Disclaimer : L'univers HP appartient à JKR.

Au programme, un moment que Cho attendait avec beaucoup d'impatience... Bonne lecture !


Sur un air de « Stop crying your heart out », de Oasis.

Cos all of the stars
Are fading away
Just try not to worry
You'll see them some day
Take what you need
And be on your way
And stop crying your heart out

Lorsque j'arrivai devant le bureau de Harry, la lumière qui filtrait sous la porte me confirma que mon intuition, quoique folle et déraisonnable, s'était révélée exacte : Harry était encore là ! Je ne pris pas la peine de frapper, j'entrai. Je pénétrai dans la pièce où Emily avait l'habitude de travailler, puis accédai à la porte du bureau de Harry. Celui-ci, qui m'avait sûrement entendue arriver, s'était levé.

J'ai un souvenir très flou des secondes qui ont suivi ; je pense m'être avancée et nous avons sans doute échangé quelques banalités, comme s'il était à peine surpris que je vienne lui rendre visite à une heure pareille. Le bureau était bien rangé mais, étonnamment, des parchemins gisaient un peu partout non loin du bureau central. Harry avait un léger sourire fatigué. Si une quelconque personne l'avait croisé, elle aurait sans doute dit qu'il avait simplement l'air de quelqu'un qui avait trop travaillé, et c'était tout. Mais moi qui le connaissais tout de même un peu de par notre passé commun à Poudlard, je pouvais deviner qu'il était terriblement malheureux.

J'avais juste envie qu'il soit heureux, essayez de comprendre. Peut-être me jugerez-vous … Encore aujourd'hui, je ne peux repenser à cette soirée sans un sourire niais aux lèvres, et je ne regrette rien. Pas une seconde. Je n'ai peut-être pas suffisamment réfléchi, mais comme dit Anna, « tu es une éternelle adolescente, Cho … ».

oOo

Il me fallut quelques secondes pour intégrer l'information qui peinait à monter à mon cerveau : Cho venait de rentrer dans mon bureau. Après coup, je me suis bien sûr demandé pourquoi elle était venue, à une heure aussi indue en plus ! Mais le flot de pensées qui encombraient mon esprit ne me laissèrent pas le loisir d'y réfléchir à ce moment. Le procès de Nott, la lettre de Malefoy, la dispute avec Ginny … Tout me revenait en boucle.

- Ça va ? me demanda-t-elle avec une moue adorable.

Elle semblait fatiguée mais plutôt en forme à part ça. Elle s'assit sur la chaise juste devant mon bureau, réservée aux personnes que je recevais. Je hochai la tête dans l'espoir de la rassurer mais elle ne semblait pas dupe. Heureusement, elle ne me posa pas plus de questions, comme si elle avait deviné que je n'en avais aucune envie. Je ne voulais pas parler. Elle babilla quelques minutes à propos des menus de la cafétéria qui ne s'amélioraient pas, de sa chef qui l'avait obligée à rester si tard … Je pense qu'elle n'en était absolument pas consciente – certaines filles font ça de façon innée, je l'avais déjà remarqué – mais elle papillonnait, elle emplissait tout mon espace. Les seules choses qui montaient désormais à mon cerveau embrouillé étaient son léger sourire et ses paroles innocentes. Et cela me faisait tellement de bien …

Une mèche de cheveux lui retombait devant les yeux et sa robe remontait légèrement, dévoilant un peu plus que nécessaire ses jambes qu'elle avait croisées. Je crois qu'elle tripotait nerveusement ma plume de travail de la main gauche, mais je n'en suis pas sûr. Je ne sais plus exactement comme tout ça est arrivé ensuite …

L'instant d'après, mes lèvres touchaient les siennes et je la tenais serrée entre mes bras encore tremblants.

oOo

J'avais attendu ça pendant tellement longtemps ! Pourtant, c'était très différent de tout ce que j'avais pu fantasmer. C'était beaucoup plus doux, beaucoup plus inattendu et désespéré aussi … Un arrière-goût d'amertume mais surtout de l'espoir.

Nous mîmes fin à cet instant à l'unisson, comme deux enfants qui comprennent après un instant d'abandon complet qu'ils ont fait quelque chose de mal.

- Je suis désolé, ça n'aurait jamais dû arriver, trancha Harry, s'asseyant sur son bureau.

- Non, c'est moi qui suis désolée, tu devrais aller retrouver ta femme maintenant … Tu étais malheureux et je me sens mal d'en avoir profité.

Je ne sais pas pourquoi j'ai dit naturellement « ta femme » alors qu'ils n'étaient pas mariés, mais cela le rappela sans doute encore mieux à son devoir et après tout, Ginny et lui, je les considérais comme tels. Quelques années plus tôt, j'aurais servi un discours de ce genre sans vraiment y croire moi-même ; cette fois j'étais réellement sincère et je sentais toute la différence que cela faisait car il sembla le sentir et être réellement convaincu par mes paroles. Il se leva soudainement, aussi vite que si on lui avait lancé un sort. Il vola plus qu'il ne marcha jusqu'à la porte de son bureau. Juste avant de la franchir, il s'arrêta, se retourna et me sourit.

- En fait, je ne regrette pas du tout. Tu m'as rappelé à la fois le passé et ce qui est vraiment important dans le présent. Merci …

Quand il disparut, des larmes acides coulaient sur mes joues, mais je riais. Et j'espérais. Je ne sais pas exactement ce que j'attendais – souhaitais-je tout au fond de moi qu'ils se réconcilient ? – mais pour la première fois depuis longtemps, j'étais confiante dans le futur. Quoiqu'il arrive, je m'en sortirai.

Plus tard.

- Heu … Cho ?

La voix me parvenait, lointaine. Je grommelai ce qui devait sans doute être une réponse dans le langage des ours, émergeant à peine de mon sommeil.

- Harry va arriver et ben …

Je me redressai brusquement, tous les souvenirs me revenant en mémoire en un instant. Le baiser d'hier soir avec Harry, ma fatigue, la possibilité qu'il se réconcilie avec Ginny … Dans l'ordre d'importance, la fatigue était certainement prépondérante hier soir, mais ce matin-là elle avait disparu.

- Tu t'es endormie sur le canapé de son bureau, termina Emily, qui se retenait visiblement de rire.

Je ne pus que constater qu'elle avait raison : j'avais dormi comme une bienheureuse, il était huit heures et demie et j'étais diablement chanceuse que Harry ne soit pas encore arrivé pour me surprendre ici !

- Je vais aller arranger un peu ma tête dans les toilettes … marmonnai-je.

Seule la peur que quelqu'un d'autre que mon amie ne me surprenne ici m'empêchait d'éclater de rire devant le ridicule de la situation. Emily se chargea de faire léviter depuis son sac un peigne et de la poudre pour embellir le teint et me les tendit. Je lui en fus reconnaissante ; je n'aurais sûrement pas eu la présence d'esprit d'en prendre moi-même.

Quand je fus enfin plus présentable, j'allai rejoindre Amanda Stewart, un peu en avance, ce qui l'impressionna positivement. Cela l'aurait beaucoup moins impressionnée si elle connaissait toute l'histoire, mais comme je pouvais compter sur Emily pour ne rien dire …

Ce jour-là, mes pensées vagabondèrent beaucoup et je fus assez peu attentive au compte-rendu que je devais faire de l'intervention de ma supérieure hiérarchique auprès du premier Ministre bulgare. Quelque chose de plus important occupait à la fois mon esprit et mon cœur … Carol me surprit en train d'envoyer un message à Lucy pendant ma pause déjeuner avec un hibou moyen duc du Ministère, ce que je n'étais évidemment pas censée faire. Cependant, elle semblait préférer terroriser une petite stagiaire du troisième plutôt que moi, ce qui la poussa sans doute à ne pas me dénoncer. Journée de chance, mais étrange tout de même.