POV Joe White
Nous rentrons dans la tente, et je vois alors le fils de mon meilleur ami allongé à même le sol, les mains attachées dans le dos par des menottes. Il est torse nu, et la pâleur de sa peau est intensifiée par les nombreux hématomes qui lui recouvrent la poitrine et le ventre. Son pantalon est déchiré au niveau du mollet et laisse entrevoir un pansement de fortune.
Je m'approche de lui, et je m'agenouille pendant que Wade part chercher les clés des menottes. Où veulent ils qu'il aille dans cet état ? Je secoue la tête, médusé par ce que je vois. Tout le monde dit que les Seals sont une grande famille, et voilà le résultat. Je pose la main sur l'épaule de Steve, et la secoue doucement pour essayer de le réveillé. Au bout de quelques minutes, il recule, en serrant les dents alors que je vois une grimace apparaître sur son visage. Je prends alors doucement la parole, tout en posant une main dans ses cheveux :
« Chuut fils, nous ne te ferons aucun mal. »
Il ouvre alors les yeux, et me regarde étonné pendant un instant. Il essaye alors de se mettre sur le dos, mais je l'en empêche :
« Doucement, Wade est parti cherché les clefs des menottes. Il va bientôt revenir. »
Il arrête alors son geste, et reste sur son côté :
« Comment te sens tu fils ?
- Bien…monsieur. »
Je secoue la tête, je suis sûr qu'il ne se sent pas bien. Mais sa réponse me rassure, il y a seulement quelques rares fois il a avoué se sentir mal, et je donnerais tout pour ne pas revivre un de ces évènements. Je vois qu'il lutte contre le sommeil, je m'apprête à lui dire de se laisser aller quand j'entends du bruit hors de la tente. Je vois alors apparaître Wade avec les clés. Nous détachons rapidement Steve, il se crispe au moment où ses bras sont enfin libres, avant de se détendre totalement. Il s'est évanoui.
Le commandant Gutches commence alors à sortir des fournitures médicales du sac, tout en me demandant :
« Comment va-t-il ?
- Il m'a dit qu'il allait bien, mais je suis sûr qu'il ment. Je suis certain qu'il a une ou plusieurs côtes cassées au vu du sifflement quand il a parlé. Il a pris plusieurs coups à la tête, et il n'est pas resté assez conscient pour écarter une commotion cérébrale. Le reste c'est à nous de le découvrir maintenant. »
Il hoche simplement la tête, et nous nous préparons pour soigner l'homme que je considère comme un fils. Il nous faut pratiquement une heure pour passer en revue et nettoyer toutes les blessures, recoudre sa jambe et sa plaie à la tête, passer de la pommade sur les hématomes et brûlures, immobiliser ses côtés, remettre en place son épaule déboîtée, commencer à le réhydrater, et enfin lui donner des antibiotiques et des vitamines en IV. Il commence à développer une fièvre, et nous savons à quel point cela peut-être mauvais. Une fois tout cela fini, nous restons agenouillés à ses côtés, immobiles à regarder le jeune homme inconscient. Je ferai n'importe quoi pour arrêter son cauchemar dès maintenant, le faire rentrer à Hawaii et qu'il puisse reprendre le court normale de sa vie.
Wade brise le silence qui commence à peser dans la tente :
« Il faudra que l'un de nous reste en permanence avec lui. »
Oui, pour pouvoir le surveiller et éviter que son état empire mais surtout pour empêcher que les autres lèvent encore une fois la main sur lui. Les heures passent lentement et finalement la nuit tombe. Nous avons fait installer deux lits de camp et nous avons allongé le jeune commandant sur l'un d'eux. Nous vérifions une fois de plus les constantes de Steve, qui est toujours inconscient. Une fois cela fait Wade se lève et me dit :
« Je vais vérifier le commandant Neil. Je suppose que tu veux rester avec lui cette nuit. »
Je tourne la tête pour regarder un instant le visage de mon ancien élève. Non, il n'y a aucun moyen pour que je le laisse seul à nouveau, ici et sans défense. Je quitterai son chevet quand je serai sûr qu'il n'aura plus besoin de moi ou alors quand il me le demandera mais pas avant. Je ne referai pas deux fois la même bêtise. Et je me promets que quand il se sera remis de cette épreuve, je l'amènerai voir Shelburne. Wade comprend mon silence et pose simplement sa main sur mon épaule, tout en faisant un geste de la tête.
Je vais me coucher sur l'autre lit de camp environ une heure après le départ du commandant Gutches. J'ai l'impression de mettre endormi il y a seulement quelques minutes quand je suis réveillé par un bruit inconnu. Je regarde autour de moi un instant, essayant de localiser sa source quand je comprends que Steve est en train de tousser mais il est allongé sur le dos, incapable de se tourner sur le côté. Je me précipite vers lui et l'aide à se redresser, il faut plusieurs minutes avant que la toux ne cesse, laissant le fils de mon meilleur ami, épuisé. Je me place derrière lui, et le laisse s'appuyer contre moi pendant que je porte un verre d'eau à sa bouche. Il boit seulement quelques gorgés avant de détourner la tête. Je pose le récipient sur le sol, près de nous.
Steve ne semble pas vouloir bouger et nous restons pendant plusieurs minutes dans cette position. Je le sens se détendre doucement dans mes bras. Je suppose qu'il s'est endormi, je commence alors à me relever quand la voix rauque de l'homme que je tiens dit :
« Non… »
Je suis surpris par le son, c'est comme une plainte, presque une supplication. Steve a simplement peur de se retrouver à nouveau seul contre tous.
« Chut Steve, je suis là. Je ne te quitterai pas, je te le promets. »
