Chapitre 59 : Symbole et pensée

« Princesse Mylidie… Vous êtes rayonnante de beauté aujourd'hui. »

« Merci beaucoup de vos paroles. Elles me vont droit au cœur. »

« Comment vont-elles ? Si cela n'est pas indiscret ? »

« Disons que celle que vous connaissez particulièrement est toujours aussi… vivace. A croire qu'elle est montée sur un ressort couplé à un réacteur. »

La femme aux cheveux rouges eu un petit rire en parlant de cette personne. Combien d'années s'étaient écoulées ? Assez de temps pour lui donner une allure royale et noble. Il n'y avait plus ses traits juvéniles sur son visage… Elle était devenue une dame, une véritable dame. Ses cheveux rouges étaient toujours détachés et s'allongeaient jusqu'au bas du dos. Ses yeux améthyste allaient de concert avec ces derniers.

Au niveau de sa parure ? Une élégante robe bleue et rouge assez bouffante était sur le bas de son corps tandis qu'elle portait un haut de couleur crème qui cachait ses formes. Elle avait les épaules nues et avaient des gants de même couleur que son haut aux deux mains. Il fallait dire que celui-ci était faite de soie et allait de paire avec la beauté naturelle de la princesse. Elle s'inclina avec délicatesse devant les quelques citoyens :

« Si vous voulez bien me laisser passer… Il est temps pour moi de retourner au palais royal. »

« Est-ce que vous pourriez saluer le prince pour nous ? Nous ne le voyons que peu souvent. »

« Il n'est guère habitué à sortir et aujourd'hui est un jour très spécial. »

Oui… Vraiment très spécial… Elle leva ses yeux vers une immense statue représentant une femme aux cheveux attachés en queue-de-cheval. Elle avait un regard si triste mais un sourire bienveillant. Sa tenue était faite que l'on pouvait apercevoir un décolleté généreux. Une beauté irréelle… qui n'existait plus… Une beauté d'un autre monde.

« Cela fait combien de temps, princesse Mylidie ? »

« Environ dix années. En fait… Aujourd'hui est son dixième anniversaire. »

« Je voulais vous demander… Cette question me taraude… Mais est-ce vrai que le prince… a une salle spécialement réservée pour… »

« Ce n'est pas vraiment une salle… Je ne saurais vous l'expliquer par des mots, j'en suis vraiment désolée. Aujourd'hui, il y est pour toute la journée. Si vous voulez bien m'excuser, je dois me retirer maintenant. Je vous souhaite une bonne journée. »

Elle salua respectueusement les quelques citoyens devant elle, se retournant avant de faire quelques pas. Elle se dirigeait vers le palais royal… Le palais de la reine Mariali. Tout était redevenu dans l'ordre. Elle se retrouva devant deux gardes, ces derniers se tenant bien droits en l'apercevant, prenant la parole :

« Princesse Mylidie. Nous vous saluons bien bas. »

« Où sont-elles ? »

« Dans le palais. Elle est toujours aussi excitée… Surtout ce jour en particulier. Il faudrait éviter qu'elle ne dérange sa seigneurie. »

« Ne vous inquiétez pas pour cela. Le prince ne serait jamais gêné par elle. »

« Si vous le dites… Elle est juste assez… vivante dira t-on. »

Elle eut un petit rire en entendant les paroles des deux gardes, se dirigeant à l'intérieur du palais après les avoir salués. Qu'importe son rôle maintenant, elle n'oubliait pas sa jeunesse… Et son oncle… Enfin… Celui qui l'avait élevé… Il n'avait jamais été très important toutes ces années… En fait… Erol ne l'avait rencontré… seulement qu'après toutes leurs mésaventures, lors de leur mariage à tous les deux. Oui… Ils étaient maintenant mari et femme. Son oncle… Même si ce titre était faux, elle l'appelait toujours comme ça. Il avait été si heureux de la revoir après tout ce temps… Mais il était reparti malgré ses paroles. Il était habitué à sa vie hors du royaume de Drakoni.

Elle arriva après cinq à dix minutes devant une magnifique double porte, aucun garde n'étant présent pour la garder. Une double porte faite de pierre blanche. Un chef d'œuvre très rare… comme taillé à la main… Elle eut un petit sourire : Cette porte était taillée de la main d'Erol, tout simplement. Dès qu'elle allait l'ouvrir… Cela allait être SON domaine. Mais non… Elle n'irait pas l'ouvrir… Elle n'allait pas le déranger aujourd'hui.

« Danya… Même si aujourd'hui, cela fait dix ans… Je n'ai jamais oublié ce que tu as fait pour moi. Je ne pourrais pas l'oublier. Même si… J'ai encore des nouvelles des personnes que je côtoie… Il me reste un vide… qui ne peut pas être comblé... C'est ce que j'aimerais te dire… ce que j'aimerais penser… mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. »

Un homme… On ne le voyait que de dos alors qu'il avait ses cheveux noirs attachés en queue-de-cheval. Il était à genoux, les deux mains posées en prière, rappelant là la scène qui s'était déroulée dans son dernier rêve avec Danya. Il continua de parler :

« Oui… Je suis heureux… très heureux… Comme tu voulais que je le sois… Je ne pouvais être plus comblé qu'en ce moment même. »

Il se redressa, ouvrant ses deux yeux pour observer la statue de la jeune femme aux cheveux blancs. Contrairement à celle qui était visible dans le royaume de Drakoni, celle-ci semblait avoir été travaillée pendant des semaines… des mois… des années… Le moindre détail y était comme si son créateur avait passé un temps fou sur ces derniers et pourtant… Et pourtant… En l'observant, on pouvoir voir que son créateur avait donné tout son amour dans celle-ci.

« Cinq années… Cinq longues années… Mais je suis heureux… heureux de ce résultat… Heureux avec Mylidie… Heureux avec ma vie… Relia… et les autres… Je les vois toujours… mais je suis devenu le prince de Drakoni… Ma mère… est la reine… Galixée est partie avec Miania mais elle revient nous voir de temps en temps… Quand à Omega… Elle est à notre service… A mon service… Elle travaille avec les scientifiques de notre royaume… pour éviter de réitérer les erreurs du passé. »

Il s'approcha de la statue, montrant enfin à quoi il ressemblait après dix ans passés. Contrairement à ses dires, il s'était laissé vieillir, ayant tous les traits d'un homme de son âge réel… C'est-à-dire environ vingt huit ans. Il s'était laissé pousser une petite moustache noire, lui donnant une allure plus noble qu'auparavant et un peu plus… sérieuse. Néanmoins, sa tenue était royale… Cape rouge, habits de même couleur, cela pouvait rappeler ses souvenirs d'enfance… avec sa tenue royale.

« Aujourd'hui… Dix ans que tu es parti… Je ne l'ai jamais oublié… Tu reposes sous cette statue… dans un cercueil… de cristal… Car je veux que ta beauté reste intacte… Aujourd'hui… Je n'ose plus venir te déranger… Mais je suis comblé… Vraiment comblé… Je n'ai pas de réels mots pour exprimer ce sentiment… mais Danya… »

Il n'arrivait pas à s'expliquer… Il était bête… et cela depuis dix ans… Depuis sept ans… Depuis cinq ans… Tous les jours… C'était comme un rituel… Comme une prière. Il venait de recueillir devant cette statue pour ne pas l'oublier. Danya avait été une part importante de sa vie, un pan entier de son cœur, il était impossible pour lui de l'oublier maintenant.

« Danya… Danya… Danya… J'aimerais pouvoir te reparler un jour… Te reparler réellement… Mais ça ne sera pas possible hein ? Mais ne t'inquiètes pas. Tu n'as jamais totalement disparue dans mon cœur et tu en connais la raison… Dorénavant… Tu pourras être aimée par moi… comme tu le désirais… Ce n'est pas forcément ce genre d'amour dont tu pensais… mais je pense que ça te satisferais tout autant. »

Il était là ? La double porte s'ouvrit faiblement, observant l'homme à la queue-de-cheval avec amusement. Il était encore venu dans cet endroit avec la très grande statue de cette femme. Cette femme… Etait-ce son ancienne amoureuse ? Une petite forme s'engouffra dans la pièce, venant se cacher derrière un pylône.

« Tu vois… Il y a huit ans… Je n'y croyais pas vraiment… lorsque Mylidie… est tombée enceinte… Je me disais… Avoir des enfants ? A notre âge ? N'étions-nous pas trop jeunes pour ça ? Et puis… Je me suis rappelé de tes paroles… et enfin… Nous avons donc eu des enfants… DEUX… enfants… Des jumeaux… Plutôt… Des jumelles… »

Ah ! Il parlait d'elle ! Il en était sûr ! Elle allait sortir de sa cachette… ou non ? Est-ce qu'elle devait le déranger alors qu'il était en train de parler à la statue ? Elle ne savait pas trop… Elle ne voulait pas le mettre en colère. En y réfléchissant… Elle ne l'avait jamais vu en colère. Une petite voix se fit entendre derrière elle :

« Tu comptes rester cachée pendant combien de temps ? »

« Chuuut ! Chuut ! Papa ne doit pas nous entendre. »

« Et tu crois qu'il n'a pas remarqué ta présence dès que tu as ouvert la porte ? Il sait très bien que nous sommes là. Il n'est pas stupide. »

« Tais-toi ! Je veux… lui faire une surprise… »

« Les filles… Je ne suis pas sourd, vous savez… »

« HIIIIIIIIII ! Pardon, Papa ! Je… Je promets de plus recommencer. »

Il haussa les épaules, camouflant un sourire qui se trouvait sur ses lèvres, sourire que les deux jeunes filles ne pouvaient voir. Il murmura à la statue alors qu'elles sortaient de leur cachette :

« Tu vois… Lorsqu'elles sont nées… Deux noms me sont venus à l'esprit… et même la déesse-mère était présente… Je me disais… que pour une fois… Vous pouviez être sœurs… et ne plus vous détester… mais vous aimer… Et puis… Arcia m'a signalé… que tout était possible… Et qu'il y avait une chance… que ça soit toi… »

Il prit une profonde respiration, se retournant avant de s'accroupir, les deux mains ouvertes. L'une des deux petites filles marchait d'un pas lent vers lui, ses yeux bruns posés sur sa personne. Des cheveux blonds retenus dans un serre-tête de couleur rouge, elle avait déjà tout d'une grande dame mais elle n'avait que sept ans. Elle avait un air sérieux dans son regard, rougissant faiblement en l'observant. Elle s'immobilisa dans sa petite robe blanche alors que l'autre fille s'était mise à courir vers lui.

Des yeux bleus… De magnifiques petits yeux bleus qui brillaient comme des saphirs. Une chevelure blanche un peu en bataille qui allait jusqu'au bas du cou et une somptueuse robe noire. Contrairement à l'autre fille qui semblait calme, elle, elle semblait débordée de vie. L'homme à la moustache noire gardait ses deux mains tendues vers elle, la jeune fille bondissant dans ses bras avant d'éclater de rire.

« Pardon, Papa ! Pardon… Je ne voulais pas te… »

« Ca ne fait rien. Et puis… Pourquoi devrais-je te gronder ? Cet endroit est accessible à quiconque de la famille royale et à ses amis. Vous êtes de la famille royale. »

« C'est exact, Père. Néanmoins… Elle aurait put se contrôler un peu plus. »

« Allons, Remye… Ne sois pas aussi… méchante avec ta sœur. Elle voulait simplement me faire une surprise. Pas de chance, elle n'est pas très douée pour les surprises. »

« Je le confirme. Enfin… Bon… Cette statue… Plus je la vois… Et plus je la trouve belle, père. Est-ce normal ? Et je me demandais… »

« Tu te demanderas plus tard, d'accord, Remye ? Aujourd'hui est un jour spécial. C'est le jour où mes deux petites filles vont avoir sept ans. »

Il s'approcha de Remye, la soulevant en la tenant avec son bras gauche. Il alla l'embrasser sur la joue en lui murmurant avec tendresse :

« Bon anniversaire, Remye. »

Elle était encore plus rouge qu'auparavant, quittant les bras de son père. Elle s'éloigna sans un mot, se tournant brièvement vers lui avant de quitter la pièce. La petite aux cheveux blancs rigola légèrement alors qu'il venait l'embrasser sur la joue à son tour :

« Et bon anniversaire à toi, Danya. Sept ans déjà… »