Disclaimer : L'univers HP appartient à JKR.

Bonne lecture, j'espère que ce petit chapitre vous plaira !


Sur un air de « With or Without you », de U2.

Through the storm, we reach the shore

You gave it all but I want more
And I'm waiting for you

Cela faisait tellement longtemps que tout allait bien entre Ginny et moi que ce jour-là fut comme un coup de massue. Elle vint me voir au bureau, ses cheveux roux volaient autour de son visage à cause de la colère …

- Tu te rends compte ? Je suis la femme du responsable adjoint du bureau des Aurors et je dois répondre de mes intentions avant de pénétrer au Ministère ! Si Hermione ne m'avait pas reconnue au loin, ces fous m'auraient même fouillée ! Mais fais quelque chose !

J'ouvris la bouche pour lui promettre que dès le lendemain j'irais parler au responsable de la sécurité, mais sans me laisser le temps d'en placer une, elle poursuivit :

- D'ailleurs, Harry Potter, il faut qu'on parle. Tu te rends compte du nombre d'heures que tu passes ici, dans ce bureau ? Que tu me laisses toute seule, à la maison, alors que je t'attends ?

J'étais réellement désemparé elle m'avait souvent reproché d'être trop plongé dans le travail – j'en parlais si souvent, même à la maison ! – mais les règlements de compte n'avaient jamais été si directs, si violents. Et quand elle m'appelait pas mon nom complet, c'était qu'elle était vraiment très en colère. Je ne savais pas quoi faire, à part attendre que l'orage passe.

- Tu n'es pas marié au Ministère de la Magie ! Il me semble que tu devrais me consacrer un peu plus de temps, si tu tiens autant à moi.

- Je suis vraiment désolé … réussis-je à articuler.

- Merci, c'est le minimum que j'attendais ! reprit-elle, cynique. Malheureusement, ça fait une heure que je t'attends. J'avais réservé au restaurant, mais grâce à tes exploits, nous avons tellement de retard que ce n'est même plus la peine d'y aller. De toute façon, je suis trop furieuse pour en profiter.

- Mais …

- Ne te JUSTIFIE pas ! s'énerva-t-elle. Tiens, ce soir je vais dormir chez ma mère. Je reviendrai demain. Ou pas, d'ailleurs. Parce que tu ne risques pas de le remarquer si tu es encore en train de travailler.

Ginny se retourna vivement et se dirigea vers la porte. Je tendis la main dans un réflexe désespéré, mais mes doigts se refermèrent autour du vide tandis qu'elle partait théâtralement, sa cape noire d'hiver glissant sur le sol. Je restai quelques secondes sans bouger, ahuri par la tournure qu'avaient pris les événements en seulement quelques minutes.

Qu'étais-je censé faire, maintenant ? J'étais plus perdu que ce que à quoi je me serais attendu. Mes jambes traitresses me firent glisser à terre, sur le tapis moelleux qui ornait le sol de mon bureau. Le dos appuyé contre le mur, je fondis en larmes pour la première fois depuis bien longtemps. Cela ne dura pas longtemps, et je tombai dans une sorte de léthargie. Mes pensées dérivèrent sur tout ce qui faisait ma vie en ce moment. Le boulot, Hermione, la lettre de Drago, toutes les questions à régler … Quelle place avais-je accordé à Ginny, l'amour de ma vie, dans tout ça ? Sans doute pas assez, et je me rendis compte bien tardivement combien elle avait raison. Trop impulsive, elle n'avait pas attendu que je m'explique, que je me fasse pardonner. Et elle était déjà partie …

Alors comme ça, tout est éphémère … Même l'amour. Surtout l'amour. Et je trouvais ça bien injuste et compliqué !

oOo

- Cho ! s'exclama Lucy, repoussant violemment mes couvertures et me sortant précipitamment de mon sommeil.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je, éberluée.

- Il y a qu'il est déjà une heure de l'après-midi ! Allez, lève-toi, mange un morceau, et on va aller faire du shopping.

Une heure ? Ma semaine de travail au Ministère m'avait bien plus fatiguée que ce que je pensais, si j'avais eu autant besoin de récupérer un samedi matin. Mais maintenant, je me sentais en pleine forme.

Une heure plus tard, sur le Chemin de Traverse.

Des gosses couraient partout dans les rues, des panneaux criards vantaient les soi-disant mérites des marchandises vendues … Je retrouvais avec plaisir l'ambiance hétéroclite et joyeuse du Chemin de Traverse en compagnie d'Anna et Lucy. Les susnommées ne tardèrent pas à me traîner chez Mme Guipure, afin de compléter ma garde-robe. Puis après être passées à Gringotts remplir nos poches de Gallions, nous décidâmes de transplaner à Pré-au-Lard. Il commençait à faire froid et un petit tour aux Trois Balais s'imposait !

- Qu'est-ce que je vous sers, mesdemoiselles ? s'exclama Mme Rosmerta, apparemment ravie de nous voir.

Les formules d'usage honorées, nous nous retrouvâmes chacune une Bièraubeurre dans la main. L'ambiance douillette était tout à fait propice aux confidences, et les langues se déliaient …

- Et avec Harry, alors comment ça se passe ? demanda Anna.

- Nous avons déjeuné ensemble hier midi … chuchotai-je en rougissant. Ça s'est bien passé, on a évoqué des souvenirs de Poudlard, ce qu'étaient devenues les personnes qu'on y avait connues … Vous savez qu'Angelina Johnson a été prise dans l'équipe nationale de Quidditch ? Par contre, Katie Bell a arrêté le Quidditch après une blessure au genou. Elle s'est reconvertie dans le journalisme !

À mon plus grand plaisir, la discussion dériva ; j'avais évité le sujet le plus sensible … Je ne savais pas pourquoi je n'avais pas particulièrement envie de parler de Harry. Pourtant, j'avais toujours tout partagé avec Lucy et Anna. Mais cette fois, c'était différent … J'avais réellement besoin d'avoir mon jardin secret, même s'il ne s'était rien passé de si extraordinaire pendant ce déjeuner tout à fait professionnel. Nos mains s'étaient frôlées, mais je n'étais même pas sûre qu'il l'ait remarqué. C'était uniquement parce qu'il m'avait donné un dossier, que j'étais moi-même chargée de transmettre à ma supérieure. Nous avions surtout parlé de tout et de rien, et bizarrement j'avais été beaucoup plus à l'aise que ce à quoi je m'étais attendu. Être amie avec lui serait peut-être beaucoup plus simple que ce que j'avais prévu …

- Cho, t'es avec nous ? demanda Lucy, passant sa main devant mon visage.

Je m'aperçus alors que mes pensées avaient tellement dérivé que j'avais dû avoir le regard dans le vague pendant quelques longues secondes.

- Je disais donc que Padma et Parvati Patil ont ouvert avec Lavande Brown une boutique de mode à Pré-au-Lard, c'est Dean Thomas qui m'en parlé ! continua Lucy, toujours aussi bavarde.

- On devrait aller leur rendre visite, observa Anna.

Je m'empressai d'approuver, peut-être un peu trop enthousiaste, désireuse de rattraper mon moment d'inattention.

Nous quittâmes donc les Trois Balais pour nous diriger vers l'opposé du village de Pré-au-Lard, là où se dressait désormais depuis seulement quelques semaines le nouveau magasin de vêtements. La façade mauve annonçait le décor, et mon amour du shopping reprit le dessus. J'avais terriblement envie de m'acheter une de ces belles robes montrées en vitrine !

Nous étions à peine entrées que Lucy se précipitait déjà sur une jupe de soie noire, un petit pull violet en cachemire, et qu'elle s'empressait d'aller les essayer. Je restai donc seule avec Anna, et celle-ci en profita pour me glisser à l'oreille :

- J'ai entendu des rumeurs intéressantes … Harry se serait disputé avec Weasley.

- Heu … Son ami Ron ? lançai-je stupidement, faisant semblant de ne pas comprendre.

- Non, imbécile … Ginny. Tu devrais vraiment aller lui parler !

- Je ne sais pas trop … Si, peut-être …

Je commençais à me sentir réellement gênée quand soudain les propriétaires de la boutique fondirent sur nous, l'air enchanté :

- Cho, Anna, ça faisait tellement longtemps ! Comment allez-vous ? Où est Lucy ?

Bien qu'Anna me jetât régulièrement des regards en coin, la discussion continua avec le plus grand naturel. Il allait falloir que je fasse attention, Anna devinait décidément beaucoup plus de choses que je ne l'aurais voulu ! Elle n'était pas comme Lucy, qui papillonnait toujours partout sans se poser. Anna avait un regard toujours perçant, juste et lucide, et elle semblait comprendre ses amies de façon instinctive, se trompant rarement sur leur compte. Vile observatrice qui ne m'avait que trop bien calculée, lisant à travers mon âme...