Chapitre 17 : familial way.
Les parents furent invités à s'asseoir au fond de la petite pièce. Les enfants avaient été répartis en deux groupes de cinq, et Akito était sous la responsabilité de Shizune, au grand bonheur de Kakashi. Non pas qu'il n'aimât pas Ebisu, mais le ninja copieur pensait qu'Akito serait plus en confiance avec une femme. Au centre de la pièce, des coussins avaient été disposés à même le sol et les cinq bambins prirent immédiatement leurs aises.
Shizune commença par se présenter aux enfants. Puis elle leur demanda de se lever et d'aller explorer calmement tout ce qui était à disposition dans la pièce. Le principe était simple : durant le premier mois de classe, la priorité serait donnée à l'observation des enfants. Les objets et jeux mis à leur disposition n'avaient pas été choisis au hasard. Ils allaient permettre de connaître les intérêts particuliers de chaque enfant, afin d'adapter l'enseignement à chacun. Cela permettrait aussi à Shizune d'appréhender le caractère des cinq petits. L'enseignement classique aurait probablement fini par bloquer ces enfants précoces dans leurs apprentissages. Chaque enfant aurait la possibilité d'évoluer à son rythme, au gré de ses envies, tout en restant dans le cadre souple instauré par Shizune.
Kakashi, comme les autres parents, fut particulièrement attentif à son propre enfant. Il se surprit à sourire lorsqu'il vit Akito hésiter, puis se diriger vers une petite table où étaient disposés des feuilles blanches et tout un tas de crayons multicolores.
Shizune, laissant les enfants s'approprier les lieux, expliqua plus en détail la pédagogie qu'elle allait mettre en place aux parents. Puis elle leur demanda de quitter les lieux discrètement, sans dire au revoir à leurs enfants. Elle leur donna rendez-vous l'après-midi même pour faire un premier point sur ses observations de la journée. Les enfants, déjà tous absorbés par leurs jeux, ne virent pas leurs parents partir.
Dans le couloir, une femme aborda Kakashi.
« Alors, quelles sont vos premières impressions sur cette classe-pilote, Hatake-san ? »
Le ninja copieur savait qu'il la connaissait de vue, mais impossible de remettre un nom sur ce visage. La femme lui sourit et se présenta :
« Je suis Morino Tenma, je crois que vous connaissez mon mari Morino Ibiki. »
« Ah bien sûr, je suis enchanté de faire votre connaissance. Je ne sais pas pour vous, mais je pense que cette classe conviendra très bien à mon fils. »
« Oui, Akito c'est ça ? Ma fille s'appelle Yuko, répondit-elle, la petite fille avec les couettes, j'espère qu'ils s'entendront bien tous les deux. »
Kakashi hocha la tête. Les cinq parents présents finirent par entamer la conversation naturellement. Ils savaient que la classe pilote était une chance pour chacun de leur enfant, et ils étaient bien décidés à se soutenir mutuellement pour que cette brillante idée soit un succès.
…
Le ninja copieur retrouva les parents dans le couloir vers quinze heures. Il attendit patiemment son tour pour l'entretien individuel avec Shizune. Il vit passer Yuko et sa maman, qui lui envoya un sourire rassurant. Il levait la main pour la saluer amicalement au moment où il entendit Shizune l'appeler :
« Kakashi c'est à nous. »
Le junin se leva pour se diriger vers le bureau de la jeune femme, qui avait été placé dans un coin de la pièce, de sorte qu'elle ait une vue d'ensemble sur la classe.
« Alors quelles sont tes premières impressions sur cette classe Kakashi ? »
« Et bien j'ai l'impression qu'Akito se plait bien ici. Il était un peu inquiet à l'idée de retourner à l'école, mais là il semble épanoui et en confiance» répondit le shinobi en jetant un œil à son fils, qui jouait sagement avec toutes sortes d'animaux en plastique.
« C'est le but de cette classe, ne jamais mettre la pression sur les enfants. Ils sont encore petits, et on doit les laisser grandir à leur rythme. Mais en même temps, ils ont des capacités indéniables que l'on doit leur apprendre à canaliser. La base de cette pédagogie, c'est de les amener à développer leurs capacités progressivement, à travers leurs centres d'intérêt. »
Elle s'arrêta de parler pour observer Akito, qui semblait s'être déjà créé toute une histoire avec ses animaux.
« Akito semble avoir beaucoup d'imagination, mais ce que je remarque aussi, c'est qu'il joue seul. Regarde, les autres enfants sont ensemble et communiquent. Akito, lui, est dans son petit monde. »
Kakashi fronça les sourcils à la vue de son fils seul, alors que les deux autres petits garçons encore présents dans la pièce semblaient déjà avoir appris à se connaître durant cette première journée. Shizune reprit aussitôt :
« Ce n'est pas une critique Kakashi, juste un constat. Ce qui va être important pour Akito, c'est de lui apprendre à aller vers les autres. Sa relation à l'autre est un peu bipolaire. Dans sa tête, il y a sa famille d'un côté, et le reste du monde, sans distinction, de l'autre. »
« Oui, je comprends. Akito est un petit garçon ouvert et souriant en apparence, mais il garde une méfiance certaine pour les étrangers … depuis son passage à l'orphelinat. »
Shizune lui adressa un sourire compatissant.
« L'implication des parents est primordiale dans ce programme. Tiens, voici le cahier d'Akito : tous les soirs en rentrant, il faudra que tu lui demandes de t'expliquer ce qu'il a fait dans sa journée. C'est important car cela lui permettra de fixer ce qu'il a appris, et pour toi de voir son évolution. La communication du ressenti, c'est la base de tout, surtout dans le cas des enfants précoces comme Akito. »
Kakashi hocha la tête en prenant le cahier. Il aimait beaucoup l'idée d'être directement impliqué dans l'éducation scolaire de son fils. Shizune lui fit remarquer que les enfants précoces développaient fréquemment une relation très fusionnelle avec leurs parents, Kakashi et Akito ne dérogeant visiblement pas à la règle.
L'entretien prit fin, et Shizune appela doucement Akito. Le visage de l'enfant, jusqu'à présent concentré sur son jeu, se mit à rayonner à la vue de son papa. Il se leva et trotta jusqu'à son père, puis tendit les mains pour réclamer d'être porté. Shizune demanda :
« Alors Akito, est-ce que tu veux revenir me voir demain ? »
L'enfant regarda son père, puis la jeune femme, et hocha la tête timidement.
« Et bien à demain alors, et n'oublies par de montrer ton cahier à papa ce soir d'accord ? »
« D'accord. »
Kakashi remercia Shizune et les Hatake prirent le chemin de la maison. Après un goûter bien mérité, Kakashi laissa Akito jouer au ballon dans le jardin. Au bout d'une heure, il appela doucement son fils.
« Akito, tu veux me montrer ce que tu as fait à l'école avant de dîner ? »
Le petit accourut et ils s'installèrent sur le canapé.
Sur la première page du cahier étaient inscrit le prénom et le nom de l'enfant. Sur la double page suivante, l'intitulé mentionnait : « ma famille ».
Sur la page de gauche, Akito avait écrit, d'une main encore malhabile, le mot « papa ».
En dessous, il avait collé plusieurs images sensées représenter sa vision de son père. Au milieu du collage, un énorme cœur, « parce que j'aime très fort » avait expliqué l'enfant. Akito avait également collé un ninja et une maison, un gâteau et un soleil. Le petit garçon avait enfin collé l'image de deux grandes mains, qui interpella Kakashi.
« Pourquoi tu as collé deux mains Akito ? »
Le garçonnet sembla avoir des difficultés à expliquer ce qu'il avait voulu représenter. Après un moment de réflexion, il glissa sur les genoux de son père et se colla contre lui. Instinctivement, Kakashi referma ses bras autour de son fils dans un geste protecteur. Et le petit répondit alors :
« Parce que là, c'est ma place préférée. »
Kakashi sentit une bouffée d'émotion l'envahir. Son fils venait de lui faire la plus belle des déclarations d'amour qui soit. Après quelques instants de tendresse, Akito s'écarta pour reprendre le cahier et lui montra le deuxième page :
« Là c'est maman. J'ai aussi mis un cœur. Et du chocolat, parce que je suis sûr que maman aimait le chocolat. Et ça c'est une étoile, parce que maman, c'est une étoile maintenant, et elle nous regarde du ciel. »
Le petit marqua une pause, et demanda timidement :
« Papa, est ce que j'ai un papi et une mamie ? Parce qu'à l'école, les autres enfants ont fait des pages pour eux dans leur cahier.»
Kakashi surpris par la question, réalisa qu'il n'avait jamais évoqué le reste de la famille avec Akito. Ils avaient créé une petite cellule familiale à deux, et se contentaient l'un de l'autre. Le ninja copieur prit conscience qu'il avait sa part de responsabilité dans la méfiance d'Akito à l'égard des autres. Les événements de la dernière année l'avaient rendu surprotecteur et personne ne l'aurait blâmé pour cela. Mais il était temps de tourner la page et d'aller de l'avant. Kakashi lui expliqua que ses propres parents étaient, comme sa maman, partis dans le ciel. Et il se rendit compte qu'il ne savait pas si Hana avait encore de la famille. Il supposait que les grands-parents maternels d'Akito se seraient probablement déjà manifestés s'ils avaient encore été de ce monde. Mais dans le doute, il se promit intérieurement de faire quelques recherches.
Akito avait comme travail de la semaine à réaliser un petit collage de photos de sa famille et de ses amis. Kakashi décida qu'ils s'attèleraient à ce premier petit devoir dès le weekend, ils auraient ainsi le temps de mettre la main sur un maximum de photos. Akito semblait très fier de son cahier, et le rangea soigneusement sur la cheminée, à côté de la photo de sa mère.
…
Tamaki réchauffait doucement ses mains autour d'une tasse de café, confortablement installé dans le canapé du salon. Koyuki passa son bras autour de ses épaules et le ramena contre lui.
« Qu'est ce qu'on est bien là, tous les deux. » murmura l'infirmier.
Le jeune médecin lui sourit et posa sa tête sur l'épaule de son nouveau compagnon.
« Oui, on est bien » répondit-il sobrement, mais non moins sincèrement.
Tamaki était bien en effet. Il appréciait beaucoup la relation simple qu'il entretenait avec Koyuki. Ils ne se disputaient pratiquement jamais, et Koyuki était à la fois drôle et attentionné. Après les émois des débuts, ils avaient rapidement su construire une petite vie à deux, sereine et calme, sans heurt ni dispute. Une petite vie simple. Banale. Tamaki avait besoin de cela, après les tumultes de l'année passée. Koyuki avait de nombreuses qualités, des qualités que son ex n'avait pas. Et pourtant Tamaki ne pouvait s'empêcher d'éprouver une certaine forme d'ennui. Il avait goûté à la vie trépidante des shinobis, et ce petit brin de folie lui manquait terriblement. Il savait que sa relation avec Koyuki, c'était en quelque sorte la raison qui l'avait emporté sur l'amour. Il aimait Koyuki, mais pas de la façon dont il avait aimé Kakashi. Pas de cet amour passionnel et entier. Le jeune médecin eut honte de repenser encore une fois à cela alors qu'il était dans les bras de Koyuki. Il s'était brûlé les ailes à cet amour trop intense, la souffrance de la perte allant inexorablement de pair avec une passion fusionnelle. Tamaki avait choisi, avec Koyuki, de laisser de côté le feu brûlant de la passion pour quelque chose de certes moins intense, mais beaucoup plus reposant.
A chaque fois que le sujet « Kakashi » revenait sur le tapis, le visage du jeune infirmier se fermait. Aussi hésitait-il à briser l'instant de tendresse qu'ils étaient en train de partager pour annoncer à son ami qu'il avait rendez-vous avec le ninja copieur dans une heure. Koyuki finit par lui demander :
« Il y a un truc qui te tracasse, Tamaki. Dis-moi quoi. »
Le jeune médecin poussa un soupir.
« Je dois y aller. J'ai un rendez-vous… pour le mariage » répondit-il en évitant de croiser le regard de Koyuki. Celui-ci resserra son étreinte en murmurant :
« Encore avec Kakashi je suppose. »
Tamaki se raidit. Il n'avait vraiment pas envie d'une dispute maintenant. Mais Koyuki insista, en glissant une main aventureuse sous sa chemise.
« J'avais d'autres plans pour nous deux, moi » lui murmura-t-il d'une voix suave au creux de l'oreille.
Tamaki tenta de se dégager en souriant.
« Koyuki, arrête, je dois vraiment y aller. »
Mais l'infirmier renversa Tamaki sur le dos et commença à explorer son cou puis son torse de ses lèvres. Tamaki rendit les armes. A cet instant il se sentait aimé, et cela lui plaisait.
Après tout il lui restait encore une heure, et le ninja copieur était systématiquement en retard.
…
Tamaki rouvrit les yeux en sursaut, avec la vague impression d'avoir oublié quelque chose d'important. Il jeta un coup d'œil au réveil.
« Merde ! »
Bousculant Koyuki qui s'était endormi à côté de lui, il se rua à la recherche de ses vêtements, éparpillés dans la pièce. Le jeune infirmier ouvrit un œil et soupira.
« Qu'est-ce qui t'arrive ? Reviens te coucher Tamaki, on était bien là au chaud. »
« Ca fait plus d'une heure que je devrais être en ville ! » s'écria le médecin.
« Laisse tomber et reviens dans le lit, à cette heure il doit déjà être parti. »
Tamaki marqua un temps d'arrêt, et se demanda si Koyuki n'avait pas tout planifié pour qu'il rate son rendez-vous avec Kakashi.
« Même si c'est le cas, je dois au moins aller m'excuser » répondit-il sèchement.
Koyuki poussa de nouveau un soupir.
« Fais comme tu veux, de toute façon je prends mon service dans deux heures. »
Tamaki avait compris le sous-entendu, mais ne répondit pas à l'appel implicite de son compagnon cette fois. Il mit enfin la main sur sa deuxième chaussette et fila faire un brin de toilette avant de quitter l'appartement.
Il arriva essoufflé au café, et après un rapide coup d'œil dans la salle, vit que Kakashi n'était pas là. L'un des serveurs lui expliqua que le ninja copieur l'avait attendu une bonne heure, mais qu'il avait du partir pour récupérer son fils à l'école. Sans prendre le temps de réfléchir, Tamaki reprit sa course en direction de l'appartement des Hatake. A bout de souffle, il frappa comme un fou à la porte. Ce fut Kakashi qui vint lui ouvrir.
« Tamaki ? Qu'est ce qui t'arrive ? » demanda le ninja, alarmé par l'état extenué du jeune médecin.
« Je… Je… suis »
Tamaki avait du mal à aligner deux mots tant il avait couru. Kakashi se mit à sourire et le fit entrer. Il l'installa dans le canapé et alla lui chercher un verre d'eau.
« Vas-y, prends ton temps et respire. »
Le jeune médecin avala son verre d'une traite et poussa un profond soupir.
« Je suis désolé Kakashi. Je n'ai pas vu l'heure ! J'ai été au café mais tu n'y étais plus et… »
« Et c'est pour ça que tu te mets dans des états pareils ? » répondit Kakashi en riant. « Ca va, ya pas mort d'homme non plus. Je n'ai pas pu t'attendre parce que je devais récupérer Akito. Tu n'étais pas obligé de traverser tout le village pour venir t'excuser. »
Tamaki garda le silence, se demandant lui-même pourquoi il s'était mis dans cet état pour un simple rendez-vous manqué. La culpabilité qu'il avait ressentie, due à la cause de son retard, était tout sauf anodine. Il avait envie de pleurer et se sentait ridicule. Kakashi reprit :
« Ecoute, ce n'est pas grave. Je voulais juste te dire que tout était bon pour la salle et le jardin. Il ne nous reste plus qu'à nous occuper de la déco, et de trouver quelques idées pour des animations surprises dans la soirée. Ah, on doit aussi choisir le vin. »
Le jeune homme ne semblait pas l'écouter. Kakashi reprit doucement :
« Tamaki ? Tu es sûr que ça va ? »
Le médecin leva les yeux vers Kakashi. Il semblait perdu.
« Je… je crois que je ferais mieux d'y aller. On reparlera du mariage plus tard, ok ? » répondit-il en se levant.
Kakashi resta interdit devant la réponse de Tamaki. Il préféra cependant ne pas insister et laissa partir le médecin.
Tamaki traina en ville, afin d'être sûr de ne pas tomber sur Koyuki en rentrant. Quand Tori le vit arriver, elle lui demanda elle aussi si tout allait bien. Il lui assura qu'il n'y avait pas de problème, qu'il avait juste besoin de se reposer un peu. Il s'enferma dans sa chambre et se jeta sur son lit en soupirant. Après avoir observé le plafond pendant une bonne demi-heure, il s'assit à son bureau, saisit une feuille blanche et commença à écrire.
…
Le shinobi hésita un peu avant de se décider à frapper à la porte. Une femme vint lui ouvrir. Reconnaissant le ninja copieur, elle lui dit en souriant :
« Hatake-san, nous vous attendions depuis longtemps. »
Elle installa le jeune homme dans le salon, et alla prévenir son mari. Kakashi, mal à l'aise, jeta un coup d'œil dans la pièce. La décoration était sobre. Kakashi se leva et s'approcha du petit autel discret qui occupait l'un des angles de la pièce. Il reconnut immédiatement la photo d'Hana et son cœur se serra. Il se mit à genoux devant l'autel et ferma les yeux pour lui adresser une petite prière. Le shinobi était en train d'allumer un bâtonnet d'encens lorsque la mère d'Hana revint avec son mari. Kakashi se releva précipitamment.
« Je… Je suis désolé, je n'aurais pas dû… »
« Je vous en prie Hatake-san. Hana est la mère de votre fils. Vous avez le droit de lui rendre hommage » lui répondit Ren Honji, le père d'Hana. Après un instant de silence, il ajouta :
« Et vous êtes le bienvenu dans cette maison. »
Sachiko Honji servit le thé en silence, personne n'osant entamer la conversation. Kakashi trouvait la scène un peu irréelle. Ren Honji sembla lire dans sa tête :
« Hatake-san, vous devez vous demander pourquoi nous n'avons jamais cherché à voir l'enfant. »
« Non, c'est moi qui aurait du vous rendre visite depuis bien longtemps. Je vous prie d'accepter mes excuses. »
Sachiko lui sourit et répondit :
« Nous ne savions pas qui était le père du bébé d'Hana. Nous n'avions aucun moyen de vous retrouver. Et nous espérions qu'un jour ou l'autre vous viendriez de vous-même frapper à notre porte. Ce jour est enfin arrivé, et j'en suis très heureuse. »
«Je suis tellement désolé pour Hana. Akito parle très souvent d'elle, elle lui manque beaucoup. »
« Akito, c'est un très joli prénom », reprit Sachiko, « peut être avez-vous apporté une photo de notre petit-fils ? »
Kakashi hocha la tête et sortit un petit album de sa poche. Sachiko et Ren prirent le temps d'admirer chaque cliché et leurs yeux s'embuèrent de larmes à la vue de l'enfant.
« Il vous ressemble beaucoup » déclara Ren d'une voix émue. Sachiko essuya une larme au coin de ses yeux et reprit :
« Hana aurait été très fière de votre petit garçon. Cela n'a pas du être facile pour vous de l'élever seul. »
Kakashi raconta quelques anecdotes sur ses débuts avec Akito, qui firent beaucoup rire Sachiko, et détendirent l'atmosphère. Après deux heures de discussion, Kakashi proposa aux Honji de passer chez lui le samedi suivant afin de faire connaissance avec Akito. Il leur expliqua qu'il tenait à ce que ses grands-parents fassent partie de la vie de son fils. Il laissa l'album de photos à Sachiko et Ren le raccompagna vers la porte.
« Hatake-san, je tenais à vous dire que je suis très fier de savoir que vous êtes le père d'Akito. C'est un grand honneur pour notre clan, même si la situation a été forcée. Hana l'a payé de sa vie, mais vous l'avez payé cher aussi. Mais nous sommes aussi la famille d'Akito, et je veux que vous sachiez que vous pouvez compter sur nous en cas de besoin. »
« Merci Honji-san, cela me touche beaucoup. »
Les deux hommes se serrèrent la main et Kakashi repartit vers l'appartement, réfléchissant à la manière dont il allait annoncer à Akito qu'il allait bientôt rencontrer ses grands-parents maternels.
…
Tori s'effondra littéralement dans le canapé.
« Je ne pensais pas que des préparatifs de mariage puissent être si fatigants ! »
Iruka la prit dans ses bras, respirant le parfum de ses cheveux.
« J'espère que ça avance du côté de Kakashi et Tamaki. Kashi m'a dit qu'ils avaient déjà trouvé le lieu. »
Tori se blottit contre son fiancé et soupira.
« En parlant de Tamaki, j'ai l'impression qu'il ne va pas très bien en ce moment. On a peut être fait une bêtise en les obligeant à travailler ensemble. »
« Je te rappelle que c'était ton idée au départ ! » rétorqua Iruka.
« Oui, mais je ne pensais pas que Tama se remettrait en couple avec quelqu'un d'autre. Koyuki est très sympa, mais… »
« Mais ? »
Tori se redressa et fixa Iruka.
« Mais Tamaki est encore amoureux de Kakashi. Il se ment à lui-même, et il ment à Koyuki. »
Ce fut au tour d'Iruka de soupirer.
« Tori, honnêtement, je crois que tu te fais des idées sur Tamaki. Il a l'air d'être heureux avec Koyuki. Tu sais que j'adore Kakashi, mais il n'aura jamais la stabilité de Koyuki, et Tamaki a besoin de stabilité. Je pense que Tamaki a tourné la page, et Kakashi aussi d'ailleurs. »
Tori se leva agacée, et se dirigea vers le buffet du salon. Elle ouvrit l'un des tiroirs et en sortit une feuille froissée. Elle la tendit à Iruka en lui disant :
«Tamaki est loin d'avoir tourné la page, crois-moi. »
Iruka parcourut les quelques lignes inscrites sur la feuille et leva les yeux vers Tori. De toute évidence, sa fiancée avait raison.
…
Kakashi avait passé la matinée à ranger et nettoyer l'appartement. Pas question que les Honji croient qu'ils vivaient dans une porcherie. Il avait expliqué à Akito qu'ils allaient recevoir la visite de ses grands parents. Le petit n'avait manifesté qu'un peu de curiosité, sans plus. Kakashi appréhendait un peu la réaction d'Akito, car le petit gardait cette crainte manifeste envers les adultes qu'il ne connaissait pas. Au pire, il ne voudrait pas voir les Honji et irait se cacher dans sa chambre. Kakashi avait décidé que, quoi qu'il se passe, il ne forcerait pas son fils à voir ses grands parents s'il ne le désirait pas.
Lorsqu'on frappa à la porte, Akito était sagement assis sur le tapis du salon, absorbé par le nouveau livre qu'Eiri lui avait offert. Kakashi fit entrer les Honji et appela doucement l'enfant pour qu'il vienne saluer leurs invités. Celui-ci leva la tête, croisa le regard de son grand-père, et choisit d'ignorer l'appel de son père. Kakashi allait réitérer sa demande mais Sachiko posa une main amicale sur son bras.
« Ne le brusquez pas. On va le laisser venir quand il en aura envie. »
Kakashi acquiesça et installa les Honji sur le canapé avant d'aller préparer le thé. Le petit semblait intrigué par ces nouvelles personnes, que son papa avait fait entrer dans leur maison. Quand son père rapporta le thé, la dame sortit de son sac une boite de gâteaux qu'elle ouvrit et déposa sur la table. Akito hésita mais pour atteindre la boite, il était obligé de passer devant la dame. Sachiko, attentive à l'enfant depuis son arrivée, se mit à sourire. Elle attrapa la boite et la tendit à Akito. Le petit la regarda, saisit un gâteau et murmura un « merci » avant de se retourner pour replonger dans son livre.
Kakashi et les Honji entamèrent la discussion, sans plus prêter attention à l'enfant. Celui-ci, se sentant ignoré, commença à s'agiter un peu. Il finit par se lever et se planta devant son père.
« Papa, je peux en avoir un autre ? » demanda-t-il à voix basse.
« Je ne sais pas Akito, il faut que tu demandes à ta grand-mère, c'est elle qui a apporté les gâteaux. »
Akito se retourna, et restant à l'abri entre les jambes de son père, demanda timidement :
« Je peux avoir un autre gâteau Madame ? »
Sachiko se mit à rire.
« Bien sûr mon chéri. Vas-y, sers-toi. »
Le petit s'exécuta et fila dans sa chambre.
« Il va finir par s'habituer » dit Kakashi comme pour s'excuser.
« Ne vous inquiétez pas Hatake-san, nous comprenons tout à fait. En tout cas, il est très bien élevé ce petit ! » répondit Sachiko.
« Peut être pourrions nous nous appeler par nos prénoms ? Nous formons une famille après tout. » proposa Ren.
Kakashi et Sachiko hochèrent la tête. Ils continuèrent leur discussion sans remarquer qu'Akito venait de revenir dans la pièce. Il tenait dans ses bras son chien en peluche. Sous les yeux ébahis de son père, l'enfant se planta devant Sachiko et lui tendit la peluche.
« Lui, c'est Hachi. Papa il m'a dit que j'aurai un vrai chien bientôt. »
Sachiko sourit à l'enfant et sentit l'émotion la submerger devant ce petit être que sa propre fille avait mis au monde. D'une voix tremblante, elle demanda :
« Akito, est-ce que tu sais qui je suis ? »
Le petit acquiesça et la prit par la main. Il l'emmena vers la cheminée et lui désigna la photo d'Hana.
« Tu es la maman de ma maman. Elle est au ciel maintenant. Dis, elle aimait le chocolat ma maman ? »
Sachiko s'accroupit à la hauteur de l'enfant et posa une main affectueuse sur sa tête.
« Oui, elle aimait beaucoup le chocolat. »
Le petit se tourna vers son père et lui lança :
« Tu vois, je te l'avais bien dit qu'elle aimait le chocolat, maman ! »
Et il repartit en direction du jardin. Sachiko allait se rasseoir sur le canapé, mais Akito se retourna :
« Tu veux venir jouer avec moi ? » lança-t-il à la vieille femme.
Sachiko se leva pour suivre le petit, sou le regard amusé de son mari.
« Je crois qu'Akito a adopté sa grand-mère » dit-il.
« Il a un peu plus de mal avec les figures masculines depuis son passage à l'orphelinat, mais je suis sûr qu'il viendra vite vers vous aussi. »
« Akito est un petit garçon très attachant en tout cas. »
Akito et Sachiko passèrent une bonne partie de l'après-midi à jouer ensemble. L'enfant semblait avoir oublié toutes ses réticences. A la fin de la journée, il vit partir sa grand-mère avec regret.
« Tu reviendras me voir, hein ? » demanda-t-il au moment où les Honji se levaient pour partir.
« Bien sûr mon chéri. Et toi aussi tu pourras venir me voir chez moi. »
L'enfant, agrippé à la jambe de son père, regarda son grand-père et lui lança, le plus sérieusement du monde :
« Toi aussi tu peux revenir si tu veux. »
Tous éclatèrent de rire, et Ren répondit :
« Mais j'y compte bien Akito. J'y compte bien ! »
Lorsqu'ils eurent refermé la porte, Akito sortit une photo de sa poche.
« Regarde ce que mamie m'a donné ! »
Kakashi saisit la photo, qui représentait les Honji et Hana, et sourit à son fils.
« A l'avenir, on essayera de voir tes grands-parents très souvent. Tu es d'accord, Akito ? »
Le petit hocha la tête, avant de récupérer sa précieuse photo.
…
Iruka poussa un profond soupir. Il venait de se faire proprement éjecté de son appartement par la gent féminine, sous prétexte qu'il ne devait absolument pas voir la robe de mariée avant le jour J. Il décida d'aller rendre une petite visite à son filleul adoré. Il vérifia qu'il avait bien pris ses clés, et sentit au fond de sa poche le papier froissé que Tori lui avait montré quelques jours auparavant. Une petite discussion avec Kakashi semblait s'imposer également.
…
