CHAPITRE PREMIER.

Tout ce que je sais, c'est qu'il réveille en moi un écho semblable au printemps : Merveilleux, apaisant. Mais, il éveille aussi un écho de colère, de rage, voire de haine. Mais surtout de la tristesse. Peut-être une pointe de jalousie. J'ai reçu un Message Skype et j'ai vu son nom. Ça a réveillé un écho fugace en moi. Des sentiments étranges, contradictoires. J'ai haussé un sourcil et je lui ai répondu.

- Moi : Qui es-tu ?

- Inconnu : Ne fais pas l'idiote.

- Moi : Je ne te connais pas ! Qui es-tu ?

- Inconnu : Sarah … Cesse cette plaisanterie.

- Moi : … De quoi parles-tu ?

- Inconnu : Ha ha ha, très drôle, Sarah.

- Moi : Tout ce que je sais de moi, c'est mon nom, alors cesse de dire que tu me connais et vice-versa, je ne connais personne.

C'est la vérité. Pourquoi est-il si entêté à se dire que je le connais ? Je ne sais même pas qui sont mes parents, ni même si j'en ai. Les médecins disent que j'ai fait une sieste à l'hôpital. Je ne m'en souviens pas. La seule chose claire dans mon esprit, c'est qu'un jour, j'ai ouvert les yeux dans la chambre où je suis assise à clavarder allègrement avec un pur inconnu. Je suis dans cette chambre depuis un moment, je crois. Ça fait cinq jours que je me suis réveillée ici, sans aucun autre souvenir que mon nom, et simplement parce qu'il était écrit sur un bracelet en était – ou est-il en argent ? – que je porte au poignet gauche. Et parce qu'il est écrit sous une photo encadrée sur une tablette posée dans ma chambre. La fille qui est sur l'image immobile me ressemble un peu. Même cheveux bruns ternes, même yeux bruns striés d'une couleur ambre. Même sourcils, même nez. Une bouche et des lèvres gercées. Elle ne sourit guère, sur cette photo. Elle n'a pas l'air heureuse. La lueur dans ses yeux est celle d'une résignation platonique, comme si le fait de vivre la rendait triste. Si cette fille c'est vraiment moi, je me demande ce qui me tourmentait autant. J'ai retrouvé une lettre dans des cahiers qui trônaient sur mon bureau. Une lettre qui ressemble étrangement à une lettre d'adieu. Je ne sais pas à qui elle est destinée. À moi-même ? Au monde entier ? Personne ne le saura jamais. Bizarrement, je me souvenais des codes de mon ordinateur et de mon téléphone portable. Ça et de mon prénom. Et un autre. Depuis que ce garçon a engagé la conversation avec moi, un seul nom me revient en tête. Il tambourine dans ma tête comme un tambour pour une marche ou comme un battement de cœur, comme si ce nom avait une signification importante à mon cœur. Il démarre une conversation vidéo. J'appuis sur « accepter » et son visage m'apparait en grand écran, ainsi que le mien, dans un petit carré. Il a les cheveux d'un brun foncé, un peu ondulés et ils lui arrivent aux oreilles. Sa peau est légèrement basanée et il a un nez parfait avec le reste de son visage. Mais, je me perds directement dans ses yeux. Bruns foncés, hypnotiques. Ils sont simplement sublimes. Ils semblent empreints d'une sagesse inouïe. Ils ont l'air tourbillonnant, comme l'orage. Je m'y perds l'espace d'une trentaine de seconde jusqu'à ce que je l'entende dire mon nom à voix basse, comme s'il avait peur de briser ce moment. J'ai l'impression de l'avoir déjà rencontré, ou de le rencontrer à nouveau, qui sait ? Comme je n'ai aucun souvenir, il est ma première rencontre. C'est … Grisant, vivant. Vivifiant, tonifiant. Comme l'air froid en plein hiver. Hein, quoi ? Bon, il faut donc croire que je n'ai pas tout perdu.

Il me fixe d'un regard étrange. Comme s'il ne me reconnaissait pas. J'avais tendu mes cheveux. Ils sont brun très foncés avec des reflets mauves. Mes sourcils sont de nouveau bien arrangés. À mon réveil, j'avais les cheveux bruns avec un peu de rouge dedans, et des sourcils touffus. La couleur de mes yeux semble avoir un peu changée, aussi. Plus ambrée, un peu moins de brun. L'effet est spectaculaire. Mes cheveux me tombent en bas de la poitrine alors que sur la photo, ils sont un peu en bas de l'épaule. Sur l'inscription au dos, on peut lire une date : Mercredi 20 Novembre 2013. Je regarde la date du jour sur mon téléphone : Jeudi 18 Juillet 2014. Ça fait presque huit mois. J'ai changé, oui. Il y a une lueur étrange dans mon regard à moi aussi, quand je croise mon reflet dans un miroir. Une lueur de défi, de détermination. Pourtant, je ne sais pas si je le suis. Je cherche juste désespérément des réponses. Et ce garçon semble en avoir, il semble me connaître, même.

- Tu t'appelle comment ? Demandais-je finalement, pour briser le silence gênant qui avait commencé à s'installer.

- Elliandre, Dit-il avec un sourire. Mais, tu devrais le savoir, Sarah. Ajouta t-il en fronçant les sourcils.

Son sourire. Juste ça, ça a fait fondre mes neurones, si tant est-il que j'en ai. Sarah n'est qu'un surnom. Le diminutif de Sarah-Line, si j'en crois mon Skype et le nom inscrit en lettres dorés sur l'album photo caché dans un tiroir de la commode. Ça m'a fait fondre, mais en même temps, j'ai envie de m'en méfier. Comme si tout ceci allait me porter malheur ou déception. Tristesse ou désespoir, je ne sais pas. Qui est-il ? Son prénom éveille en moi mille sensations. Mais, je reste de marbre, imperturbable. Je ne sais pas pourquoi. Comme si je me protégeais de quelque chose, d'un mal quelconque. Comme si je me laissais hors d'atteinte. C'est déstabilisant, mais je n'en montre rien. Je déteste me sentir vulnérable, peut-être est-ce pour cela. Je me sens rougir sous son regard implacable et je me tortille, mal à l'aise. Qui est-il ?