Ce chapitre a été entièrement écrit par mon adorable amie Eire.

Elle a gentiment accepté que je le publie en son nom, afin que vous puissiez profiter vous aussi de cette petite tranche de vie de la famille Hatake (l'histoire se situe au moment du voyage de noces de Tori et Iruka).

Eire est ma plus fidèle lectrice et m'a toujours donné de nombreux conseils d'écriture, et surtout beaucoup d'encouragements. Et elle m'a servi de modèle au personnage d'Eiri.

J'espère que vous lui laisserez de nombreux commentaires, comme vous le faites si gentiment pour moi.

Par ailleurs, j'ai ouvert une galerie deviantart pour illustrer mes fictions. Allez y faire un tour si vous voulez voir à quoi ressemble notre petit Akito ^^ (le lien se trouve dans ma page de profil).

Kakashi mit quelques secondes avant de réussir à trouver la serrure de l'appartement. Si cette mission avait duré un jour de plus, pas sûr qu'il se soit rappelé de l'endroit où il vivait. Après avoir bataillé un moment avec ses clefs, il réussit enfin à entrer chez lui. Si même la porte d'entrée lui mettait des bâtons dans les roues, il n'était pas prêt de pouvoir se coucher ! Kakashi soupira d'aise en retrouvant son chez lui, il tendit l'oreille et sourit en reconnaissant la douce voix de Tamaki.

- Bordel, faut vraiment qu'on pense à acheter un lave vaisselle !

À sa vue, il sentit toute sa fatigue s'envoler. Bien décidé à le surprendre, Kakashi avança à pas de loup vers son homme. Alors qu'il tendait le bras pour l'attraper, il accrocha avec son coude une plante et la rattrapa de justesse avant qu'elle ne s'écrase au sol. Si un jour où lui avait dit que son entraînement de shinobi lui servirait à surprendre son compagnon... Il rit intérieurement en songeant à la frousse qu'il allait avoir quand...

- Papaaaaa ! cria une voix qui le remplit de joie.

Tamaki se retourna vivement tandis qu' Akito courait vers son papa. Kakashi le souleva sans effort d'un seul bras et le serra contre lui en tenant toujours la plante. Tamaki attendit patiemment son tour avant d'embrasser tendrement son homme. Akito réclama un câlin collectif et la petite famille s'exécuta en riant. Choko trottina vers eux et participa aux retrouvailles en bavant abondamment sur le pantalon de Kakashi. Même Sushi semblait apprécier à sa juste valeur le retour d'une personne censée supplémentaire qui n'essayerait pas de remplacer sa nourriture par du chocolat en poudre. Tamaki fut le premier à se dégager de l'étreinte et leva un sourcil interrogateur en voyant la plante dans les bras de son compagnon.

-Pourquoi est ce que M. Ukki ne se trouve pas à sa place habituelle ? demanda Kakashi.

Tamaki et Akito échangèrent un clin d'œil avant de se mettre à rire. Le shinobi les regardait sans comprendre et cela lui fit chaud au cœur de voir les deux hommes de sa vie aussi complices.

- Non mais blague à part, pourquoi ma plante a changé de place ?

- Disons que Choko a voulu jouer au jardinier, susurra Tamaki.

Akito raconta en pouffant à son père comment Choko avait réussi à déterrer la plante pour jouer avec en répandant de la terre partout. Avec Tamaki, ils avaient réussi à récupérer M. Ukki pour le replanter. Il avait été décidé que la plante serait mise en hauteur pour plus de sécurité. Kakashi foudroya le jeune chien du regard ; celui ci partit dans le salon la tête basse pour se coucher sur le paillasson, place qui lui était attribuée lors d'un mauvais comportement. Akito qui n'aimait pas voir son chien triste, le rejoignit dans le salon pour jouer avec lui. Kakashi reposa sa plante et constata qu'elle n'avait pas subi trop de dégâts. M. Ukki était solide, un vrai shinobi végétal ! Tamaki sourit et se blottit à nouveau dans les bras de son compagnon. Le visage dans son cou, il inspirait profondément son odeur en fermant les yeux. C'était tellement bon qu'il soit enfin de retour.

- Je t'ai manqué ? demanda Kakashi d'une voix douce.

- Tu n'as pas idée...lui répondit Tamaki dans un murmure. Le plus dur c'est de ne pas avoir de nouvelles, de ne pas savoir si tu vas bien, si tu...

- Chuuut, intima gentiment Kakashi en l'embrassant sur le front, je suis là maintenant et je vais bien.

Tamaki releva la tête et voulu répliquer, mais son homme le prit de court en posant ses lèvres sur les siennes. Au diable ce shinobi capable de réduire sa volonté à néant rien qu'avec un baiser ! Celui ci lui adressa un sourire victorieux et ses yeux se plissèrent de malice, comme à chaque fois qu'il s'apprêtait à le taquiner.

- En tout cas on sent que tu n'as jamais dû lutter pour survivre dans ton métier, lança-t-il.

- Essaye de convaincre un motard bourré de te laisser lui faire une piqûre avant de le recoudre sans te prendre un coup de tête et après on en reparlera, rétorqua Tamaki sur un ton ironique. Mais je peux savoir pourquoi tu dis ça ?

- Oh c'est simple, j'ai fait un boucan incroyable en entrant et pas une seule fois ton instinct ne t'a fait te tourner vers moi alors que j'étais pratiquement dans ton dos.

- Excuse moi de ne pas être un timbré qui se sent menacé à chaque instant, répliqua Tamaki. Pour ce qui est du bruit, tu exagères ! Tu es un shinobi, c'est ton boulot de ne pas être entendu.

- Moi j'ai entendu, intervient Akito. Le parquet il grince près de la porte et puis les chaussures font un tout petit peu «couic-couic» sur le tapis.

Kakashi dévisagea son fils et ressentit une immense fierté à l'idée que celui ci était déjà un fin observateur. À coup sûr il serait un très grand shinobi, même plus grand que lui. «La relève est assurée. » pensait il non sans une certaine émotion. Tamaki de son côté maugréa et prétexta que ses gênes ne tenaient pas la route face à ceux d' Akito.

- T'en fais pas papa, assura Akito en bombant le torse, si des méchants viennent je protégerai Tamaki et la maison.

L'intéressé resta bouche bée devant cette affirmation qui avait été dite sans aucune malice. Il ne savait pas s'il devait se sentir heureux qu' Akito veuille le protéger ou vexé qu'il se considère plus compétent que lui pour remplir cette tâche. Kakashi s'agenouilla devant son fils et le gronda. Il lui expliqua que c'était à l'adulte de protéger l'enfant et non l'inverse. Il devait respecter Tamaki et lui obéir comme si ses ordres venait de lui. Akito s'excusa puis fut congédié dans sa chambre jusqu'au dîner.

- Je suis désolé, s'excusa Kakashi, je voulais juste te taquiner, pas saper ton autorité.

- Il n'y a pas de mal, bredouilla Tamaki, ce n'était qu'une petite plaisanterie.

- Sans doute, mais si je ne le stoppe pas maintenant ça finira par devenir de l'insolence.

- Mais enfin Kashi, Akito n'est pas comme ça. C'est un enfant...

- Un enfant qui grandira et qui prendra conscience très vite de ses capacités. Il sera catalogué et traité en génie. Quand ce moment arrivera, et crois moi il sera là bien assez tôt, c'est cette notion du respect qui l'empêchera de devenir un crétin arrogant comme...

«Comme son père...» compléta mentalement Tamaki.

- Tu fais partie de la vie d' Akito depuis sa naissance, reprit Kakashi. Je vois dans tes yeux que tu le considères comme ton fils et je ne pouvais pas rêver meilleur équipier pour élever mon enfant. J'ai confiance en toi pour prendre soin de lui mais aussi pour lui transmettre des valeurs solides.

Le shinobi embrassa tendrement son compagnon puis fila dans la salle de bain en le laissant méditer sur ce qu'il venait de lui dire. Lorsqu'il revient une demi heure plus tard, une bonne odeur de nourriture planait dans la cuisine.

- Qu'est ce que ça sent bon ! félicita Kakashi. Tu as préparé quoi ?

- Aucune idée, répondit Tamaki en soupirant. Hiwa est passée dire bonjour il y a trois jours et je l'ai invitée à rester manger avec nous. Ce soir là je n'étais pas motivé par la cuisine alors le menu c'était croque monsieur et salade. Le lendemain quand je suis revenu du travail, Eiri m'a dit que Hiwa était revenue avec tout un panier de courses et avait passé la journée à cuisiner pour remplir le congélateur. Là comme tu vois je ne sais même pas ce que je prépare, je n'ai eu qu'à décongeler le plat et suivre les instructions de cuissons notées sur le couvercle. Franchement, dit il avec une pointe d'amertume, si j'étais susceptible je pourrais imaginer qu'elle ne me croit pas capable de nourrir un enfant.

Tamaki souffla, visiblement d'humeur maussade et entreprit de mettre le couvert. Alors qu'il posait les couverts sur la table avec plus de force que nécessaire, Kakashi se glissa derrière lui pour le serrer dans ses bras.

- Je suis sûr qu'elle n'a pas eu de mauvaises pensées. Tori doit lui manquer et elle a sûrement eu envie de se sentir utile.

- Je sais...

- On travaille tous les deux énormément mais on a la chance d'être très bien entouré. Ils ne veulent que nous aider, rien de plus.

- J'imagine que ma petite saute d'humeur fait de moi un ingrat alors ?

- Tu n'es pas ingrat, dit Kakashi en lui donnant de tendres baisers dans le cou, tu te sens juste coupable de ne pas être assez là. Tout comme moi. Mais maintenant comme je te l'ai dit, je compte sur toi pour Akito. Tu es donc en droit de t'imposer et de dire quand quelque chose ne te plaît pas.

Ils restèrent enlacés quelques instants dans un silence apaisant que Kakashi fut le premier à rompre.

- On devrait organiser un de ces jours un petit dîner ou un truc comme ça pour les remercier en tout cas. Ils sont tous très présents pour nous et je ne veux pas qu'ils finissent par penser qu'on profite d'eux.

- Pas de problème pour ça ! dit Tamaki en riant. Si on écoutait Eiri, Akito vivrait chez elle et éventuellement elle nous le confierait de temps en temps.

- C'est vrai qu'elle l'aime bien, approuva Kakashi en souriant.

- Le mot est faible, si je ne la connaissais pas j'aurais peur qu'elle nous kidnappe le petit.

Ils rirent de bon cœur et appelèrent Akito pour dîner. Après plusieurs coups de fourchette, Tamaki identifia du poulet sauce curry et lait de coco. Il devait admettre que le plat était délicieux, même Akito qui était parfois en froid avec les légumes, dévora avec appétit son assiette sans chercher à écarter les tomates. Une fois son repas terminé, il ne réclama pas de dessert ce qui était inédit. Tamaki se promit de réclamer cette recette miracle à Hiwa tandis qu'il préparait du thé. Lorsqu'il apporta sa tasse à Kakashi, il regarda attendri le spectacle de ce père serrant son enfant contre lui. Akito avait les paupières lourdes et semblait lutter contre le sommeil.

- Je crois qu'on a un bonhomme bien fatigué, chuchota Tamaki.

- Je confirme, répondit il sur le même ton. Tu lui as fais courir un marathon ou quoi ?

- Presque, on est allé au parc avec Choko cet après midi.

- Ceci explique cela. Allez jeune homme, dit il en redressant Akito, au lit.

Son fils protesta faiblement pour la forme mais se dirigea tout de même vers la salle de bain pour faire sa toilette et se brosser les dents. Après avoir enfilé son pyjama préféré, le bleu avec les dessins de petits chiens, il se coucha dans son lit où l'attendaient déjà Tamaki et Kakashi pour le bisou du soir. Il se laissa border mais réclama une histoire. Depuis qu'il était petit et lorsqu'elle le gardait, Eiri avait pris l'habitude de lui raconter une petite histoire et c'était elle qui l'avait couché toute cette semaine. Kakashi sourit et se dirigea vers la petite étagère où se trouvaient les quelques livres pour enfant.

- Alors, qu'est ce que tu veux mon grand ? L'histoire avec les dalmatiens ? Celle du petit ninja et de son renard ? Ou alors les aventures du pirate et de ses amis ?

- Je voudrais une histoire du livre magique.

Kakashi ne trouvant pas de livre répondant à se titre, interrogea Tamaki du regard. Comme celui ci secouait la tête et levait les mains en signe d'ignorance, il demanda à Akito ce que c'était.

- C'est le gros livre rouge qui est dans le salon, expliqua-t-il les yeux brillants, Eiri dit qu'il est magique.

Kakashi chercha dans le salon et trouva une énorme encyclopédie qui parlait d'Histoire, d'Histoire de l'art et d'Histoire naturelle. Il fronça les sourcils en se demandant ce que Eiri pouvait bien trouver comme histoire à raconter à son fils là dedans. Il se dirigea vers le téléphone et composa le numéro de la jeune fille qui répondit au bout de la deuxième sonnerie.

- Oui allô bonsoir ! lança-t-elle joyeusement en décrochant. Tu vas bien Kakashi ?

- Comment tu sais que c'est moi ? s'étonna-t-il.

- J'ai reconnu ta voix et puis lorsque Tamaki m'appelle, il le fait directement de son portable. Tu es le seul à utiliser la ligne fixe. De plus j'ai su que tu étais rentré de mission aujourd'hui donc j'attendais pratiquement ton appel.

Kakashi resta un moment sans voix. Si Eiri avait exercé le même travail que lui, il s'en serait méfié et aurait pensé qu'elle avait étudié ses habitudes afin de mieux l'espionner. Mais elle n'était qu'une civile amicale qui s'intéressait assez à ses amis pour remarquer toute sortes de petites choses, des petits détails qui constituaient la personnalité.

- Est ce qu'elle s'est bien passée ta mission ? Je sais que tu ne peux pas vraiment expliquer ce que tu as fait, mais...

- Oui tout c'est bien passé merci, mais je t'appelais parce que j'avais une question à te poser.

Avec Eiri, mieux valait couper court. Elle était d'une grande gentillesse mais pouvait se montrer très bavarde.

- Voilà, Akito m'a réclamé une histoire venant de ton fameux livre magique.

Kakashi entendit presque Eiri sourire à l'autre bout du fil. Il comprenait pourquoi Akito s'entendait si bien avec elle. Elle semblait capable de retrouver ses yeux d'enfant lorsqu'elle se trouvait à leurs côtés.

- Seulement ton livre magique c'est une encyclopédie, continua Kakashi. Akito est un enfant intelligent mais tu penses vraiment que ce genre de lecture est adapté pour lui ? Et puis en quoi il est magique d'abord ?

- Bon je vais t'expliquer. En fait Akito voulait une autre histoire car il en avait assez des livres que je lui avait déjà lus. J'ai voulu lui raconter des contes européens que je connaissais, mais comme je récitais de mémoire il pensait que j'inventais tout. N'ayant pas le livre avec moi, je ne pouvais pas prouver ce que je disais.

Kakashi sourit et se sentit fier de son fils. Dès son plus jeune âge, il lui avait appris à ne pas tout prendre pour argent comptant. Akito avait donc pris l'habitude de réclamer des explications et des preuves. Son fils avait une curiosité bien aiguisée, une grande soif d'apprendre et déjà un esprit d'analyse qui ne demandait qu'à être développé.

- Alors j'ai eu l'idée de prendre l'encyclopédie comme support. J'ouvrais le livre à une page quelconque et je racontais une histoire en suivant du doigt le texte comme si je lisais. Il me fallait juste adapter l'histoire aux quelques images que je trouvais.

Kakashi soupira. C'était bien le genre d' Eiri d'inventer des choses aussi farfelues.

- Bon mais en quoi ce livre est il supposé être magique ?

- Tu penses bien que je ne retiens pas toutes les histoires que j'invente.

- Tu aurais la mémoire très encombrée dans ce cas, marmonna Kakashi en se retenant de rire.

- Parle plus fort s'il te plait, je n'ai pas compris ce que tu as dis.

- Non non laisse tomber, je parlais à Choko. Continue je t'en prie.

Un autre défaut de la jeune fille était sa susceptibilité et Kakashi ne se sentait pas d'humeur assez diplomate pour désamorcer la situation si elle lui échappait.

- Pour justifier le fait que je ne sache pas lui raconter deux fois la même histoire, continua-t-elle, je lui ai expliqué que le livre était magique. C'est un livre infini qui fournit à chaque fois qu'on l'ouvre une nouvelle histoire à lecture unique. La magie est une chose formidable, dit elle en riant, on ne peut ni l'expliquer ni en fournir une preuve.

- Eiri, reprit Kakashi après une seconde de silence, tu es bien consciente que bientôt Akito saura lire et qu'il comprendra que le livre n'est pas magique ?

- Tout comme il apprendra que c'est toi qui déposes ses cadeaux au pied du sapin ou qui mets une pièce sous l'oreiller pour chaque dent de lait qu'il perdra. Mais ne t'en fais pas, lorsque le moment sera venu, le livre disparaîtra comme par magie ainsi je ne perdrais pas trop vite ma crédibilité. Et puis ça fera une anecdote amusante à lui raconter.

- Hé bien, tu as pensé à tout on dirait ! Bon en attendant le livre est encore supposé être magique et Akito attend son histoire, alors explique moi ce que tu lui as raconté.

- Tout dépend de la page sur laquelle tu tombes en fait. Commence par en choisir une et on verra après.

Kakashi coinça le combiné contre son épaule et ouvrit le livre à la moitié. Il plissa les yeux et lut rapidement le contenu de la page. Il était question d'un peintre qui, au sommet de son art et de sa folie, se coupa l'oreille.

- Bon alors qu'est ce que tu vois ? s'impatienta Eiri.

- J'espère pour toi que tu ne racontes pas à mon fils des histoires bizarres sur ce Van Gogh.

- Bien sûr que non, soupira-t-elle. Pour qui tu me prends ?

Kakashi préféra ne pas répondre.

- J'utilise simplement les images pour raconter l'histoire, reprit-elle, le texte me sert uniquement pour faire croire à Akito que je lis ce que je lui dis. Je vais te montrer, explique moi l'image que tu vois.

- C'est une peinture représentant un vase avec des tournesols.

Eiri réfléchit quelques instants avant de reprendre.

- C'est l'histoire d'un petit garçon qui vivait chez son grand père. Celui ci adorait le jardinage, mais le petit garçon trouvait cela très ennuyeux. Un jour son grand père lui confia un secret, quelque chose qu'il devrait garder pour lui toute sa vie sans jamais le révéler. Les fleurs étaient magiques et avaient le pouvoir d'accorder des vœux. Mais...

- Enfin d'où elle sort cette histoire ? coupa Kakashi.

- Ben je l'invente !

- Et tu sais faire ça sur commande ? Si là par exemple, dit il en choisissant une autre page, je te dis que je vois l'image de perroquets, de quoi tu vas parler ?

- Je raconterais une histoire se passant dans la jungle, répliqua Eiri.

- Et si ce que je vois c'est la carte de l'Europe ?

- Ah ben là c'est facile, je raconte l'histoire d'un aventurier et avec la carte je sais en plus lui montrer exactement où il va. Leçon de géographie garantie.

- D'accord... Et si jamais ton histoire est longue et qu'il faut tourner la page, tu fais quoi ?

- Ben je tourne la page et j'adapte l'histoire à la nouvelle image.

Kakashi feuilleta de nouveau le livre.

- Bon pour ton truc avec les tournesols magiques, l'image suivante c'est celle d'un château. Ça devient quoi ton histoire alors ?

- Le petit garçon doit se rendre dans le château pour apprendre comment protéger les fleurs des méchants qui veulent s'en emparer.

- Mais comment tu fais ça ?

- J'improvise, répondit elle comme si elle énonçait une évidence. C'est le genre de chose que tu fais en mission non ? Ça ne devrait pas te poser de problèmes.

Pour Kakashi il y avait une marge entre improviser une stratégie et improviser une histoire suffisamment crédible pour satisfaire son fils. La dernière fois qu'il avait dû faire preuve de créativité, c'était pour tenter d'expliquer la disparition de cookies encore tièdes préparés par Tori. Inutile de préciser que son plan avait lamentablement échoué. Néanmoins en tant que génie de Konoha, il ne pouvait pas laisser une chose aussi simple le dépasser.

- Je te remercie pour tes conseils Eiri, je vais faire de mon mieux. Mais franchement avec tes trucs magiques tu me mets bien dans la merde.

- Mais tu verras, tu vas très bien t'en sortir et je suis sûre que tu t'amuseras bien en plus. Un dernier conseil, les histoires préférées d' Akito sont celles qui mettent en scène des animaux se comportant comme des humains. Et lorsque tu te retrouves coincé dans un passage, fais intervenir un truc magique. Imparable comme technique, c'est le deus ex machina quoi. Maintenant excuse moi, mais je dois te laisser. Je dois terminer impérativement un truc et je ne tiens pas à y passer toute la nuit. J'étais vraiment ravie de pouvoir discuter avec toi. Embrasse Akito et Tamaki pour moi. Je passerai demain pour vous faire un petit coucou, alors à demain. Bisou !

Eiri raccrocha avant que Kakashi puisse la saluer. Il soupira et reposa le téléphone sur son socle. Il prit l'encyclopédie sous le bras et repartit dans la chambre. Akito, qui était bien réveillé grâce à la promesse de l'histoire, battait des mains en voyant revenir son père.

- Ah tu as trouvé, s'exclama Tamaki en riant, j'ai bien cru que tu ne reviendrais jamais.

Il s'avança vers Kakashi et jeta un coup d'œil sur la couverture. Quand il lut le titre, il dévisagea son compagnon d'un air perplexe.

- Mais c'est une... commença Tamaki.

- Oui, coupa Kakashi.

- Et c'est ça que Eiri lui lit ?

- Je t'expliquerai plus tard. Mais, ajouta-t-il à voix basse, je te jure qu'elle ne perd rien pour attendre et que je me vengerai le jour où elle sera maman.

- À ce point là ? pouffa Tamaki.

- Oh que oui... Alors bonhomme, prêt pour l'histoire ?

- Oui ! s'exclama Akito tout impatient.

Kakashi s'installa à côté d' Akito tandis que Tamaki contournait le lit pour s'asseoir sur la droite. Il ouvrit le livre aux trois quarts et tomba sur des illustrations d'animaux. Akito détaillait minutieusement celles ci alors que les rouages du cerveau de Kakashi tournaient à toute vitesse. Son fils se tourna vers lui en fronçant des sourcils.

- Ben alors papa, tu racontes pas ?

Kakashi maudit Eiri ainsi que sa descendance jusqu'à quinze générations et respira à fond avant de se lancer. Il désigna une image représentant une belette.

- C'est son histoire que je vais te raconter.

Akito attendit la suite, mais Kakashi ne savait pas vraiment comment s'y prendre. Qu'est ce que ça pouvait bien vivre comme aventure une belette d'abord ? Tamaki vola à se rescousse.

- C'est l'histoire d'une belette qui s'appelle Kono.

- Kono ? interrogea Akito. C'est bizarre comme nom.

- Non, reprit Kakashi, Kono c'est son surnom. En fait il s'appelle Akito.

- Oh ! s'émerveilla son fils. Comme moi ?

- Oui comme toi mon grand, sourit Kakashi.

- Mais alors, ça veux dire que c'est un garçon ? Pourtant les belettes c'est des filles non ?

- Dans chaque espèce il y a des filles et des garçons Akito.

- Même chez les belettes ?

- Oui, dit Kakashi en levant les yeux au ciel, même chez les belettes. S'il n'y avait que des filles ou que des garçons, il n'y aurait pas de bébés.

- Donc il faut une fille et un garçon pour faire un bébé ? demanda Akito.

- Kakashi, intervient Tamaki, on ferait mieux d'en rester à l'histoire de la belette pour ce soir je crois.

Kakashi acquiesça, en effet il était encore trop tôt pour se laisser embarquer dans ce genre de discussion. Quoi que avec Eiri dans les parages, il valait peut être mieux qu'il prenne les devants avant qu'elle ne lui invente des histoires de cigognes magiques sorties tout droit d'un autre livre magique de son invention. Ah, ces artistes ! En tout cas après cette épreuve, il ne manquerait plus jamais d'idées pour rédiger ses rapports de mission. Kakashi sourit alors que l'inspiration venait de le percuter de plein fouet.

- Tu as raison, l'histoire d' Akito la belette est de toute façon beaucoup plus intéressante.

« Il était une fois, une belette qui s'appelait Akito. C'était la belette la plus brave de son village et aussi la plus intelligente. Tout le monde venait lui demander des conseils et l'on venait de loin pour lui réclamer son aide. Pour ne rien gâcher, Akito était très beau et toutes les autres belettes étaient amoureuses de lui. »

- Hé bien, ricana Tamaki, elle est terrible cette belette. Ton histoire serait pas inspirée d'un fait réel ?

Kakashi sourit mais ne lui répondit pas. Akito réclamait la suite de l'histoire.

« Un jour, des belettes d'un autre clan arrivèrent au village d' Akito pour lui demander son aide. Leur princesse, qui était aussi une prêtresse de la pluie, avait été enlevée par un clan de chiens sauvages qui voulait absolument détenir le secret de la pluie. »

- Mais les chiens ils sont gentils, intervient Akito. Pourquoi ils ont enlevé la princesse ?

- Et puis pourquoi des chiens voudraient la pluie ? demanda Tamaki.

- Non mais ça se peut Tama, lui répondit Akito. Les chiens sauvages aiment peut être la pluie.

- Si ça ne vous fait rien, intervient Kakashi en riant, je voudrais bien finir mon histoire.

Akito et Tamaki acquiescèrent en même temps, Kakashi reprit alors son récit.

« Le chef du village d' Akito ne voulait pas aider les belettes parce qu'elles n'avaient pas de quoi payer une mission aussi dangereuse. Mais Akito n'était pas intéressé par l'argent, si des belettes avaient besoin de lui alors il les aiderait. Ni son courage ni sa loyauté n'étaient à vendre. Il prépara un sac de provisions, s'équipa d'une épée offerte par le chef des belettes de la pluie et partit à la recherche du clan des chiens sauvages. »

Akito suivait des yeux l'index de son père qui progressait lentement sur la page de l'encyclopédie. Même Tamaki, qui savait pourtant que le texte parlait des caractéristiques physiques des mustélidés, semblait très attentif à l'histoire.

« Akito retourna au village des autres belettes pour trouver la piste des chiens sauvages. Le village était très bien gardé et Akito se demanda comment les méchants avaient pu entrer et enlever la princesse sans qu'aucune belette ne le remarque avant le lendemain matin. Un garde emmena Akito dans la chambre de la princesse afin qu'il puisse démarrer ses recherches en identifiant son odeur. Il prit avec lui un foulard qui, semble-t-il, était son préféré. Il fouilla la chambre et finit par découvrir un passage secret caché dans le mur. Akito leva le nez et sentit l'odeur de la princesse ainsi qu'une autre odeur un peu plus forte, celle d'un des chiens sans doute. Il suivit le chemin qui était plongé dans le noir et se repéra uniquement grâce à son flair légendaire. Le tunnel déboucha sur une clairière qui se situait à l'extérieur du village. Juste devant l'entrée du passage secret, Akito découvrit trois empreintes différentes : celles d'un chien, celles de la princesse et celles d'une autre belette. En observant la porte du passage secret, il comprit que c'était une porte magique et qu'elle ne pouvait être ouverte que par une belette du palais. L'odeur sur la porte n'appartenait pas à la princesse, ce qui voulait dire qu'une autre belette l'avait ouverte. »

- Une méchante belette, s'écria Akito.

- Peut être qu'elle a été forcée par l'ennemi, tempéra Tamaki.

- Elle aurait dû se battre pour défendre la princesse ou au moins appeler à l'aide, s'indigna l'enfant.

Kakashi attendit patiemment qu'ils cessent de débattre avant de poursuivre son récit.

« Akito mit plusieurs jours avant de retrouver la trace du clan des chiens sauvages. Ils utilisaient plusieurs techniques de dissimulation, mais c'était sans compter sur la princesse qui laissait des indices derrière elle afin d'être retrouvée par son peuple. Akito trouva des inscriptions écrites en langage de belette ainsi que des marques d'odeur très fortes aux endroits où elle avait frotté sa fourrure. Aucun doute pour Akito, la princesse était une belette intelligente. Quand il finit enfin par trouver le camp provisoire des chiens, Akito utilisa une technique de dissimulation afin d'analyser la situation au plus près sans se faire repérer. Il partit en reconnaissance en plein milieu de la nuit, choisissant le moment exact où la relève s'opérait afin de pouvoir profiter de l'agitation dans le camp. La princesse était retenue en plein milieu du camp et les chiens étaient disposés en cercle autour de sa prison. Akito se replia et mit au point une stratégie très simple qu'il appliqua dès le lendemain. Il se servit de sa faculté de creusage, technique héréditaire transmise entre belettes, pour créer un tunnel qui passait sous le camp pour déboucher dans la prison qui était une simple tente. Il avait été étonné de constater que personne ne surveillait l'intérieur de la tente, mais cela l'arrangeait bien. Le lendemain, il se mit à creuser dès que la vie du camp reprenait son cours afin que le bruit qu'il allait faire soit noyé sous l'agitation des chiens. Plus il s'approchait, plus il sentait l'odeur de la princesse se faire plus forte. Il décida d'attendre la relève de nuit comme la veille pour ouvrir le tunnel dans la prison. Akito regarda bien autour de lui avant de sortir du passage, mais il fut tout de même accueilli par un coup de patte à l'arrière du crâne. Se pensant démasqué, il sortit une dague et se retourna pour poignarder son adversaire. Mais il arrêta son geste à temps car il venait de reconnaître la princesse. Elle avait dissimulé son odeur, mais son père l'avait décrite en détail pour qu'il puisse l'identifier du premier coup d'œil. Malgré son air un peu maussade, c'était la plus jolie belette qu' Akito ait vue. Elle respirait l'intelligence et la confiance ; à son attitude on devinait qu'elle avait été habituée à être obéie dès son plus jeune âge. Une vraie princesse. Akito expliqua qu'il était venu la sauver et lui délivra un message secret de son père pour lui prouver qu'il ne mentait pas. Elle fut totalement convaincue en voyant l'épée dans le dos d' Akito, celle ci ne pouvait être donnée qu'à une belette de valeur. Akito pria la princesse d'entrer dans le tunnel, mais il avait trop tardé pour recommencer sa technique de dissimulation. Un chien détectant son odeur entra dans la prison et la belette guerrière eut juste le temps de l'assommer avant qu'il n'appelle à l'aide. »

Kakashi stoppa son récit lorsqu'il se rendit compte que son fils s'était endormi contre lui. Il referma l'encyclopédie et embrassa tendrement son fils sur le front avant de remonter la couverture. Après que Tamaki l'eut embrassé également, il fit une courte prière à Hana afin qu'elle écarte les mauvais rêves des nuits d'Akito. Ils sortirent sur la pointe des pieds après avoir branché la veilleuse dans la chambre. Kakashi déposa l'ouvrage dans une armoire de son bureau et caressa sa couverture. Tout compte fait, il l'aimait bien ce livre magique. Il révoqua la malédiction faite à Eiri et sa descendance, il la remercierait même d'avoir inventé ce truc. Kakashi se retourna pour faire face à Tamaki qui ne lui avait jamais semblé aussi beau, aussi séduisant. Maintenant qu' Akito était dans les bras de Morphée, il allait pouvoir profiter de son docteur préféré, chérir ce corps qui lui avait manqué durant ces quelques jours de mission. Il prit le visage de Tamaki et baisa doucement ses yeux, son nez et descendit lentement vers sa bouche qu'il embrassa tendrement puis avec fougue.

- Tu m'as manqué Tama.

- Toi aussi Kashi, répondit il en le serrant dans ses bras.

- Quelque chose ne va pas ? interrogea Kakashi qui le sentait distrait.

- Je n'ai pas envie de casser l'ambiance...

Kakashi s'écarta d'un pas et jeta un coup d'œil interrogateur.

- Ah mais ne panique pas ainsi. Je me demandais juste si c'était Eiri qui t'avait raconté l'histoire de la belette.

Kakashi porta la main à son cœur comme s'il avait été blessé.

- Tama, dit il d'un ton faussement abattu, je suis vexé que tu ne me croies pas capable d'inventer moi même une petite histoire du soir.

- Je te rappelle que nous faisions équipe pour la décoration du mariage et donc que je t'ai vu en pleine action créative. Dans ces conditions je peux me permettre de douter. Mais donc ça veut dire que l'histoire n'existe pas alors ?

- Ta foi est touchante très cher docteur septique, se moqua Kakashi, je saurai m'en souvenir. Non l'histoire n'existe pas, c'était de l'improvisation.

- Oh ! s'exclama Tamaki visiblement déçu. On ne saura jamais la fin alors.

- Regardez moi ce grand gamin ! dit Kakashi en riant. Elle était si bien que ça l'histoire ?

- Bah, répondit il en haussant les épaules, c'était pas mal. Les animaux qui parlent c'est toujours sympa.

- La règle du livre magique est claire, l'histoire sera à usage unique. On ne pourra plus jamais la relire. Mais moi je suis un lecteur différent d' Eiri, j'ai une meilleure mémoire.

- Ce qui veut dire ?

- Que l'histoire elle est là, dit Kakashi en se tapotant le front avec son index.

- Donc tu connais la fin ? demanda Tamaki avec espoir.

- Peut être... répondit Kakashi en se dirigeant vers sa chambre à coucher.

Le shinobi lui fit un clin d'œil suggestif avant de quitter la pièce, ce qui eut pour effet de faire rougir Tamaki. Il resta quelques instants planté au milieu du salon, en proie à une réflexion intense. Puis il se précipita vers la chambre à coucher.

- Kashi faut que je sache ! Raconte, il va arriver quoi aux belettes ?

Encore mille fois merci à eire pour ce cadeau inestimable ^^