. Peu à peu, il sentait son stress diminuer. Il s'imaginait l'arène de duel, ses futurs adversaires dont il ne connaissait toujours pas l'identité, la foule qui les entouraient, mais le tout ressemblait à un tableau assombri et silencieux au centre duquel il se tenait, aux côtés de Yami. Il se focalisait inconsciemment sur lui et sur l'amour qu'il partageait. C'était tellement fort. Comment avait-il fait pour vivre sans connaître ça ?
- Je t'aime… murmura-t-il même s'il était seul.
C'est alors qu'il entendit la porte derrière lui s'ouvrir. Avant qu'il n'ait eu le temps de se retourner, une vive douleur lui transperça le crâne. Et tout devint noir.
