Disclaimer : L'univers HP appartient à JKR.
Des nouvelles de Drago !
Si vous aimez Jeux d'enfants (ou même si vous n'aimez pas), n'hésitez pas à laisser un petit mot... Bonne lecture !
Sur un air de « Stairway to heaven », de Led Zeppelin.
And it's whispered that soon, if we all call the tune,
Then the piper will lead us to reason.
And a new day will dawn for those who stand long,
And the forests will echo with laughter.
Vingt-trois heures … Il était déjà vingt-trois heures à la petite horloge que Ginny m'avait offerte, et qui reposait toujours à sa place sur l'étagère de la cheminée de pierres. Si tout avait été normal, je serais rentré à la maison, j'aurais dégusté un bon petit plat, et j'aurais terminé la soirée dans les bras de Ginny sur le nouveau canapé de notre salon. Mais rien n'était normal, et bien que je n'eusse pas mangé depuis bientôt douze heures, je n'avais pas faim tellement je me sentais mal.
Mes yeux retombèrent à nouveau sur la lettre que m'avait envoyé mon ennemi de toujours, Drago Malefoy. Puisque j'étais incapable de résoudre mes histoires de couple avec Ginny, peut-être était-ce là un problème dont je pouvais m'occuper ? Je me saisis pour la énième fois des parchemins désormais froissés, aux pliures marquées, et je relus la lettre …
Potter,
Non, pas un « Monsieur le Directeur adjoint du bureau des Aurors », cela n'aurait pas ressemblé à Malefoy ; bizarrement, au lieu de me vexer, cela me fit sourire.
Si tu es de mauvaise humeur, impatient ou pressé, tu peux reposer cette lettre et la lire plus tard ; c'est la seule faveur que je te demanderai.
À cet endroit, un blanc typographique semblait me laisser le temps de la réflexion. Puis, l'écriture droite et serrée continuait …
Si je t'écris aujourd'hui, ce n'est pas pour que tu me pardonnes, pas plus que je n'espère que tu m'apprécieras. Je ne veux pas non plus que tu annules le jugement, ma condamnation à des travaux d'intérêt généraux ; aussi étrange que cela puisse paraître, je me plais bien à Sainte Mangouste pour faire ces travaux … Et que serait un Malefoy s'il avait peur de quelques mois de services pour le Ministère ? Cela m'est bien égal maintenant, et pourrait même devenir utile pour plus tard.
La seule chose que je voudrais, c'est que quelqu'un me comprenne, et que ce quelqu'un soit toi. Oui, toi. Considère que je me moquais d'être un paria tant que des personnes étaient là pour me comprendre … Ce qui n'est plus le cas. Pourquoi est-ce que je t'écris seulement maintenant ? Parce qu'avant, c'était trop tôt. Tu étais mon juge, celui qui était chargé de prononcer la sentence, et une explication de ma part serait passée pour une justification, ce que je ne souhaitais pas. À cause d'une fierté mal placée, peut-être.
Je sais que nous ne nous sommes jamais aimés à Poudlard, mais je pense sincèrement que tu es suffisamment mature maintenant pour comprendre quand même ce qui m'est arrivé. Je ne m'excuserai pas pour mon comportement, certes puéril ; le tien l'était parfois tout autant, sans compter que j'ai changé. Cependant, nous ne sommes pas là pour régler de vieux comptes, ni toi ni moi n'avons de temps à perdre pour ça, et tellement de choses se sont passées depuis que cela n'aurait plus de sens.
Tu te rappelles sans doute de mon procès. J'étais si petit sur le banc des accusés, dans la vieille robe que nous m'aviez fournie … Je me sentais faible. C'est injuste. Et pourtant, je l'ai mérité, n'est-ce pas ?
Et tous ces sorciers du Magenmagot du haut de leur tribune, et toute cette foule de spectateurs qui voulaient voir tous les anciens Mangemorts pendus. Ce qu'ils ignoraient, c'était que les Mangemorts n'étaient pas la véritable cible de leur haine. Ce qu'ils haïssaient, c'était le Lord Noir, c'était la guerre. Ils en arrivaient à souhaiter que la peine de mort n'eût jamais été abolie, pour pouvoir condamner la guerre ; mais pourquoi faut-il verser toujours plus de sang pour punir la violence ? Ils en avaient marre, c'est tout. Moi aussi j'en avais assez. Je suis encore au-delà de ce sentiment maintenant, mais nous y reviendrons.
Je ne chercherai pas à comprendre pourquoi tu ne m'as pas directement envoyé à Azkaban, tu avais sans doute tes raisons pour faire preuve de cette brusque clémence. Tu dois être trop fier ou trop haut placé pour m'expliquer, et tout cela m'est bien égal à présent.
Si j'ai réussi à aiguiser un tant soit peu ta curiosité, tu dois te demander à présent pourquoi je me suis enrôlé parmi les Mangemorts. Chose étrange, n'est-ce pas ? Mais personnellement, je crois au hasard, et je crois encore plus au destin. Ce serait une utopie de croire que nous sommes entièrement libres de nos actes.
C'est mon père qui m'a proposé de les rejoindre … Et là, tu dois t'attendre à trois pages de plaintes comme quoi mon père m'a maltraité et m'a forcé à faire des choses horribles, et ô combien j'en suis désolé.
Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. J'avais une immense estime pour mon père ; c'était un homme, avant qu'il ne soit assassiné, qui se battait réellement pour ce en quoi il croyait. Tout comme toi, après tout, n'est-ce pas ? Et tout comme toi tu as rallié tes amis à ta cause, il m'a rallié à la sienne, en toute simplicité. Tu ne le croiras peut-être pas, parce que tu as été éduqué d'une façon tout à fait différente de la mienne … Mais mon père aimait profondément et passionnément l'argent et le pouvoir. Il savait profiter des opportunités. Il m'a entraîné, et je ne le regrette pas. La leçon de vie fut un peu rude, certes ; cependant, je n'ai jamais tué personne. Je te le jure … et, qu'importe, crois-moi ou pas, je n'aurais aucun intérêt à te mentir sur un sujet pareil maintenant que le procès est passé, que la justice a déjà fait son travail.
Bien que j'admire mon père, je dois admettre qu'il a fait des erreurs dans sa vie … Mais j'aurais du mal à m'appesantir dessus. Quels que soient ses actes, c'était mon père … Et sa mort m'a laissé un vide.
De la même façon que ce passage m'avait frappé la première fois que je l'avais lu, je m'arrêtai de nouveau, légèrement perturbé. Malefoy parlait de son père comme j'aurais pu parler du mien et c'était quelque chose qui me troublait plus profondément que ma fierté de Gryffondor ne voulait bien me laisser l'avouer.
James Potter avait fait des erreurs, oui. Il avait été égocentrique, insupportable, injuste j'avais été témoin d'une de ses attaques sur la personne de Rogue dans la Pensine, et je devais le reconnaître. Cependant, comme Malefoy le disait si bien, « c'était mon père », simplement … Je commençais peut-être grâce à ce point à considérer qu'il était sans doute possible de comprendre Malefoy, au moins partiellement – car il faut reconnaître que les erreurs et les antécédents de ma famille n'étaient tout de même pas semblables à ceux de la famille Malefoy.
Je suis devenu Mangemort parce que le destin l'a voulu, parce que le destin m'a entraîné. Ma naissance et ma vie ont fait de moi ce que je suis. Quelque part, je n'y suis pour rien, mais je ne te demande pas de me considérer comme une victime. Je te demande de me considérer comme un être humain qui a commis des erreurs et qui aimerait être compris. Compris, une seule et unique fois.
La première feuille de la lettre s'arrêtait à ce niveau, et la deuxième semblait embrayer sur un autre sujet, comme si Malefoy avait rédigé sa lettre en plusieurs jours – ce qui était tout à fait probable, en y repensant.
Je fus soudain interrompu.
oOo
Mes heures supplémentaires étaient enfin terminées … Ouf ! Mais quand Amanda Stewart serait-elle satisfaite ? Exiger de moi que je reste jusqu'à vingt-trois heures quinze ! Tout ça pour, je cite, « terminer un dossier essentiel pour demain » … Oui, le premier Ministre bulgare venait rendre visite au nôtre le lendemain et il aurait été inconcevable que le dossier ne soit pas bouclé. Je le comprenais fort bien, mais j'étais crevée ! Heureusement que j'avais la permission d'arriver à dix heures seulement le lendemain matin pour rattraper un peu de sommeil. Carol m'avait d'ailleurs lancé un regard fortement envieux lorsque Stewart m'avait annoncé cela, ce qui m'avait passablement réjouie.
J'allais descendre dans le hall et utiliser la poudre de Cheminette pour rentrer à mon appartement, quand soudain j'eus un pressentiment … Serait-ce possible que, peut-être … ? Je repensais aux paroles d'Anna, qui m'expliquait que Harry s'était disputé avec Ginny. Et quand Harry se dispute avec Ginny, il se réfugie dans son bureau … Un coup d'œil à la grande horloge du hall aurait dû me persuader que mon idée était complètement folle, mais quelques secondes plus tard, j'étais dans l'ascenseur et mon index alla résolument s'écraser sur le bouton qui me mènerait au sixième étage.
