Chapitre 18 : Chokoreito.
« Akito, viens t'habiller ! On va faire un tour. »
Le petit venait de sortir du bain et se baladait les fesses à l'air dans l'appartement, en grande conversation avec sa peluche préférée.
Kakashi soupira et l'appela une deuxième fois.
« Akitooo ! Viens t'habiller tout de suite sinon je vais finir par me fâcher. »
L'enfant grommela pour le principe et demanda, tandis que son père lui enfilait ses vêtements :
« On va où ? »
« C'est une surprise. » répondit Kakashi mystérieux. Une lueur d'excitation s'alluma dans les yeux de son fils.
« Une surprise pour moi ! C'est quoi, c'est quoi ? »
« Si je te le dis, ce ne sera plus une surprise. Allez, enfile tes chaussures et on y va. »
Pendant tout le trajet, Akito tenta de tirer les vers du nez à son père, sans succès. Ils arrivèrent devant un grand portail qui ouvrait sur une grande cour. Le long des murs étaient alignés de petits box d'où s'échappaient jappements et grognements. Akito se mit à battre des mains.
« Des chiens, il y a plein de chiens ici ! »
Son père se mit à rire et s'accroupit devant son fils.
« Et oui, comme tu as été très sage et que tu as bien travaillé à l'école, j'ai décidé de t'offrir un chien. Mais un chien, ce n'est pas un jouet, c'est un compagnon. Alors il faudra bien t'en occuper c'est compris Akito ? »
Le petit hocha la tête, et ils avancèrent dans le chenil. Un jeune homme vint à leur rencontre.
« Bonjour Hatake-san, que puis-je pour vous ? »
Kakashi avait adopté tous les chiens de sa meute dans ce même chenil. Il savait que leurs animaux étaient bien traités et faciles à dresser. Il expliqua au jeune homme, prénommé Kyo, qu'il désirait adopter un chiot pour son fils de quatre ans. Kyo se pencha vers Akito et lui demanda :
« Tu as une idée du chien que tu veux, Akito ? »
Le petit fit non de la tête, et Kyo lui proposa de faire le tour du chenil pour trouver son futur petit copain de jeu. Kyo et Kakashi commencèrent à discuter tandis qu'Akito passait de box en box, pour observer les petits chiens. Complètement absorbé par les animaux, Akito ne prêta pas trop attention à son père, qui s'était mis à flirter ouvertement avec Kyo. Depuis qu'il s'était séparé de Tamaki, le ninja copieur ne s'était consacré qu'à Akito. Mais il commençait lui aussi à souffrir d'un manque d'affection, et n'aurait pas dit non à une petite aventure, même passagère. Kyo n'était visiblement pas insensible à ses charmes, et le shinobi se dit qu'après tout, lui aussi avait bien droit à un petit « cadeau ».
Akito s'était arrêté devant un box et observait un petit chiot husky, qui tentait d'attraper sa queue en tournant sur lui-même. L'enfant et l'animal se fixèrent quelques secondes, et le petit chien s'approcha pour réclamer une caresse à travers les barreaux. Akito passa ses doigts sur le museau de l'animal, qui se mit à lui lécher la main. L'enfant se releva et se retourna pour appeler son père. Il le vit en train de rire avec Kyo, la proximité des deux hommes le faisant froncer les sourcils.
« Papa ! Viens ! Je veux ce petit chien là ! » cria-t-il en désignant le petit husky. Kakashi se détacha du mur auquel il était adossé, et frôla intentionnellement le bras de Kyo avant de rejoindre son fils.
« Alors, voyons voir l'heureux élu » chantonna Kakashi en approchant du box. Akito s'était de nouveau accroupi devant les grilles et caressait le chiot. Kakashi s'accroupit près de lui.
« Tu as fait un bon choix Akito. Les huskys sont de très bons compagnons, mais ils ont besoin de faire beaucoup d'exercice aussi. Il faudra que tu ailles le promener souvent. »
Le petit acquiesça.
« Papa, je ne veux pas qu'il vienne à la maison. »
Kakashi ne comprit pas immédiatement. Akito se releva et shoota dans un caillou d'un air agacé alors que Kyo arrivait à leur hauteur. Le shinobi percuta alors que son fils ne parlait pas du chiot, mais bel et bien du jeune homme. Il poussa un soupir et désigna le petit husky à Kyo, qui ouvrit le box pour saisir l'animal. Il confia le chien à Kakashi tandis qu'il allait chercher les papiers de l'animal dans son bureau. Kakashi s'approcha d'Akito et lui mit le petit chien dans les bras.
« Il va falloir que tu lui trouves un nom maintenant. »
L'enfant gardait le silence, boudeur. Kakashi leva les yeux au ciel.
« Bon Akito. Je te promets que Kyo ne viendra jamais à la maison. Tu peux arrêter de bouder maintenant s'il te plait ? »
Le petit garçon sembla satisfait de la réponse et se mit à jouer avec son nouveau petit compagnon. Une fois les papiers récupérés, Kakashi et Akito quittèrent le chenil et repartirent chez eux. Le petit chien fit le tour de l'appartement plusieurs fois, reniflant chaque recoin, pour finalement prendre possession de l'un des fauteuils du salon. Il se roula en boule et s'endormit, au grand désespoir d'Akito, qui aurait bien voulu jouer avec lui. Kakashi lui rappela que son chien n'était pas une peluche, et qu'il devait le laisser s'habituer à son nouvel environnement. Il lui conseilla alors de réfléchir à un nom en attendant que l'animal se réveille.
Quand Iruka arriva, il n'eut pas le temps de prononcer un mot qu'Akito se rua sur lui en hurlant :
« Ruka, Ruka, j'ai un chien ! Regarde, regarde comme il est mignon ! »
La petite bête sautillait autour de l'enfant en agitant frénétiquement la queue.
« Et bien tu en as de la chance Akito. Et comment s'appelle-t-il ton petit chien ? »
« Chokoreito ! »
Iruka se mit à rire.
« J'aurais du m'en douter. Et bien, bienvenue chez les Hatake, Chokoreito ! » répondit le sensei en offrant une caresse au petit chiot.
« Ah, salut Iruka. Fais attention où tu mets les pieds, parce que Choko n'est pas encore très propre. »
Comme pour répondre au shinobi, le husky se mit à se dandiner avant de laisser une belle flaque sur le sol.
« Papa, Choko a encore fait pipi par terre ! » lança Akito à son père, qui soupira.
« Akito, emmènes Choko jouer dehors tu veux bien ? » répondit le ninja en sortant pour la troisième fois la serpillère du placard, sous l'œil amusé d'Iruka.
« Je savais que c'était une connerie » marmonna-t-il pour lui-même.
Iruka avait l'habitude de faire chez Kakashi comme chez lui. Il avait donc pris l'initiative de préparer du café et venait de l'apporter sur la table du salon. Le ninja copieur s'affala dans le canapé en face de son ami.
« Alors, ça avance les préparatifs ? » demanda le shinobi.
« C'est plutôt moi qui devrais te demander ça en fait » répondit le jeune sensei. « Vous en êtes où avec Tamaki ? »
« Bah, il faut qu'on se penche sur la déco. Et franchement, on n'a pas eu d'idées très brillantes jusque là. »
« Tori et moi, on a une confiance totale en vos capacités » répliqua Iruka en riant.
Ils continuèrent à parler du mariage, puis dévièrent sur l'école d'Akito.
« Tiens au fait, je t'ai amené les photos que tu m'as demandées. »
Kakashi jeta un coup d'œil rapide à la pile de clichés, et son regard s'arrêta sur une photo de Tori, Iruka, Tamaki et Koyuki. Le sensei en profita pour aborder le sujet tant redouté.
« Kakashi, ça se passe bien avec Tamaki en ce moment ? »
Le ninja copieur leva un regard interrogateur à son ami, avant de répondre sur un ton qu'il voulait innocent :
« Oui, pourquoi ? »
« Je ne sais pas. Maintenant qu'il est avec Koyuki, ça pourrait te … »
« Ca pourrait me quoi ? Je suis content pour lui, qu'est ce que tu veux que je te dise de plus ? Il a tourné la page et c'est très bien comme ça » répondit Kakashi agacé.
« Tu penses que tout est définitivement fini entre vous alors ? »
Kakashi dévisagea Iruka et prit son temps pour répondre.
« Il a un nouveau mec, non ? Donc je pense que de son côté, les choses sont claires en effet. »
« Et bien je pense que tu te trompes. Lis ça. »
Kakashi saisit la feuille tendue et reconnut l'écriture de Tamaki. Il avait tracé deux colonnes, l'une portant le nom de Koyuki et l'autre Kakashi. Suivait une liste de qualités et de défauts pour chacun des deux hommes. Kakashi parcourut rapidement la liste, qui penchait clairement en faveur de Koyuki.
« Et bien quoi, tu as décidé de m'achever c'est ça ? Apparemment Tamaki a trouvé un copain formidable, bien plus à la hauteur de ses attentes que moi. »
« Lis la dernière ligne » répondit Iruka calmement.
Kakashi reprit la feuille en soupirant. Sur la dernière ligne de la colonne « Koyuki » était inscrite une seule phrase, comme une sentence : « Il ne sera jamais Kakashi ».
Le ninja copieur feignit de ne pas comprendre, ce qui irrita son ami.
«Tu ne vois pas que Tamaki est encore amoureux de toi, espèce d'idiot ? Qu'est ce que tu attends pour te battre et le récupérer ? »
Kakashi repensa au jour où Tamaki était arrivé exténué suite à leur rendez-vous manqué. Iruka reprit en murmurant:
« Et je sais que tu l'aimes encore, toi aussi. »
Kakashi leva les yeux au ciel dans une attitude désinvolte, mais Iruka n'était pas dupe.
« Qu'est ce que tu voudrais que je fasses, hein Iruka ? De toute façon, dis-toi bien que tant qu'il sera avec Koyuki, je ne tenterai rien. Il n'est pas question que je sois à l'origine d'une rupture entre eux. »
« Je pense que Tamaki n'attend qu'un petit signe de ta part pour rompre avec Koyuki. »
Kakashi poussa un long soupir et décida de clore la discussion. Iruka rejoignit Akito et Choko pour jouer avec eux, avant de repartir chez lui. Kakashi s'aperçut qu'il avait oublié, probablement volontairement, la feuille froissée de Tamaki. Il la roula en boule pour la jeter, mais se ravisa au dernier moment, en la glissant entre deux pages de son icha icha.
…
Lorsqu'il arriva devant la porte, Iruka entendit des éclats de rire à l'intérieur. Il ouvrit prudemment la porte et risqua un coup d'œil. Pas de robe en vue, il se permit donc de rentrer chez lui. La première chose qu'il vit fut Tamaki, avachi sur le canapé, l'air désespéré.
« Ah enfin, tu es revenu ! Ne me laisse plus jamais tout seul avec elles ! » déclara le jeune médecin.
Iruka lui sourit et s'abstint donc de lui demander comment s'était passé la journée. Il se vautra à côté de son ami et répondit :
« Kakashi a offert un chien à Akito. Il fait pipi partout dans l'appartement mais le petit est ravi. »
Tamaki le regarda, et éclata de rire.
« C'est Kakashi qui doit être content ! »
« Tu m'étonnes, encore heureux qu'ils aient un jardin. Bon, je suppose que ma future belle-mère va rester à dîner. Si on commençait à préparer le repas pendant qu'elles finissent leurs petites affaires ? »
Eiri sortit de la chambre, en tenant la robe soigneusement emballée dans une housse. Iruka ne put se retenir de jeter un coup d'œil, et fut immédiatement rappelé à l'ordre par sa future belle-mère, qui suivait Eiri.
« Iruka, je te préviens, si tu as le malheur de voir cette robe avant le mariage, tu auras affaire à moi ! »
« C'est promis, je ne tenterai rien, Hiwa ! » répliqua-t-il en riant.
Iruka aimait beaucoup la mère de Tori. Elles avaient le même caractère enjoué, et le même rire communicatif. Quand Hiwa avait appris que sa fille allait épouser un shinobi, elle avait eu peur. Mais Iruka avait su la convaincre qu'il serait le mari idéal pour sa fille chérie. Hiwa avait elle-même été infirmière et son mari, qui était malheureusement décédé quelques années plus tôt, avait occupé un poste de direction à l'hôpital. Tori regrettait qu'Iruka ne puisse jamais connaître son père. Elle avait trouvé en son fiancé les qualités que son père possédait lui-même. Ils se seraient très bien entendus. Hiwa, quant à elle, ne jurait que par ses futurs petits-enfants. Chaque conversation finissait invariablement par aborder ce sujet, visiblement crucial aux yeux de la mère de Tori.
Iruka laissa Hiwa et Tamaki finir de préparer le diner pour s'octroyer un petit moment avec sa fiancée. Il entra silencieusement dans la chambre et passa ses bras autour de la taille de la jeune femme, qui sursauta.
« Tu m'as fait peur, idiot ! Vous les shinobis et vos approches furtives… » lui dit-elle avec une moue enfantine qui faisait littéralement craquer le sensei.
« Alors, comment s'est passée ta séance d'essayage ? »
« Très bien, j'espère que la robe de plaira. »
« Oh, je crois que tu pourrais venir toute nue que tu me plairais tout autant… Peut être même plus d'ailleurs ! » répondit-il pour la taquiner. Les joues de Tori se mirent à rosir alors qu'elle éclatait de rire.
« Et toi, ta journée ? »
« Rien de bien palpitant. Akito a un petit chien. »
« Et Kakashi ? »
« Kakashi ? Il va bien. » répondit sobrement Iruka.
Tori secoua la tête agacée.
« Tu sais bien ce que je voulais dire. Tu lui as parlé de Tamaki ? »
Iruka poussa un soupir.
« Oui, je lui ai parlé de Tamaki. »
« Et ? » demanda la jeune femme impatiente.
« Et je pense qu'il est encore amoureux de Tamaki. Mais il ne tentera rien tant qu'il sera avec Koyuki. »
Ce fut au tour de Tori de soupirer.
« Ces deux là vont me faire tourner en bourrique ! »
« Tu ne crois pas qu'on devrait arrêter de jouer les entremetteurs, Tori ? Laissons les faire, ils finiront bien par se retrouver. »
Les deux amoureux furent interrompus par l'appel d'Hiwa pour passer à table.
Tamaki mangea du bout des lèvres, et regagna rapidement sa chambre prétextant qu'il était fatigué. Hiwa interrogea sa fille qui lui expliqua que Tamaki ne savait plus trop où il en était en ce moment, et que l'effervescence du mariage n'arrangeait rien. Hiwa n'insista pas, et Iruka ne se méfia pas lorsqu'elle leur proposa de passer une soirée en amoureux dehors pendant qu'elle resterait à l'appartement. Profitant de l'aubaine, Tori et Iruka s'éclipsèrent dès la dernière bouchée avalée.
Hiwa était de bonne humeur. Elle rangea la table et fit la vaisselle en chantonnant. Elle était heureuse, sa fille allait se marier avec un homme qu'elle trouvait charmant. Et elle était bien décidée à ce que ce mariage soit parfait. Il n'était pas question qu'un témoin taciturne vienne gâcher la fête. Surtout qu'elle avait beaucoup d'affection pour Tamaki, un jeune homme de valeur selon elle. Elle décida donc d'avoir une petite conversation avec le médecin. Frappant doucement à la porte de sa chambre, elle appela :
« Tamaki-san ? »
Aucune réponse. Elle insista.
« Tamaki-san, j'aimerais vous parler. »
Elle entendit le jeune homme pousser un soupir et se lever. Il ouvrit la porte avec la ferme intention de gentiment lui répondre qu'il était occupé, mais elle ne lui en laissa pas le temps.
« Jeune homme, je crois qu'il faut qu'on parle. »
Hiwa jeta un coup d'œil circulaire à la chambre. Elle se dirigea vers la fenêtre et écarta les rideaux avant d'ouvrir la fenêtre. L'air frais pénétra dans la pièce, faisant frissonner Tamaki. Hiwa s'assit sur le lit, et tapota du plat de la main à côté d'elle, intimant silencieusement l'ordre à Tamaki de venir la rejoindre.
« Bon, qu'est ce qui ne va pas, Tamaki ? »
Le jeune homme soupira, et répondit :
« Je suis juste fatigué, Hiwa-chan. »
La mère de Tori leva les yeux au ciel.
« Pas de ça avec moi Tamaki-kun. Cela marche peut être avec Tori et Iruka, mais j'ai beaucoup plus d'expérience, et je sais reconnaitre une peine de cœur quand j'en vois une. »
Tamaki, évitant de croiser son regard, se crispa. Mais Hiwa reprit :
« Ecoute, je pense que tu devrais en parler à quelqu'un, pour t'éclaircir les idées. Crois-moi, expliquer le problème tout haut à une personne totalement étrangère te permettra d'avoir les idées claires, et de prendre la bonne décision. Il s'agit d'un garçon c'est bien ça ? »
« De deux garçons en fait » murmura Tamaki.
« Allez, raconte moi toute l'histoire. Tu verras que tu te sentiras beaucoup mieux après. »
Et Tamaki lui raconta. Sa relation avec Kakashi tout d'abord. Et puis la douloureuse rupture. Le rejet de Kakashi, deux fois. Et sa rencontre avec Koyuki. Et maintenant cette sensation de malaise à chaque fois qu'il recroisait Kakashi, son sentiment de culpabilité vis-à-vis de Koyuki. Quand il eut fini, Hiwa reprit la parole.
« Je vois. Donc si je résume, tu es amoureux de ton ex-compagnon, mais tu sors avec un autre garçon. »
La façon dont la mère de Tori venait de résumer en une phrase le dilemme qui le torturait depuis plusieurs semaines sembla très réductrice à Tamaki. Mais il dut bien reconnaître que c'était la vérité.
« Tamaki, reprit Hiwa d'une voix douce, permets-moi de te donner un unique conseil. Sois honnête avec toi-même. Et surtout sois honnête avec ces deux hommes, je pense qu'ils méritent l'un comme l'autre de connaître tes véritables sentiments. Après, s'il s'avère que ce Kakashi ne désire réellement plus partager ta vie, il faudra tourner la page. Tu seras seul, pendant un long moment, mais tu te reconstruiras. Mais ne sors pas avec quelqu'un par dépit, Tamaki. C'est vraiment la pire des solutions. »
Hiwa posa un bras réconfortant autour des épaules du jeune homme, qui commença à pleurer en silence.
« Tamaki, reprit la femme, si je te demandes là, maintenant : de qui es-tu amoureux ? Que me réponds-tu ? »
« De Kakashi » murmura le jeune médecin.
« Voilà. C'est dit. Maintenant, tu sais ce qu'il te reste à faire » répondit-elle avec la douceur d'une mère dans la voix.
…
Le surlendemain, Tamaki semblait avoir digéré sa discussion avec Hiwa. Tori et Iruka le trouvèrent en bien meilleure forme, sans réellement savoir pourquoi. Le jeune médecin avait rendez-vous chez Kakashi pour parler décoration de mariage. Et cette fois, il ne fut pas en retard.
A son arrivée, Akito était en train de découper et coller des photos dans son cahier d'écolier, tandis que Kakashi pendait le linge dans le jardin. Choko était sagement roulé en boule aux pieds de son petit maître. Le petit chien ouvrit un œil quand le médecin s'approcha pour embrasser l'enfant. Ne voyant aucune trace d'animosité, il replongea dans sa petite sieste.
« Regarde Tamaki, c'est mon cahier d'école. Il faut que je colle des photos de ma famille et de mes amis. »
Tamaki nota qu'une photo d'Akito et de Kakashi était collée au centre de la page. Il pointa la photo des grands-parents d'Akito.
« Et qui sont ces gens, là ? »
« C'est Papi et Mamie ! » répondit l'enfant joyeusement.
Tamaki se rendit compte que le temps avait passé, et qu'il avait finalement manqué beaucoup d'étapes de la vie d'Akito. Et cela le peina un peu.
« Elle c'est ma maitresse » reprit Akito en désignant Shizune, «et eux, ce sont mes amis à l'école. Tu vois, la fille là elle s'appelle Yuko. Elle est jolie hein ? »
Tamaki se mit à rire. Il constata qu'Akito avait également accordé une bonne place à Iruka et Tori. Il demanda, un peu chagriné :
« Et moi, tu ne m'as pas mis dans ton cahier ? »
« Mais si Tama ! Je suis en train de le faire ! » répondit l'enfant en lui montrant la photo qu'il avait dans la main. Le cliché représentait Tamaki et Koyuki, et l'enfant avait déjà commencé à découper consciencieusement l'image afin de se débarrasser de la représentation de l'infirmier. Il poursuivit minutieusement son travail en déclarant très sérieusement :
« Lui je l'enlève, parce que je le veux pas dans mon cahier. Et toi, tu dois être là, à côté de papa » poursuivit l'enfant en plaçant la photo de Tamaki juste à côté de Kakashi.
Tamaki poussa un soupir, et murmura :
« Tu n'es pas le premier à me dire ça, Akito. Et j'aimerais sincèrement que tu aies raison petit loup. »
Il n'avait pas vu que Kakashi était rentré et les observait depuis quelques minutes. Le shinobi se racla la gorge pour les avertir de sa présence.
« Alors, ça avance ton devoir, Akito ? »
« J'ai fini ! » chantonna l'enfant en montrant son cahier.
Kakashi prit le temps d'observer le cahier en souriant, et répondit :
« Oui, c'est très réussi mon chéri. Mais je crois que tu as oublié quelqu'un. »
Le petit le regarda, interrogateur.
« Tu as oublié Choko ! » reprit le shinobi. « Regarde, ce sont les photos qu'on a prises hier au parc. »
Le petit garçon rajouta donc la photo manquante pour achever son œuvre. Puis il rangea son cahier et ses crayons, et partit jouer avec Choko dans le jardin.
« Il grandit tellement vite ! » dit Tamaki, entraînant un soupir de la part de Kakashi.
« Ne m'en parles pas ! Bientôt il ramènera des filles à la maison et il se mettra à boire de la bière. »
« Ouais, tu as encore un peu de temps devant toi quand même hein ! »
Et les deux hommes se mirent à rire.
« Bon, et si on parlait de cette déco alors ? »
…
« Alors, t'as des idées ? » demanda Kakashi.
« Pas vraiment, et toi ? »
Le ninja copieur poussa un soupir.
« Bon, imaginons que c'est une mission. »
Tamaki leva les yeux au ciel, et répondit : « Je ne suis pas sûr que l'angle d'approche soit… »
« Laisse-moi finir au moins. On a deux cibles. Que connait-on d'elles ? Quels sont leurs points communs ? »
« Euh… Je sais pas… Ils aiment les enfants ? »
Kakashi fit la moue.
« Génial, on fait quoi avec ça ? Une déco de couches culottes ? Nan, les enfants, ça va être la misère à gérer comme thème. Et crois-moi, je sais de quoi je parle » conclut-il en jetant un coup d'œil à Akito et Choko dans le jardin. Le shinobi reprit :
« Bon, si on part sur leurs jobs respectifs, Tori est infirmière et Iruka shinobi. Il faut trouver un lien entre les deux… Mmhhh… Je sais ! Le sang ! »
« Tu plaisantes là ? C'est un mariage, pas Halloween ! » rétorqua Tamaki.
« C'est pas pire que les couches culottes », grommela Kakashi.
« C'était TON idée aussi les couches culottes » répliqua Tamaki.
« Oui ben moi je propose des trucs au moins » répondit Kakashi en boudant. Sa fameuse expression trop craquante. Tamaki prit le temps d'admirer Kakashi en silence, sans se rendre compte que le shinobi l'observait lui aussi.
« On ne va quand même pas tomber dans la facilité et coller des petits dauphins partout quand même. »
« Nan, ça serait trop la loose ça ! Il faut qu'on trouve un thème. Après tout viendra tout seul ! »
Kakashi fit une moue sceptique.
« Si tu le dis. Il y a bien des magasins spécialisés en déco de mariage non ? Si on allait y faire un tour, on trouverait peut-être une idée de génie ? »
« Pourquoi pas, on a rien à perdre après tout. »
« Bon je prépare Akito et on y va. »
…
Dans la rue, Akito semblait être le roi du monde. Il marchait fièrement entre son père et Tamaki. Il poussa même le bouchon jusqu'à réclamer son fameux jeu du « faites moi voler bien haut ». Lorsque leurs regards se croisèrent, les deux hommes comprirent que la même nostalgie des jours heureux les avait gagnés.
Le magasin était rempli de couples irradiant de bonheur, et de vendeuses respirant la joie de vivre. Akito commença à courir entre les rayonnages, s'extasiant devant chaque objet. Une vendeuse s'approcha d'eux et demanda :
« Alors qui est l'heureux élu ? »
Tamaki et Kakashi se regardèrent et le ninja copieur répondit :
« Aucun des deux, nous sommes les témoins d'un mariage et nous sommes en charge de la déco. »
« Je vois, et les futurs mariés vous ont donné un thème ? »
Les deux hommes poussèrent un soupir synchronisé. La vendeuse se mit à rire et les rassura :
« Je suis sûre que l'on va réussir à trouver quelque chose de parfait pour eux. »
Elle leur présenta plusieurs types de décoration classique : petits cœurs, ballons, coupelles de fleurs et fruits séchés. Kakashi décrocha rapidement et laissa Tamaki se dépatouiller avec la vendeuse. Il chercha Akito, et le trouva en train d'admirer un photophore projetant l'ombre timide de petits papillons sur le mur.
« C'est drôlement joli ça ! » déclara l'enfant. Et Kakashi eut le fameux éclair de génie. Tout le magasin se retourna lorsqu'il cria le nom de Tamaki.
« Tamaki, viens voir ! Je crois que j'ai trouvé ! »
Tamaki s'excusa auprès de la vendeuse et rasa les murs pour rejoindre Kakashi et Akito.
« Regarde ! » lui dit le ninja copieur d'une voix enthousiaste. « C'est Akito qui a trouvé ! »
« Euh, Kakashi, c'est juste un photophore » répondit Tamaki perplexe.
« Oui, mais imagine si on les place bien sur les tables, et avec un peu de magie, ça peut donner un truc comme ça ! » reprit Kakashi en produisant un peu de chakra qu'il instilla dans le photophore.
Aussitôt, la lumière pâle projetée par le petit photophore se mit à prendre des teintes multicolores, et les papillons semblèrent prendre vie sur le mur. Kakashi plaça trois photophores côte à côte, et une nuée de papillons envahit le magasin.
Un « ohhh » monta de la salle alors que les couples et vendeurs admiraient le spectacle. Akito commença à battre des mains en criant « joli, joli ! ».
Tamaki se mit à rire devant l'enthousiasme de l'enfant.
« Bon et bien je crois que le thème sera les papillons alors. C'est magnifique Kakashi » conclut Tamaki, ému devant la beauté de la projection, et certain que cela plairait à leurs amis.
Comme l'avait prévu Tamaki, une fois le thème trouvé, les idées se mirent à fuser. Ils trouvèrent rapidement de quoi décorer les tables, ainsi que les abords de la salle. Kakashi proposa de demander aux enfants de l'hôpital et de l'Académie de faire une grande affiche en guise de plan de table. Ils auraient juste à rajouter le nom des convives au centre.
Fiers d'eux et les bras chargés de fournitures, ils reprirent le chemin de l'appartement de Kakashi, dont le salon se transforma en lieu de stockage. Ils s'affalèrent fourbus dans le canapé, alors qu'Akito repartait jouer avec Choko dans le jardin.
« On a super bien bossé aujourd'hui » déclara Kakashi.
« Ouais, tu la mérites finalement ta réputation de génie » le taquina Tamaki.
« C'est seulement maintenant que tu t'en rends compte ? » rétorqua le shinobi en riant.
Tamaki se redressa et posa une main sur l'avant bras de Kakashi en disant :
« Kakashi, j'ai quelque chose à te dire… »
Mais il fut interrompu par la sonnerie de l'entrée. Kakashi alla ouvrir aux grands parents d'Akito, qui étaient venus diner. Kakashi insista pour que Tamaki reste dîner, mais le jeune homme préféra laisser les Hatake-Honji en famille, et rentra chez lui.
« il a l'air très gentil ce jeune homme » lança Sachiko d'un air entendu. Akito, qui avait entendu la voix de sa grand-mère, courut dans ses bras en riant.
« Mamie ! «
Se retournant vers son père, il demanda :
« Il est parti Tama ? »
Puis se retournant vers ses grands-parents, il ajouta en guise d'explication :
« Tama, c'est l'amoureux de papa. »
Kakashi sentit ses joues virer à l'écarlate tandis que Ren répondait :
« Et bien, il faudra qu'on apprenne à le connaître alors. »
Kakashi préféra ne pas tenter d'explication hasardeuse et fit habilement dévier le sujet sur Chokoreito. Akito ne fit aucune autre remarque embarrassante au cours de la soirée, qui s'acheva par un superbe gâteau au chocolat fait par Sachiko, « bien meilleur que ceux de papa » conclut Akito.
…
