Disclaimer : L'univers HP appartient à JKR.
Ce chapitre fait vraiment office d'interlude, avec un point de vue inédit dans la fic, pour mieux comprendre ce qui se trame en arrière-plan... D'habitude la musique sert juste d'intro optionnelle, mais là je me suis beaucoup plus appuyée dessus.
Sur un air de Green Day
Trois mois plus tôt.
Boulevard of Broken Dreams.
I walk a lonely road, the only one that I have ever known
Don't know where it goes, but it's home to me and I walk alone.
I walk this empty street, on the boulevard of broken dreams
And the city sleeps and I'm the only one and I walk alone …
I walk alone, I walk alone …
C'était un moment assez étrange. Drago ne se souvenait pas d'avoir déjà ressenti quelque chose comme ça. Une sorte de lassitude teintée d'une sorte d'appréhension envers le futur.
Il n'avait pas peur, non. Il était juste seul. Son ombre se découpait sur le sol, et il songea non sans ironie que ce serait la seule qui l'accompagnerait toujours, quoiqu'il fasse, si fidèle.
Il marchait dans une allée de Londres qui lui était fortement familière pour l'avoir beaucoup arpentée étant petit. Cela lui rappelait tant de souvenirs avec ses parents … Pourtant, il n'était pas nostalgique de cette époque qui commençait à lui paraître si déconnectée de ses préoccupations actuelles. Et puis pouvait-on dire qu'il avait été heureux à ce moment ? C'était beaucoup dire, franchement, bien qu'il n'ait jamais été effrayé puisqu'il restait dans la confortable inconscience de l'enfance … Éternel paradoxe.
La rue était déserte, ce qui lui donnait un air passablement inhabituel à cette heure de la journée. Huit heures sonnèrent au clocher de l'église que le jeune homme pouvait apercevoir en contrebas. Une musique rythmée s'échappait d'une petite maison miteuse à sa gauche. La seule touche de couleur venait de panneaux jaune et orange de travaux moldus.
Ses pensées avançaient plus vite que ses jambes, se bousculaient même. Peut-être aurait-il le courage d'assumer ses actes et de mener une vie paisible, maintenant ? Cette rue était le symbole que sorciers et Moldus pouvaient cohabiter sans s'entretuer c'était sans doute la preuve qu'il fallait encore y croire, pour peu que chacun fasse preuve d'un peu de discrétion et de respect.
La guerre était finie et bien finie désormais Voldemort – Drago frissonnait toujours en songeant à ce surnom terrible – avait été renversé. Mais la guerre intérieure qui faisait rage à l'intérieur de l'ancien Serpentard ne faisait que commencer.
Il avait plusieurs choix. Aller tranquillement à son procès et assumer. Annoncer que non, il n'avait tué personne de sa propre baguette mais qu'effectivement, des gens étaient morts par sa faute, parce qu'il avait fermé les yeux alors qu'il savait ce qui se passait, qu'il avait été trop lâche pour parler et se rebeller. Ou alors, s'enfuir à l'étranger et mener une vie reculée le temps que tout le monde l'oublie. Personne ne le regretterait, il n'avait de toute façon plus personne ici, et il échapperait peut-être ainsi à la justice qui le rattrapait à grands pas … C'était presque trop facile, cette solution lui tendait les bras comme une confiserie qui lui promettrait des merveilles. Un délice avec une pointe d'acidité.
Drago songea soudain à Blaise Zabini, l'un de ses amis qui s'était engagé près de Voldemort, qui avait combattu pour lui et qui était mort pendant la bataille finale en juin dernier. Trop jeune. La faute d'un sorcier doué et ambitieux qui l'avait manipulé, utilisé comme un jouet, puis avait détruit sa vie sans le moindre remords. Le recul lui faisait voir les événements sous un jour nouveau.
Sa décision était prise : il irait au procès. Ne serait-ce que pour honorer le souvenir de Blaise, ce n'était pas le moment de fuir. Même si c'était Potter qui devait le juger – il avait entendu que son ennemi de toujours travaillait désormais au Ministère de la Magie – il accepterait la sentence. Il s'en sortirait peut-être avec de simples travaux d'intérêts généraux, qu'il effectuerait. Ce ne serait sans doute même pas si terrible. Il était temps de combattre sa légendaire lâcheté. Il soupira, non pas de désespoir, mais parce qu'il sentait comme un énorme poids s'échapper de ses épaules et s'envoler à tout jamais vers le ciel qui s'obscurcissait. Finalement il n'était peut-être pas si difficile de prendre une décision, il venait de le faire … Et c'était plutôt libérateur !
Il s'achèterait un appartement pour commencer sa nouvelle vie. Peut-être même dans cette rue. Sans prétention, simple et tranquille avec ses lampadaires moldus qui dispensaient une lumière un peu blafarde sur les murs et les pavés sombres. Elle lui ressemblait en fait. Un véritable boulevard des rêves brisés qui l'accueillerait.
Mais avant, il devait aller autre part régler une dernière chose avec sa conscience.
Le lendemain matin …
L'aurore se levait à peine lorsque Drago arriva à l'endroit où il avait l'intention d'aller.
Wake me up when September ends.
Summer has come and past
The innocent can't have their last
Wake me up when September ends.
Like my father has come to pass
Seven years has gone so fast
Wake me up when September ends.
It comes the rain again
Falling from the stars
Drenched my pain again
Becoming who we are
As my memory rests
But never forget what I lost
Wake me up when September ends.
Un cimetière se dressait devant lui, avec ses tombes classiques de marbre gris où étaient inscrits des noms en pagaille, entourées de fleurs qui fanaient tristement. Des noms qui ne signifiaient plus rien … Des noms d'innocents qui étaient morts parce que des personnes comme Drago n'avaient pas eu le courage de se dresser contre leur Maître. Beaucoup avaient été maintenant oubliés dans l'inconscient collectif, mais certainement pas par leurs proches. Une légère pluie glacée tombait, mais le jeune homme n'y faisait guère attention.
Sur l'une des tombes de marbre gris ordinaire était inscrit le nom de Blaise Zabini.
L'été était bel et bien fini, et tandis que des feuilles mortes voletaient doucement autour de lui, Drago Malefoy rentra une dernière fois au manoir familial, ne voulant pas s'attarder dans un lieu aussi triste – il n'avait jamais aimé les cimetières. Il ne pleurait pas, il était juste déterminé comme jamais il ne l'avait été auparavant. Une sorte de résignation s'était emparée de lui, lentement mais sûrement. Il irait à son procès, se défendrait lui-même, sans l'aide d'un minable assistant de la Justice Magique qui rêverait intérieurement de le voir croupir sous les barreaux, et il convaincrait le jury, naturellement. Il n'irait pas à Azkaban, ce n'était pas nécessaire, c'était un sort réservé aux meurtriers … Et peut-être qu'après le procès, il aurait le courage d'écrire une lettre à son juge, à celui qui l'aurait condamné. Le courage, une qualité qu'il avait sous-estimée.
« Il n'est peut-être pas trop tard … »
