« Je te crois fiston. »
Je soupire de soulagement, le fait que l'homme, que je considère comme mon père, ait toujours confiance en moi me rassure et je suis plus confiant pour ce qui va se passer maintenant. Et puis malgré tous les évènements, j'ai besoin de savoir que je peux compter sur lui comme j'ai pu le faire dans le passé. Il a été là à la mort de maman, quand mon père nous a renvoyés sur le continent, lors de l'entraînement à Coronado, pendant les coups durs en missions, quand j'ai été emprisonné pour le meurtre du gouverneur, lorsque j'ai été fait prisonnier par Wo Fat en Corée. Il me dit qu'il me croit alors qu'il ne sait rien, il a seulement les informations que je lui ai données, c'est-à-dire presque aucune. Mais je n'ai pas eu le temps de lui expliquer avant que les gardes arrivent pour m'emmener. Il m'accorde une confiance que je ne suis même pas sûr de mériter.
Je suis amené dans une voiture blindée, attaché à un banc, pieds et mains liés. Ils ont vraiment peur que je m'enfuisse. Je suis étonné lorsque Joe monte dans le véhicule et s'approche de moi. Il pose simplement une main sur mon épaule et me dit :
« Tiens le coup fiston. »
Quelqu'un lui demande de sortir. Il m'accorde un dernier regard et s'en va. Plusieurs gardes armés montent à leur tour, et nous commençons alors à partir. Je ne sais pas où nous allons mais je sais ce qui va se passer là-bas et je suis plutôt inquiet. J'ai déjà entendu parler des militaires dégradés publiquement, c'est une humiliation terrible.
Tout à coup j'entends un bruit qui ressemble à celui que fait le moteur d'un hélicoptère et la voiture freine brusquement. Je suis projeté en avant, et je sens alors les liens s'enfoncer dans ma chair. Des coups de feu sont échangés à l'extérieur et tout à coup la porte s'ouvre. Des hommes cagoulés entrent, tenant un des militaires en joue.
« Déposez vos armes, détachez McGarrett, ou on tue votre ami. »
Les gardes, qui m'accompagnent, obéissent et l'un d'eux s'approchent de moi. Pendant qu'il me détache, il me murmure :
« T'avais tout prévu, hein McGarrett. C'est à eux que tu vends tes amis ? Tu as tout avoué car tu avais prévu de t'échapper ? Je te jure que si je te recroise, je te mettrai moi-même une balle entre les deux yeux. »
J'entends clairement la haine dans ses paroles et je ne lui en veux pas. Si les rôles étaient inversés, j'agirais de même. En fait non, je pense que je lui aurais déjà tiré dessus. Lorsque je suis détaché, je me lève doucement à cause de mes blessures. Puis je me dirige sur le bord du camion et je descends. Un hélicoptère est posé en travers de la route. Un des hommes cagoulés s'approche de moi et me fait signe de le suivre jusqu'à l'appareil. Je rentre rapidement dedans et je vois alors Jonathan me sourire :
« Tu t'attendais pas à ça ? Mais tu sais très bien qu'on n'abandonne jamais les nôtres. »
J'esquisse un sourire, c'est vrai que dans les Seals, on n'abandonne jamais les nôtres, on fait toujours tout notre possible pour rentrer tous à la maison, mais ce n'est malheureusement pas toujours le cas. Par le passé, il m'est arrivé quelques fois de devoir laisser un homme derrière, et chacun d'eux me hantent encore aujourd'hui. En fait surtout un, Freddie Hart, j'ai dû laisser mon meilleur ami, mon frère en Corée du Nord, j'ai dû annoncer à sa femme enceinte qu'elle ne le reverrait plus jamais, que son bébé grandirait sans son père, qu'elle n'aurait aucun corps à enterrer puisque j'avais été incapable de le ramener. Et ce qui me fait sentir encore plus coupable, c'est que c'est moi qui lui ai demandé de m'accompagner, c'est moi qui ai pris cette responsabilité, et c'est lui qui l'a payé de sa vie.
J'essaye me reconcentrer, et d'oublier la douleur qui est autant physique que psychologique, car je sais que le cauchemar ne fait que commencer. Maintenant je vais avoir tous les militaires américains sur le dos, ils vont me traquer comme j'ai poursuivi les pires des criminels dans le passé car pour eux, je suis un homme qui a commis des meurtres horribles et qui a trahi son pays. Je ne reverrai plus Danny, Kono, Chin, Grace, ma petite sœur, Catherine, Joe. Je suis presque seul maintenant. Je n'ai pas ressenti ça depuis la mort de Freddie et celle de mon père.
Je ne peux m'empêcher de repenser aux moments que j'ai partagés avec chacun d'eux, les bières, la pêche et les matchs de foot avec Chin, les disputes en voiture avec Danny, le surf avec Kono, les câlins de Grace, mes moments d'enfance que je peux revivre grâce à Mary, simplement m'asseoir sur un canapé avec Catherine et profiter de la présence de l'autre, en sachant que nous risquons tous les jours nos vies. Tout cela va me manquer plus que tout au monde, mais je ne peux pas faire demi-tour. Ce qui est fait, est fait et je ne peux pas changer le passé.
Et puis je sais que ça va leur causer beaucoup de tort. Les enquêtes que j'ai faites avec le 5-0 vont être rouvertes, des criminels vont sûrement être libérés. Et puis l'équipe va sûrement être dissoute et ils vont perdre leur crédibilité au sein de la police. Le gouverneur qui nous a protégés, va sûrement être placé sur la sellette à la prochaine élection. Les membres de l'unité de Seals que je commandais vont être mis à l'écart. Joe va sûrement avoir des problèmes avec la NAVY car c'est lui qui m'a formé, il a tout fait pour me protéger et il l'a encore montré lorsqu'il est resté avec moi dans la cellule. Catherine, qui est ma petite amie, ne va peut être pas pouvoir rester au service de son pays et elle ne pourra pas avoir de promotion. Tous ceux qui m'ont aidé vont avoir des problèmes. Et je me sens tellement coupable mais je n'avais pas le choix.
