Sur un air de « Angels », de Within Temptation.

Blinded by faith
I couldn't hear
All the whispers
The warning's so clear

Ma semaine se passa remarquablement normalement au Ministère. J'en profitais pour mieux faire la connaissance d'Emily qui me présenta également de nombreux autres collègues. Carol semblait s'être fait une raison, et ne poussait même plus de soupirs exaspérés lorsque j'entrai dans la même pièce qu'elle, ce qui constituait en soi un progrès notoire.

Je ne revis pas Harry, à part de très loin. J'avais fini par avouer à Emily qu'on s'était embrassés en cinquième année, et même si elle n'aborda plus le sujet par pudeur, elle me fit comprendre par sous-entendus qu'elle n'était pas dupe elle savait que je ressentais encore quelque chose pour lui. Je déjeunais maintenant tous les jours avec Emily, et j'avais eu l'occasion de me rapprocher d'elle ; cela me faisait du bien d'avoir une amie sur mon lieu de travail.

En revanche, je croisai quelqu'un d'autre au détour d'un couloir, en allant récupérer des documents au service à l'étage …

- Oh, Cho ?

- Hermione ? Oh, ça faisait tellement longtemps ! m'exclamai-je.

D'une banalité affligeante, mais je ne savais absolument pas quoi dire d'autre. Du reste, Merlin me pardonne, nous n'avions jamais réellement été amies. Je remarquai bien qu'elle avait l'air soucieuse, mais cela me paraissait une question bien trop personnelle que de m'informer de la cause de ses cernes. Je n'étais pas sûre qu'elle apprécie « Oh Hermione, tu as vraiment un teint affreux et des yeux violacés, pourquoi donc tant de souci ? ». Manque de délicatesse, il me semble.

- Heu … Que deviens-tu … ici ? me demanda-t-elle.

Je l'informai du poste que j'avais obtenu la semaine passée – du reste, Stewart m'avait annoncé la veille que ma période d'essai était terminée et que j'étais une bonne recrue – et je fis semblant de ne pas savoir qu'elle travaillait au Département de la Justice Magique.

Finalement, nous nous quittâmes sur des vagues excuses dans le genre « Ravie de t'avoir revue, tu m'excuses, je suis pressée, j'ai pleeeein de boulot ! » pour abréger une conversation qui aurait pu être gênante et nous partîmes dans des directions opposées.

oOo

Tiens, cette petite pintade … Je n'arrivais pas à croire qu'elle avait obtenu un poste au Ministère ! Affligeant. Désespérant, même, si vous voulez mon avis. Je ne l'avais jamais vraiment détestée, je la trouvais simplement beaucoup trop superficielle. De plus, pardon Merlin, je doutais de ses réelles capacités au travail … La question de savoir si Harry était au courant m'effleura l'esprit. Mais bon, ainsi soit-il, j'avais de toute façon d'autres soucis en tête.

Par exemple, le procès de Drago Malefoy. J'adorais vraiment mon travail, qui me permettait en quelque sorte de rendre justice après l'affreuse guerre qui s'était déroulée, notamment l'année de mes dix-sept ans. Cela m'avait tellement marquée que j'avais souhaité faire en sorte que ça ne puisse plus jamais se reproduire.

Cependant, c'était dans des moments comme ça que je doutais de moi et que j'aurais largement préféré travailler dans un autre Département, qui m'aurait sans doute moins atteinte émotionnellement. J'avais toujours détesté Drago Malefoy. Non, réflexion faite, je le méprisais ; il avait toujours été trop lâche, trop plein de préjugés, trop … tout ce qui je dépréciais dans la vie. Il représentait purement un monde opposé au mien, que j'avais donc renié par nature, pour ce qu'il était. Je n'avais jamais compris les valeurs particulières qui animaient Malefoy. Et j'avais dû gérer son procès, il y avait à peine trois mois. Peut-être avais-je été injuste envers lui ? Peut-être n'avais-je pas réussi à prononcer objectivement sa peine ? J'avais réellement eu besoin de l'aide de Harry … Il avait à ce moment-là occupé la place de chef du jury, pour m'éviter d'avoir à prendre cette décision difficile, et surtout pour m'éviter d'avoir à prononcer le verdict final dont tout dépendait.

Des images très vives du procès remontaient à mon esprit. Moi, très silencieuse et engoncée dans ma robe noire stricte. Harry, qui prononçait la sentence. Les mots me revenaient naturellement, je ne les avais jamais oubliés : « Moi, Harry Potter, je condamne l'accusé ici présent, répondant au nom de Drago Malefoy, à deux ans de travaux d'intérêts généraux, son irresponsabilité partielle devant ses actes ayant été établie précédemment ; ces travaux seront effectués à l'Hôpital Sainte-Mangouste pour les maladies et blessures magiques, à compter de lundi prochain. Monsieur Malefoy est donc considéré à partir de ce moment même comme étant en liberté conditionnelle. S'il ne se soumet pas aux conditions énoncées dans ce procès par le Magenmagot, il retournera en prison. »

L'attitude de Malefoy avait été étrange : il n'avait pas voulu d'un avocat pour se défendre. Il s'était d'ailleurs assez peu défendu, semblant plus abattu et fataliste qu'autre chose. Il n'avait pas eu de réaction notable lorsque la sentence avait été prononcée. Il regardait droit devant lui, le regard fixe, que je n'aurais su qualifier de résolu ou de perdu.

J'avais peur d'avoir été injuste, pour la première fois de ma vie. D'avoir été trop dure ou pas assez dure, dans mon souci de ne pas l'être trop, justement. Je ne savais plus, comme cela ne m'était jamais arrivé auparavant. Du reste, la culpabilité de Malefoy n'avait pas été clairement établie. S'il n'avait pas été condamné à de la prison, c'était justement parce que nous n'avions aucune preuve qu'il ait un jour commis un meurtre ou torturé quelqu'un. Dans son cas, tout n'était que pure supposition et cela me rendait folle.

J'avais besoin de parler à Harry. Lui me comprendrait, il avait également eu des doutes dans sa vie en tant que chef adjoint du bureau des Aurors. Quelques minutes plus tard, mon poing allait donc frapper contre la lourde porte en bois de l'antre de mon ami. L'endroit où il passait le plus clair de son temps, tout particulièrement depuis ces derniers mois.

- Entrez.

Emily Swann, sa secrétaire que je connaissais de vue, m'introduisit ensuite dans son bureau. Je vis le visage de Harry s'éclairer à ma vue, ses lèvres formant un large sourire.

- Hermione … Justement j'avais envie de te voir !

- Ah bon ? fis-je. Moi je voulais te parler. (J'attendis qu'Emily referme la porte avant de poursuivre :) Ça concerne Drago Malefoy.

- Je suis tout ouï … Justement, moi aussi je voulais quelque chose le concernant. Mais je te laisse commencer, tu as l'air vraiment soucieuse.

- Oh c'est rien … je bafouillai. Comme d'habitude, tu sais.

Je m'étais juré de rester évasive et détachée, comme si tout cela ne me concernait que de très loin, mais je lâchai d'un seul coup tout ce que j'avais retenu pendant bien trop longtemps, n'omettant aucun détail. Quelques larmes coulaient sur mes joues, mais en bon ami, il ne releva pas. Il se contentait de m'écouter attentivement, un bras passé autour de mes épaules, hochant la tête de temps à autres, faisant quelques vagues commentaires pour m'inciter à poursuivre.

Je me sentais soudain très bien, comme soulagée d'un poids, alors même qu'il n'avait pas encore suggéré de solution. J'étais de nature très réservée et j'avais tendance à oublier les bienfaits que pouvaient avoir quelques confidences, spécialement quand elles étaient faites à la bonne personne …

Ce ne fut qu'après cette effusion, un peu gênante avec le recul, que je m'aperçus de l'élément intrigant dont il voulait me parler : sur son bureau reposait une lettre à moitié ouverte. Harry avait conservé l'enveloppe où il était inscrit « Monsieur Harry Potter, Département de la Sécurité Magique, chargé de la gestion des Aurors. À celui qui m'a condamné. »

Mon ami pointa de l'index la signature, m'invitant à l'observer, et à travers les larmes qui m'embuaient encore les yeux, je lus nettement, comme une incroyable coïncidence : « Drago Malefoy ».

Quelque chose qui répondrait à mes nombreuses interrogations, ou m'embrouillerait encore plus ? Je ne le savais pas encore …