Epilogue : Une autre forme
« Alors, que veux-tu pour ton anniversaire ? »
« Je le dirais devant tout le monde, Papa ! Est-ce qu'il y aura encore la grande dame avec ses cheveux gris ? Ma marraine ? Pourtant… Elle n'est pas vieille… »
« Oh que si… Terriblement vieille… Tu vois mes doigts ? Tu sais combien j'en ai ? »
« Ouiiiiiiiiii ! J'ai appris à compter ! Tu en as dix, Papa ! »
« Ben Arcia, ta marraine… Elle a tous mes doigts fois beaucoup tous mes doigts ! En fait, elle est très très très très très très vieille. »
Danya ouvrit des yeux écarquillés de surprise. Non… Ce n'était pas vrai ! Son père se moquait d'elle, elle en était sûre ! Pourtant, devant le regard sérieux de celui-ci, elle s'était mise à douter… Peut-être que si au final ? Lorsqu'une main se posa sur l'épaule d'Erol, celui-ci s'était mis à trembler et encore plus lorsqu'une voix féminine se fit entendre :
« Erol… Est-ce ainsi que tu parles de la déesse-mère ? »
« Marraine ! Tu es là ?! Papa, il a dit que… »
« Ne t'inquiètes donc pas, Danya. J'ai très bien entendu ce que ton père a dit. Je pense que lui et moi… Nous allons avoir une discussion… une très longue discussion… »
« Euh… Bonjour, Arcia. Moi aussi… Je suis très heureux de te voir. Vous êtes très en beauté aujourd'hui, madame. »
« Arrête là les flatteries, ce n'est pas ça qui te sauvera. Surtout quand on passe du tutoiement au vouvoiement. Danya ? Est-ce que tu veux aller prévenir les autres et ta sœur que je suis arrivée ? Les autres… invitées vont arriver dans très peu de temps. »
« D'accord, marraine Arcia ! »
Elle quitta les bras de son père, lui faisant un petit baiser de la main avant de partir en courant. Arcia était apparue dans la salle de la statue de Danya mais elle se retrouvait seule avec Erol. Celui-ci passa deux doigts sur sa moustache, la triturant sans rien dire. Il ne savait pas quoi dire, c'était ça le problème. Il toussa plusieurs fois comme si il voulait qu'Arcia la parole en premier, chose qu'elle fit en observant la statue :
« Dix années se sont écoulées… Le temps passe vite n'est-ce pas ? »
« Oui… Oui… Heureusement que Danya et Remye ne savent pas ce que cela veut dire d'avoir la déesse-mère comme marraine. Mais quand même… Sur le moment… Cela m'a étonné… d'avoir une telle demande de votre part. Devenir la marraine… de mes deux filles. »
« Disons tout simplement qu'il était temps… que je me mêle un peu des affaires des peuples vivants sur ma planète. Et encore… On va commencer lentement. On va éviter de trop se dissiper. Et puis… Aurais-tu eu une raison de me refuser ça ? »
« Non ! Non ! Pas du tout même ! Je vous dois… tout… même si… J'ai été surpris… Et très heureux… Vous savez… Trois années, ça a été une véritable torture à mon cœur. »
« Je le sais très bien… Il est inutile de faire souffrir si on peut soulager cette peine. Je devais simplement éviter que Danya ne disparaisse à tout jamais. »
« Mais je ne comprends pas… Pourquoi m'avoir menti pendant toutes ces années ? Et aussi aux autres ? Je pensais… vraiment… qu'elle était morte. »
« L'ancienne Danya est morte. Comme l'ancienne Remye. Tes deux filles n'auront jamais les pouvoirs de ces deux femmes. Elles sont issues de la pure lignée des dragons. »
« Rien de ténébreux… Rien de psychique… C'est vrai que se dire qu'avoir Remye comme fille… Cela m'a fait assez peur sur le moment. »
« Danya était la pire ennemie de Remye et inversement… J'ai simplement fait que cela soit différent dorénavant. Elles seront sœurs… jumelles. »
« Oui… Je le sais très bien… Je les ai élevées… Mais qu'est-ce que vous voulez dire par mortes ? Je ne comprends pas… »
« L'âme de Danya était plus qu'affaiblie… En fait, elle était même sur le point de disparaître. J'ai récupéré ce qui restait d'elle et je lui ai redonné la vie. J'ai fais quelques modifications aussi en ce qui concerne Remye. Elles ne sont plus immortelles… Je crois que l'immortalité est une mauvaise chose… La jeunesse éternelle… ne se résume pas à l'immortalité… et inversement… Mais l'immortalité… fait souffrir… Car on voit doit disparaître des personnes autour de nous, des personnes que nous voyons grandir, mûrir, vieillir… et mourir. C'est en cela que j'ai remarqué que j'avais commis une bêtise… Certaines personnes… bien trop sensibles ne doivent pas accéder à l'immortalité… de peur de causer des dommages sur cette planète. Danya… n'est plus vraiment la femme que tu connaissais. Mais c'est mieux que de ne plus la voir du tout non ? Par contre… Je te préviens. »
« Non ! Je ne recommencerais pas les erreurs de son passé. Je vais très bien m'occuper d'elle. Je te le promets. Je ne veux surtout pas qu'elle revive les scènes de son passé. »
« Alors tout est parfait. Nous devrions y aller… Il ne faudrait pas retarder l'anniversaire de tes deux filles, Erol. »
« C'est tout à fait exact. Ah… Des fois… Je me dis… Que si j'avais évité à Danya de mourir… Rien de tout cela ne se serait passé. »
« Il existe des multitudes de possibilité pour un seul évènement. Si tu continues de te complexer à propos de tout cela, ça ne mènera à rien. »
La femme aux cheveux argentés avait totalement raison. Dix années étaient passées et pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'imaginer toutes ces possibilités dont elle parlait. C'était quelque chose… de normal pour lui. Mais depuis la naissance de Danya et Remye, il s'imaginait de moins en moins toutes ces choses. Il était heureux, vraiment très heureux et cela lui suffisait amplement. Ils quittèrent la pièce.
Hum… Et bien… Il fallait le reconnaître. Il y avait du monde… BEAUCOUP de monde… Il fallait dire que l'on parlait d'enfants royaux… et aussi de réincarnations de personnes très importantes… En un sens… Remye méritait aussi de se réincarner… Elle avait été une remarquable pokémon dans le passé… Et elle avait eu seulement une dérive… Il passa une main dans les cheveux de sa fille aux cheveux blonds, celle-ci relevant son regard en lui faisant un petit sourire. Oui… Elle aussi avait le droit à son bonheur.
« Erollll ! EROOOOLLLLL ! »
Zut de zut de zut ! Il prit position sur ses deux pieds, réceptionnant une femme aux cheveux blancs en bataille et à la robe verte. Celle-ci lui allait jusqu'au début des cuisses et moulait parfaitement ses formes alors qu'il poussait un petit soupir en sachant pertinemment qui était cette personne. A chaque fois… Son arrivée se faisait ainsi.
« Bonjour à toi aussi Relia. Comment vas t-il ? »
« De qui est-ce que tu parles ? De ce type ? Je croyais te l'avoir annoncé : Je l'ai plaqué ! Je ne suis pas faite pour être avec un homme au final… Et je te préviens, je ne suis pas faite pour être avec une femme non plus ! »
« J'ai jamais dit ça ! Mais je vois que tu es toujours en pleine forme. Et les autres… »
« Nous sommes là… Erol… Nous ne pouvions oublier l'anniversaire de Danya et de Remye. De plus… Malgré notre faible nombre, nous n'avons que peu de travail ces derniers temps. »
C'était au tour de Testaline de se présenter à lui. Danya fit un petite mine boudeuse en voyant son père se faire assaillir par Relia, lui donnant un petit coup de pied dans la jambe. Elle commença à s'enfuir, poursuivie par Relia qui la traitait de petite peste en rigolant. Testaline… et les autres membres de l'ancienne Horoscopie. Quel était le nom de la nouvelle organisation ? Harmonia ? Oui… Ce n'était plus une organisation mais un regroupement d'une cinquantaine ou centaine personnes dont elle était la cheffe.
« Où devons nous déposer les cadeaux ? »
« Avec les autres… Je suis heureux de vous revoir… »
« Et moi donc… Mais plus le temps passe, plus tu vieillis… Alors que nous restons les mêmes et cela qu'importe les années qui s'écoulent. »
« Tu m'as vu grandir… Mais je pense que j'arrêterais de vieillir vers les trente ans. J'aurais la mentalité et la maturité nécessaire au rôle que je porte, non ? »
« Et comment vas ta mère ? Se laisse t-elle vieillir elle aussi ? »
« Hahaha ! Il le faut bien : Ca ne serait pas très sérieux que le fils de la reine soit plus vieux qu'elle ! Même si ce n'est que physiquement ! »
« C'est vrai que cela serait assez… bizarre dira t-on. Mais bon… Où devons nous installer si cela ne te dérange pas de me le dire ? »
Il indiqua le bout de la table. En parlant de celle-ci… Elle était immense ! Plusieurs mètres de longueur… Cela pouvait peut-être même se calculer en dizaines ? Oh… Ce n'en était pas loin. Il fallait dire que le nombre de personnes qui allait être présent aujourd'hui était important… TRES important.
« Erol ? Mon fils ? Est-ce que tu veux bien aider ta mère s'il te plaît ? »
Oups ! Il demanda à sa femme de bien vouloir s'occuper des nouveaux invités… ou plutôt nouvelles invitées puisque l'on pouvait remarquer qu'il n'y avait… aucun homme à part lui. C'était irréaliste et pourtant… Toute son existence avait été parcourue majoritairement par des femmes. Il eut un petit haussement d'épaules en y réfléchissant, se dirigeant vers la salle d'où provenait la voix de sa mère.
Elle aussi avait bien vieilli… Il fallait dire qu'elle allait maintenant sur ses trente-cinq ans… Ce n'était ni trop vieux, ni trop jeune… Un fruit mûr mais pas pourri… Hum… Elle portait une magnifique couronne dorée sur ses cheveux bleus, des dragons se dessinant sur une partie de la couronne. Deux boucles d'oreilles ressemblant à des perles rouges, une robe royale et raffinée sur le corps avec les épaules mises à nue, elle attendait que l'homme se rapproche d'elle avant de prendre la parole :
« Est-ce que tu pourrais me signaler combien de personnes nous allons avoir ? »
« Pfiou… Si c'est pour le gâteau… Considère le format grande famille avec les cousins, les cousins éloignés, la belle-famille, la famille venue des autres pays… »
« Un chiffre… me serait plus utile. »
« Je dirais une trentaine ou quarantaine environ. »
« Autant… Plus les années passent et plus je me dis que ce chiffre est immense. Et tout cela… Rien que des femmes. Vraiment… Toute ta vie, tu n'as connu que ça. C'est à se demander si tu ne serais pas devenu trop efféminé avec le temps. »
« Est-ce que la moustache me rend efféminé, Maman ? La première femme à barbe ne sera pas moi ! Enfin… Tout ça… Je devrais accueillir le reste des personnes. Je pense que Galixée et Miania ne vont pas tarder. Il reste aussi les membres de la Tétrarchie puis je pense que ça sera bon… Hum… Pour le gâteau, cela serait plutôt la trentaine au lieu. »
« Comme tu le souhaites. Je vais prévenir les cuisiniers. Tu peux t'en aller maintenant, je m'occupe du reste. »
« Une reine qui se préoccupe d'un gâteau… »
« Non… Une grand-mère qui se préoccupe de l'anniversaire de ses petits-enfants. »
Il toussa violemment comme pris d'une quinte de toux alors qu'elle le regardait en fronçant les sourcils. Il répéta le mot « grand-mère » avant qu'elle ne lui demande s'il y avait un problème avec ça. Oui ! Elle n'avait que trente-cinq ans physiquement et elle était déjà grand-mère ! Il préféra quitter la pièce avant de se moquer encore plus d'elle.
En quittant la pièce, il vit devant lui les cinq membres de la Tétrarchie. Comme celles d'Harmonia, elles n'avaient pas changé d'un poil, sauf peut-être Rayquina qui avait enlevé ses lunettes pour laisser ses yeux dorés apparaître au grand jour. Comme il s'en doutait, ce fut elle la plus expressive comparée aux quatre autres :
« Erol ! Je suis venue ! Enfin… Elles aussi… Mais je suis venue ! »
« Bonjour… Rayquina. Heureux de te voir… Mesdemoiselles… »
« Bonjour, Erol. Je vois que tu prends ton rôle de prince très au sérieux. »
« Si ce n'était pas le cas, je ne serais pas un bon prince. Comment vont les affaires situées au-dessus du peuple de cette planète, Dialisa ? »
« Elles vont très bien depuis qu'il n'y a plus Omega ou Galixée pour tenter de nous mettre des bâtons dans les roues et cela depuis dix années… »
« Et pour cela… Erol… Nous vous remercions… Nous ne l'avions jamais fait… car nous étions… trop arrogantes… ou supérieures… mais comme tu es… devant nous. »
Les quatre femmes s'inclinèrent devant lui, se mirent même à genoux, une main posée sur le cœur. Rayquina se mit rapidement devant elles, accomplissant le même geste avant qu'elles ne se relèvent toutes. Elles demandèrent où elles devaient se rendre, Erol leur indiquant une salle au bout du couloir, les quatre femmes partant sans rien dire à part Rayquina. Elle poussa un petit rire amusé avant de dire :
« Elles ont eu BEAUCOUP de mal à le dire. Je te promets qu'il m'a fallut du temps pour arriver à ce résultat ! »
« Tu n'étais pas obligée non plus ? »
« Pas obligée ? Sans toi, nous aurions été statufiées pour le reste de notre vie. Et vu le sacrifice pour notre libération et celui du monde, je trouve que c'est la moindre des choses ! »
« Rayquina… Je ne comprendrais jamais… comment tu peux être aussi différente des autres membres de la Tétrarchie. »
« Je crois que je me suis attachée à un ancien grand prêtre ! C'est à partir de là que je me suis dit que le monde était si… merveilleux ! Je suis très proche des gens de cette planète au final. Je ne pense pas que ça soit une mauvaise chose non ? »
« Pas du tout… C'est même bien mieux. Quand des êtres comme vous à la puissance démesurée font surface, il vaut mieux… qu'ils connaissent ce qu'ils côtoient. »
Exactement ! C'était pour ça qu'elle préférait rester dans les environs. Elle le remercia pour ses quelques paroles, s'éloignant de lui avec un grand sourire alors qu'il se demandait si tout le monde était venu ou non. En y réfléchissant bien… Il manquait quelques personnes… Très importantes elles aussi… Il s'approcha d'un garde, demandant si Omega était déjà venue. Il lui répondit que non et il poussa un profond soupir.
« Prévenez la princesse, la reine et les invitées que je reviens d'ici dix à quinze minutes. »
Oh que oui… C'était le temps minimum qu'il allait mettre. Il retira sa cape, la déposant au sol devant les deux gardes alors qu'il craquait ses deux mains. Il quitta le palais, se dirigeant vers un bâtiment blanc aux nombreux étages, pénétrant à l'intérieur. Plusieurs têtes se tournèrent vers lui, des sourires se dessinant sur leur visage :
« Elle se trouve au troisième étage. »
« Pardonnez mon intrusion… Ca ne sera pas très long. »
« Vous êtes le prince de Drakoni. Nous n'avons pas à vous pardonner. Vous pouvez faire ce que vous voulez ici… surtout pour une raison aussi importante. »
Il hocha la tête pour les remercier, prenant l'ascenseur. Deux minutes plus tard, le bâtiment s'était mis à trembler sur toute sa surface, des cris féminins couplés à ceux d'Erol se faisant entendre au troisième étage :
« J'AI DIS NON ! Je ne veux pas venir ! »
« Tu viens et tu te tais, Omega ! »
« J'ai du travail ! Ca ne se voit pas ?! Y en a qui bossent ici, Erol ! »
« Ne te moques pas de moi, tu n'as pas besoin de te forcer autant ! Et puis, ce n'est que pour une journée ! Arrête de faire l'enfant et suis-moi ! Remye adore parler avec toi de tout ces sujets scientifiques auxquels je ne comprends rien ! »
« Normal, t'es limité comme homme ! Comment pourrais-tu cerner une telle chose ?! »
« Bon, ça suffit. Tu viens, quitte à te forcer la main ! »
« Je… Je n'ai même pas une tenue correcte ! Mais lâche-moi ! »
Une fenêtre explosa au troisième étage, Erol tenant Omega par le bras. La jeune femme aux cheveux orange s'était laissé pousser une frange comme pour ressembler à son ancienne souveraine tandis qu'elle portait une tenue de laborantin. Dès qu'ils furent dehors, une voix cria de l'intérieur du bâtiment :
« On enverra la facture au palais pour les dégâts ! Et souhaitez un bon anniversaire à vos deux filles, prince Erol ! »
« Aucun problème ! Comme d'habitude ! Je ferais passer le message ! »
Omega émit un petit grognement pour dire qu'elle détestait se donner en spectacle de la sorte. A chaque fois, elle se faisait avoir de cette manière. Il ne lui laissait pas le choix ! Pourtant, elle n'avait pas du temps à perdre contrairement à lui ! Enfin… Si… Un peu… Pour ce genre d'évènements. Depuis dix ans… Elle s'était vouée à la science du royaume de Drakoni… Pour se racheter et se faire pardonner. C'était comme ça… qu'elle vivait dorénavant. Ils allèrent atterrir devant le palais, Erol faisant disparaître ses deux ailes avant de récupérer la cape que lui tendait l'un des deux gardes. Omega s'était mise à rougir de gêne : Il se donnait en spectacle alors qu'il était le prince ! A force, cela paraissait habituel pour les citoyens mais elle… Elle n'avait pas l'habitude justement ! En se dirigeant vers la salle où allait se passer l'anniversaire, il remarqua une jeune femme aux cheveux bruns. Elle portait une élégante robe dont les dessins faisaient penser à du magma en fusion.
« Héhéhé ! Encore réussi à la capturer ? Bravo Erol ! »
« Exelie ! Ca me fait plaisir de te revoir. Tu étais en retard… »
« Pas tant que ça. Tu viens à peine de ramener la dernière invitée. Tout le monde est là. »
« Oui, oui… Tu joues sur les mots du moment ! Bon et bien… Je peux te lâcher Omega ? Tu ne risques pas de t'enfuir si je le fais ? »
« Tsss… C'est bon… J'ai compris… Toute façon, maintenant que je suis là… Autant rester. »
« Et bien voilà ! Bon… Par contre, tu peux retirer ta tenue de laborantine. On doit bien avoir quelque chose pour t'habiller si tu le désires. »
« C'est bon, je reste comme ça. J'éviterais simplement de salir ma tenue en-dessous. »
Puisque tout le monde était prêt, alors il ne restait plus qu'à rentrer dans la salle. Il indiqua aux deux femmes de bien vouloir le suivre, se demandant si Galixée et Miania étaient déjà arrivées. Lorsqu'il pénétra dans la salle, deux jambes se posèrent subitement autour de sa tête alors que celle de Miania arrivait devant lui, à l'envers.
« Bonjour toi. Tu sais que la moustache te donne un certain charme. »
« Désolé mais les enfants de douze ans ne m'intéressent pas, mademoiselle Miania. »
« Je n'ai donc aucune chance avec toi ? Zut alors ! Et puis bon… Si ce n'est pas la mère qui y arrive, je peux toujours proposer la fille ? »
Elle sauta des épaules de l'homme aux cheveux noirs, venant atterrir devant lui alors qu'elle se prenait deux coups de pied de la part de Danya et Remye. Visiblement, même la petite fille aux cheveux blonds avait du mal à supporter Miania si elle s'amusait trop avec Erol. Une femme aux cheveux violets s'approcha de lui, deux couettes attachées par des rubans noirs alors qu'il la remarquait. Dès que ce fut le cas, elle s'était mise à rougir faiblement. C'est vrai… que depuis le temps, cette tenue la changeait complètement. Disons… que voir un décolleté dans une robe violette qui allait jusqu'au sol… C'était assez bizarre de la part de Galixée. Surtout avec la petite rose blanche plantée au niveau de la poitrine.
« Erol… Nous sommes venues… comme chaque année. Ma…man est toujours aussi expressive comme tu peux le voir. Tu vieillis de jour en jour… »
« Que veux-tu que je te dise ? Bientôt, ça ne sera plus le cas. Je vais arrêter de vieillir lorsque j'aurais trente ans. A partir de là, je pense que ça sera bon. Plus de raisons de vieillir, trente ans, c'est un bon âge. Dommage que vous ne puissiez pas vieillir. J'ai l'impression d'être différent à cause de ça… Enfin bon… Ce n'est pas trop grave. »
« Oh tu sais… Je pense que si nous le voulions, nous pourrions demander cela à Arcia. »
« La vieille ? Je ne sais pas… Bon, je vais arrêter de l'appeler comme ça car malgré son âge, nous dirons qu'elle est encore très fraîche et belle. »
« Tu fais… bien, Erol… »
Elle regardait quelque chose derrière lui et il comprit tout de suite qu'Arcia se trouvait là. Elle tapota légèrement le dos de son crâne comme on le ferait avec un animal alors que tout le monde allait s'installer à la table. Vraiment… Il n'y avait personne… à part lui… en tant qu'homme. Cela avait un aspect assez effrayant dira t-on ou alors… intéressant ? Il se retrouva assis en bout de table, à côté de sa femme et de sa mère tandis que Remye et Danya étaient face à face à une chaise de la mère et femme d'Erol. Tous les convives étaient présents, il ne manquait personne… Vraiment personne… Sauf trois… d'entre elles. Il toussa légèrement, demandant aux personnes présentes de se taire. Toutes savaient pourquoi il prenait la parole.
« Je ne serais pas très long… Loin de là même… Encore aujourd'hui, je vous remercie d'être toutes présentes parmi nous pour l'anniversaire de mes deux filles. Avec chacune d'entre vous êtes un pan de ma vie, j'ai vécu des choses merveilleuses et je ne pourrais jamais les oublier. Et c'est pour cela que je vous parle maintenant… Car je ne veux pas oublier… Et vous savez très bien… que c'est votre cas aussi. Pour certaines d'entre vous, vous n'êtes pas concernées… mais je sais que vous n'en pensez pas moins… A toutes ces femmes… qui sont mortes… Vami… Sizé… Winy… Hela… Et toutes les générales de l'Horoscopie… Il y a beaucoup de personnes que j'aurais aimé… voir aujourd'hui à cette table… mais nous ne pouvons que garder une minute de silence pour elles… »
Il ferma les yeux, allant se rasseoir sur sa chaise alors qu'il s'immobilisait. C'était comme ça… depuis dix ans… Maintenant qu'elles avaient sept ans, les deux jeunes filles comprenaient à quel point leur père avait été touché par ces différentes personnes… même si elles ne savaient pas exactement ce qu'il voulait dire par là. Une minute passa, chacun restant parfaitement muet durant tout ce temps avant qu'il ne reprenne la parole :
« Je crois qu'il est maintenant l'heure de ramener le gâteau, n'est-ce pas ? »
« Je vais prévenir de suite, le cuisinier pour sa… »
« Il arrive, je l'entend au loin. Je me demande si ce gâteau sera aussi bon que les précédents. »
« Hum… J'oubliais à quel point Galixée était gourmande. »
La jeune femme à couettes violettes détourna le regard sans rien dire aux paroles du prince. Miania émit un petit rire alors que la porte s'ouvrait, deux personnes en toque de cuisinier poussant sur un chariot un gâteau des plus impressionnants. Rayquina, Galixée et Miania se dirigèrent vers eux, utilisant leurs pouvoirs psychiques pour déposer l'immense gâteau aux sept bougies au beau milieu de la table. Danya l'observa en se léchant les babines tandis que Remye semblait impressionnée par le gâteau.
« Danya… Tu restes assise… Et tu te calmes s'il te plaît. Ca me fait penser… Tu veux le dire maintenant ce que tu veux pour ton anniversaire ? Et toi Remye ? »
« Pas avant d'avoir soufflé les bougies ! »
« Je crois que ça pourra attendre, Père. »
Soudainement, les deux petites filles furent soulevées par une force psychique impressionnante, Miania ayant ses yeux devenus entièrement roses. Qu'est-ce qu'elle était en train de faire ? Danya émit un petit rire alors que Remye ne faisait que sourire. Elles se retrouvèrent à la hauteur des sept bougies, Miania disant :
« Je pense qu'il est grand temps de faire le chant ? Et de laisser les deux filles souffler leurs bougies ? Ce n'est pas une mauvaise idée ? »
« Si c'est ce que tu veux… Alors, je commence et tout le monde suit ? »
Erol s'était relevé, rapidement accompagné par sa femme et sa mère avant de se mettre à chanter l'hymne. Autant dire qu'avec toutes les personnes à l'intérieur, cela ressemblait plus à un chœur qu'à une simple chanson d'anniversaire. Dès qu'elle fut terminée, les deux filles soufflèrent en même temps sur les bougies, les éteignant ensembles. Tout le monde commença à les applaudir, Miania les faisant revenir sur leurs chaises.
« Et bien… Devons nous commencer par les cadeaux ? Ou alors le gâteau ? Aux deux filles de décider… Peut-être que Danya et Remye veulent dire ce qu'elles aimeraient de la part de leurs parents ? »
« D'abord Remye ! Moi je le dirais après ! »
Hum ? C'était assez spéciale… de voir Danya laisser la place à sa sœur jumelle mais bon… Remye s'était mise à baisser la tête, comme légèrement honteuse de demander une telle chose. Elle murmura d'une voix à peine audible :
« J'aimerais voir… plus souvent… le travail d'Omega. »
C'était une demande plutôt particulière mais en y réfléchissant bien… Il avait pourtant signalé à la jeune femme aux cheveux orange que Remye était intéressée par tout ce qu'elle disait. Plusieurs têtes se tournèrent vers la laborantine, attendant qu'elle réponde à la jeune fille. Même si certaines n'avaient pas entendu, le message était rapidement passé. Omega souleva les épaules comme pour se dire qu'elle n'avait pas le choix. Elle signala que cela ne lui posait aucun problème et que c'était même une très bonne idée.
Maintenant… C'était au tour de Danya et toutes les têtes étaient dirigées vers elle. Devant tant de yeux, elle s'était mise à rougir avant de prendre une profonde respiration. Elle n'allait pas manquer de courage maintenant. Elle se leva alors qu'Erol prenait son verre, le portant à ses lèvres. Les boissons avaient déjà été distribuées auparavant. Danya prit la parole d'une voix enjouée, se dirigeant vers lui :
« Moi je veux que quand je serais grande… Je sois l'épouse de Papa ! »
Il cracha le liquide qu'il avait dans la bouche, certaines femmes venant de faire pareil alors qu'il tournait son visage vers Arcia. Danya alla l'embrasser sur la joue avec un grand sourire alors que personne n'osait prendre la parole. Il demanda à la déesse-mère :
« J'ai une question… Est-ce que vous ne m'aviez pas dit… que leurs deux âmes avaient disparu… complètement. Alors pourquoi ? »
La femme aux cheveux argentés parue confuse, chose qu'il remarqua pour la première fois alors qu'il attendait une réponse de sa part. Elle souffla :
« Je t'avoue que je me dis des fois qu'il y a des choses que même moi, je ne peux changer. A croire que malgré mon statut de déesse-mère, je ne suis pas parfaite. »
« J'ai remarqué ça… Enfin bon… Ce n'est pas si grave que ça. Ce ne sont que les paroles d'une enfant, n'est-ce pas Danya ? »
« Oui Papa ? Qu'est-ce qu'il y a ? Sinon… Tu vas devoir attendre quelques années d'accord ? Je ne suis pas aussi grande que Maman alors je ne peux pas devenir ta femme tout de suite ! Tu m'attendras d'accord ? Promis ? »
« Je te le promets… Tu n'as pas à t'en faire. »
Il observa le visage de Mylidie, lui disant du regard qu'elle n'avait pas à s'en faire. Il rigola légèrement alors qu'Arcia reprenait la parole :
« Si tu veux un bon conseil, Erol, je te conseillerais de te méfier de ta petite fille d'ici quelques années si tu vois ce que je veux dire… Je crois qu'il y a vraiment des choses que je ne peux pas contrôler. Je ne sais pas si je dois être déçue… »
« Moui… Enfin… Bon… Danya a encore le temps avant d'être une dame comme sa maman, n'est-ce pas ? On ne va pas s'inquiéter pour si peu ! »
« De quoi, inquiet Papa ? Tu es inquiet à quel sujet ? On peut manger le gâteau maintenant ? Et puis les cadeaux ensuite ? Enfin ! Je ne veux pas manger les cadeaux ! Mais les ouvrir ! »
« Alors il n'y a pas de temps à perdre. Coupons donc le gâteau. Qui veut se charger de tout ça ? Peut-être Galixée ? Ou Miania ? Puisqu'il faut réussir à éviter de le faire s'effondrer. »
« Ne t'en fais pas pour ça, je m'occupe de tout ! »
Miania s'était redressée, ses yeux se fermant avant de se rouvrir, laissant voir des pupilles roses. Pendant qu'elle s'amusait à manipuler les couteaux et les assiettes pour couper des parts de gâteau et les distribuer, Erol observait sa petite fille aux cheveux blancs. Danya… n'était peut-être pas vraiment repartie au final ? Tout s'était terminé… mais tout n'était peut-être que le prélude à un nouveau commencement ? Oui… Peut-être… Mais pour aujourd'hui, toute sa vie actuelle lui suffisait amplement. Il serra la main de sa femme sous la table, lui émettant un grand sourire avant de lui dire qu'elle était vraiment jolie aujourd'hui. Elle s'était mise à rougir, se disant qu'il n'avait guère l'habitude de la complimenter en public. Sa vie… Il allait la rendre parfaite… grâce à ces personnes présentes autour de lui. Il observa Danya qui commençait à s'empiffrer… La femme aux cheveux blancs… n'était jamais réellement partie. Il était… tout simplement heureux.
